‹ Souvenirs du quatre septembre: origine et chute du Second empireChapitre 44 sur 49 · LA FIN DU COEPS LÉGISLATIF · texte numérisé non relu

LA FIN DU COEPS LÉGISLATIF

Simon a été que, si je le faisais, ce serait reconnaître le gouvernement qui vient de naitre des circonstances. Avant de le reconnaître, il faudrait discuter les questions de faits et de principes qu'il ne nous convient pas de traiter actuellement.

9 Le combattre aujourd'hui, ce serait une œuvre antipatriotique. Ces hommes doivent avoir le concours de tous les citoyens contre l'ennemi.

9 Nous faisons des vœux pour eux, et nous ne pouvons actuellement les entraver pai* une lutte intestine. Dieu veuille les assister! Ne nous jugeons pas les uns les autres. Le présent est rempli de trop amères douleurs.

>. M. Buffet. — Ne devons-nous pas rédiger une protestation ?

> M. TmsRs. — De grâce, n'entrons pas dans cette voie. Nous sommes devant l'ennemi, et pour cela nous faisons tous un sacrifice aux dangers que court la France : ils sont immenses. Il faut nous taire, faire des vœux, et laisser à l'histoire le soin de juger.

» M. Pinard (du Nord). — Nous ne pouvons pas garder le silena; devant la violence faite à la Chambre. Il faut la constater. »

C'était la seconde fois que M. Pinard protestait dans cette même journée, avec une fidélité quiThonore; car il est honorable do rester fidèle à son parti, surtout quand il est vaincu. A la séance du Corps législatif il avait protesté seul ; dans la réunion du soir, il eut M. Buffet avec lui. Si M. Pinard avait parlé ainsi devant nous, nous aurions pu mêler nos protestations à la sienne, car nous avions protesté et lutté constamment, et presque seuls contre l'envahissement. M. Thiers pensa, avec sa

haute raison, que puisqu'il était désormais impossible de rétablir l'Assemblée comme pouvoir délibérant, encore moins de lui conférer le pouvoir exécutif que nous lui avions si persév^anunent offert, et qu'elle avait refusé avec tant d'aveuglement, il ne convenait pas d'affaiblir, par une protestation vaine, la seule autorité qui fût debout en ce moment pour lutter contre les ennemis de la société et de la patrie. Il ne dit pas expressément, mais il laissa comprendre que FEmpire n'avait jamais existé que par la violation du droit; qu*il n'était pas devenu plus légitime pour nous avoir opprimés pendant dix-huit ans, et ruinés à sa dernière heure ; et qu'enfln le Corps législatif, sorti des candidatures officielles, usurpait un titre qui ne lui appartenait pas, en se donnant pour la représentation légale du pays.

« Ne sentez-vous pas, dit-il, que, si vous opposez ce souvenir comme une protestation, il rappellera aussitôt celui de la violatîoii d'une autre Assemblée ? Tous les faits de la journée ont-ils besoin d'une constatation ? «

Et comme M. Daru s'écriait que les scellés avaient été mis sur les portes de la Chambre, M. Thiers ajouta d'une voie émue : a Y a-t-il quelque chose de plus grave que les scellés sur les personnes ? N'ai-je pas été à Hazas? Ne rentrons pas dans la voie des récriminations, cela nous mènerait trop loin.

» En présence de l'ennemi qui sera bientôt sous Paris, je crois que nous n'avons qu'une chose à faire : nous retirer avec dignité. »

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