‹ Souvenirs du MidiChapitre 28 sur 34 · CHANGEMENS A OPERER EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

CHANGEMENS A OPERER EN ESPAGNE

La patience et l'aveuglement des peuples ont leur terme. Lorsqu'ils sont arrivés au point de ne pouvoir se contenter de ce qui leur avait suffi jusqu'alors, lorsque l'esprit public ou l'esprit du temps, qu'il faut savoir consulter dans les grandes affaires politiques , ne permettent plus aux gouvememens de continuer à tenir le même langage, d'avoir le même système d'actions, s'obstiner à parler et k agir comme par le passé, est un travers déplorable, puisqu'il annonce qu'on méconnaît Pempire de la nécessité contre laquelle rien ne doit prévaloir. C'est établir inutilement, entre ce qui doit agir et ce qui peut résister, une lutte qui a pour résultat immédiat des malheurs trop capables d'éloigner de la route du bien. J'avais vu dans le nord de l'Europe les seigneurs russes posséder en propriété des milliers d'hommes qu'ils vendent avec la glèbe à laquelle ils sont attachés , etc. ; mais en Russie , on conçoit la nécessité de ne pas délier brusquement de la soumission aux seigneurs des paysans sans discernement, empressés à confondre la liberté avec la licence , tandis qu'il n'y a rien de semblable en Espagne : rien n'oblige à y maltraiter , comme on le

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fait , une po|mlatioii de dix millions d'ames , si ce n'est rëgcnsme du clergé , toujours prêt à insurger le bas peuple ignorant contre ceux qui voudraient établir l'ordre dans les adaîres publiques : il n'y a que ce corps qui puisse vouloir perpétuer ces maux. Si l'on a pu proclamer que la constitutioa des cortès, trop démocratique, menaçait l'existenoe des rois^ et que tous les souverains étaient mtéres* ses à ce qu^elle fôt modifiée, les naticms ont bien plus le droit de dire k leur tour que la manière dont on gouverne aujourd'hui l'Espagne est un exemple dangereux pour la liberté des peuples , et que tous sont fondés à demander qu'on mette fin à une ty^ rannie qui rappelle d'une manière trop affligeante les calamités de la Grèce sous l'empire du CiH>issant« O abus des choses saintes, que ne [)résagez-vous pas aux nations ! Malheureuse Espagne ! dans quel abtme t'a conduit le sacerdoce ! D'où sont veuus tous les fléaux qui t'affligent, les vices élerés qui t'ont (stit rougir, les invasions qui ont accablé tes peuples , les guerres civiles qui t'ont déchirée? les passions aveugles et cruelles qui soufflent encore la destruction, et promettent de nouveaux désastres? Tant d'infortunes ont pris leur source dans la religion, méconnue par ceux qui devaient la faire respecter et chérir j dans l'égoïsme et l'ambition, mis à la place de l'hnmitité et de l'indifférence pour les biens de la terre. Pourquoi le pays où fou voit le plus de temples et de prêtres du Dieu tout-puissant , n'est-il pas celui où l'on trouve le plus de bonheur (82) !

Les partis y sont en présence , et chaam prépare ses armes : d'un cdté les libéraux , affaiblis p»r leurs

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i*evers depuis 1823^ par le temps et surtout par la crainte , car nulle part ils ne furent après la défaite aussi maltraités qu^en Espagne , comptent dans leurs rangs les personnes éclairées de toutes les classes, auxquelles se joindront encore une partie des curés qui voient leurs paroissiens dépouillés pour satisfaire des ambitions supérieures ; de Tautre , sont les moines, le haut clergé, le gouvernement, toutes ses créatures , et la masse de la nation , que son ignorance rend enthousiaste pour la défense de l'autel et du trône. Il semble que la prudence doit long-temps encore faire éviter le combat ou la lutte à ceux qui sont si inférieurs en nombre , mais ils sont en outre faibles ou peu affermis dans leurs opinions : ils n'ont pas cette conviction que donne la supériorité des lumières , et qui augmente à son tour les forces physiques. Beaucoup d'Espagnols du parti libéral savent que tout est en souffrance dans leur pays ; mais à peine instruits des causes du mal , ils ne savent que fort imparfaitement ce qu'il faudrait faire pour le détruire , et n'apporteraient que la tiédeur de l'irrésolution là où il faudrait la volonté la plus forte. Oa a pu leur reconnaître ce défaut de courage politique en 1823. Lorsqu'ils entendirent le roi de France annoncer du haut de la tribune que cent mille Français allaient marcher contre eux , ils ne furent plus sûrs d'avoir raison , et peut-être les scrupules religieux vinrent-ils se joindre à la crainte des peines de ce monde dans leur raison timorée, lorsque les prêtres et les moines , enhardis par les menaces du démon , élevèrent la voix contre eux ; il est positif qu'ils s'abandonnèrent eux-mêmes, et qu'ils sont aujour-

d'hui moins forts que dans ces temps de douloureuse mémoire.

