‹ Souvenirs du lieutenant général vicomte de ReisetChapitre 7 sur 78 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Enfance d'Antoine de Reisel, inquiétudes qu’il donne à sa naissance ; ses parents et leur situation en Alsace; sa famille et son origine. — On le destine à entrer dans les ordres. — Détails sur son frère Jacques, son entrée dans la carrière diplomatique. — Le chevalier de Iirsinger. — Lettres de M. de Vibraye. — Les louis d’or de la Monnaie de Strasbourg. — Physionomie de Paris, les derniers salons restés entr'ouverts. — Retour de Jacques auprès de ses parents. — Kléber, les premières occupations de sa jeunesse; la sympathie qu'il inspire et l'accueil flatteur qu’il reçoit à Colmar. — Son inclination pour Anne de Reisct. — Influence du général sur la vocation militaire de Tony. —1l s'engage à dix-sept ans au 4° bataillon des grenadiers du Haut-Rhin.

L'origine historique de la famille alsacienne de. Reiset remonte à plus de cinq siècles; l'honneur du nom s’est maintenu intact de génération en généralion.

La renommée de Marie-Antoine de Reiset devait lui donner encore une illustration plus

étendue. — Né à Colmar le 29 septembre 1715, l 1

Antoine de Reiset vint au monde si faible et si débile que pendant de longues semaines on désespéra de lui conserver la vie. Chaque jour, quoiqu'il fût enveloppé d'ouate, on portait l'enfant dans le four d'une boulangerie voisine dès que les cendres n'y avaient plus laissé qu'une chaleur douce ct uniforme. Il fallait cela pour lui réchauffer le sang.

Personne n'eùt songé alors que cet enfant, dont la santé causait tant d'inquiétudes, devait plus tard gagner des batailles et devenir un des plus beaux hommes de la cour et de l'armée.

Antoine de Reiset élait le septième des dixsept enfants de Jean-Jacques de Reiset, membre du conseil souverain d'Alsace, receveur général des finances, et de Marie-Thérèse Carré de Beaudoin, née à Caen en 1733, d’une vieille famille hautement estimée.

Madame de Reiset, dont la solide instruction et l'esprit cultivé rehaussaicnt les qualités naturelles, réalisait le modèle de la mère de famille. L'éducation de ses enfants, un ordre admirable à faire régner dans son intérieur, rendre aimable

et charmante celte vie de famille pendant ces

ANNÉES 1775-1793. 3 époques si troublées, tel était le programme qu'elle s'était tracé et auquel, pas un seul jour, on ne la vit faillir. Elle était la dignité du foyer par le cœur et le caractère; elle aimait son mari avec un profond sentiment de ce bonheur et de ce respect qui deviennent réciproques dans l'union de deux âmes loyales et fidèles. Mariée de bonne heure, elle lui avait voué un culte et une admiration qui ne se démentirent jamais, mais qu'elle n’était pas seule à partager.

Jean-Jacques de Reiset était recherché par la noblesse d'Alsace pour ses hautes capacités, son esprit ouvert et franc, ses façons courtoises et séduisantes de parfait gentilhomme. Les annales du pays font mention de lui dans les fonctions de receveur général des finances, de membre du Conseil souverain ‘ et de maitre général des eaux et forêts. En mème temps, il était, comme tous ses ancêtres, subdélégué d'Alsace à Ensisheim, Sainte-Croix, Thann et au Bas-Landzer, ainsi que scigneur des fiefs de Chavanatte et de Boron.

1. Le Conseil souverain d'Alsace possédait depuis 109% tous les droits, honneurs et prérogatives des parlements, bien qu'il ne portât pas ce titre.

Bornée à l'Alsace, où la famille de Reiset, quittant la Lorraine dont elle était originaire, vint s'établir au xiv° siècle, sa généalogie remonte à Robert Reiset qui était, en 138$, écuyer du comte de Linange‘, et à Henry de Reiset, seigneur de Saint-Loup, écuver du duc de Bourgogne Philippe le Bon, en Alsace. A l'exception d'un de ses fils, qui, écuyer du roi René d'Anjou, suivit fidèlement le bon roi malgré son existence accidentée, sa descendance se fixa définitivement en Alsace, s'alliant aux principales familles du pays. On voit encore sur une hauteur, dans le comté de Ferette, les ruines imposantes de Saint- Loup, où ils résidèrent pendant plus de deux siècles *.

Antoine de Reiset, à l’âge de quatorze ans, ne se ressentait plus de la faiblesse de santé qui avait marqué sa première enfance; il s'était, au contraire, admirablement développé : plein de

4. Maison illustre qui reçut le titre de comte du Saint- Empire en 1220 et de prince de l'Empire en 1719. Cette famille fut médiatisée en 1806. La reine Victoria est la fille de la duchesse de Kent mariée en premières noces au prince Charles de Linange, mort en 1814.

2. On trouve dans les Fastes de la France, imprimés en Hollande, le nom d’un Reiset qui prit part, en 1557, à la bataille de Saint-Quentin.

Chambourcy où il leur serait plus facile de le voir fréquemment.

Le jeune Tonv, diminutif familier du nom d'Antoine, se trouvait à son tour destiné à l’état ecclésiastique, où tant de hautes influences lui préparaient le plus brillant avenir. Ses premières études terminées, il devait étre abbé. A l’âge de seize ans. il portait le petit collet. Mais les événements politiques et une tout autre vocation, que les circonstances devaient rendre plus impérieuse, lui préparaient une carrière bien différente.

Sur ces entrefaites, son frère aîné, Jacques, qui venait d'accomplir sa vingtième année, était, entré récemment dans la carrière diplomatique, sur le conseil de son oncle le chevalier de Hirsinger *, chargé d'affaires de la cour de France à Bruxelles. M. de Hirsinger était fort bien en cour, 1l s’étail signalé au moment du procès de

la reine et l'on n'en avait pas perdu le souvenir

!. Antoine Denis, né en 1523. mort en 1793,

2. Le chevalier Yves-LouisJoseph Hirsinger, né le 19 mars 1757 à Obernay, mort à Heittenheim le 24 juillet 4824, fut successivement secrélaire de légation et ministre à Bruxelles, à Londres, à Dresde, à Constantinople et auprès du grandduc de Wurtzbourg.

en haut licu. C'était grâce à lui qu'avait pu avoir lieu l’extradilion de la fille d’Oliva, l’héroine des rendez-vous nocturnes organisés par madame de la Motte dans les bosquets de Versailles, el où la fatuité du cardinal de Rohan avait eru recevoir de Ja reine elle-même de tendres gages de faveurs futures .

Le neveu du chevalier Hirsinger ne pouvait être que le bienvenu. Présenté par lui au marquis de Vibrave, alors ministre de France en Suède, il fut accueilli favorablement; celui-ci, d'ailleurs, frappé des qualités qui se révélaient déjà chez le jeune diplomate, l'attachait immédialement à sa mission, en lui écrivant cette

lettre si flatteusc.

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