‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 115 sur 262 · PRÉCAUTIONS ET PROJETS · texte numérisé non relu

PRÉCAUTIONS ET PROJETS

Florence à Gênes. Enfin je quittai Rome, après avoir encouragé les autorités françaises et celles de la République à montrer la plus grande fermeté dans ces moments calamiteux. J*y laissai une garnison, faible à la vérité, réunie à quelques troupes romaines sur lesquelles je ne comptais pas beaucoup, surtout en cas de revers. J'y déposai l'équipage de pont, des bagages, des inutilités qui embarrassaient ma marche; une partie nous avait précédés sans escorte et avait été prise en chemin par les insurgés, avec quelques personnes, parmi lesquelles se trouvait la famille Méchin.

Le général Monnier,qui commandait l'arrondissement d'Ancône, et le seul qui ait fait son devoir, m'avait demandé des instructions; je n*eus besoin que de lui répondre : t Vous savez ce que Thonneur commande et ce que prescrivent les lois; je m'en repose sur vous. »

En supposant que tous mes efforts fussent vains et que je fusse invinciblement arrêté dans ma marche, j'avais formé le projet de prendre une bonne position et de contenir l'ennemi tant que je pourrais, lequel n'oserait sûrement pas tenter de s'avancer et de s'enfoncer dans l'intérieur des Républiques romaine et de Naples, tant que les restes de l'armée d'Italie ne seraient pas forcés de repasser les Alpes. Dans le cas contraire, mon plan était de disputer le terrain pied à pied, en me rabattant sur Rome et les places napolitaines, enfin de me défendre jusqu'à extinction, ne doutant point de tous les efforts de la France pour renforcer larmée d'Italie, tenter de nouveaux combats et tout faire pour nous dégager.

Le général Horeau cherchait de son côté à contenir l'ennemi, mais la volonté ne pouvait rien contre des forces de beaucoup supérieures et victorieuses. Embarrassé en outre sur ses communications, il aurait dû, je crois, manœuvrer de manière à me tendre la main en

s'appuyant sur Gênes, notre jonction pouvant seule nous mettre en état, sinon de reprendre une attitude offensive, au moins d'attendre dans une bonne position les secours de France ; mais il paraissait vouloir conserver ses communications par le Piémont, déjà partiellement soulevé, au lieu de les garder par la Corniche. Le dernier moyen aurait eu le double avantage de couvrir cette voie et de prévenir les obstacles de notre jonction par la Toscane. Au lieu d'exécuter une opération si simple, si naturelle et si utile à notre cause, contraint de se retirer et d'abandonner le Tessin, il se jeta dans le Piémont pour y attirer, disait-on, les Austro-Russes, et par une marche prompte revenir à Gènes par Ceva, je crois, laquelle place se rendit par capitulation à une bande d'insurgés, de sorte que, privé de ce moyen de passage, il fut obligé d'abandonner une partie de son matériel et de chercher des passages par les montagnes.

J'étais parti de Rome avec l'espoir que le Tessin serait tenu assez de temps pour me permettre d'opérer ma jonction, et j'arrivai à Florence où j'appris, soit en route, soit dans cette ville, la situation dans laquelle l'armée d'Italie avait été jetée. J'avais annoncé un plan hardi, téméraire sans doute, mais de ceux qui réussissent assez fréquemment à la guerre ; je n'en avais pas fait connaître le fond ; les communications de Florence à Gênes étaient coupées et Ton ne pouvait se fier à celles de mer; aucune embarcation n'était prête au port de Lerici, dans le golfe de la Spezzia. Je sus aussi, ce qui était probable, que Mantoue était investie ; c'était une place très forte, dans laquelle je supposais une bonne garnison, convenablement approvisionnée et commandée par le général Latour-Foissac, père du maréchal de camp d'aujourd'hui.

Je me rendis à Pistoïa, et ma première opération fut

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