‹ Souvenirs du MidiChapitre 7 sur 34 · P"JA · texte numérisé non relu

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gnols poitent quelquefois l'été, surtout en Andalousie, où on en fait d'étoffes légères de différentes couIeui*s , est ce qu'ils ont de plus remarquable dans •leur costume : autant par habitude que par nécessité, il leur serait difficile de s'en passer. On voit souvent dans les rues des gens du peuple, nupieds dans la mauvaise saison, avec un mouchoir autour de la tête , supporter facilement les rigueurs du temps s'ils ont un mauvais manteau ou le moindi^e morceau de couverture pour se draper*

Le peuple espagnol est généralement mal chaussé; l'aridité du sol lui permet de négliger sa chaussure jusqu'à un certain point, mais non dans toutes les provinces. Au lieu de souliers, il se sert d'espèces de sandales, semelles ou aspar gâtes en sparth, en corde ou en cuir , qu'il attache autour du pied et du bas de la jambe avec des cordes ou des rubans de fil, de manière a faire penser à la chaussure des anciens Grecs et Romains, qui pouvait bien ne pas offrir plus d'élégance. Malgré la commodité et même l'économie qu'il y trouverait, l'Espagnol de la basse classe ne peut se décider à adopter l'usage de nos pantalons, qui descendent jusqu'aux pieds; il ne porte généralement que des culottes courtes, et prouve par là combien sont difficiles à déraciner certains usages , qui n'ont en leur faveur que l'ancienneté. Sur le caleçon , qui descend jusqu'au milieu de la Jambe , il relève un bas auquel manque ordinairement tout le pied ; puis , s'il chausse un soulier , il place la guêtre, en étoffe ou en cuir susceptible d'ornemens. Cette pièce, trop courtie pour arriver jusqu'au genou , ne peut se boutonner vers le

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haut de la jambe. Il s'en faut de trois ou quatre travers de doigt que les bords ne se joignent; mais les obstinés Ibériens tiennent tellement à cette difforme et incommode portion de leur chaussure , qu^ils ne consentiraient à aucun prix à l'échanger conlre une autre, quelque meilleure qu'elle fût.

Tous les Espagnols portent une ceinture, fuja^ en laine ou en soie, dont quelques uns font une parure, et qui semble utile pour tenir les viscères abdominaux à la même température , dans un pays où le^ variations atmosphériques sont si fréquçnles, La coiffure nationale est la montera y petit bonnet de velours collant sur la tête , dont la plupart des hommes du peuple se parent encore , relevant leurs cheveux en tresse, a Taide de rubans qui, noués en rosette à la nuque, y font une espèce de cocarde. Autrefois on se servait généralement, surtout a Madrid, de grandes lunettes, garnies en taffetas sur les cAtés, pour garantir les yeux de l'action irritante de l'air et de la poussière. Il serait difficile de dire pourquoi on a abandonné cette coutume, dont les avantages peuvent être si souvent appréciés. [Foyez la page 6 et la note i ).

De même qu'il est rare de rencontrer en voyage un Espagnol sansTrusîT^^on^rTe^^vo guere^TIans tgs villes un homme du peuple sortir sans bâton , lors même qu'il va pour se disti'aire. La méfia^^ce l'accompagne partout. Il voit toujours dans ses concitoyens des hommes qui, d'un moment à l'autre, peuvent chercher à le rendre victime, et c'est pour s'en défendre que tous sont munis d'un couteau pointu qui, lorsqu'il est ouvert, n'a pas moins dp quinze^à

dix-huit Eouçes de long. La police défend lés cou^ teaux fixés sur leur manche , autrement dit les poignards ; elle pourrait , à Taide de quelques mots de plus, prévenir bien des malheurs, en ordonnant que les couteaux à charnière fussent carrés ou coupés net à leur bout. Cette pointe , aiguisée contre les frères en Jésus-Christ, ne provoque que trop souvent de mauvaises pensées dans l'esprit de ceux qui ne l'avaient d'abord adoptée que pour leur sûreté. On ne peut sans frémir voir briller dans leurs mains ces nahajas, instruraens d'une homicide méchanceté, avec lesquels ils coupent lentement le tabac qu'ils ramassent dans le creux de leurs mains pour en former leurs cigarroSj mêlant ainsi, à toute heure du jour, l'idée d'une lâche férocité à celle d'un sale et dégoûtant j)laisir. Le couteau entre tout à fait dans les mœurs espagnoles. Dans les ^ayw^^^^, pièces de théâtre destinées a retracer les scènes de la vie du bas peuple, on voit des personnages dans la moindre discussion tirer le couteau, dont la vue est loin de révolter les spectateurs les plus classiques. Las ManolaSy les Emmanaeles , ou femmes des rues des grandes et des petites villes, n'imitent que trop leurs maris dans cette disposition hostile; on assure qu'elles ont presque toutes à leur jarretière un couteau non moins acéré, et que dansUeurs disputes leur premier mouvement est d'y porter la main... Ave Maria purissima !

La presque totalité des femmes espagnoles est vêtue et voilée de noir. La gravité qu'une grande proportion d'ecclésiastiques donne à cette nation aurait pu faire adopter cette couleur, plus commode.

