‹ Souvenirs du MidiChapitre 32 sur 34 · NOIES · texte numérisé non relu

NOIES

en Italie. Oo tirait tout de France : caparaçons, vaisselle, tentes, armes, voitures, habits, arroëe, vaisseaux, tout ëtait fourni par Louis XIV , à son pelit-fils , assis déjà sur le trône d'Espagne, dont les ressources étaient à sa disposition. Madame de Beauvilliers (femme du ministre), écrivait à Louville (2, 11, et 29 mai 1702): « Hervé m'a envoyé un échan-

• tillon de perruque blonde pour le roi. Il dit qu'il y aura pour « 800 francs de cheveux. Ces messieurs sont bien effrontés ; je « ne me mêlerai pas de cela. Tâchez que le roi soit en tête « naissante pendant la campagne, en attendant que ses ehe- « veux soient revenus. Cela sied beaucoup mieux. »

« Nous sommes (écrivait Lou ville à Beauvilliers, les 22 juil- « let et i5 septembre 1702), nous sommes environ soixante- « deux mille hommes , y compris le corps de M. de Vaude-

• mont, savoir : soixante mille Français ou Piémontais, et « deux mille Espagnols » (le tout sous les ordres du duc de Vendôme en Italie). On va voiries prétentions espagnoles se manifester.

« Nos grands qui ne sont de la partie que pour une douzaine « d'entre eux et cinq ou six régimens, prétendent tout mener « ici comme à Madrid, parœ que, disent-ils, c'est pour eux « qu'on se haty et les conseils qu'ils donnent sont d'une len- « teur et d'une timidité très propres à perpétuer la guerre. »

Nous avons dit (ajoute le rédacteur des Mémoires), que la division s'était mise dans l'armée du roi catholique. Ce fait peut paraître inconcevable après ce que nous venons d'avancer du petit nombre des Espagnols. Le mot de cette énigme est encore dans l'orgueil des grands officiers qui avaient suivi Philippe V en Italie; « L'armée, pour eux, ne consistait que « dans leurs deux mille hommes. (Louville à Torcy, 8 août « 1702 . ) Peu s'en fallait qu'ils ne prissent les autres corps pour « des bandes aventurièreB que l'on pouvait traiter comme une « troupe de serviteurs à gages. Dans les campemens, point de « difficultés , la droite leur appartenait ; mais ce n'est rien en- « core. On ne devait, à les entendre, songer aux officiers de « France qu'après avoir satisfait leur dernier tambour; de cor- « vées, ils n'en voulaient point ; de détachemens pour recon- « naître l'ennemi *, encore moins ; garder le camp , cela ne les

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« regardait pas , et ainsi de suite. Ëo revaochei il ne fallait « écouter qu'eux dans le conseil ; à ce prix seulement ils ac- « cordaient à M. de Vendôrae Tentree du despacho et le titre « à'al/esse qui ne lui était point dû. Du reste, on ne devait

• attendre d'eux nulle complaisance^ nul égard. Us se refusaient « même à mélanger de blanc leur cocarde rouge , tandis que « toute Tarmëe française avait voulu porter une cocarde rouge « avec la sienne. »

C'est absolument comme ce qui s'est passe dans la campagne de i8a3. Lorsqu'on est entre dans Pampelunc à la fin de septembre ^ après quatre ou cinq mois de blocus et de siège, les Espagnols ont publia dans leurs journaux que l'armée de la foi ou royaliste était entrée triomphante dans Pampelune , accompagnée de ses allies (les Français). Il avait faMu tout fournir à ces bandes indisciplinées, et les nourrir sous les murs dé cette place où on ne pouvait les compter pour rien. Si elles eussent été seules , on ne peut pas dire qufelles j seraient encore (décembre 1827), parce qu'on les en aurait chassées; mais certainement la garnison eût été fort tranquille à l'égard des assiégeans.

Poursuivons : « Bientôt cette morgue insultante, qui était « un vice, n'étant pas réprimée , parut un droit à ceux qui s'en « trouvaient bien , et se communiqua de là maison au troupes « du roi catholique. On vit alors journellement des scènes fort

* extravagantes. Par exemple, une fois le régiment de Lom- « hardie, que le prince Pio commandait en chef, et Louville en « second avec le litre d'adjudant mestre-de-camp , s'avisa « spontanément de charger les gardes du marquis de Créqui , « et de blesser même dans la mêlée un officier du régiment « d'Anjou. Il n'en fut que cela.

