‹ Souvenirs du quatre septembre: origine et chute du Second empireChapitre 43 sur 49 · LA FIN DU CORPS LÉGISLATIF · texte numérisé non relu

LA FIN DU CORPS LÉGISLATIF

inspirée par un sentiment patriotique. Si, dans TArsemblée, nous différons sur la politique, nous sommes certainement tous d'accord lorsqu'il s'agit de la défense du sol et de la liberté menacée.

» En ce moment, il y a des faits accomplis, un gouvernement issu de circonstances que nous n'avons pas pu prévoir, gouvernement dont nous sommes devenus les serviteurs. Nous y avons été enchaînés par un mouvement supérieur, qui a, je l'avoue, répondu au sentiment intime de notre âme. Je n'ai pas aujourd'hui à m'expliquer sur les fautes de l'Empire. Notre devoir est de défendre Paris et la France.

» Lorsqu'il s'agit d'un but aussi cher à atteindre, il n'est certes pas indifférent* de se rencontrer dans les mêmes sentiments avec le Corps législatif. Du reste, nous ne pouvons rien changer à ce qui vient d'être fait. Si vous voulez bien y donner votre ratification, nous vous en serons reconnaissants. Si au contraire vous la refusez, nous respecterons les décisions de votre conscience, mais nous garderons la liberté entière de la nôtre.

» Voilà ce que je suis chargé de vous dire par le gouvernement provisoire de la République, dont la présidence a été offerte au général Trocliu, qui l'a acceptée.

» Vous connaissez sans doute les autres noms. Notre illustre collègue qui vous préside n'en fait pas partie, parce qu'il n'a pas cru pouvoir accepter l'offre qu'on lui en a faite. Quant à nous, hommes d*ordre et de liberté, nous avons cru en acceptant accomplir une mission patriotique. »

M. Thiers répondit: a Le passé ne peut être équita-

4ao SOUVENIRS DU QUATRE SCPTSMME

blemcnt apprécié par chacun de nous à Theure qu*il est. C'est l'histoire seule qui pourra le faire.

» Quant au présent^ je ne peux vous en parler que pour moi. Mes collègues ici présents ne m'ont pas donné la mission de vous dire s'ils accordent ou s'ils refusent leur ratification aux événements de la journée.

» Vous vous êtes chargés d'une responsabilité immense.

» Notre devoir à tous est de faire des vœux ardents pour que vos efforts réussissent dans la défense de Paris, des vœux ardents pour que nous n'ayons pas longtemps sous les yeux le spectacle navrant de la présence de l'ennemi.

> Ces vœux, nous les faisons tous par amour peur notre pays, parce que votre succès serait celui de notre patrie.9

Nous nous retirâmes alors, M. Jules» Favre' et moi. Quelques-uns des membres présents nous reconduisirent en nous donnant des marques d'amitié et de confiance. Nous nous rendîmes à l'Hôtel de Ville, où le gouvernement devait passer une partie de la nuit pour aviser au plus pressé et imposer à cliacun sa tâche particulier!». Paris avait un air de tranquillité qui nous charmait, et un air de fête qui contrastait péniblement avec les sentiments dont nous étions animés. Mon ami et moi, nous ne pensions qu'aux Prussiens.

Au Corps législatif, la séance s(î continua encore un peu après notre départ. J'extrais les détails qui vont suivre du compte rendu publié le surlendemain dans le Journal des Débats,

« M. Thieiis. — Messieurs, nous n'avons plus que quelques instauLs à passer ensemble. Mon motif pour ne pas adresser de questions à MM* Jules Favre et Jules

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