‹ Souvenirs du MidiChapitre 30 sur 34 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

(1) Page 6.

« On rpèut assurer qu'un tiers des terres incultes de l'Espa- « gne, et la poussière des chemins des provinces orientales '«• et méridionales de ce royaume , pourraient fournir de nitre « le monde entier^ si la y^nté de Dieu Tanéantissait dans « tout le reste du globe. »

■ (Mi^TANOi Dictionnaire géographique et statistique de VÊs^ pagne et du Portugal, Madrid, 1 826).

(2) Page 6,

L'école des'iiveugles de Barcelonne est tenue pur un par- ^culier.

(3) Page 10. ['

Abderame \^ commença la grande mosque'e de Cordoue vers l'an 760 du Christ ( i42 de l'he'gyre). Son fils Haccham la finit. « On dit ^ue les Espagnols n'en ont conservé que la « moitiéé Cependant elle a 600 pieds de long sur aSo de large. M On compte ag nefs dans sa longueur et 19 dans sa largeur, k Plus de 3oo colonnes d'albâtre, de jaspe, de marbre, souu tiennent cet édifice ; on j entrait autrefois par 24 portes de « bronze, couvertes de sculptures d'or, et 4i700 lampes éclai- « raient toutes les nuits ce temple magnifique. » (Florian.) ^

La mosaïque dont il est question fut découverte il n'j a pas plus de six ans, c'est-à-dire vers 4820.

Si on ne voit pas à Cordoue les ruines d'une ville capable de contenir un millioihd'habitans, il existe à une heue et demie (au sud-ouest), enlre la rive droite du Guadalquivir et le

pied des montagnes^ des restes de mosaïques qu'on dit avoir appartenues aux bains de la reine maure ^ et qui firent probablement partie de cette ville merveilleuse par^a construction, appelée Zehra, du nom de la favorite d'Abderame III.

Le jeu de mots des cicérone de Cordoue est loin de suppléer d'une manière satisfaisante à leur défaut d'érudition. Ils demandent aux étrangers s'ils veulent voir le point cT honneur ou le point de Cordoue , el punto de Cordoua; et sur la réponse affirmative, ils leur montrent attachée à la voûte une grande corne (ou une défense) qu'on dit être une corne du bœuf qui traîna les premiers matériaux destinés à la construction de cet étonnant édifice , voulant dire en même temps que tout Thonncur des habitans de Cordoue se trouve là , et qu'il ne faut pas

en chercher ailleurs Cette expression vient peut-être

aussi de ce que cette corne se trouve suspendue dans une partie de l'église correspondante à cinq autels où Ton dit des messes à heure fixe, las misscu en punto, 6 las missas àhoras en punto.

(4) Page 13.

Voyez les observations météorologiques qui se trouvent à la tête de l'ouvrage d'Aréjula, sur la fièvre jaune, observée en Andalousie pendant les années i8oo, i8oi et i8o4*

(5) Page 14.

J'ai présenté dans ces derniers temps, à l'Académie de Médecine de Paris , un mémoire sur l'importation et la transmission de la fièvre jaune en Europe, qui pourra être un jour imprimé. Vojez Bourgoing, Tableau de l'Espagne moderne y tome II, Paris, i8o3. Par Cédule royale de la fin de 1791 , le gouvernement espagnol permit aux nationaux et aux étrangers, et pour l'espace de six ans, d'aller acheter des Nègres partout où ils pourraient en trouver, et de les débarquer dans la plupart de ses ports et de ses colonies d'Amérique. C'est de cette époque^ qui coïncida avec celle des guerres de Saint-Domingue , que datent les plus grandes épidémies de fièvre jaune qui aient désolé les colonies, le continent d'Amérique et le midi de l'Europe.

I!>iOTES. 339

(6) Page 16.

A huit lieues de Grenade se trouve le fameux marbre de Loxa, blanc comme Talbâtre. A trois ou quatre lieues de cette ville sont les carrières de marbre vert également renomme'. A une lieue de Tortose, dans la Catalogne^ s'exploitent celles du marbre connu sous le nom de jaspe de Tortose ^ non moins estime.

(7\ Page 18.

La Sierra Nebada, qui paraît si rapprochée de Grenade, quoiqu'elle en soit à une lieue et demie.

Le Pico de Veleta, qui fait partie de ces montagnes, est eleve' de 1781 toises 16 centièmes au dessus du niveau de la mer; le Mulahacen, de 1824 toises 47 centièmes. Aucune montagne des Pjre'nees n'atteint cette hauteur; car le Mont-Perdu, la cime la plus ëleve'e des Pyre'nees espagnoles, n'a que 1763 toises ; et la cime la plus élevée des Pyrénées françaises n'a que 1722 toises. Le pic Mulahacen, dans la Sierra Nebada de Grenade, n'a que 76 toises de moins que le pic de Ténériffe (Laborde et Humboldt) : de ces hauteurs on distingue la Sierra Moréna, qui est à trente lieues au nord , et les côtes d'Afrique, qui sont à quarante-cinq lieues.

(8) Page 19.

Il y a à Grenade des cordonniers et des escribanos (espèce d'huissiers) qui portent ce» noms.

(9) Page 19.

Je tiens ces détails d'un homme éclairé, élevé par ce Montézuma , mort il y a peu d'années dans un âge très avancé. Us étaient parens.

Voici ce qu'il m'écrivit lorsque je lui demandai des détails qui ne laissassent aucun doute :

u Le dernier descendant des Montézuma est mô>J: en 1817 , « à Honda, où il était né et où il avait passé sa vie, jouissant d'un « majorât considérable et d'une pension de la co'aroune de mille

« douros par an ( cinq tnillc trois cents francs ) , qu'il touchait m solennellement k la trésorerie royale du Mexique, d'après un « cicte de reconnaissance de V abdication faite par F Empereur « son aïeul. »

Ces données ne sont pas sans intérêt dans la situation où se trouve actuellement le Mexique.

Ce Montezuma serait-il le même que celui qui e'tait alcade major à Madrid, lorsque le roi Ferdinand y revint en i8i4? Un écrivain anglais a dit récemment dans le BackwoocTs magazine :

« L'alcade major de Madrid Montezuma, descendant des « Incas, embrassa le parti du roi (en mai i8i4), et la ville « resta livrée à une populace frénétique et a une soldatesque « furieuse. »

Vojez la Reuue britannique de juillet i83o.

(lo) Pa§^â 19.

Le lecteur me saura gré, sans doute, de citer ici le tableau de ce vojage politique, crajonné par un homme si capable de bien faire connaître l'Espagne, s'il eût voulu donner à l'ouvrage qu'il a écrit sur ce pajs une autre forme que celle d'un roman dont l'intrigue devient bientôt trop compliquée. Voici comment il fait parler le père PaBlo, moine afrancesadoy et amoureux, dans ce moment, autant qu'il m'en souvienne :

• Les Français se mirent en marche pour Séville. Je les u suivis comme un captif enchaîné à leurs succès : nous des- « ceudions les rives enchantées du Guadalquivir, ces provinces « qu'ont tour à tour illustrées les Carthaginois, les Romains, « les Maures , et qu'il était réservé aux Vandales de nommer. « L'Andalousie, riche de tous les présens du ciel, couverte de « monumens et de souvenirs, après avoir donné aux fils de « Sidon et de Carthage l'argent et l'or; à la gloire de Rome, « les immortels écrits de Lucain et de Sénèque ; au monde, le « règne des Trajan, des Adrien, des Théodose; à la haute « civilisation des Arabes, un climat qui semble propre à faire « éclore le génie des hommes, comme les dons de la nature; la « riche et belle Andalousie, dont un printemps précoce déve- « loppait |a magnificence , ne ranimait pas mon imagination

« flétrie. Seul dans le magnifique cortëge de notre nouveau sou-

• verain f je voyais sans émotion l'aigle française planer triom- « phante aux lieux où Taigle de Tyr s'était assise il y a trois « mille ans. Ces contrées, sur lesquelles un gouvernement dé- « plorable a eu plus d'empire encore pour détruire que leur « soleil pour féconder , devaient recevoir du nouveau règne « cette impulsion généreuse qui aurait ramené les beaux jours « des Arabes. On aurait vu enfin, sous la loi chrétienne^ ces « royaumes briller de l'éclat dont ils resplendirent sous la loi « de Mahomet. La population semblait comprendre ces gran- « des destinées. Les habitansdes campagnes, les curés k leur « tête, accouraient aux baise-mains de Joseph : les mae s tranzas, « associations chevaleresques que forme la noblesse des villes, <• se pressaient autour de son char , et se disputaient l'honneur « de le garder. Andujar, Jaën, Cordoue, Grenade, dressaient « sur sa roule des arcs de triomphe, et les jeunes filles semaient

• de fleurs le sol que foulaient ses pas. » (^Alonzo , ou VEspa^ gne, par Salvandy, livre xxii, chapitre V.)

