‹ Souvenirs du règne de Louis 14 (volume 3)Chapitre 13 sur 44 · IV · texte numérisé non relu

IV

che : la somme de cent mille livres, dans le cas plus que probable, vu la pénurie des finances en ce temps, où elle ne se trouverait pas dans la caisse des receveurs généraux, devait être fournie par les habitants, sous peine pour ceux-ci de se voir à la merci des gens de guerre que le comte appellerait dans la province :

« Monsieur de Bo7ineval à Messieurs les Consuls de la ville d'Uzerche.

« Bonneval, ce 7 juillet 1652.

« Messieurs,

« Comme mon intention n'a jamais esté autre que de servir la ville d'Uzerche, je n'ai point voulu escrireà Messieurs les recepveurs généraux d'icelle qu'en mesme temps que je ne vous fisse la présente pour vous faire scavoir que son Altesse Royale* m'ayant chargé de commissions pour la levée de gens de guerre pour le service du roy, m'a aussy ordonné de prendre sur la recepte générale du Limousin cent mille livres pour la levée et subsistance des dites troupes ; qui fait que je vous supplie. Messieurs, avec tout le corps de vostre ville, de faire en façon que les dits recepveurs n'appor-

* Le duc d'Orléans.

tent point de retardement à mettre entre les mains de mon commissaire la dite somme de cent mille livres, dans quatre jours, en ce lieu de Bonneval ou à Blanchefort ; autrement je serais contrainct avec douleur d'appeler des troupes dans la province qui pourront causer des suites qu'il n'est pas besoing que je vous escripve, puisque vous voyez l'exemple des provinces voyzinesqui vous l'apprend assez. Celle-cy n'estant à autre fin, je vous prieray de me croire,

« Messieurs,

« Vostre très-humble et trèsfidel serviteur,

<( Bonneval*. »

Cette lettre qui déguise faiblement l'intimidation sous des termes en apparence conciliants, démontre que son auteur s'attendait à deux choses : la première, que la caisse des receveurs serait vide ; la seconde, qu'à défaut de cette ressource les habitants de la ville d'Uzerche se montreraient peu empressés à accomplir le sacrifice d'argent demandé pour le soutien du parti des princes; autrement eût-il été nécessaire de leur faire entrevoir l'appel de troupes pour les y contraindre et leur faire subir une part du terrible fléau de la guerre?

> Lcllre inédite; Archives du ministère de la guerre, vol. I i-

Au reste, il était difficile que la commission du duc d'Orléans fût plus mal confiée pour obtenir l'exécution spontanée de ses ordres ; car il existait entre les habitants de la ville d'Uzerche et la maison de Bonneval un vieux levain de ressentiment. Aux États généraux de 1614, les députés du haut Limousin étaient : pour le clergé, Henri delà Martonie, évêque de Limoges; pourla noblesse, Henri de Bonneval, chevalier, seigneur dudit lieu; pour le tiers-état, Léonard de Ghastenet, lieutenant général en la sénéchaussée de Limoges, sieur de Saint-Jean-Ligoure, bourgeois de Limoges; ceux du bas Limousin : pour le clergé, Jean de Genouillac de Vaillac, évêque de Tulle ; pour la noblesse, Charles de Saint-Marsault, chevalier, seigneur de Gourson et du Verdier; pour le tiersétat, François Dumas, lieutenant-général en la sénéchaussée de Brive, et Jacques de Ghavaille, sieur de Faugeras et du Poujet, lieutenant général en la sénéchaussée d'Uzerche*.

' Relevons en passant un point intéressant à propos des noms des députés du tiers-état, qui est l'erreur accréditée de nos jours que la particule est un signe certain de noblesse; le titre môme de seigneur d'une terre que prenaient parfois par abus certains propriétaires bourgeois qui ne devaient porter que la dénominalion de sieur, n'était pas non plus un signe de noblesse, depuis que les fiefs pouvaient ôtreacqu is par les roturiers. En définitive, la preuve de la noblesse de race ne résulte ni de la particule, ni môme du titre ; mais de la valeur intrinsèque du nom basé sur une antique possession de noblesse recon-

Jacques de Chamaille, député du tiers-état, pour la sénéchaussée d'Uzerche, mourut au moment de de partir pour remplir son mandat. Pierre de Chavaille, son fds, se rendit à Paris pour siéger à la place de son père. A la séance de vérification des pouvoirs, une vive opposition s'éleva contre son admission; elle fut particulièrement suscitée par les autres députés de la province qui se firent en cette occasion les champions des vieilles rivalités qui existaient entre les trois villes de Brive, de Tulle et d'Uzerche. Leur opposition se fondait sur ce que Chavaille n'avait pas é(é personnellement élu , et sur ce qu'il était en outre mineur de vingt-cinq ans. Celle opposition trouva de l'écho dans l'assemblée ; néanmoins l'admission de Chavaille fut prononcée ; mais il fut décidé que les députés du tiers état d'Uzerche, de Brive et de TulJe ne formeraient qu'une seule voix.

