‹ Souvenirs du lieutenant général vicomte de ReisetChapitre 55 sur 78 · MARS · texte numérisé non relu

MARS

» Le 143 mars, je revins à Versailles, à huit heures du soir, de Paris, où j'étais depuis deux jours, quand on vint m’annoncer que j'étais désigné pour prendre le commandement d'un régiment provisoire de dragons et le conduire à Strasbourg. Cet ordre inattendu effraya beaucoup Amélie, qui est désespérée par les bruits de guerre avec l'Autriche qui circulent et par tous les armements qui se préparent. Je devais partir le lendemain même ; je n'avais fait aucune disposition et fus désolé de n'avoir pas été averti plus tôt, mais je n'avais qu’à me soumettre et à obéir.

» Le 44 mars, je fus à Paris après avoir assemblé mon détachement de départ et j’allai trouver le général Hulin ', qui me remit l'ordre écrit pour me mettre en route le lendemain.

1. Pierre-Auguste Hulin, né à Paris en 1758, se distingua dans la campagne d’italie, seconda puissamment Bonaparte au moment du 18 Brumaire et servit glorieusement comme général en Autriche et en Prusse. Ce fut lui qui déjoua par sa vigueur la conspiration du général Malet, en 1812, et il eut en cette occasion la mächoire fracassée d’un coup de pistolet. Mais il avait eu en 1804, le triste honneur de présider le conseil qui condamna l'infortuné duc d’Enghien; le gouvernement de la fieslauration ne pouvait l'oublier et lui

retira son grade et son commandement. Il vécut désormais dans la retraite et mourut en 41841.

À peine étais-je le soir de retour à Versailles que j'appris que le major du 5°, qui avait été désigné pour partir avant moi, était à Saint-Germain; je ne perdis pas de temps et j'allai aussitôt prévenir le général Richer, qui lui donna l’ordre de se mettre en route à ma place. Je rentrai chez moi fort content à l’idée d'avoir quelques jours de répit pour me permettre de prendre mes dispositions avec Amélie.

» Le 16 je fus de bonne heure à Paris prévenir le général Hulin du contre-ordre du général Richer; il l'approuva entièrement.

» Amélie a été bien heureuse de la bonne nouvelle que je lui annonçais et elle s’imagine qu'il n’est plus question pour moi de départ. Je me garde de la détromper, mais il est bien probable que nous serons tous appelés d'ici à peu de temps, car les affaires vont mal avec l'Autriche.

» Aujourd'hui 47 mars, un nouvel ordre vient de m'arriver, le major du 5° s’est déclaré hors d'état de marcher et on persiste dans le premier ordre; c'est donc moi qui vais partir.

» Le 18, le 19 et 20 je terminai mes affaires à Versailles et à Paris; nous dinâmes chez

pour assurer l'installation de cette jeune mariée de quinze jours. Son cœur était déchiré, mais, esclave de la discipline, il partait bravement, toujours prèt en vaillant soldat à accomplir son devoir en toute circonstance. Juste récompense de sa valeur et de ses loyaux services, il allait trouver, en arrivant à Strasbourg, son brevet de colonel si ardemment désiré. Il avait maintes fois arrosé de son sang les champs de bataille de la Prusse; la campagne d’Autriche allait lui fournir l'occasion de donner de nouvelles preuves de son intrépidité et de sa valeur ; son nom une fois de plus allait être cité à l'ordre du jour et parmi tant de braves il allait trouver moyen de se signaler encore.

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