(11) PageJ^.

Au printemps de 1826, deux officiers d'infanterie de la garde royale, âgés de seize h dix-huit ans, en garnison à Alcala de Hénarès, se disposaient à partir pour la chasse. L'un deux croyant que son fusil n'était pas chargé, ajusta son camarade , le coup partit et le tua. C'était un des derniers Incas. ( Inca y oupanghi, on Voupangujr,^

(12) Page 22.

Les bords du Manzanarès se couvrent de leur riche dépouille qu'on lave avec peine dans ses eaux sablonneuses. Aussi, pour voir les principales opérations qui doivent suivre la tonte, se faire avec l'ensemble de précautions nécessaires, faut-il se transporter aux lavoirs disséminés aux environs de Ségovie , à Iturviaca et dans le reste de la Castille, surtout à celui d'Ortijosa situé à trois lieues de Saint-Ildephonse. C'est de ces divers points que partent les laines qui doivent, par Burgos, être exportées en France, et celles qui alimentent les fabriques de draps établies à Ségovie et à Guadalaxara.

Au commeucçment et à la fin de la révolution française , on comptait en Espagne cinq millions de moutons voyageurs et huit millions de moutons permanens ,( total, treize millions). A celte époque, il sortait par les ports de Bilbao et de Saint- Ander environ quatre millions de livres de laine (il en passait peu par celui de SeVille), dont la France recevait la moitié , pour une somme de douze ou treize millions de francs; ce qui rapportait au gouvernement espagnol sept millions de francs ou vingt-huit millions de reaux de droits d'exportation. Mais aujourd'hui tout est bien changé dans cette branche du commerce d'Espagne. Les guerres, dans un pays où les couvens seuls se réparent^ ont de beaucoup diminué le nombre des troupeaux, ( qui ne s'élèvent plus aujourd'hui qu'à huit million^ de têtes ), sans que l'agriculture, à laquelle ils nuisent^ se soit améliorée en proportion ; et l'exportation des laines est d'autant moindre, que la France, l'Angleterre, la Saxe, le Dannemarck, etc., se sont pourvus des mêmes races de mérinos, dont le soin a rendu la laine égale à celle d'Espagne ; car celle de Saxe est cotée à un prix plus élevé sur les marchés de l'Europe. Ainsi ont été perdus pour la Péninsule tous les avantages qu'elle retirait encore au commencement de ce siècle, de ses mœurs pastorales, non moins factices que sa barbare civilisation. La France, qui exporte tant de draps, n'achète plus chaque année que pour dix millions de laines, en tout, à l'étranger.

(i3) Page 22.

A l'époque où j'étais chargé du service médical de l'hôpital de Madrid , j'ai rédigé, sur cette maladie, un mémoire que je me propose de publier et qu'on pourra consulter.

(i4) Page 23.

Les œufs y viennent quelquefois de la frontière et même de l'intérieur de la France. Jovellanos en convient dans son Mé^ moire sur le perfectionnement de VJgriculturèj etc. Madrid, i795.

(i5) Page 23.

Racine qui croît dans le royaume de Valence, et avec la-

quelle on prépare cette sorte d^emulsion : Cfperus escuUnius, famille des souchets.

(i6) Page 24.

Il existe une fabrique de ces vases à Ocana, près d'Aranjuei^ une autre à Andujar^ une troisième à Xèrez de la Frontéra^ et sans doute dans beaucoup d'autres villes d'Espagne que je n'ai pas eu occasion de voir.

(17) Page 25.

Le gaspatcho est un mélange fait à froid de piment rouge, d'ognon ou d'ail; de sel, broyés ensemble , auquel on ajoute du vinaigre ; de l'huile , et de l'eau en assez grande quantité , pour que cette boisson n'ait pas trop de force.

(18) Page 25.

Il serait impossible, je crois, à des sauterelles de traverser la distance qui sépare l'Espagne de l'Afrique , même à l'endroit où le détroit a le moins de largeur. On ne peut concevoir cette espèce de phénomène, qu'en admettant qu'elles ont été enlevées par quelque tourbillon ou quelque trombe qui les a transportées en Europe.

(19) Page 28.

La mesta est une espèce de société ou de corporation formée par les possesseurs de troupeaux en Espagne, auxquels le roi a accordé de grands privilèges qui ne sont pâs sans inconvéniens pour l'agriculture. Tels sont, entre autres, ceux de faire paître les troupeaux voyageurs dans un espace de quarante toises de chaque c6té de la route qu'ils suivent ; de les faire paître dans les pâturages qui appartiennent aux villages ou aux communes, et de les faire hiverner dans de» terres qui leur conviennent, moyennant une légère rétribution qu'il ne dépend point des propriétaires d'augmenter.

(ao) Page 29.

J'oublierais- un usage des plus importans parmi les Espagnols, si je ne mentionnais ici l'habitude où ils sont de com-

poser des tableaux de la naissaoce du Christ avec des personnages quelquefois de grandeur naturelle (^porter un nacimienld). On en fait un ordinairement à Fecole militaire de Segovie, et peut'étre dans les casernes de la garde royale, à Madrid. Dans cette capitale , ce spectacle religieux a été offert au public y de mon temps, dans la salle de concert de la rue des Jardins.

(ai) Page 31.

On a découvert une mine de charbon de terre auprès de Séville, à portée du Guadalquivir. Mais on ne l'exploite pas, peut-être, parce qu'elle contient beaucoup de souE&e. H en existe un grand nombre d'autres dans la Catalogne , dont une des plus riches est à Montanola, dans le duché de Vique; mais leur exploitation, quelquefois proposée, a toujours trouvé des difficultés. On en compte jusqu'à dix-huit en Aragon, et principalement dans les vallées qui appartiennent aux Pyrénées.

(aa) Page 32.

11 fait rarement plus de 5 à 6 degrés de froid à Madrid (thermomètre de Réaumur) ; on ne voit jamais Tétang du Retiro assez gelé pour qu'on puisse patiner dessus. Mais la vivacité de l'air rend le froid très pénétrant et le manteau nécessaire.

(23) Page 34.

• Ce fut au milieu des processions du temps pascal que j'ar- « rivai à Valence. Je ne vous peindrai pas ces étranges scènes; « des peintures dégoûtantes de barbarie et quelquefois d'obscé- « nités ; des pasos, espèces de brancards sur lesquels sont pro- « menées les représentations grossières de tous les tableaux de

• l'Evangile ; un Christ tout vivant qui révolte la pudeur, des <« géans ridicules, une multitude de pénitens jaunes, gris, « blancs , noirs ou verts ; les fous de l'hôpital en livrées bi-

• zarres, des enfans ensevelis sous d'énormes perruques , des a mascarades, des chants joyeux , la Trinité avec un costume « gravement insensé ; un tel spectacle outrage également la « religion , le goût, les arts : on croirait assister en même

tt temps aux danses d'un peuple sauvage et aux fêtes impures « de la de'esse de Syrie. »

Tel est le tableau que fait M. Salvandy des fêtes religieuses de Valence à Te'poque où Ferdinand VIT y rentra en i8i4 (Ahnzo, livre xxiii, ehap. 4). C'est dans l'ouvrage, de M. de Laborde sur l'Espagne qu'il faut voir la description des principales ce're'monies de cette province, pour juger de la direction qu'on a donnée à l'imagination du peuple espagnol lorsqu'on n'a pu l'étouffer entièrement. Ces détails inspirent le plus vif intérêt pour ce peuple, en prouvant ce qu'il aurait pu devenir sous un meilleur gouvernement. Pourquoi faut-il que les regrets se mêlent toujours aux sentimens agréables que fait naître la vue de ce pays !

Le jeudi saint (1827) quelques pénitens, groupés au nombre de trois , parcouraient les rues de Pampelune nu-pieds, couverts d'une espèce de domino en grosse toile verte, le corps entouré d'un bout de corde au lieu de cordon ou de ceinture : c'est ainsi qu'ils allaient faire leurs stations dans les églises. Le premier portait sur ses épaules une grande croix , le second avait les mains jointes, et le troisième tenait un christ.

Le lendeçkain à cinq heures du soir, des pénitens vêtus de la même manière sortirent en grand nombre du couventde la Merced (de la Merci), et allèrent avec \q\xxs pasos k\sL cathédrale se réunir au reste du cortège. Les autorités de la ville ouvraient la marche , précédées de deux trompettes que l'on avait assourdies en signe de deuil. Les magistrats, les prêtres, les moines et les pénitens , de gros cierges à la main (achones), marchaient en ordre sur deux lignes, entre lesquelles se trouvaient à distance quatre brancards ou pasos. Sur le premier était Jésus-Christ en présence de sa mère; sur le second, un cnicifix de grandeur naturelle, couvert de grandes branches de laurier ; le troisième représentait le tombeau avec la Madelaine, des anges, etc.; et le quatrième, la Vierge devant une croix drapée de blanc. Les pénitens portaient ces lourds brancards sur leurs épaules, suivis des trois qui avaient parcouru la ville le jour précédent, et dont l'un tenait une tête de mort. Cette procession différait de celle de Valence par l'absence des géans, du Christ vivant, des fous, delà Trinité, etc.;

mais elle avait encore assez de ressemblance avec cette pompe chrétienne, pour qu'on pût j reconnaître le même peuple et k même génie.