L'admission de Chavaille sur laquelle le seigneur de Bonneval, député de la noblesse pour Je haut Limousin , avait certainement exprimé une opinion contraire, avait dû lui attirer de la part du député contesté quelque propos qui l'avait irrité. Bien plus, il existait de la part du comte de

nue. Si ce principe était moins oublié, combien de nos jours éviteraient d'accoler des particules à leurs noms roturiers ou d'y ajouter avec particule celui de quelque coin de terre pour jeter aux yeux une poudre qui n'aveugle que quelques ignorants.

Bonneval un motif de ressentiment dont Florimond Rapine, faisant preuve dans son livre sur les états généraux de 1614 de plus de passion que de bonne foi, se garde bien de parler. Le cahier même du tiers-état pour la sénéchaussée d'Uzerche* nous a révélé la cause de ce ressentiment. Ce cahier, mettant en avant le danger qui menaçait l'autorité du roi, réclamait la démolition des chj\teaux fortifiés du Yoisinage, et le château de Blanchefort appartenant au comte de Bonneval, bien que n'étant pas désigné nominativement, était particulièrement visé. Ce cahier du reste, sorte de diatribe contre la noblesse, démontre à quel point l'ancienne union entre les deux ordres que nous avons signalée ailleurs était alors altérée^.

A la sortie du couvent des Grands Augustins où se tenaient les séances, le comte de Bonneval apostropha Pierre de Chavaille en ces termes :

« Petit galant, vous passez devant moi sans me « saluer; je vous apprendrai votre devoir, et lors- « que vous me parlerez par votre bouche, je vous « ferai connaître la façon de laquelle vous devez « parler d'un homme de ma sorte. »

Ces paroles furent accompagnées d'un coup de canne si violent qu'elle se brisa sur le dos du

1 Nous en devons la communication à un érudit d'Uzerche, M. Combet.

»Voy. t. 3, chap.23.

jeune homme. Cet emportement était d'autant plus fâcheux que Chavaille s'était, paraîtrait-il, approché du seigneur de Bonneval dans l'intention de lui donner des explications satisfaisantes que celui-ci n'avait pas eu le temps d'écouter. Cette violence eut pour effet de changer les dispositions jusque-là peu favorables de l'assemblée pour le jeune Chavaille ; le tiers-état voulut voir dans cet incident, non une querelle personnelle, mais une offense faite à son ordre.

Les querelles de corps ayant toujours une importance majeure, celle-ci prit aussitôt les proportions d'un événement. La passion s'en mêla, comme on devait s'y attendre, et il n'est pas difficile de reconnaître à quel point elle s'accentue dans le récit de Florimond Rapine *, collègue de Chavaille, député du tiers-état pour Saint-Pierre-le-Moustier, en Nivernais. Dès le lendemain, le sieur de Claveau, député du tiers-état de la province de Guyenne, fit à l'assemblée un récit émouvant de

1 Recueil très-exact et très-curieux de tout ce qui s'est passé de singulier et de mémorable à l'Assemblée générale des Estais tenue à Paris en l'année 1614 et particulièrement en chacune des séances du tiers-ordre, avec le cahier, dudit ordre et autres pièces concernant le mesme sujet par M« Florimond Rapine, seigneur de Foucheranne et de Lathenon, conseiller et premier avocat du roi au bailliage et siège présidial de Sainl- Pierre-le-Moustier, et l'un des députés pour le tiers-état dudit bailliage. Dédié à Monseigneur le Premier Président, Garde des sceaux de France, à Paris, au Palais, MDCLI.