Sous Tautre étendard sont réunies des forces en apparence considérables ; mais leur conscience dit aux chefs qu'ils sont armés contre les droits des peuples , contre la justice , la loyauté , l'honneur, et que leur conduite , hostile envers leur pays , peut leur * attirer les chàtimens rései^vés aux grands coupables. Cette voix intérieure , que les succès peuvent faire taire, se ranime à la moindre apparence de revers , les décourage , et les affaiblirait plus promptement encore que la crainte ne démoraliserait leurs adversaires.

Dans cette situation , le voisinage de la France ne peut tarder à produire son effet. Sa prospérité doit raffermir les uns, et accuser les autres, en les éclairant tous. Avant peu cette influence salutaire pourra porter son fruit. Ne nous dissimulons pas que, si l'on voulait anticiper sur la marche naturelle des événemens, la lutte pourrait être beaucoup plus terrible , et le sol de la Péninsule plus ensanglanté. Les opinions religieusesr s'y confondant avec les opinions politiques, combien une guerre civile ne peut-elle pas devenir désastreuse ! Que de victimes l'aveugle fureur ne peut-elle pas immoler, avant que la raison ne vienne rappeler que c'est pour défendre la dignité de l'homme qu'on a pris les armes !

Peut-être cette perspective fera-t-elle recourir à des idées de modération et de justice, dont la tardive adoption devient tous les jours si nécessaire à la Péninsule. Il est temps que l'autel permette au trône de

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prendre une altitude de force et de stabilité , sans lesquelles il n^y a ni sécurité, ni bonheur, ni liberté, ni aTenir pour tes nations ; et que le trône permette aux peuples de jouir de tous leurs droks, qu'ils sau^ raient conquérir au besoin. Il est temps que Tautorité spirituelle rentre dams ses attributions d'où elle n'au>rait jamais dû sortir ; qu'elle restitue ces richesses dont elle s'est emparée en prêchant le mépris des biens de la terre* N'est-il pas scandaleux de voir des chefs spirituels avoûr des trésors pour subvenir à leurs besoins limités , et les ministres d^un roi , chargés de faire respecter sa puissance souveraine, rece^ voir pour toute existence un modique traitement que la nécessité les obligera peut-être de grossir aux dépens du trésor public et de leur conscience ! Les apôtres de l'humilité habitent des palais, et les pre^ nuers dépositaires des volontés du monarque , logés quelquefois a un troisième étage, ne peuvent recevoir chez eux le moindre ambassadeur étranger, de peur de le rendre témoin de leur misère. Quand sera donc réglée cette différence choquante ? Diplomates , minières et admims(ratew*s espagnols, ne voyez-vous pas que vous êtes le jouet de ceux dont la candeur et la simplicité de moeurs doivent faire le principal mé^ rite? Miliuûres de tout grade, ne vciyez^-vous pas que la misère est votre partage , et que la richesseet l'opulence sont le leur ? Ne voyez-vous pas cpi^ih sont possesseurs à perpétuité de leur fortune , et que rien n'est plus ordinaire pour vous que les disgrâces et les inlerruptions de fcmctioos et de solde? La né^ eessilé d'établir la liberté sur des bases solides avait éèé si vivement sentie par la nation espagnole , il y a

trois siècles , epte presque toates les communes du royaume de CasliÔe avaient été entraînées à s^unîr dans one sainte ligue , pouroblenir de Charles-Quint, par la force des artnes , k réforme des abus dans Tadministration de TÉut et dans Texerciee de rautorité sacerdotale* Don Juan de Padilla, fils aine du corn* mandeur de Casttlle , devenu chef de cette légitime révolte , mourut dans les suppKces en héros de la liberté (en avril 1522 ), lorsque sa noble cause suc^ comba sôus les efforts des armées royali^es. Saveuve^ dofta Maria Pacheco , éprise du même enthousiasme, se défendit dans les murs de Tolède avec une valeur et une constance qui la placent au niv^u des femmes les plus célèbres que puisse offrir l'histoire à Tadmira tîon des peuples ; <lîgne manière de venger un époux qu'elle remplaçait dans l'opinion de ses concitoyens. Depuis ces évéoemens mémorables, trois cents ans ont été perdus pour cette malheureuse Elspagne ^ plus animée do senliment de son droit et plus près d'en jouir à t'avénement de Charles^Quint qu'elle ne l'est aujourd'hui 1 Triste sujet de réflexions sur les difficultés que trouvent les p^iples à concourir Ji la confection de leurs lois , à la consinrction de leur édifice social , à la liberté et au bonheur de leur patrie !••• C'était vers cette époque, que, poussé hors des bornes de la patience humaine par les exactions et les scandales de la cour de Rome et de ses agens corrompus , un moine de l'ordre de St - Augustin ( Luther ) entreprit la réforme religieuse qui fit le bonheur d'une grande partie de l'Europe , en la ramenant au texte primitif des livres saints. . . ; et depuis trois cents ans, PEspagne a vu s'accumuler sans cesse

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