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HOTES

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Après avoir examiuë ce que sont maintenant la situation financière et le caractère de la nation espa^ole, voyons ce qu'étaient l'un et l'autre à l'avènement de la maison de Bourbon sur le trône de Charles II. Nous trouverons ainsi quelques traits d'ingratitude qui se rapprocheront assez de ceux de l'ëpoque actuelle. -

Il n'est pas nécessaire de dire qu'alors, comme aujourd'hui , les prêtres étaient maîtres, et se trouvaient sur toutes les voies où il j avait de la fortune , de la puissance et des honneurs à acque'rir.

Le Tparquis de Louville écrivait d'Espagne, en 1700 ou 1701 , au marquis de Torcy, ministre de Louis XIV :

« Souvenez-vous bien que vous aurez deux prêtres proposés « pour la présidence de Castille. Nous avons déjà un prêtre « gouverneur du Mexique, et un autre âgé de soixante- dix a ans qui dirige notre commerce à Séville avec le succès que « vous savez. A mesure que les présidences des conseils de- « viendront vacantes, on proposera des prêtres pour les rem- « plir, et je ne désespère point de voir des nominations sembla-

« blés pour les commandemens des armées et des escadres

« quand nous en aurons. >• (Mémoires de Nouilles, tome II , p. i3o, cités par CoxE^dans L'Espagne sous les Bourbons j t. I«% p. 142.)

Le même écrivait à peu près à la même époque « que quand même un ange descendrait du ciel pour prendre les rênes du gouvernement, on se trouverait désappointé dans les espérances que l'on s'était forgées, vu l'état présent de l'Espagne, qui était gangrenée d'un bout à l'autre. » (Mémoires de Nouilles, U II, p, 35; CoxE, t. I«', p. 145.)

Aujourd'hui cette gangrène se réduit à de l'asservissement et de la misère ; mais l'un et l'autre sont bien réels. On pourrait se passer d'un ange pour gouverner comme on l'en tend aujourd'hui ; mais il faudrait, pour tirer l'Espagne du chaos où elle est plongée, un homme dont le caractère et le bras eussent bien de la force , ou un gouvernement qui en tînt lieu.

Le marquis de Louville , franc , loyal , initié aux affaires les

plus secrètes de Philippe V^ pouvait à peine se contenir. « Quel spectacle y (dit-il dans ses Mërooires secrets) pour un « prince de 1 7 ans qui sortait d'un royaume gouverne par « Louis XIV y long- temps administre par Colbert y et maintenu « par des corporations sages et puissantes; quel spectacle ^ « dis-je, et quel fardeau ^ que Theritage de Charles-Quint en • 1700 ! Point d'année ni d'argent , point de justice | point

« de police ^ point de liberté et point de frein véritable

« oligarchie, composée de gens unis par Torgueil, divises par « l'ambition, et endormis par la paresse : voilà pour le gouver- « nement. Un palais silencieux , asservi au nom de l'étiquette « par des commensaux et par la reine qui le remplissaient de « leurs intrigues : voilà pour la cour. Enfin un épiscopat trop « riche et trop dépendant de Rome , une inquisition redou- « table, toujours en guerre au dehors avec le pape , au dedans « avec les sujets , et des milliers de moines , souvent hommes « de talent et de mérite, mais la plupart opposés entre eux d'un « ordre à l'autre , ou même de couvent à couvent : tel était en « peu de mots l'ensemble de l'Espagne sur la fin du règne de « Charles 11.

Plus loin :

LouTille à Torcy, Madrid, 19 avril 1701.

« Savez- vous aussi bien que moi , de Versailles , comme les « choses se passent ici? Le roi n'a pas un sou. Je suis un habile « homme, parce que j'ai trouvé de quoi faire mettre une porte « neuve à la cave et acheter des serviettes. On était à la.veille, « pour cet usage , de se servir des chemises des marmitons. « Les valets de pied espagnols qui sont sous le mayordànte « mayorf demandent l'aumône et sont tout nus. Le sort des « chevaux est encore bien pis avec le cabaUerizo mayor, car « ils ne peuvent point demander l'aumône. Je contiens la mai- « son française du mieux que je puis \ mais, malgré mes soins^ « nos gens sont si malheureux, qu'ils désertent journellement, m

On ne dira pas que c'était la guerre de la succession qui avait mis la monarchie dans un tel état, elle n'était pas encore commencée.

Enfin, cette guerre commença, et Philippe Y passa bientôt

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