232 SOUVENIRS DU RÈfxNE DE LOUIS XIV.

l'événement de la veille; les députés décidèrent qu'ils se transporteraient incontinent au Louvre, Miron, prévôt des marchands, leur président, en tête, pour demander justice au roi. Louis XIll se promenait à cette heure dans ses jardins des. Tuileries ; les députés l'attendirent longtemps, sans que leur impatience, bien au contraire, fût calmée par cette attente. Enfin le roi parut; suivant l'étiquette du tiers-état parlant au roi, tous les députés mirent un genou en terre, et le président Miron, dans cette respectueuse attitude, exposa la plainte. Louis XllI répondit : « qu'il avoit un> grand mé- ;< contentement de cet attentat, duquel il vouloit « que justice fût faite et le renvoyoit à son parle- « ment, et cependant nous commandoit de tract vailler à nos cahiers sans discontinuation*. »

Lorsque les députés du tiers-état furent de retour aux Grands- Augustins, l'évêque d'Agen, député du clergé proposa : « de se rendre entremetteur de « cette affaire et la composer en telle sorte que « nous en aurions du contentement et qu'il fallait (( en tout événement qu'elle fust vidée par les estats « et non par le parlement^. »

Le tiers-état répondit par un vote que l'affaire ayant été renvoyée par le roi en son parlement, elle n'était plus à sa disposition, « joint que les

1 Relation de Florimond Rapine.

* Môme relation.

estais ii'étoient fondés enjuridiclion pour prendre connoissance d'un crime*. » Celte réponse ayant été transmise au clergé, celui-ci répliqua par l'organe du cardinal de Sourdis : « que l'offense « estant de député à député, elle devoit estre ven- « gée par les estais, l'authorilé desquels il ne « falloit soumettre au parlement^. » L'évêque de Beauvais soutint avec vigueur celte opinion.

Dans cette discussion, le clergé comprenait mieux que le tiers-état la théorie et la pratique du gouvernement parlementaire et en même temps la dignité et l'indépendance des assemblées représentatives, particulièrement en ce qui concerne leur juridiction sur leurs propres membres lorsqu'aucune personne étrangère n'est impliquée dans l'accusation. Le principe de cette juridiction restreinte est tout différent de celui d'une juridiction générale, qui conduit à l'omnipotence révolutionnaire des assemblées. La politique ministérielle aidant à l'inaptitude du tiers-état et caressant volontiers le sentiment de jalousie contre la noblesse qui faisait faire bon marché à la bourgeoisie des libertés publiques, marchait triomphante à son but de la suppression des états généraux et à la théorie dont nous avons fait déjà ressortir les inconséquences du transport de leurs prérogatives au

* Relation de Florimond Rapine.

*Môme relation.

parlement de Paris. Cette politique n'avait pas tardé à développer dans l'esprit des membres du parlement ces aspirations ambitieuses que la Fronde devait porter à son apogée dans sa première période.

Le seigneur de Bonneval ne jugea pas prudent d'engager devant le parlement un débat contradictoire; il sortit du royaume et fut condamné à mort par contumace ; l'arrêt le condamnait encore à deux mille livres de dommages, à cinq cents livres d'amende et à la confiscation de ses biens. Il revint en France quand cette émotion fut calmée.

En 1652. cet événement déjà vieux de trentehuit ans avait laissé ailleurs un souvenir plus ou moins effacé; mais il avait tracé une empreinte plus durable dans la mémoire des habitants de la ville d'Uzerche. Cet épisode parlementaire venait d'être ravivé par la publication du livre de Florimond Rapine qui ne datait que de l'année précédente. Ainsi à tous les points de vue, la lettre du comte de Bonneval fut mal accueillie. Les habitants loin de délier les cordons de leur bourse envoyèrent en toute hâte prévenir le gouverneur de la province.

Paraventure, le gouverneur du Limousin était alors l'archevêque de Bourges. Peu de temps auparavant, son frère François-Christophe de Lévis, comte de Brion, duc de Damville, était investi de ce gouver-

netnent. Le duc de Damville n'avait pas été le premier gouverneur du Limousin de sa famille : celleci originaire du petit pays de Hurepoix, près de Paris, s'était illustrée dans la Croisade contre les Albigeois et les chefs de sa branche aînée y avaient conquis le titre héréditaire de maréchaux de la foi. Une branche cadette était venue pousser ses rejetons dans la province du Limousin parle mariage, en 1492, de Louis de Lévis, baron de la Voûte, avec Blanche de Ventadour, fille de Louis, comte de Ventadour, et de Catherine de Beaufort. Son arrière-petit-fils en faveur duquel le comté de Ventadour fut érigé en duché, en 1578*, avait été investi de la charge de gouverneur du Limousin en 1 571 . Enfin, celui-ci avait eu pour successeur dans son gouvernement, en 1591, son fils, Anne de Lévis, duc de Ventadour, père du duc de Damville. Le duc de Damville était le quatrième fils issu du mariage célébré à Aleth, le 25 juin 1593, d'Anne de Lévis, duc de Ventadour, avec Marguerite de Montmorency; l'archevêque de Bourges était le cinquième fils issu de cette union. Pourquoi le duc de Damville avait-il résigné sa charge de gouverneur du Limousin en faveur de l'archevêque de Bourges? Bien que titulaire de la charge de premier écuyer