(Î4) Page 34.

Des personnes d'un certain âge^ auxquelles j'ai demandé des renseignemens sur cette coutume, pendant mon séjour à Pampelune, m'ont dit l'avoir vue elles-mêmes dans cette ville : la procession se faisait alors vers huit heures du soir , et durait jusqu'à dix ; mais Tévêque Érigoyen ne voulut plus qu'il y eût de flagellans à la procession , qu'on fit dès lors pendant le jour.

A celle del Corpus ( du saint-sacrement) , et à d'autres qui ont lieu pour les fêtes locales, ou le jour du saint reconnu pour patron de chaque ville , on porte en tête los gigantes ou los refes, espèces de mannequins d'une hauteur colossale , représentant des Maures ou des formes grotesques , que chaque cité entretient pour les faire sortir dans les grandes occasions. Le jour de saint Firmin , patron de Pampelune , los reyes vont ainsi prendre la municipalité {V ayuntamiento^ ^ la précèdent vers l'église, où ils restent à la porte jusqu'à la sortie des autorités. Loin d'être l'objet de sentimens de dévotion, ces géans ne sont que pour exciter la gaîté de la populace, à laquelle des goûts grossiers et barbares assimilent une si grande partie des riches et des nobles espagnols.

(aS) Page 35.

Depuis que j'étais à Pampelune, je savais que dans la semaine sainte on se réunissait le soir à l'église du couvent de San- Francisco , et qu'après les prières que comporte ce temps, on se donnait la discipline. J'attendais cette époque avec impatience, lorsque, le 5 avril, jeudi de la semaine de la Passion, j'appris que cette cérémonie avait déjà lieu. J'allai le lendemain pour la voir, et je fus assez heureux pour réussir.

A l'entrée de la nuit , une clochette tinta dans la rue, à la porte du couvent, et une foule d'hommes du peuple et de la classe au dessus, entrèrent hvec un grand nombre de jeunes

garçons dans cette église retirée , à peine éclairée par deux ou trois lampes et quelques cierges qui brûlaient dans la chapelle de Notre-Dame des Douleurs. Un moine vint, et les prières commencèrent.

Alors un homme, au milieu de Fcglîse , auprès du banc sur lequel nous étions assis, s'agenouilla , baisa la terre et le pied d'un poteau qu'on y avait placé pour figurer la colonne à laquelle fut lié le fils de Dieu. Il se releva, baisa la corde qui tenait au haut du poteau , se la passa autour du cou , et y resta appuyé des deux mains, la tête inclinée.

A six pas derrière lui, un jeune étudiant en robe noire, reçut , des mains d'un prêtre ou d'un assistant, un collier ou une corde, la baisa, la mit sur son cou , prit une couronne dépines , la baisa , la plaça sur sa tête , reçut une baguette qu'il tint dans ses mains , après l'avoir portée à sa bouche, et s assit sur un petit banc, pour représenter sans doute VEcce Homa,

A la même distance de celui-ci , un autre étudiant prit une grande croix de bois sur ses épaules, s'agenouilla, et se releva bientôt pour faire lentement le tour de l'église, avec une couronne d'épines sur la tête , rappelant les souffrances du Christ portant sa croix.

Enfin, sur la même ligne , une quatrième personne se plaça devant une grande croix dressée au milieu de l'église , étendit ses bras, et fut l'image vivante du Christ mourant. Chacun de ces dévoués chrétiens fut relevé dix ou douze fois dans le courant de celte longue cérémonie. On vint ensuite nous présenter une tête de mort à baiser, puis un crucifix.

Aucune femme n'était restée dans l'église pendant cet office y une grande partie des hommes et les enfans qui y assistaient , sortirent lorsqu'il fut fini ; il n'y resta que ceux qui voulaient se donner la discipline. En me voyant immobile , on jugea que j'étais du nombre. Les cierges furent éteints. Il était nuit close ; après un moment de silence , le moine battit des mains pour faire emporter la seiile bougie qui restât allumée , et au départ de laquelle je le vis quitter son manteau. Nous fumes dans une obscurité d'autant plus profonde , qu'on tira les rideaux devant les vitreaux pour garantir de la clarté de la lune, qui était alors près du terme de son accroissement, comme elle

l'est toujours aux approches de Pâques. On entendit dépouiller les manteaux , les habits , et le Miserere fut entonne'. Pendant tout le temps qu'il dura , c'est-à-dire pendant plus d'un quart d'heure, les coups ne cessèrent de retentir dans l'église; il n'y avait pas le plus petit intervalle entre leur bruit , comparable à celui de la grêle. A la fin, un moment de silence et de recueillement donna le temps de se r'habiller et de reprendre le maintien qui convient au saint lieu. Le même signal qui l'avait e'ioigne'e, rappela la lumière, et la foule s'e'coula en silence par la petite porte de l'église, e'difie'e de ces démonstrations bien capables de faire impression. La semaine suivante, et surtout le vendredi saint, ramena dans cette église un plus grand concours de fidèles pour les mêmes exercices expiatoires. Mes occupations m'empêchèrent d'y assister.

Depuis le milieu de la semaine sainte jusqu'au jour de Pâques , toute l'infanterie espagnole porte le fusil renverse, la crosse en haut et en avant, et le bout du canon en bas et en arrière, tenu par la main gauche passée derrière le dos.

(a6) Page 38.

Le château de Saint-Ildefonse est place a cinq cent quatrevingt-treize toises au dessus du niveau de la mer , c'est-à-dire plus haut que le bord actuel du cratère du Vésuve. Aucun monarque en Europe n'a un palais à cette hauteur, car c'est à cinq cent cinquante ou six cents toises que se trouvent dans nos contre'es les gros nuages en e'te'. En Amérique, c'est bien différent ; les plaines du Mexique sont à deux mille toises au dessus du niveau de la mer. (Hdmboldt et de Laborde.)

(27) Page 38.

Ces religieux , qui étaient à TEscurial au nombre de deux cents avec sept cent mille livres de rentes, sont de l'ordre des Hieronymites. Philippe II donna à cet ordre le couvent de San-LorenzOf en souvenir de l'habit sous lequel l'empereur son père, las du fardeau de la pourpre , avait fini ses jours à Saint- Just. Ces bons pères ne parlent jamais de ce souverain sans lui donner le nom de saint (nuestro santo fundador^. Il avait seul ement ordonne le massacre des protcstans dans les Pays-Bas,

fait brûler les b^retiques en sa présence, à Valladolid, trentedenx dans un auto~da-fe, cl fait périr son fils.

« CharlesX- Quint à Saint- Just, ne désira bientôt plus d'autre « société que celle des moines, et passait presque tout son « temps à chanter avec eux les hymnes du Missel. Pour expier « ses péchés , il se donnait en secret la discipline avec une ri- « gueur si excessive , qu'après sa mort on trouva le fouet de « corde dont il se servait, teint de son sang. Ce n'étîiit pas « encore assez de ces actes de mortification , qui , quoique sé- « vères , n'étaient pas sans exemple : l'inquiétude , la défiance '< et la crainte, qui accompagnent toujours la superstition, trouci blaient de plus en plus son esprit , et, diminuant à ses jeux « le mérite de ce qu'il avait fait , le portaient à chercher quel- « que acte de piété extraordinaire et nouveau, qui pût signaler « son zèle et obtenir sur hii la faveur du Ciel. L'idée à laquelle « il s'arrêta, est une des plus bizarres et des plus étranges que u la superstition ait jamais enfantées dans une imagination « faible et déréglée. Il résolut de célébrer ses propres obsèques « avant sa mort ; en conséquence , il se fit élever un tombeau « dans la chapelle du couvent. Ses domestiques y allèrent en « procession funéraire, tenant des cierges noirs dans leurs « mains, et lui-même il suivait, enveloppé d'un linceul. On l'é- « tendit dans un cercueil avec beaucoup de solennité; on « chanta l'office des morts ; Charles joignait sa voix aux prières « qu'on récitait pour le repos de son ame, et mêlait ses larmes « avec celles que répandaient ses assistans, comme s'ils avaient «i célébré de véritables funérailles. La cérémonie se termina « par jeter, suivant l'usage, de l'eau bénite sur le cercueil , et « tout le monde s'étant retiré, les portes de la chapelle furent « fermées. Charles sortit alors du cercueil et se retira dans son « appartement, plein des idées lugubres que cette solennité « ne pouvait manquer d'inspirer. Soit que la longueur de la « cérémonie l'eût fatigué, soit que cette image de mort eût « fait sur son esprit une impression trop forte , il fut saisi • de la fièvre le lendemain. Son corps exténué ne put résister « à la violence de l'accès, et il expira, le 21 septembre i558 , « âgé de cinquante-huit ans , six mots et vingt-cinq jours. » (RoBERTSON, Histoire de Charles^ Quint, dernier volume.)

