IV
d'un coup d'œil plus sûr les occasions où il lui était loisible de remplir personnellement et avec zèle les devoirs de sa charge de gouverneur de la province du Limousin, il ne pouvait en rencontrer une meilleure : par un acte de haute administration qui demandait l'énergie morale bien plus que l'emploi de la force matérielle, il eût attaché son nom à l'accomplissement d'une mesure habile, et la réussite eût avancé d'une année peut-être la fin de la guerre civile. Cette mission à accomplir ne présentait rien d'anormal avec le caractère dont il était revêtu ; mais il ne paraît pas qu'il y ait apporté plus de zèle que n'en mit le conseiller du Burg ; et, faute d'exécuteurs, la volonté royale resta inexécutée.
L'archevêque de Bourges se réservait sans doute pour des occasions dont il se promettait plus d'éclat, par exemple en répondant en personne à l'appel des habitants d'Uzerche. Après avoir donné des ordres pour la convocation du ban et de l'arrière-ban de la noblesse du Limousin, le prélat se mit en marche avec les quelques troupes régulières formées du régiment de Grancey dont il pouvait disposer.
Le 18 juillet 1652, les habitants de la ville d'Uzerche virent paraître, se déroulant sur la pente du faubourg Sainte-Eulalie, les méandres d'une colonne dont les armes scintillaient aux chauds rayons d'un soleil couchant; d'un air guerrier, l'archevêque lui-même s'avançait à leur tête. Les
habitants étaient plongés depuis la sommation du seigneur de Bonneval dans une cruelle perplexité. Ils n'y avaient fait aucune réponse, et comme leur argent n'était pas sorti de leurs cofTres, ils frémissaient en songeant à la menace de l'apparition de ce terrible colonel Balthazar, le récent vainqueur du marquis de Montausier, dont le nom seul inspirait un tel effroi, que nous avons vu un féroce aventurier tuant et pillant pour son propre compte, surnommé par la peur le petit Balthazar^. On peut s'imaginer facilement avec quelle reconnaissance les habitants accueillirent la venue de l'archevêque ; descendant enfouie à sa rencontre, ils l'acclamèrent comme un libérateur.
Uzerche sans doute avait vu des entrées plus solennelles, particulièrement aux époques oti elle avait reçu dans ses murs le pape Urbain 11, les monarques Richard Cœur-de-Lion et Louis XI ; mais jamais peut-être cette ville ne s'était livrée à plus d'entraînement ^. Nous pouvons croire que les ha-
* Voy. tome 3, chap. 26.
'Pour retrouver dans soa histoire des jours aussi animés, il faut descendre à une époque toute moderne , mais d'un (oui autre aspect, puisque ces manifestations portent l'empreinte de l'affaiblissement des caractères chez les gouvernauts ei les gouvernés. Cette observation est loin de s'adresser à la seule ville d'Uzerche, puisque cette décadence a fait le succf-s des candidatures officielles qui, en appelant généralement à la représentation du pays de faux conservateurs ou des complaisants, a conduit la France aux catastrophes parle défaut mûme
bilants, qui avaient rarement passé d'aussi cruelles nuits que celles qui avaient suivi la lettre du 7 juillet, s'endormirent ce soir-là pleins de quiétude sous la double protection, en une seule personne, de leur gouverneur et de leur archevêque métropolitain.
Le fougueux prélat, après n'avoir donné au repos
du contrôle indépendant des hommes intéressés au premier chef à son salut. Or, à l'époque où nous mène la pente des rappFochemenls, un ministre des travaux pubUcs, conduisant à sa suite un candidat ofliciel à la députation, a fait aussi dans la ville d'Uzerchesa solennelle entrée. La vieille cité ayant perdu sa prospérité d'autrefois que ses constructions jadis élégantes et fiùres, mais si délabrées aujourd'hui, attestent tristement, demandait aux progrès de l'industrie moderne, à un tracé de chemin de fer en un mot, une source nouvelle de jeunesse, afin de renaître à la vie. Le ministre même dispensateur de la fécondité venait en personne portant à quatre mains avec son candidat, escortés du préfet, la corne d'abondance d'où s'échappait en espérance les plus précieux trésors: ils disaient : Votez i)ien et vous obtiendrez. Les populations des campagnes, elles aussi, étaient accourues pour se confondre dans un môme entraînement avec la population de la ville : le candidat du ministre portait un nom associé aux pronostics du temps par un illustre homonyme, et la connaissance du temps est si précieuse à l'agriculture. Tout concourait donc à embeUir un si beau jour; les illusions de l'espoir sont si douces; illusions, hélas ! on eut le vole et l'on ne donna rien. Quelque historien peut Ctreraccontera plus tard ces déceptions et dira quel était le serpent caché sous ces fleurs ! L'auteur de ces Souvenirs était absent du canton d'Uzerche, lorsqu'eurent lieu ces manifestations et l'élection qui les suivit. Deux années après, ils'etîorça vainement de défendre les droits méconnus de la ville d'Uzerche; et à cette occasion fut prise la délibération du Conseil municipal mentionnée dans une note précédente.
que le lemps strictement nécessaire, prit ses dispositions pour aller attaquer le repaire redouté du seigneur de Bonneval, le château de Blanchefort. Tout allait à sa particulière satisfaction, quand il se rencontra un esprit chagrin qui trouva à redire à la vocation militaire de l'archevêque de Bourges. Cet esprit malin faisait son séjour dans le corps du marquis de Pompadour qui adressa au ministre Le Tellier la lettre suivante :
« A Pompadour en Lymouzin, le 19 juillet 16b2.
« Monsieur,
«M'estant rendu céans le 12 du courant pour y faire ma charge ensuite du commandement du Roy que monsieur l'archevêque de Bourges m'en avoit envoyé le 8, j'envoyai à l'instant un gentilhomme devers luy en donner advis et pour apprendre Testât auquel il laissoit les affaires qui depuis quelque temps avoient pris un assez fâcheux cours par les mauvays déportements de monsieur de Bonneval. Mays m'ayant mandé qu'il vouloit avant son départ réduire cet homme à l'obéissance par la force de l'employ qu'il a fait de la noblesse des communes qu'il veut commander, j'ay creu qu'outre que l'indépendance de nos charges et la différence de nos professions ne me
pourroyent permetlre d'y servir avec luy, ainsy que je remoiitreray à Monseigneur le cardinal et à vous, Monsieur, cest liyver à Poictiers, j'y seroys encore inutile, veu l'apparence qu'il y a qu'il peult bien seul terminer cette affaire; et parlant, je me dispose à m'en retourner à Rochechouart pour revenir aussy tost qu'il sera party, dont je vous supplie. Monsieur, de me faire la faveur d'informer Leurs Majeslez et d'y ajouter la protestation inviolable de mes fidelles obéissances à leur service. La générosité dont il vous a toujours pieu m'obliger me fait encore espérer cette grâce que vous me croyez tel que je suis avec passion,
« Monsieur,
« Vostre très-humble et trèsaffectionné serviteur,