* La vicomte de Ventadour avait été érigée en comté avec la terre de Montpensier, en 13bO, en faveur de Bernard, vicomte de Ventadour.

de Gaston, duc d'Orléans, le duc de Damville afïectait les apparences de rester attaché au parti de la cour; mais ses inévitables liaisons avec le prince dont il dépendait le rendaient suspect malgré lui. Le cardinal Mazarin n'aimait pas les tièdes dévouements h sa personne, et il n'avait pas tort en effet de considérer le duc de Damville comme l'un des amis douteux ou des ennemis cachés qu'il comptait dans l'entourage du jeune roi. Le cardinal de Retz nous fournit un précieux éclaircissement à cet égard : le duc de Damville lui parlant d'une mission qu'il avait reçue de la cour pour dissuader le duc d'Orléans de joindre ses troupes à celles du duc de Nemours, lui avait dit : « Ce misérable {le cardinal de Mazarin) va tout perdre, songez à vous, car il ne pense qu'à vous empêcher d'être cardinal, je ne vous en puis pas dire davantage. » Le cardinal Mazarin était informé par des espions trop sûrs de tous les dévouements suspects pour que la conduite équivoque du duc de Damville ne lui eût pas été signalée, et celui-ci, pour éviter quelque disgrâce plus éclatante, avait, sous une apparence volontaire, résigné, le 18 novembre 1651, sa charge de gouverneur en faveur de son frère.

Nous ne pensons pas que la douleur de la perte de sa femme survenue le 10 février de la même année, ait été pour quelque chose dans la démission du duc de Damville. Il avait épousé, pour sa grande

fortune, Anne Le Camus de Jambeville, veuve de Claude Pinart, vicomte de Comblisy, baron de Cramailles, fille unique d'Antoine Le Camus, seigneur de Jambeville, président au parlement de Paris, et de Marie Le Clerc de Lesseville. Le malin Loret, assure que le volage époux qui n'avait pas eu d'enfants de son mariage, ne manquait pas de consolalions pour lui faire oublier son veuvage ^ La rési-

1 « Lundy, mourut en cette ville, « Ix'i dame duchesse d'Anville « Dont les apas et les trésors « Éf oient au cofre, et non au corps; « Son cherépoux étant personne « Qu'on tient avoir l'âme assez bonne « (Car Messeigneurs les Ventadours « Ont eu ce renom-là, toujours), « Voulant montrer quelque tendresse « En ce grand sujet de tristesse, « Fit comme les bons compagnons « Qui se frôlent les yeux d'oignons :

« Mais il ne put dans ce vacarme «Jamais répandre aucune larme;

* « Ce n'est pas qu'il ait le cœur dur « Comme un rocher, ou comme un mur :

« Mais il fait réserve possible, « De tout ce qu'il a de sensible, « Comme de pleurs, larmes, soupirs, « Yeux mourans, sanglots, déplaizirs, « Piteux accens, tristes fleurettes, « Pour tout plein d'autres amourettes, « Dont on dit qu'il a quantité M Aussi bien l'hyver que l'esté.

* l.oref,il/Mse historique, lettre y\\\^,Fidelk,à\x 19 février iOol

gnation de sa charge avait donc de la part du duc de Damville des motifs politiques plutôt que des chagrins domestiques. Par un adoucissement à cette perle, il avait obtenu que sa charge ne sortirait point de sa famille, et que son frère l'archevêque en serait investi; après l'archevêque, l'un de leurs neveux communs, fils de leur frère aîné, pouvait à son tour, suivant les probabilités, recevoir cette charge comme une sorte d'héritage. Voilà comment Anne de Lévis, abbé de Meymac et de Ruricourt, dom d'Aubrac, baron de Donzenac, trésorier de la Sainte-Chapelle de Paris, conseiller d'État, archevêque de Bourges depuis 1649, était devenu gouverneur du Limousin par lettres patentes données à Poitiers, le 18 novembre 1651.

