CHATET, LIBRAIRE, PLACE DU PALAIS-ROYAL , W
DELAUNAY, libraire, palais-royal, «o» 182 el 183; DELANGLE , libraire , place de la bourse.
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PRÉFACE
Après les beaux ouvrages que l'abbë Pons, Bourgoing et M. de Laborde, ont publies sur FEspagne , il pourrait paraître téméraire de vouloir donner des renseignemens sur ce pays, si Ton ne songeait que ces auteurs ont ^crit dans un temps que la succession des événemens fait déjà paraître bien loin de nous. Il était alors d'usage de voyager en amateur des restes de l'antiquité, ou des monumens des arts. Aujourd'hui que l'attention publique s'attache spécialement à ce qui peut influer sur l'avenir des peuples, il serait biea difficile d'inspirer de l'intérêt en parlant de l'Espagne , sans en exposer l'organisation sociale et les besoins pressons. L'esprit qui anime ce grand corps
PREFACE
languissant est, en effet, une espèce de problème sur lequel s'exerce , depuis bien des années , Fattention des publicistes de l'Eu- ' rope. S'il importe d'en oblenir la solution , ce doit être surtout pour les hommes dont l'existence se trouve étroitement liée à la s( sienne. L'Espagnol peut ignorer sans inconvénient ce qu'il y a de remarquable dans le palais de Madrid et dans les résidences royales ; mais tant qu'il ne réfléchira pas sur la misère qui l'entoure et l'assiège , sur la nudité des champs qu^il parcourt , sur le défaut d'industrie de ses concitoyens , sur la multitude de prêtres et de moines qui oppriment et dévorent son pays, sur les injustices continuelles du pouvoir, etc., il sera le jouet de tous les événemens que les passions des homme» ou les caprices de la fortune ne manquent jamais de faire naître partout où la prudence ne sait les prévenir.
Telle est la suite naturelle de la négligence apportée dans les affaires de chaque jour :
PREFACE
Elle ruine les nations comme les particuliers; elle fait le malheur de tous. Le premier devoir de ceux qui veulent aujourd'hui concourir à faire connaître un peuple, est donc de dire comment est rëglëe chez lui l'existence du plus grand nombre, dont le sort constitue la félicite ou l'infortune publique , dont l'organisation doit produire des jours de paix ou de longues années de troubles et de déchiremens. Et si de semblables observations peuvent devenir utiles au pays qui en est le sujet, et aux états qui l'entourent; si ces données sur une nation qu'on veut à toute force tenir séparée de l'Europe , se rattachent au grand procès de la civilisation et de la dignité de l'homme , qui se plaide maintenant contre d'avides tuteurs obstinés à le tenir en charte privée , quoique l'époque de son émancipation soit arrivée depuis long-temps; si des considérations de cette nature conduisent à faire mieux apprécier des institutions généreuses.
iv PRÉFACE.
à rallier les citoyens autour de lois protectrices des libertés publiques ; si elles peuvent contribuer à faire admettre la conscience et la justice dans T administration de tous les intérêts, à inspirer le culte sacré du serment, le respect pour la foi jurée , et le respect pour soi-même, sans lequel il ne peut y avoir de respect pour les autres , ni de titres à l'estime ; les publier devient un devoir, que la moindre force de caractère donnera toujours le courage de remplir ^ Tandis que le mépris public attend la basse flatterie, qui met le comble à la démoralisation en lui prodiguant des éloges , la vérité rencontre partout des approbateurs, dès qu'elle ose se montrer. Je laisse donc volontiers à d'autres le plaisir de se mentir à soimême, et de se débattre contre l'évidence.
Comme je n'écris pas pour blâmer, je parlerai d'abord de l'Espagne considérée
' Voir mes Souvenirs du Nord, avec cette épigraphe ; Le J^au de t humanité, c'est le pouvoir absolu. Paris, 1821 .
PREFACE. y
SOUS le rapport physique, de ses diverses contrëes y des saisons , des climats , des habitations, de la constitution, du costume, de la manière de vivre, des maladies de ses habitans , points importans de son histoire, que je n'ai pu qu'effleurer.
Dans un second livre je dirai comment l'f^pagne est partagée entie les Espagnols, v/ et comment ceux-ci sont distingués entre eux. Après avoir exposé ce que la nature a fait :
pour ce pays, je dois dire ce que les hommes ont fait pour sa ruine et le malheur de sa population.
Je l'examinerai donc ensuite ^ous le pouvoir spirituel ou religieux qui la régit; j'avoue qu'il n'y aurait rien d'étonnant quand je me serais laissé emporter à des expressions peu mesurées , car j'ai senti bien de l'indignation en contemplant ce pénible y tableau.
Celui de l'Espagne considérée sous le pouvoir administratif ou temporel n'est
TJ PRÉFACE.
guère plus satisfaisant : il est la suite du précèdent, comme Tautoritë royale dépend du sacerdoce en Espagne. Pour en donner une idée, je déclare qu'avant d'avoir vu ce pays , je n'aurais jamais cru qu^on pût se moquer à ce point d'une population de dix millions d'ames.
Des causes si puissantes ne pouvaient manquer d'influer sur le moral d'un peuple. Le caractère et les mœurs de la nation espagnole offrent des traits remarquables qui sont bien T plus évidemment le résultat de la législation ^ et de ses abus , que de. l'influence du climat. J'ai tâché de les faire connaître j et je termine par. des considérations sur l'état actuel des esprits et la force des partis dans la Péninsule , car on peut juger du Portugal par l'Espagne. En effet, ce sont toujours des prêtres et des moines qui dominent , font la loi, les coups d'état, et même les souverains, au mépris des lois divines et humaines.
Dans Tagitation actuelle de l'Europe , ij
PREFACE. vij
n'est pas inutile de savoir quelles sont les
bases et la manière d'agir du gouvernement
• espagnol, qu'on a voulu si souvent donner
pour modèle. Puissent les changemens que la raison et la morale commandent d'y faire, s'opérer sans secousses! Puisse le pouvoir ^ sans cesse agite par les factions, trouver enfin le repos dans des institutions capables de faire le bonheur des peuples ! Puisse-t-il prévenir par sa prudence malheureusement trop douteuse , les abus de la force, et les révolutions, qui deviennent inévitables lorsque tous leurs élémens se trouvent ainsi accumulés dans la même contrée !
DU MIDI