Ce n'était pas seulement parce qu'il était las du fardeau de la pourpre f que Charles- Quint se retira à Saint- Just, mais surtout parce qu'il soufh*ait beaucoup de la goutte y qui Tempeohait de continuer à s'occuper des affaires publiques. La cérémonie qu'il se fit à lui-même^ on l'avait faite souvent aux lépreux ; mais elle est bien encore aujourd'hui conforme au génie espagnol. Philippe II son fils , Charles II et Philippe V étaient bien hommes à en faire autant.

(a8) Page 38.

Philippe y est enterré à Saint^Ildefonse ; Ferdinand VI et la reine Barbe , son épouse y sont enterrés à Madrid y dans l'église de las Salessasj superbe couvent qu'ils ont fait bâtir.

(29) Page 39.

Lorsque Philippe V voulut bâtir le palais actuel de Madrid, le modèle eu bois qu'on lui présenta coûta seul sept millions de réauXy c'est-à-dire ua million sept cent cinquante mille francs. On peut encore le voir dans une des salles du Musée des Arts et de l'Artillerie ; c'eût été un palaiç de fées. On sent bien que le plan qui fut adopté était un peu plus modeste; mais il aurait dû l'être encore davantage^ car le palais^ tel qu'il existe, n'est que le tiers d'un édifice régulier. Et qui le finira?

(30) Page 45.

Les tombeaux des Scipions sont peut-être sur la même plage, trois lieues au delà de Tarragone , dans la tour qui porte leur nom et qui se trouve elle-même à peu de distance d'un arc de triomphe qui remonte, dit-on, au règne de Trajan. A Tarragone, colonie des Scipions, qui fut pendant long-temps le siège du gouvernement romain, « se voient aussi les restes d'un « cirque , ceux d'un amphithéâtre , les ruines d'un palais de M l'empereur Auguste , une foule d'inscriptions romaines , et « surtout les vestiges d'un aqueduc de six à sept lieues de « cours, qu'il fut question de rétablir en 178a. • (Bourgoing.)

(3i) Page 45.

Bourgoing dit que c'est peut-être dans la yieille Castille , à* Guisando , que se passa cet événement.

(32) Page 50.

La famille du duc de San-Carlos mente bien la même exception.

(33) Page 51.

Obligé de m'arréter en novembre 4823 dans le village de la Manche , où Cervantes raconte que don Quichotte fut armé chevalier, on me servit comme à lui de la morue sèche. L'auberge où dut avoir lieu la cérémonie a été détruite dans la guerre de Napoléon. Il ne reste que le puits auprès duquel il lit la veillée des armes. A chaque pas on trouve dans ce pays des preuves de la vérité des tableaux de Cervantes.

(34) Page 52.

Excepté en Catalogne , on distille peu d'eau-de-vie , parce que les vins de liqueur en tiennent lieu jusqu'à un certain point ^ et que l'alcool employé dans les arts est sous ce rapport iimtile en Espagne. Cependant on ne peut disconvenir qu'il y aurait de grands avantages à se livrer à la distillation dans beaucoup de provinces intérieures de ce pays^ où le vin, difficile à loger, à transporter et à vendre à cause de son abondance ^ tourne facilement à l'aigre.

(35) Page 55.

Les mécomptes de cette nature sont plus communs qu'on ne l'imaginerait. Je cite ce fait parce qu'il s'est présenté de luimême à ma connaissance, M. K. vivant dans la maison où j'étais logé. Tel qui voudrait recueillir les exemples de ces sortes de revers pourrait former en peu de temps un tableau bien affligeant.

En 1819, M. G., italien, fixé à Barcelonne depuis très longtemps, voulut établir une verrerie -^ Arenz de Mary qui en est à

onze lieues. On le fit beaucoup attendre avant de lui accorder la permission ; et lorsque tout fut prêt; on lui signifia que, pour commencer; il fallait donner trente mille francs au gouvernement, n fut oblige d'en passer par là.

(36) Page 57.

Les droits qu'on paie aux barrières qui sont sur les routes (^cadenas^ et à l'entrée des provinces et des villes (jtortazgos^y ajoutent beaucoup aux frais des voyages.

(37) Page 74.

Je suis en droit de penser que tout ce qui se rattache à la conservation des troupeaux n'est pas parfaitement connu en Espagne , car lorsque j'allai à l'ëcole vétérinaire de Madrid demander quel était le meilleur ouvrage sur leurs maladies ; on ne sut m'indiquer que les œuvres de Buffon. Il existe entre autres un livre dont le titre semblerait cependant promettre des notions utiles : c'est le Tratado de las enfermedades endemicas, epidémicas y y contagiosas de toda especie de ganados, etc, y por don Juan Antonio Montes; Madrid, imprenta real, 1789^ £n cuarto. Je n'ai pu me le procurer ni à la Bibliothèque royale, ni ailleurs. Si j'avais voulu en place des commentateurs et des casuisteS; ils m'en auraient fourni par centaines.

(38) Page 76.

Ce ne sont pas seulement les êtres vivans qui se ressenteirt de l'influence du climat de Madrid : des substances inertes en éprouvent l'action d'une manière marquée. Les vins de la Manche , qu'on boit ordinairement dans cette ville , ont beaucoup de peine à s'y conserver plus d un an : les vins de la vieille Castille et du royaume de Lëon , fort bons dans les pays oii on les récolte , se gâtent dès qu'on leur fait passer les montagnes de laGuadarama ; en sorte qu'à Madrid on a dû pour cette raison renoncer à leur usage. Le vin de Bordeaux se décompose également lorsqu'on le transporte dans ce lieu élevé. Qu'on ne pense pas que ce soit parce qu'on le falsifie : je me suis plusieurs fois assuré que le climat seul est la cause de cette altéra-

tion. Deâ draps très fins apportés de France deviennent rudes au toucher lorsqu'ils sont à Madrid , surtout pendant le règne des vents aigres dont j'ai parle'. C*est tellement vrai , que beaucoup de marchands tendent dans leurs magasins ^ au devant de leurs rayons , des linges mouillés pour empêcher leurs étoffes de perdre le moelleux qui appartient aux qualités supérieures, ^nfin il est prouvé que le fer lui-même subit d'une manière marquée cette modification de certains corps placés dans cette région. Tous les ouvriers s'accordent à dire que le même fer se travaille beaucoup mieux à Madrid que dans les autres villes d'Espagne, et que l'eau n'est pas la cause de cette différence. Ce fait m'a été assuré par un chef d'atelier de VArmeria real (Muséum des armures antiques). Doit-on s'étonner ensuite que cette atmosphère éprouve les poitrines faibles, agisse sur les viscères abdominaux des étrangers, sur les yeux, les nerfs^etc, des personnes délicates, donne des douleurs dmmalismales opiniâtres , et entretienne les cicatrices dans un état de sensibilité habituelle?

(39) Page 83.

Des écrivains du premier mérite évaluent les mains-mortes de l'état civil et religieux aux trois quarts du sol de l'Espagne. (Le général Foy, Guerre de laPéninsuley lom. II, page iSg.)

a On distingue cinq classes ou espèces de mayorazgos : la première est de agnacion rigorosa ou d'agnation rigoureuse ; elle appelle rigoureusement et à perpétuité les descendans mâles en ligne directe , à l'exclusion absolue des femelles. La seconde est de agnacion artificiosa ou d'agnation feinte ; elle appelle toujours les descendans mâles en ligne directe , et à leur défaut, les mâles les plus proches en degré dans la descendance féminine. La troisième est de agnacion de masculinidad ou d'agnation mâle; elle appelle toujours la ligne masculine par hommes ou par femmes. La quatrième est la régulière; elle appelle à la fois les hommes et les femmes, les premiers de préférence aux dernières; mais cette différence est bornée à chaque degré, de sorte que les enfans succèdent ^ d'abord les mâles, les femmes s'il n'y a point de mâles, sans que les mâles collatéraux aient aucun droit, à moins d'extinction des uns et des

autres : celle-ci est la plus fréquente et la plus multipliée La cinquième est de saltuario ; elle appelle ceux qui rëuoissent les qualités et les conditions exigées par le fondateur du majo-^ razgo y sans s^'lttacher à aucune descendance précise.

« Presque tous les mayorazgos sont en faveur des premiers nés j cependant il j en a quelques uns, quoiqu'en petit nombre, eu faveur des seconds enfans.

