‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 113 sur 262 · ORDRE DE RETRAITE · texte numérisé non relu

ORDRE DE RETRAITE

qui entrave, gène et embarrasse la marche d'une armée ; des ordres sévères furent publiés et af&chés à cette occasion. Le général en chef de l'armée d'Italie m'avait demandé bon nombre de caissons à munitions ; ils partirent, attelés par des chevaux de réquisition levés à la hâte. Le général Éblé , dont l'habileté est si connue , organisait un équipage de pont à Capoue, pour faciliter le passage des fleuves, Voltumo, Garigliano, Tibre, soit que, dans la marche présumée pour notre jonction avec l'armée d'Italie, en supposant qu'elle fût battue ou qu'elle eût besoin de renfort, nous ne parvinssions pas à forcer les passages, ou enfin, s'il s'arrivait malheur aux uns ou aux autres, que nous fussions obligés de rétrograder.

C'est au milieu de ces préparatifs que j'appris en même temps la déclaration de guerre, la perte d'une bataille (i), la retraite de l'armée d'Italie, et qu'enfin je reçus l'ordre de me mettre immédiatement en marche, en laissant toutefois garnison dans les forts et forteresses des deux États que je jugerais à propos de garder, mais surtout de manière à conserver Rome. Ma prévoyance fut ainsi d'une grande utilité dans cette occurrence; je n'eus besoin que d'envoyer rappeler les divisions concentrées dans les provinces de Lecce et de Bari, ainsi que les colonnes mobiles. Je convoquai à la hâte les membres du gouvernement de Naples, qui furent frappés de terreur lorsque je leur fis part des événements qui s'étaient passés sur l'Adige et de mes ordres de marche, en les invitant à rester à leur poste sous la protection des forts et de la garde nationale. Aucun d'eux, ni personne, ni mon armée n'avait pénétré le

(i) La bataille de Magnano, perdue par Schérer, qui fut remplacé par Moreau.

but de mes préparatifs; je ne sais même si je l'avais confié au commissaire du gouvernement Abrial.

Les troupes revenaient à marches forcées se réunir au camp. A peine celles qui se trouvaient à Brindisi l'avaient -elles évacué que le vaisseau de ligne française le Généreux j échappé au funeste combat d'Aboukir, vint, dans la confiance que cette ville était occupée par nous, pour y jeter l'ancre. Il voulut forcer l'entrée, toucha et fut assailli par le canon qui n'avait pas été mis hors de service. Le feu fut entendu des troupes qui se retiraient; elles rebroussèrent chemin et le sauvèrent; il se dégagea, remit à la voile, et les troupes arrivèrent à leur destination, mais suivies de masses considérables d'insurgés qui les contraignirent de faire volte-face plusieurs fois. Ils se massèrent à Avellino; un voisinage si dangereux pour Naples et qui tenait le camp continuellement en alerte me détermina à les faire attaquer; ils ne purent résister et furent bientôt mis en fuite. Ce lieu était anciennement les Fourches Caudines, où une armée romaine mit bas les armes et passa sous le joug.

Pendant ces événements, on hâtait l'approvisionnement des châteaux de Naples, des forteresses de Capoue et Gaëte, du fort Saint-Ange à Rome, de Givita-CastcUana, des places de Givita-Vecchia et d'Ancône. Les équipages de l'armée, les parcs d'artillerie, un équipage de pont, et toutes les inutilités filaient sur Rome. Je recevais les nouvelles les plus désastreuses des suites de la bataille de l'Adige et de la retraite de l'armée d'Italie, des soulèvements dans la république Cisalpine, la Toscane, les États romains, les provinces des Abruzzes. Toutes les dépèches, en m'informant de ces événements, m'exhortaient à hâter ma marche; j'y étais assurément bien intéressé, mais je ne pouvais aller plus vite. J'avais d'avance fait partir quelques troupes pour la Toscane

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