‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 116 sur 262 · COMBINAISON PROJETÉE · texte numérisé non relu

COMBINAISON PROJETÉE

de prendre position sur les Apennins et de garder tous les débouchés. Je fis attaquer l'ennemi à Sarzana et Pontrerooli; les deux points furent forcés et les communications rétablies avec Gênes. Le général Dessole, chef d'état-major de Tarmée d'Italie, séparé, je ne sais plus par quelle circonstance, du général Moreau, me donna les tristes détails que je viens de rapporter. Les divisions Montrichard et Victor étaient postées, la première à Bologne, l'autre non loin de Gênes; j'avais mûri le plan non développé qui tendait à rallier ces deux divisions, si on les mettait sous mes ordres, et à me précipiter du sommet des Apennins pour attaquer l'aile gauche de l'ennemi, en position au pied des débouchés de ces montagnes dans la vallée du Pô, et dont les principales forces couvraient Modène. Je communiquai ce plan d'opération au général Dessole, qui le trouva très bon, mais m'engagea cependant à en suspendre l'exécution jusqu'à l'arrivée du général Moreau à Gènes qui lui était annoncée par des émissaires dévoués. Il s'y rendit en effet quelques jours après, et non seulement il applaudit à mon projet, mais il m'engagea vivement à l'exécuter le plus promptement possible. Cette opération, si elle réussissait, devait paralyser l'aile gauche de l'ennemi, si je ne parvenais pas à la détruire, et la séparer de Tarmée principale en coupant ses communications avec elle, après l'avoir jetée au delà du Pô. Remontant la rive droite de ce fleuve, menaçant de le passer pour débloquer Mantoue, j'espérais par là dégager l'armée d'Italie en forçant l'ennemi qui la suivait de rebrousser chemin et de passer sur la rive gauche, après quoi j'aurais opéré ma jonction avec Moreau à Parme ou Plaisance. Pendant ces arrangements, j'avais préparé une expédition pour réduire Arrezzo qui s'était soulevé, mais, ayant besoin de tous mes moyens, je l'ajournai.

Il eût peut-être mieux valu exécuter cette jonction parla Corniche ; la chose du Rioinsse serait opérée sans obstacle, comme elle a eu lieu depuis; mais je crois avoir déjà dit qu'il n'y avait pas suffisamment de moyens au port de Lerici pour transporter l'artillerie et le matériel à Gènes, la Corniche n'ofTrant qu'un chemin de mulet. Néanmoins tout en procédant à l'autre opération, on ne négligeait point de rassembler des embarcations suffisantes en cas de revers, et qui plus tard en effet sauvèrent notre précieux matériel.

Si d'ailleurs l'expédition réussissait, elle avait des résultats d'une bien autre importance; une seule bataille gagnée nous faisait reconquérir tout ce que nous avions perdu et arrêtait les insurrections, qui ne seraient plus protégées ni appuyées des forces de l'ennemi; mais, pour que l'opération n'échouât pas, il fallait le concours simultané des deux armées, quoique à une grande distance Tune de l'autre. La suite fera voir comment elle a manqué par les hésitations de Moreau.

Tous les rapports annonçaient la résolution de l'ennemi de tenir devant Modène et d'empêcher l'armée de Naples de déboucher des Apennins. La division Montrichard, postée à Bologne, comme je l'ai dit, était mise sous mes ordres, ainsi que celle de Victor, qui était, je crois, à Pontremoli. Le général Lapoype, avec 3 ou 4,000 hommes, était à Bobbio. Il fallait garder Florence, Livourne, en mon absence, et l'état de la Toscane presque en armes exigeait que les forces que j y laisserais fussent assez imposantes pour qu'on fût en sécurité sur ce point; le général Gauthier y resta commandant (4).

(1) J'ai, je crois, fait erreur en citant le Tessin pour la Bormidiu C'était derrière ce fleuve que Moreau s'était retiré et où il fat forcé pendant ma marche de Rome À Florence. Il ne vous paraîtra pas surprenant, mon fils, qu'écrivant seulement de mémoire, après

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