« Il y a encore dans beaucoup de familles des mayorazgos principaux ai des mayorazgos secondaires. Les premiers appartiennent toujours aux premiers nés, les derniers ne peuvent se trouver réunis sur la même télé avec les précédens ; ils passent au second enfant. Si celui-ci vient à succéder au mayorazgo principi^, il doit abandonner le secondaire qui passe à un autre >

« Les possesseurs des mayorazgos ne peuvent rien aliéner , ils ne peuvent rien distraire de la masse des biens qui y sont compris ^ ni en faveur de leurs épouses ^ ni en faveur de ceux de leurs enfans qui ne sont pas appelés. Cependant il est d'usage d'adjuger une viadedad, c'est-à-dire un veui^age ou un douaire y aux femmes veuves de possesseurs de mayorazgos, et aux hommes veufs de femmes dont la fortune consiste aussi en mayorazgos : c'est une espèce de pension alimentaire prise sur cesbiens ; elle est fixée ordinairement au sixième deleur revenu ; on la perd en se remariant. C'est souvent l'origine de procès longs et dispendieux dont le demandeur ne voit pas quelquefois la fin. Il est plus prudent de faire déterminer cet objet pendant la vie des deux époux ; il suffit du consentement de celui des deux qui est possesseur du mayorazgo, d'après lequel le conseil de Castille donne un décret qui homologue ou sanctionne la cession.

« Il arrive quelquefois qu'il y a deux ou trois veui^ages établis sur un seul mayorazgo^ eu égard au plus ou moins de veufs ou de veuves de possesseurs du même mayorazgo ; par exemple , une femme ayant un mayorazgo meurt : son mari aura un veuvage; le mayorazgo passe au parent qui est appelé. Celui-ci meurt également sans enfans : son veuf ou sa veuve aura un second veui^age; alors le premier jouit du sixième du revenu entier, et les .suivans du sixième du revenu qui reste après avoir

prélevé les pensions des préce'dens ; de manière que trois 'veupages emportent les cinq douzièmes du revenu. Si le premier meurt ou se remarie , le second enti^ en possession du revenu entier.

« L'usage est différent dans le royaume d'Aragon ; le veuf ou la veuve du possesseur du mayorazgo en conserve ^usufruit en entier pendant sa vie, à moins qu'il ne se remarie.

« Les mayorazgos se sont très mullipliés en Espagne ; on y trouve peu de familles où il n'y en ait, et peu de terres qui ne soient tenues en mayorazgo. Leur origine dérive du désir que quelques grandes maisons eurent de perpétuer leur nom «t de le conserver dans un état proportionné à leur grandeur; toutes les maisons illustres les imitèrent, leiir exemple devint contagieux. Les petits, imitateurs serviles des grands, crurent leur amour-propre intéressé àperpétuer leur nom, quoique inconnu hors du cercle étroit de quelques individus ; ils imposèrent leS mêmes liens et les mêmes conditions à leurs biens et à leurs héritiers ; ils devinrent à leur tour les fondateurs de nouveaux mayorazgos. Ce fut pendant, long-temps une fureur en Espagne; l'homme qui venait d'acquérir une fortune voulait avoir des mayorazgos dans sa famille. » ( Alexandre de La borde , Itinéraire descriptif de l* Espagne^ tom. V. )

Je devais tenir h citer, pour faire connaître une disposition fondamentale qui fait la ruine de l'Espagne ,* un écrivain qui est loin de se montrer censeur de ses institutions.

J'ajouterai que lorsqu'une dame est veuve d'un mari qui a été marié deux fois , s'il y a un hls du premier lit et un du second, le fils du premier lit hérite du majorât ou des majorats du père, fait une pension à la^ veuve du second lit , et une autre à son fils comme héritier présomptif du majorât, jusqu'à ce qu'il ait lui-même un enfant mMe. Alors le fils de la seconde veuve ne pouvant plus hériter, celui de la première cesse de lui faire une rente.

Quelle suite de spoliations bizarres î avec quelle assurance on sacrifie l'existence de ses proches à un sot et coupable amour-propre! que de pauvres on fait pour élever un être qui, malgré tout cet échafaudage, n'aura probablement jamais d'élévation !

Sâ6 NOTES.

Les biens disponibles se donnent par contrat^ se transmettent par testament y ou se vendent , à peu près comme dans d'autres pays, mais en payant un quatorzième de leur valeur pour droit de Yalcabalay ou droit de vente. Quel encouragement aux transactions.

Maintenant, pour donner ime idée de la manière dont les provinces d'Espagne se trouvent arrangées par ce système , je vais dire un mot de celle d'Avila, qui est à peu près centrale.

« Dans les 283 villages dont elle est composée, il y en a 74 « dont les habitans ne possèdent pas un pouce de terre : joignez

• à cela que le laboureur n'est pas même sûr de jouir du

• fruit de son travail, à cause de la hausse des rentes ou « impôts , et des exactions arbitraires auxquelles il est ex-

« pose En reunissant dans cette province les terres cul-

a tivees qui appartiennent aux majorais, au clergé, aux cou- « vens , il en résulte que les terres de labeur d'amortisation ou

• demain-morte civile et ecclésiastique, sont 2^9,591 fanè- « gués ; si on les compare à celles des laboureurs , nous trou- « vous que les mains-mortes possèdent six fois et demie plus « que la classe productive. Si nous représentons comme moyens « d'existence les propriétés territoriales , nous trouverons que « 1692 individus seulement (737 du clergé et de leurs assis- « tans, 544 de religieux, religieuses et de leurs serviteurs, « et 3 1 1 possesseurs de majorais), absorbent six fois et un tiers « plus de substance que les 74,929 restans que celte province « a de population, après en avoir déduit les 4>B74 employés à « l'industrie qui est censée les nourrir. »

Aussi combien est faible celle population pour un territoire de 175 lieues carrées (de 20 au degré) ! elle est à peine de 465 babitans par lieue carrée! (Minano, Dictionnaire géographique et statistique de l'Espagne etduPortugaly article jàt^ila. Madrid^ i826et 1827.)

(40) Page 84.

Cette pension n'est, d'après la loi, que de i5o francs par an, quelle que soit la fortune de la maison.

(40 Pa^^ 87,

« Toute fille, dès l'âge de «2 ans, peut forcer un jeune * homme à re'pouser , pourvu qu'il en ait au moins quatorze, « et dès qu'elle peut prouver qu'il a anticipe prè^ d'elle sur les « droits du mariage, ou qu'il lui a promis sa nrain, ou même « qu'il lui a donne à entendre d'une manière quelconque qu'il « voulait s'unir à elle. C'est devant le vicaire geneVal du diocèse « qu'elle administre ses preuves. Celui-ci fait enfermer le pre'- « venu, et prononce s'il y a ou s* Un* y a pas lieu à mariage,

« Si un jeune homme aime une jeune fille qui soit sous la « puissance de parens obstines à la lui refuser , quoiqu'elle le « paie de retour, il va trouver le vicaire ge'néral, lui confie le « vœu commun , et lui indique la maison dans laquelle il désire « que sa future soit recueillie jusqu*à la celel)ration du mariage. « Le vicaire, après avoir ave're'que le consentement est mutuel, « envoie un commissaire pour retirer la jeune personne de la « maison paternelle , saccar por el vicario j et lorsque la cause « est instruite , on va la chercher dans la maison où elle a été « de'posée , pour lui donner la be'ne'diction nuptiale. » (Bocr- GoiTiG, tom. III, pages ii et i2).

Ce pouvoir contre les jeunes garçons et contre les parens en faveur des filles , c'est encore aux mains des prêtres qu'on l'a remis.

(42) Page 96.

Lorsqu'il fallut envoyer un ambassadeur extraordinaire au sacre de Tex-roi de France Charles X, le roi d'Espagne, longtemps incertain, jeta enfin les jeux sur le duc de l'Infantado, à qui la proposition fut faite de se charger de ce devoir. Les fiers Castillans de toutes les classes jugeaient que le noble duc devait accepter, parce qu'étant à la tête d'une grande fortune et sans enfans, il pouvait mieux que personne faire les dépenses qu'exigeait l'honneur national dans cette réunion européenne. Devenu peut-être insensible aux vanités de ce monde et au plaisir de voyager, le duc refusa , non sans irriter l'amourpropre de la plupart de ses concitoyens, incapables d'appré<*ier un acte de liberté de la part d'un particulier vis-à-vis d'un sou-

vcrain. Le temps se passait. On fit choix du duc de Villa- Herroosa qui était alors ambassadeur à Lisbonne ; on n'osait espérer qu'il pût réaliser ce ^qu'il lui fallait , venir à Madrid prendre des instructions du roi , et se rendre à Paris assez tôt. On pre'tend qu'il vendit des immeubles ou des revenus pour deux cent mille rcaux (cinquante mille francs). Le dix-huit mai f autant qu^l m'en souvienne , il arriva de Lisbonne à Madrid ; il alla de suite à Aranjuez, et repassa le lendemain ou le surlendemain, se rendant à Paris* Il était convenable qu'il fdt présente au roi avant le départ pour Rheims, qui eut lieu le 36 ou le 27. Ce n'e'tait pas tout ; il fallait un équipage brillant pour figurer dans le cortège. Le duc de San Carlos qui , depuis nombre d'années , vivait à Paris, sans vouloir retourner en Espagne quoiqu'il eût e'të précepteur de Ferdinand VII et encore en faveur, j mit du sien, et fit préparer un équipage à tout venant. Le duc de Villa-Hermosa arriva à Paris avant le départ de la cour, et , grâce à la prévoyance ge'nëreuse du duc de Sun Carlos; les convenauces furent sauvées , pudieron alcanzar.

