ASSERVISSEMENT DE LA PRESSE
Rien ne peut se comparer aux précautions qui ont
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été prises en Espagne contre l'impression des ouvrages qui peuvent encore naître sous un gouvernement si peu favorable au génie , et contre le commerce ou l'introduclion des livres étrangers. On ne pourrait comprendre tant de sollicitude , si Ton ne savait qu'un soin de cette importance pour le clergé est tombé entre ses mains, actives à anéantir tout ce que la pensée a de saisissable, comme celles d'Hercule à étouffer des serpens. C'est la sainte Inquisition qui s'est chargée depuis long-temps de préserver les âmes du venin de la civilisation , et elle devait y réussir, puisqu'elle avait à sa disposition les forces du gouvernement , qu'elle y eût employées tout entières s'il l'eût fallu, sentant bien qu'une interdiction absolue du souffle de l'étranger, et le silaice de la mort dans le malheureux pays sur lequel elle voulait régner, étaient absolument nécessaires pour qu'on pût supports la conduite qu'elle allait tenir. Par la raison que les, malfaiteurs recherchent les ténèbres , et que les grands coupables sont inquiets d'entendre la voix publique prononcer leur nom, le clergé d'Espagne , animé des intentions qu'il a si largement manifestées depuis , devait commencer par détruire la faculté d'imprimer, si redoutable à tous ceux qui sont en flagrant délit. Aussi, l'indulgence pour l'introduction des produits de Tindustrie étrangère , qui devait suppléer k celle qu'on ne voulait pas souffrir dans l'intérieur du royaume, ne s'est-elle jamais étendue jusqu a l'importation des livres. Ce péché fut toujoiu^ irrémissible. Jamais Harpagon ne fouilla celui qu'il accusait de lui avoir volé son trésor avec des mains plus empressées et un regard plus avide , que les agens
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(le rinquisition ne visitent à la frontière et sur les bâtimens qui arrivent dans les ports d'Espagne les moindres effets des étrangers. Comment apporter assez de soins à y rechercher ce poison subtil qui s'attaque au cœur de la nation espagnole, ou aux principes conservateurs de son état actuel, si précieux pour certaines personnes d'une indifférence reconnue! Les épidémies de Cadix, deSéville, de Barcelonne, etc., produites par la négligence des autorités , étaient des maux passagers , des tempêtes quin^empêchaient pas le sol de rester bon et de porter un peu plus tard tous les fruits qu'il promet. Mais les œuvres de Voltaire , de Rousseau et de tout ce qui se rattache a ces deux noms trop fameux, qui peut calculer sur lecorps social la profondeur de leur action délétère! Quelle contagion fut jamais plus active et plus meurtrière que celle de leurs maximes abominables ! Qui sera assez heureux pour empêcher qu'elles n'infectent quelque membre de la grande famille, et pour en retrancher assez tôt celui qui en aura été souillé ! Les noms de ces deux écrivains ne sont plus des noms d'hommes en Espagne : ils produisent Teffet de celui des anges révoltés ou des esprits infernaux. Es un FolttrTy disent les bonnes femmes en parlant d'un enfant qu'on ne peut maîtriser et qui ne veut rien faire, comme on dirait ailleurs qu'il est un démon. Quel meilleur éloge de ces deux philosophes, que de proclamer la haine qu'ils ont inspirée à des personnages si malfaisans par leur nature ou par leur déplorable instinct ?
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