POURQUOI JE PUBLIE CES MËMOIRES
qudque absurde que soit la calomnie, c'est manquer à son devoir que de ne pas Tattaquer de iront. Si je défends une cause dans les pages qui vont suivre, c*est la cause républicaine» et elle seule.
Mon récit serait absolument incompréhensible si je le commençais à la journée du 4 septembre. M. Thiers, dans sa déposition devant la commission d'enquête ; H. Saint-Marc Girardin, dans son rapport; vingt ou trente historiens de la révolution de ISTO, que j'ai là sous les yeuxy prennent les choses à partir de la déclaration de guerre. Ce n'est pas remonter assez. On ne voit pas plus loin que cela aujourd'hui : l'Empire, c'est la capitulation de Sedan et la mutilation du territoire. Cet horrible dénoùment rejette dans l'ombre tout ce qui a précédé.
Je le comprends, à la rigueur, pour les jeunes gens qui n'ont commencé à se mêler à la vie politique que depuis la chute de l'Empire.
Mais il n'en saurait être de même pour les hommes de ma génération et pour le peuple, qui, ayant moins de frottement que nous avec les hommes des autres partis, a la mémoire et la haine tenaces. On trouvera qu'il était à la fois juste et utile, de rapprocher le récit des deux journées du 2 décembre 1851 et du 4 septembre 1870; la première, où celui qui était chargé de défendre les lois, et qui les renversait, a mis Paris et une partie de la France à sac; la seconde, où le peuple, en détruisant un pouvoir qui Tavait opprimé pendant dix-huit ans, et qui venait de le perdre, a respecté la vie, la liberté et les biens de ses plus grands ennemis. Je serai bref sur cette histoire ancienne ; mais je ne puis ni ne
dois, SOUS peine d'ofifenser la justice et de déplacer les responsabilités, la passer sous silence. Je ne rappellerai que les principaux faits, et très-sommairement; le lecteur fera les comparaisons.
Louis^apoléoD Bonaparte jure ^délité à la République et à la
Constitution.
Ceux qui votèrent contre le prince Louis-NapoIéoD Bonaparte le 10 décembre 1848 s'attendaient à un coup d'Ëtat s'il était élu ; et je dis à sa décharge que la plu» part de ceux qui votèrent pour lui s'y attendaient éga» Icment. On ne donne pas la République à conduire à un prince, quand on veut sauver la République. Le jour où son élection fut proclamée, au moment où ii parut à la tribtme portant sur sa poitrine la plaque de grand-croix de la Légion d'honneur, qu'il avait trouvéedans son berceau en sa qualité de prince du sang impérial, tout le monde dans l'Assemblée, députés et spectateurs, les uns avec allégresse, le plus grand nombre avec désespoir, évoqua le souvenir du 18 Brumaire. La Constitution, qui avait aboli le serment politique pour les fonctionnaires de tous les degrés, l'avait conservé
pour le président : frêle et unique barrière entre un homme tout-puissant et une loi imprévoyante. Louis- Napoléon le prêta en ces termes:
« En présence de Dieu, et devant le peuple français, représenté par l'Assemblée nationale, je jure de rester fidèle à la République démocratique, une et indivisible, et de remplir tous les devoirs que m'impose la Constitution. »
Le président Armand Marrast, qui ne pouvait dissimuler ni son émotion, ni sa tristesse, prononça à son tour ces paroles : « Nous prenons Dieu et les hommes à témoin du serment qui vient d'être prêté. L'Assemblée nationale en donne acte, ordonne qu'il sera transcrit au procès-verbal, inséré au jlfonf7e«r, publié et affiché dans la forme des actes législatifs. »
A partir de ce jour, le sort de la République reposait «iniquement sur la foi du prince Louis bonaparte. Ainsi l'avaient voulu ceux qui avaient décrété qu'il y aurait une seule Assemblée et un président élu par le suffrage universel. Le nouvel élu, qui avait toute sa vie conspiré pour devenir empereur, n'épargna rien pour rassurer l'opinion.
« Le suffrage de la nation, le serment que je viens de prêter, dit-il dans cette séance même (20 décembre 1848), commandent ma conduite future et me tracent mes devoirs.
» Je regarderai comme ennemis de la patrie tous ceux qui tenteraient par des voies illégales de changer la forme du gouvernement que vous avez établi. »
Depuis Tavénement de la République, il n'avait cessé de se déclarer républicain.