‹ Souvenirs du quatre septembre: origine et chute du Second empireChapitre 3 sur 49 · LE SERMENT A LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

LE SERMENT A LA RÉPUBLIQUE

Dès le 28 février 1848; il avait écrit au gouvernement provisoire : « Sans autre ambition que celle de servir mon payS; je viens annoncer mon arrivée aux membres du gouvernement provisoire, et les assurer de mon dévouement à la cause qu'ils représentent, comme de ma sympathie pour leurs personnes. »

Le 24 mai, il avait écrit à l'Assemblée nationale que sa résolution était prise « de ne rentrer en France que lorsque la Constitution serait établie et la République affermie. j>

Il revint pourtant, après avoir été élu député par plusieurs départements ; et le jour où il prit séance à l'Assemblée (26 septembre 1848), il prononça à la tribune les paroles suivantes : « Après trente-trois années de proscription et d'exil, je retrouve enfin ma patrie et tous mes droits de citoyen ! La République m'a fait ce bonheur; que la République reçoive mon serment de reconnaissance, mon serment de dévouement. . . Ma conduite, toujours inspirée par le devoir, toujours animée par le respect de la loi, prouvera, à rencontre des passions qui ont essayé de me noircir pour me proscrire encore, que nul ici plus que moi n'est résolu à se dévouer pour la cause de l'ordre et l'affermissement de la République. »

Peu de semaines après, il usait de son droit de citoyen en posant sa candidature pour la présidence. Voici ce qu'il disait dans sa profession de foi : « Si j'étais nommé président... je me dévouerais tout entier, nans arrière-pensée, à l'affermissement d'une République sage par ses lois, honnête par ses intentions, grande et forte par ses actes. Je mettrais mon honneur à laisser.

au bout de quatre ans, à mon successeur, le pouvoir afifermi, la liberté intacte, un progrès réel accompli, d

Après avoir prêté serment comme président, et confirmé son serment par les déclarations les plus solennelles, il ne laissa passer aucune occasion de rappeler son respect de la loi, son dévouement à ses devoirs, sa ferme résolution de maintenir la République. Il sentait bien qu'on ne pouvait oublier ni son origine, ni ses deux tentatives^ à la fois criminelles et ridicules, de Boulogne et de Strasbourg. Il eut le courage, assez méritoire si ses résolutions étaient sincères, d'aller, à Ham, et d'y prononcer ce discours, en face de la citadelle où il avait vécu prisonnier pendant six années : a Aujourd'hui qu'élu par la France entière, je suis devenu le chef légitime de cette grande nation, je ne saurais me glorifier d'une captivité qui avait pour cause l'attaque contre un gouvernement régulier. Quand on a vu combien les révolutions les plus justes entraînent de maux après elles, on comprend à peine l'audace d'avoir voulu assumer sur soi la terrible responsabilité d'un change» ment. Je ne me plains donc pas d'avoir expié ici, par un emprisonnement de six années, ma témérité contre les lois de ma patrie, et c'est avec bonheur que, dans les lieux mêmes où j'ai souficrt, je vous propose un toast en l'honneur des hommes qui sont déterminés, malgré leurs convictions, à respecter les institutions de leiu* pays. »

Dans le Message du 31 octobre 1849, le président parle encore de la nécessité de rafiernûr la République. Le 12 août 1850, il dit au maire de Lyon : « Des bruits de coup d'État sont peut-être venus jusqi^'à vous ; vous

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