Quelque temps après, on vit revenir à Madrid le comte de la P. qui était alors ambassadeur auprès de la cour de France; on trouva ce retour naturel, le duc de Villa-Hermosa devant y rester après le sacre. Mais la comtesse n'était pas arrivée avec son mari ; on crut qu'il s'agissait d'une mission importante, surtout lorsqu'on vit le comte repartir pour la France. On sut bientôt que la comtesse et sa maison étaient restés à Rheims, et que le comte de la P. , qui n'était pas riche, était venu à Madrid demonder au roi de quoi payer les dettes qu'il avait dû faire, ne recevant aucun traitement du trésor. Il obtint, et ramena madame son épouse.

Au printemps suivant , un secrétaire d'ambassade du duc de Villa-Hermosa arriva à Madrid où il est fort connu. Le voyant au Prado , on se «reusait la tête pour trouver le grand motif diplomatique de ce voyage. Le roi lui avait donné , disait-on , une fort longue audience, et accordé toutes ses demandes (c/rcj/o qulere mucho). Quelle faveur! il avait demandé 3es appointemens et ceux de son patron....

La mort de l'empereur Alexandre nécessita semblable dé-

marche de la part du roi d'Espagne auprès de son successeur; le duc de San Carlos alla de Paris à Pétersbourg complimentter le Czar sur son avènement au trône. Le couronnement devait avoir lieu à Moscou l'été suivant ; le duc de San Carlos jugea ne pas devoir y assister , et s'en retourna directement à Paris. Les journaux annoncèrent que ce retour prématuré avait été occasioné par le mauvais état des finances de Tambassadeur : tous ceux qui connaissent l'Espagne crurent facilement à la réalité dece motif.

jAu printemps de 1826^ le comte ou duc de la Alcudia partit pour Londres en qualité d'ambassadeur. J'appris que l'ambassadeur ou le chargé d'affaires qui quittait Londres était un homme habitué à vivre à Paris assez modestement. On lui avait proposé cette mission pour l'Angleterre ; il ne l'avait acceptée qu'à, condition qu'on lui paierait régulièrement ses appointemens, promettant bien de s'en retourner si on lui manquait de parole. Il était allé à Londres, y était resté trois ou six mois; avait plusieurs fois écrit pour demander son traitement sans pouvoir l'obtenir, et avait fini par donner avis à la secrélairerie d'état qu'il partait tel jour pour s'en retourner à Paris; ce qu'il effectua. On venait de nommer à son remplacement î il fut ensuite envoyé à Pétersbourg.

Si j'avais voulu connaître d'autres faits de cette nature , je elbois bien qu'on eût pu m'en citer un certain nombre sans remonter à une époque bien éloignée.

(43) Page 96.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'autorité royale s'est appesantie sur eux. Au quatorzième siècle, Alphonse XI commença à la leur faire sentir; Ferdinand V marcha sur ses traces dans le siècle suivant , et au seizième siècle Charles-Quint , que les Espagnols nomment Charles I*% acheva de les soumettre.

(44) Page 98.

Media^annata signifie demi-année, ou moitié) du revenu d'un an. C'est ce qu'on retient ordinairement des places importantes, des bénéfices, des pensions que le roi accorde. Mais

pour les titres et qualités qui ne donnent aucune rente , c'est une somme déterminée qu'on paie dans les circonstances que je viens d'indiquer^ et calculées probablement snr le bien que ces titres supposent.

Les lanzas rappellent une force militaire odinairement composée de lanciers que les grands seigneurs devaient autrefois entretenir à leurs frais, en reconnaissance des privilèges dont ils jouissaient. Ces soldats participaient aux expéditions guerrières ou formaient la garnison des chateaux-forts et des places. Par la suite , et surtout depuis rétablissement régulier des armées, le souverain s'est chargé de l'entretien des ti*oupes , et les hommes titrés ont été dispensés de maintenir les lanzas, pour lesquelles ils paient un impôt de ce nom. Tout cela paraît aujourd'hui bien gothique.

(45) Page 103.

L'apôtre saint Jacques étant venu l'an Sj de l'ère chrétienne prêcher en Espagne, y apporta une statue de la Vierge- Marie (qui était encore vivante) faite par Nicodème , et coloriée ou peinte par saint Lucas. Il la plaça , à Madrid, dans l'église appelée aujourd'hui de la Almudena , puis il passa à Saragosse. Là , la Vierge Marie lui apparut et lui ordonna de faire adorer son image sur le pilier (jfflar) miraculeux apporté du ciel par les anges : en sorte que l'Espagne fut le premier pays du monde oii l'on consacra un temple à Marie. La déffe^ tion pour Nuestra Senora del Pjlar (de Saragosse) est générale en Espagne. Saint Jacques n'en est pas moins Kobjet, comme patron du royaume.

(46) Page 105.

A la fin du carême de 1 827 , je demandai un jo ur à la petite fille qui servait notre table à Pampelune , si elle avait été se faire examiner sur le catéchisme et sur la doctrine. Elle me répondit qu'elle était allée l'avant-veiUe pour cela à la cathédrale, et qu'on lui avait fait les trois questions suivantes :

1 o Qu'est-ce que l'hostie ? — Elle répondit : « C'est un peu u de pâte sans levain ; mais après les paroles de la consécration « elle devient le corps et le sang de Jésus-Christ aussi vérita-

« bles qu'ils sont dans le ciel. » 2° Que contient le calice? « — Réponse : « Un peu d'eau et de vin ; mais après les pa- « rôles de la consécration ce mélange devient le corps et le « sang de J.-C. aussi ve'rilnbles qu'ils sont dans le ciel. » La troisième question fut relative aux conditions nécessaires pour faire une bonne confession.

Lorsqu'elle y eut répondu , on lui donna le billet d'examen (ou la ceduld)j qu'elle nous montra, et avec lequel elle devait aller à confesse. Je n'avais pas besoin de le voir pour être fixe' sur ce point ; j'en avais déjà vu assez d'autres.

Autrefois , lorsqu'on e'tait excommunie^ si l'on n'expiait la faute qui avait attiré ce châtiment , si l'on ne rachetait ses péchés par la pénitence ; autrement dit ; si l'on ne se faisait absoudrcy ou relever des censures ecclésiastiques , la mort civile ^ et surtout la confiscation des biens, suivaient l'excommunication (Llorente). Je ne conseillerais à personne d'essayer s'il en serait de même aujourd'hui.

(48) Fage 108.

Pour qu'elle soit plus juste, il faut dire que, jusqu'au règne de Charles IV (et peut-être jusqu'au temps présent), les curés à leurs prônes et les moines dans tous les couvens, devaient, au temps pascal, rappeler aux fidèles l'indispensable nécessité de déclarer au confessiounal tout ce qu'ils avaient entendu de contraire aux intérêts de la Santa, c'est-à-dire de l'Inquisition. L'obligation de révéler les discours offensans contre le Saint- Office en général , ou contre les inquisiteurs en particulier, de dénoncer les propos philosophiques et anti-religieux, ou la possession des livres défendus , était rigoureuse à tel point, que la moindre négligence sous ce rapport entraînait la damnation éternelle, ou était envisagée comme un horrible sacrilège ; et tandis qu'à peu près tous les autres péchés peuvent se racheter en Espagne, celui-là était irrémissible. On conçoit dès lors la réserve qui devait régner dans les liaisons les plus intimes, et jusque entre les époux, lorsqu'il s'agissait de parler de

rioquisitioQy et Teffra jante multitude de lâches trahisons qui se coiDiDettaient y daos le temps de la pëaitence , contre les frères y les amis, les parens , contre ce qu'on avait de plus cher, dans la persuasion de faire ainsi des œuvres chrétiennes , ou de concourir au salut des âmes. Cet usage a ete gênerai. Si rinquisilion, circonscrite par Charles III dans les attributions d'un tribunal de police religieuse et politique ; n'existe plus aujourd'hui sous le même nom , en existe-t-elle moins par le fait? On ne peut le croire; il est bien permis de penser qu'on n'aura fait grâce aux fidèles d'aucune condition pour leur accorder l'absolution ou leur assurer le salut éternel.

Qui s'étonnera ensuite que les prêtres et leurs adhérens soient si contraires à la liberté de la presse î

(49) Page 111.