« A quelques jours de là , Louville pensa être victime d'une « scène plus grave. » Une querelle s'engagea à propos de fourrages ; il fut obligé d'intervenir et de jeter à terre le chapeau d'un capitaine qui semblait le méconnaître.

£t nous aussi nous avons trouvé ces traits remarquables de leur caractère y ou ces résultats de leur existence malheureuse.

Louville écrivait de Madrid à Beauvilliers, en octobre I7e3:

« Nous sommes ici dans le liea uBî nuUus ordo et sempkemus

« horror inhabitat, »

Plus loiiiy le rédacteur des Mémoires dit, eu parlant de l'ëtat

de TEspagne^ de 1706 à 1716 :

« 11 fallait entendre discourir ces illustres frondeurs (les grands). S'agissait-il de troupes? TEspagne avait besoin de soldats y sans doute ; mais c'était à la France à en fournir, à condition que les généraux seraient espagnols. De Targent ? la France en retirait assez de son commerce avec l'Espagne , pour payer les trois quarts des dépenses de la guerrei ce qui ne devait pas empêcher que les Indes ne fussent absolument fermées aux vaisseaux français , et ainsi du reste. Avec cela, une indolence, une incurie pour les premiers intérêts de cette patrie dont on se montrait si jaloux , que les esprits les plus prévenus pour la grandeur castillane ne pouvaient que gémir à ce spectacle, ou s'indigner. La perte de Gibraltar fut un effet de cette orgueilleuse paresse ; Gibraltar, la clef des deux mers, ce redoutable rempart qui faisait respecter l'Espagne, des deux mondes, n'était pas gardé par cent hommes. Le duc de Grammont sut que les Anglais en méditaient l'attaque ; il en prévint le conseil de Madrid , qui ne tint compte de l'avertissement , et Gibraltar tomba le 4 août 1704. »

Plus loin : a I^ frontière d'Estramadure venait d'être insultée par l'ennemi , il n'y avait pas un sou dans les coffres du roi catholique pour cammencer la compagne ; le roi de France, quoique aux expédiens lui-même, avançait deux millions aux Espagnols; certes, la jalousie devait alors ou jamais céder le pas à la reconnaissance et à la nécessité. 11 arriva le contraire ; une partie des grands se mit à gronder, et l'autre à conspirer. »

Ce que je viens de rapporter, prouve du reste que, malgré

ses immenses possessions, ce pays a toujours été sujet à

la misère , et que , malgré sa misère , il a toujours été sujet à

l'orgueil.

(8a) Page 331.

J'ai VU; jusque dans les dëmoostrations de la joie publique en Espagne, les preuves de Taffreux despotisme qui pèse sur ce malheureux pays. Quoique ce soit incontestablement le plus infortune de l'Europe j parce que nulle part l'esprit de parti n'est autant exaspéré aux dépens de la raison , il n'y en a pas où l'on ordonne autant de réjouissances générales. Pour la fête ou le jour de la naissance de chaque prince y de chaque princesse y de leurs enfans y etc. | il faut illuminer la fisiçade de sa maison, et malheur à qui j manquerait! Au signal donné (qui est ordinairement un coup de cloche), les flambeaux sortent de toutes les croisées, portés par leurs habitans attentifs, et en un instant tout Madrid est illuminé jusque dans ses recoins. Espagnols façonnés au joug, venez encore nous vanter la prestesse que vous avez acquise dans ce servile exercice î Venez nous dire que nulle part on ne s'acquitte aussi ponctuellement de ce que vous appelez un devoir ! Ces torches ardentes , preuves multipliées de la terrcm* qui préside à vos fêtes, n'éclairent que votre asservissement et votre infortune. Combien y en aurait-il dans chaque rue, si on n'en mettait qu'aux maisons qui renferment des familles heureuses ? Éclairez les saturnales de vos libertés, et soyez surpris le lendemain de n'être pas plus avancés que la veille ! «

Fin DES NOTES.

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