‹ Souvenirs du Maréchal Macdonald, duc de TarenteChapitre 260 sur 262 · FRANCHISE · texte numérisé non relu

FRANCHISE

irlandaise. — Oui, Monseigneur. — Mais presque tous les officiers ont émigré. — Oui, Monseigneur. — Pourquoi n'avez-YOus pas fait comme eux? Quelle raison vous a retenu en France? — Monseigneur, j'étais amoureux. — Ahl ahl dit-il en riant, monsieur était amoureux '» ; et sur le même ton, avec un coup d'œil expressif, je répondis : t Oui, Monseigneur, tout comme un autre; j'étais marié, j'allais être père; et puis, ajoutai-je, Monseigneur sait bien qu'il y a eu bien des motifs d'émigration; ce n'a pas toujours été le dévouement, l'opinion qui a déterminé, surtout parmi les jeunes officiers qui, comme moi alors, comprenaient fort peu la politique, mais souvent de mauvaises affaires, quelques-unes fort saies, des dettes, etc. i Poursuivant, je dis du même ton : ( Il faut que je fasse un aveu à Votre Altesse Royale. — Lequel? — C'est que j'adore la Révolution. » Monsieur fit un mouvement de surprise et changea de couleur; je me hâtai d'ajouter : f J'en déteste les hommes et les crimes; l'armée n'y a point participé; jamais elle n'a regardé derrière elle, toujours en face de l'ennemi, elle déplorait les excès de l'intérieur. Comment n'adorerais-je pas cette Révolution? C'est elle qui m'a élevé, grandi; sans elle, aurais-je aujourd'hui l'honneur de déjeuner à la table du Roi à côté de Votre Altesse Royale? » Monsieur, qui s'était remis et avait repris sa belle humeur, me frappa sur l'épaule en me disant : < £h i vous avez bien fait; j'aime cette franchise. »

Mai 1S26.

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