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en outre, pour des clames qui aiment peu à s'occuper de soins domestiques; mais les Pères^e TÉglise ordonnent aux femmes de ne paraître aux offices que voilées de noir. Duniformitédè ce veteinent empêche de distinguer les dames de leurs camaristas ou donzellasy et diminue beaucoup la gaîté du coup d'oeil que pourraient offrir les réunions. Les dames de la classe moyenne ajoutent beaucoup de franges, de garnitures, d'ornemens d'acier, de nacre, de jais, etc. , à leurs robes, peut-être parce que, dans les beaux temps de rinquisition , il était défendu aux desçendansjde ceux qui avaient été condamnés jgar^ce saint tribunal, de porter des vêtemens de soie, et que tout ornement brillant , en jnétal ou autre,, leur était sévèrement interdit(LLQE^îE), défense qui devait conduire naturellement k adopter une parure exclusive de tout soupçon d'ignominie, et, qui pis est, d'irréligion , si difficile à braver en Espagne. Mais tout ce clinquant, dont on fait étalage, entre parfaitement dans l'esprit de cette nation, comme on peut en juger par les habits des hommes. Là plus qu'ailleurs, les uniformes militaires, les costumes de cour et des autres fonctionnaires publics sont chargés de broderies qui annoncent des goûts d'autant plus frivoles, que, au lieu d'être un signe de richesse , elles ne cguvrent souvent que la plus affreuse pauvreté. Tel serviteur du roi qui n'a rien devers lui, et qui, s'il vient à perdre sa place ou à mourir, doit laisser sa femme et ses enfans dans l'indigence , puisqu'on ne paiera que fort inexactement la pension de la veuve, n'hésite pas à se donner un habit somptueux avec ce qui s'ensuit , et à dépenser tout ce que sa charge peut

lui rapporter par elle-même ou par sa manière de Texploiter. On trouvera, je crois, une grande différence, sous ce rapport, entre la gravité espagnole et la légèreté française.

Presque tout ce qui sert k habiller les hommes et les dames au dessus de la classe du peuple vient d'Angleterre et plus encore de France. Depuis les bas à jour des dames , jusqu'à la dentelle qui garnit leurs mantilles , toute leur parure, y compris leur éventail, sans lequel elles ne sortent jamais , est tiré de l'étranger. Les bas de coton , que le peuple porte généralement dans tout le midi de l'Espagne , sont presque tous introduits de Gibraltar par contrebande, en sorte qu'on peut dire que , pour ce seul article 9 chaque habitant de ces contrées paie un tribut considérable à l'Angleterre.

Le goût du luxe , chez des hommes dont l'esprit désordonné n'a jamais pu être rapproché de la méthode, ni par une éducation toujours incomplète, ni par la discipline militaire relâchée au delà de toute expression, produit quelquefois de singulières mises dans la classe des guerriers espagnols. On voit des généraux avec le chapeau militaire , la ceinture et l'epée , avoir un habit bourgeois , un pantalon de nankin , des bas blancs et des souliers. Tel officier de cavalerie , en tenue , met, avec un casque ou un bonnet à poil , une cravate blanche , des bas de soie blancs , porte un grand sabre sous le bras gauche et une canne à la main droite, s'il a le grade de lieutenant-colonel et au dessus. Lorsque l'armée française arriva à Madrid en 1 823 , tous les royalistes croyant de leur devoir de se mettre en uniforme pour prouver

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qu'ils élaîent prêts à servir et h défendre le roi , on vit au Prado la plus grande variété de costumes qu'on puisse imaginer : il n'y avait pas deux habits militaires qui se ressemblassent : chacun paraissait avoir fait faire le sien à sa fantaisie. Le goût de la propreté, si voisin de l'honneur chez les militaires, ne se trouve pas même dans la garde royale espagnole. Des grenadiers traînent la savatte, et ne balancent pas , sdl leur faute ou celle de leurs chefs , h paraître ainsi <kns les rangs , pour le service ou pour défiler la parade. Dans la cavalerie de la ligne , il n'y a de général que la maigreur et la ruine des chevaux ; car, pour ceux qui les montent , chacun a sa couleur et sa forme d'habit ; tel a des bottes , tel autre de mauvais souliers ; et l'armure et le harnachement n'offrent que trop de marques analogues d'un arbitraire divergent. J'insiste sur ces particularités , parce qu'elles peuvent servir à faire apprécier l'état actuel de cette nation , dont l'apathie , la négligence et le désordre moral sont arrivés à ua point qu'il serait si difficile d'imaginer.

On sent bien qu'avec aussi peu de génie créateur, cette nation doit être tributaire de nos goûts frivoles, et que la grandesse femelle d'Espagne ne peut reconnaître d'autre autorité pour la forme à donner au chapeau, lorsqu'elle en porte , à la robe , etc., que le décret apporté récemment par le courrier de Paris [el Figurin).ï>dins l'état actuel de la civilisation , tous les avantages intellectuels d'un peuple sur un autre deviennent des avantages ou des supériorités politiques qu'on ne saurait dédaigner impunément.

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