Le bref du pape est du mois de juillet 1834 9 ^^ ^^ prorogation vendue ou donnée par lui, n'a commencé que le 1*^' janvier 1826. Les papes se renouvelant souvent, puisqu'on ne les prend que très vieux , on a dû prévoir que la mort d'un pape pouvait entraver ou retarder la dispensation des grâces et leur influence sur le trésor royal , inconvénient grave qu'il fallait chercher à prévenir. Notez aussi que la bulle de 1826 a été délivrée à Madrid par le commissaire-général de la Cruzada, le 18 janvier 1826, c'est-à-dire un an d'avance; il est facile de comprendre que comme c'est une permission de manger de la viande, des œufs, du lait, qu'on autorise a acquérir, il ne fallait pas que l'autorisation arrivât ou fût expédiée lorsque la viande, les œufs, le lait, sont déjà mangés. On pourrait dire que, de cette manière, on signe nominatwemcnt la faculté de gagner les indulgences à un certain nombre de chrétiens qui -n'en ont pas encore besoin, puisqu'ils n'ont que six ans, et qu'on n'est apte à s'en servir qu'à sept. — Il est moins irrégulier, ce semble, de vendre dès à présent le privilège de tirer du purgatoire Vame de quelqu'un qui n'est pas encore mort , car il peut mourir, et son ame aller directement au purgatoire, comme ce n'est que trop la coutume.... Est-il possible de voir de pareils abus encore en vigueur?

(5o) Page 113.

Lorsqu'on va conduire un mort en terre, on met sur sa poitrine, dans le cercueil découvert, la bulle de la Croisade, qu'on rapporte ensuite à la maison, pour la conserver.

(5i) Page 125.

« La conquête de Grenade ayant débarrasse les chevaliers de « Saint-Jacques des ennemis contre lesquels leur institution « même dirigeait leur zèle (les Maures) , la superstition leur

* offrit un nouvel objet pour. la de'fense duquel ils s'engagèrent « à déployer tout leur courage. Ils ajoutèrent à leur serment

• accoutume', la clause suivante :

« Nous jurons croire , maintenir et soutenir, en public et en n particulier^ que la Vierge Marie, mère de Dieu, et Notre « Dajne, a été conque sans la tache du péché originel. Cette « addition singulière fut imaginée vers le milieu du 17* siècle.» (ZoRiTA, Annales de Aragon^ tom. II, page 263, etRoBERTsoN, Introduction à V Histoire de Charles- Quint y n® 35.)

Cela n'a pas empêché la dispute qui existe entre les franciscains elles dominicains sur l'immaculée conception delà Vierge, comparable à celle qui divise les jan;sénistes et les jésuites sur les opérations de la grâce.

(5a) Page 126.

J'ajouterai que cette voiture était tirée par deux mules, dont une avait été achetée, par un marchand de fer de Pampelune (Balda), sept cent dix piécettes à l'évêque lui-même. Dans les derniers temps du règne de la constitution , cette mule et cinq ou six autres qui allaient souvent à Sarragosse furent prises par des bandes de royalistes qui rôdaient autour de Pampelune. Lorsque les Français furent entrés dans cette place (en septembre i823), la mule provenant du pillage fut vendue et rachetée parle mayordomo de l'évêque, qui lui connaissait des qualités ; et lorsque le maître se présenta pour la réclamer, on convint qu'elle lui avait appartenu, mais on lui dit qu'il avait pu à son tour la vendre à d'autres , et qu'on l'avait bien

payée ; sans dire combien. Il dut en rester là; il était connu pour libe'ral.

L'eVéque de Pampelune ^tait un digne vieillard incapable certainement de faire du tort ou du mal à qui que ce soit \ mais son maître-d'hôtel crojait pouvoir, sans doute à son insu, se permettre des acquisitions de cette nature. Cette licence donne une idée de l'esprit du temps et de ce que devaient faire des personnes en position d'être moins scrupuleuses.

(53) Page 127.

Lorsque la junte supérieure ou administrative du royaume de Navarre est convoquée , ce qui n'a lieu qu'à des intervalles inde'termines de trois, quatre, six, dix ans, selon le besoin des circonstances, c'est l'e'vêque de Pampelune qui est le pre'sident ne de cette assemblée, qui a le nom de cortès de Navarre. Lorsque leur session est finie et que les membres se séparent, une commission permanente est nommée pour veiller à Vexécution de ce qui a été décidé , et à celle des lois fondamentales du royaume. Le président de cette commission doit toujours être un supérieur des couvens royaux du royaume (un abbad). Ces couvens ont reçu la qualification de royaux , comme un privilège. Ils sont au nombre de sept ou huit en Navarre, pas davantage; aucun n'est placé dans la capitale, comme aucun n'appartient aux ordres mendians. Cet abbad reste président jusqu'à ce que la j tinta soit convoquée en cortès, ce qui peut ne pas arriver de plusieurs années , comme je viens de le dire. La distance où ils sont de la capitale fait qu'ils se font ordinairement remplacer par un des membres qui y résident , se contentant d'apposer leur signature sur les actes, pour les régulariser. Cetusage remonte jusqu'à l'époque où la Navarre actuelle fut réunie à l'Espagne. Il avait été aboli du temps de la constitution (de 1 S20 à 1 823), toutes les provinces étant alors gouvernées uniformément. Le vice-roi commande les troupes, veille à la sûreté publique, aux grands intérêts, etc.

(54) Page 129.

Gazette de Madrid ^ du mardi 26 décembre 1826 , article officiel. — Circulaire du conseil royal qui , en vertu d'un ordre

du roi; renferme les lois en vigueur sur le paiement des dîmes. (Ne pouvant rapporter ici cette pièce tout au long , je vais en citer les passages les plus remarquables). On n'est pas parvenu à eViter la fraude qui maintenant est devenue scandaleuse par l'effet de la démoralisation générale produite par la liberté et l'impudeur avec laquelle, dans les deux dernières époques de la révolution , on avait répandu des doctrines erronées et contraires à l'église et au trône. Pour porter remède à de tel» abus , les impétrans ont demandé qu'on fît publier de nouveau les lois indiquées relatives à la dîme

Également convaincu que le peu de délicatesse qu'on apporte généralement dans la répartition de la dîme f depuis le commencement du siècle y provient des désordres publics qui ont eu lieu dans ce royaume, désordres dont la réparation y ainsi que celle d'autres maux dans lesquels ils l'ont plongé, n'est pas l'ouvrage d'uu moment, persuadé cependant qu'on pourra les diminuer, en améliorant la morale et en détruisant les mauvaises doctrines, le roi a daigné ordonner qu'on fît circuler de nouveau les lois susdites, avec recommandation particulière aux autorités civiles de veiller à leur maintien ponctuel , et de porter secours et assistance, si cela était nécessaire, à l'autorité ecclésiastique ; exhortation à celle-ci d'j contribuer par le moyen de la prédication et des manœuvres de ses ministres, inculquant principalement aux fidèles la nécessité de réformer leurs mœurs, d'obéir aux lois du souverain, pour se rendre dignes des fruits de la terre et des bénédictions du ciel ».

Loi deuxième. Considérant que Notre-Seigneur, en signe de souveraineté universelle s'est attribué la dîme, et n'a pas voulu que personne pût s'exempter de la payer ; considérant que le produit est destiné à l'entretien des églises , des prélats et ministres qui les desservent, et à leur décoration , ainsi qu'à des aumônes aux pauvres en temps de famine, et au service des rois, pour l'amélioration de leur pays et le bien être particulier, si cela était nécessaire ; considérant que, à celui qui paie bien et

de bon grë , Dieu prodigue ses bicas temporels , lui donne grande abondance de tous fruits et le salut pour son ame ; par les pre'sentes, mandons et ordonnons pour toujours et à jamais que tous les habitans de notre royaume paient leur dîme directement et avec exactitude et Noire-Seigneur, de pain, vin , troupeaux , et de toutes les autres choses qui se doiveui donner directement comme le veut notre mère la sainte Eglise; et ce mandons pour nous comme pour ceux qui régneront après nous, pour les riches hommes, les chevaliers et les autres pays et dépendances ; que tous payons la dîme de tous les biens que Dieu nous a donnes, comme le veut la loi j . . . . et quiconque ira contre ces ordres paiera double, moitié pour le roi , et l'autre moitié pour Tévêque , sans préjudice des sentences d'excommunication que lanceront les prélats contre tous ceux qui ne paieront pas comme ils le doivent , ou iront d'une manière quelconque contre la loi ; voulons que ces sentences d'excommunication soient bien exécutées par nous et par eux, de manière que le pouvoir temporel et spirituel, qui émanent tous deux de Dieu , agissent ensemble et concourent au même but; cy mandons que les sentences que rendront les prélats sur cette matière soient bien observées, jusqu'à ce que réparation soit faite, après quoi Finterdit sera levé

Toute personne qui fera , ordonnera , ou consentira qu'on fasse tel mélange que ce soit des choses sus - mentionnées (paille, balle, sable, pierre, vesce), pour ce fait, perde ce qu'il aura donné en paiement, et le paie une autre fois avec une amende de sept fois la valeur de l'objet, savoir : quatre portions pour celui qui devait le recevoir, et les autres trois portions partagées entre les habitans du lieu ou se découvrira la fraude , entre celui qui l'aura fait connaître ou dénoncée , et entre le juge qui aura rendu la sentence ; et de plus que le coupable soit exilé de l'endroit pour six mois. Le fauteur ou complice de celui qui aura commis cette fraude , ou y aura pris part, paiera une amende de soixante maravédis à raison de chaque fanègue (la fanègue pèse 90 livres de i6 ojaces) de blé

qu'il aura ainsi altère, applicables par septièmes; savoir, quatre à celui qui a reçu ou devait recevoir ledit grain , et les trois autres partages entre les habitans du lieu, celui qui aura fait connaître ou dénonce la fraude , et le juge qui aura prononce la condamnation ; de plus , que le coupable soit exilé de son pays pour six mois

Si le coupable n*a point de biens libres qui aient assez de valeur pour mettre l'arrêt à exe'cution , ou s'il n*a point voulu les donner à la justice , sur sa demande , qu'on l'apprébende au corps ; et si trois jours après son arrestation il ne paie pas l'amende à laquelle il a ete condamne, qu'on lui fasse donner cinquante coups de bâton publiquement, sur les places, marchés, et lieux accoutumés de la ville, bourg ou village où le fait a eu lieu, ou de la ville ou bourg, chef-lieu de la juridiction de la contrée, et qu'il soit exilé de son pays pour six mois.

Je vous le fais connaître par ordre du conseil , ete.

Madiid, le i4 décembre 1826.

Signé , DON Valentin de Pinilla.

Lorsqu'on songe, en lisant cet acte, à l'époque où il a été publié^ ce qu'il contient devient bien plus étonnant.

(55) Page 132.

Voyez entre autres productions celle de Fontanes , intitulée Le jour des morts dans un cimetière de campagne. Les quatre vers que j'ai cités en sont extraits.

(56) Page 137.

La cour de Rome reçoit de l'Espagne quinze cent mille francs par an pour des dispenses de mariage. Il est probable que le clergé espagnol qui transmet ces fonds, a perçu ses droits, qui ne sont certainement pas moindres.

(5;) Page 167.

Des Vénitiens, ou de la république de Venise, dont les armes étaient un lion , qu'elle a planté si loin de ses murs au temps

de sa gloire : d'où est yenn pianta-leone , pianta^leon, planta hn y panta^lon , pantalon y qui a pu signifier bon républicain.

(58) Page 171.

Par ordonnance du 29 février 1824, S. M. Ferdinand VII , avait mandé que les artistes ve'teVinaires et les maréchaux ferrans fissent renouveler ou revalider par le comité' supérieur de l'art vétérinaire , les titres qui leur avaient été délivrés pendant le prétendu système constitutionnel : peu d'entre eux ayant rempli cette formalité nécessaire^ on en renouvela l'avis dans \^ Gazette du 19 avril 1827, menaçant d'interdiction et de punitions sévères. N'était-il donc pas tenu de s'occuper de choses utiles et de déposer toutes ces fureurs !

(59) Page 181.

Tels que la Centinela contra francmasones j Sentinelle contre les francs-maçons , ou discours sur leur origine , leur institution y leur secret et leur serment , avec une gravure qui indique les chiffres à l'aide desquels ils s'écrivent , et les actions y signes et paroles qui les font se reconnaître , traduit de l'italien en espagnol par un individu qui n'a pas oublié d'j mettre son nom y comme ayant bien mérité de la patrie. Quel important service il venait de rendre à l'Espagne î sottise cultivée par l'hypocrisie ; qui pourra t'arracher de ce malheureux pays !

(60) Page 186.

El Rey nuestro Sehor (^que Diosguarde)y se ha seruido Le Roi notre Seigneur (que Dieu garde), a daigné

sehalar tal dia para la tercera 6 cuarta corrida de to^ fixer tel jour pour la troisième ou quatrième course de tau-

ros, etc., etc.

reaux^ etc., etc.

Ainsi, c'est le roi, qui n'est presque jamais à Madrid, qui s'occupe dans ses résidences de fixer les jours de course aux taureaux !

.« On a prononcé l'abolition de ces spectacles barbares, aux-

« ipieh la nation espagnole tenait avec une sorte de frénésie ,

• maigre les réclamations de la raison et les préjudices qu'ils « portaient à l'agriculture. » Voilà ce que disait Bourgoing, en 1 806; de la course aux taureaux ^ dans une note additionnelle à son ouvrage sur l'Espagne ; dont il publiait la quatrième édition. Nous répondrons aujourd'hui que ces spectacles bar-, bares^ prohibés aussi du temps du système constitutionnel ^ ne sont point du tout abolis ; ils se sont au contraire ranimés avec plus de fureur que jamais , favorisés par les autorités dont la prudence sait si bien en calculer les effets. Quel fut le sentiment honorable qui dicta cette résurrection ? Il serait bien difficile de le nommer; mais on pourrait dire avec bien plus de certitude les basses et flétrissantes passions qui la sollicitèrent. En i83o^ les papiers publics nous entretenaient encore d'une école de Toromaquia, ou de l'art de courir le taureau, récemment fondée à Séville par le gouvernement. Croit-il donc n'avoir pas poussé assez loin et n'avoir pas assez proclamé les preuves de sa haute sagesse et de sa profonde perspicacité?

(61) Page 187.

« On a proscrit sans retour ces autos sacramentales ^ où les « anges, les saints, les vertus personnifiées, jouaient leur rôle an « scandale de la religion et de la raison ; compositions bizarres « dans lesquelles Calderon surtout avait déployé toute la ca- « pricieuse fécondité de son imagination. On a aussi interdit

• la représentation de plusieurs autres pièces telles que los Zelos « de san José (la Jalousie de saint Joseph)^ » et surtout le Diable prédicateur (Boorgoing^ tome II , page 4^7). Mais dans ces derniers temps on donnait encore à Madrid, au théâtre de la Gruz, V Arche de Noé, que j'ai vu à Pampelume, le 12 février 1828.

Ce spectacle , dans le sens apostolique , a été imaginé pour tenir lieu de ces autres pièces à changemens de décorations qu'on donne en Espagne aux jours de carnaval. En effet , l'entrée des animaux et des oiseaux dans l'arche, et leur sortie, si elles étaient bien exécutées, pourraient ofirir un coup-d'ç^ très varié. Dans les premiers actes, Noé fait part de sa vision à ses trois fils Sem, Cham et Japhet, et à leurs famiUes«Hleur

dit qu un ange ou un messager de Dieu lui a rev^ë l'intention où était rÉtemel de perdre l'espèce humaine par un dëluge universel , et qu'il l'a arerti de construire une arche pour s'y renfermer avec sa famille, destinée à repeupler le monde. Ses trois fils sont dociles; et obéissent. Mais Enoch et ses descendans se moquent du culte de Noë, de ses visions et de ses craintes. Qu'arrive-t-il?le déluge vient, Noë s'embarque avec les siens, l'arche part ëlevëe par les flots, au milieu desquels on voit les incrédules s'agiter inutilement et disparaître.

Au dernier acte, je crois, l'arche revient. On voit alors la terre après le déluge jonchée de squelettes humains , de bras, de têtes, de jambes, qui ne laissent pas de faire impression sur la multitude, car tout cela est parfaitement éclairé afin qu'on ne s'y méprenne : ce sont les coulisses d'un sermon. Plus tard , Noé, qui a déjà cultivé la vigne dont le théâtre est couvert (car on sait que messieurs les auteurs dramatiques espagnols ne sont pas esclaves des trois unités d'Aristote), s'enivre, s'endort tout nu, et en se réveillant couvert des vétemens que ses fils lui ont jetés, il compare le vin au péché qui trompe avec douceur, que engaha con dulzura. Lorsqu'il sent sa fin approcher, deux anges descendent pour l'enlever au ciel.

Ces prêtres ne dédaignent aucun moyen de faire peur au peuple espagnol pour le conduire à leurs fins.

(6a) Page 196.

A ce que rapportait la chronique scandaleuse, M. de Villela avait le tort de se laisser, sinon conduire , du moins trop influencer par dona Inès, sa gouvernante, qui trafiquait des places. Le roi le savait comme la cour et la ville. Un jour que M. de Villela vint, dans ses attributions, lui présenter un placet pour faire obtenir un emploi ou une charge à quelqu'un, le roi mit au bas ces deux vers pour toute réponse :

Perdona , Ints^

No se puede par esêa ve%,

(Pardonne y Inès, ce n'est pas possible pour cette fois.)

M, de Villela , étant mort ^ l'âge de quatre-vingts ans, au mois dTavril 1827 , appartient à l'histoire.

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