Sous l'ancienne monarchie, lorsque certaines charges étaient entrées dans les fam.illes, celles-ci faisaient tous leurs efforts pour qu'elles n'en sortissent plus; c'est ainsi qu'un grand nombre de ces charges étaient assurées en survivance; c'est ainsi qu'il y avait de certains colonels au maillot, qui n'en devenaient pas moins de vaillants officiers, quand l'âge était venu pour eux de marcher à la tête de leurs régiments. Néanmoins il y avait dans cette transmission héréditaire de fonctions qui doivent rester toujours distinctes du patrimoine, un incontestable abus qui jaillit aux yeux plus vi-

vement encore lorsqu'on voit un archevêque revêtu des fonctions militaires de gouverneur d'une province. Les abus malheureusement sont de tous les temps ; et si l'on a reproché avec tant d'amertume leurs privilèges à ceux qui n'avaient pris, disait-on, que la peine de naître, n'a-t-on pas souffert sous nos gouvernements motîernes que les révolutions renversent si souvent sans aboutir jamais à aucune amélioration, des abus phis criants! N'a-t-on pas vu tantôt les favoris exclusifs du népotisme ministériel, tantôt les révolutionnaires toujours ardents à la curée des places, envahir les fonctions publiques, sans aptitude, sans savoir, sans moralité même trop souvent, privés des traditions qui peuvent dans une très-réelle mesure suppléerauxgrands talents; or ces privilégiés du hasard ont-ils fait autre chose que de prendre la peine de naître ! Ils représentent le système des générations spontanées appliqué à la politique.

L'archevêque de Bourges avait accepté avec empressement la chai'ge de son frère, d'abord pour la conserver dans sa maison, ensuite parce qu'il était flatté de se mêler avec quelque importance au cours des affaires du monde. Ce prélat était actif et entreprenant, il était passionné pour rechercher les occasions de se distinguer ; mais il était incontestablement dépourvu du tact nécessaire pour faire le choix de ces occasions. Notre jugement, tout sévère qu'il

puisse paraître, n'a rien d'exagéré, il est basé sur les faits qui vont suivre.

L'acte le plus important à accomplir qui aurait dû fixer l'attention et tenter l'ambition de l'archevêque de Bourges comme gouverneur du Limousin, était bien certainement la mise à exécution de l'ordonnance royale qui* prescrivait le Iransfèrement à Limoges du parlement de Guyenne. Ce transfèrement des cours souveraines, dont le résultat devait être si décisif par la translation à Pontoise du parlement de Paris, avait pour objet autant de les soustraire à la pression tumultueuse des habitants des villes dévouées à la Fronde, que d'enlever à ces cours souveraines le levier même dont elles se servaient pour rendre leur opposition plus redoutable.

Cette mesure était habile, et le premier essai de son appHcation fut fait sur leparlement de Bordeaux. Nous nous plaisons à rappeler que nous avons le premier soulevé le voile d'oubli dont cet essai était demeu ré couvert en faisant connaître lalettre inédite du conseiller du Burg qui déclinait la délicate et dangereuse mission d'être l'agent du transfèrement à Limoges du parlement dont il était l'un des conseillers*.

L'archevêque de Bourges fut convié à coopérer

1 Voy. tom. 3, chap. 24, p. 171 .

au succès de cftlte entreprise; le roi lui adressa ce message :

« A Gyen, 9 avril! 652.

« M. l'archevêque de Bourges, ayant ordonné que la séance de ma Cour de parlement qui estoit à Bordeaux sera transférée en ma ville de Limoges pour y rendre la justice à mes sujets du ressort de ladite Cour, à cause de la rébellion de la ville de Bordeaux, j'ai bien voulu vous faire celte part pour que vous ayez à favoriser et à faciliter, autant qu'il dépendra de vous, l'établissement de la séance de madite Cour de parlement en madile ville de Limoges et à tenir la main que les officiers de madite Cour y reçoivent tous les bonneurs et respects dus à leur qualité et toute l'assistance qui dépendra de vous et même que vous teniez la main à l'exécution des décrets et arrests qui seront par eux rendus, vous assurant que vous ferez chose qui me sera très-agréable et sur ce je prie Dieu... »

(( 11 a esté escrit aux échevins et habitants de Limoges et au Présidial dudit lieu pour mesme sujet ledit jour ^ »

Si l'archevêque de Bourges avait su discerner

* I.a minute de cetle leUre inédite est conservée aux Archives du ministère de la guerre, vol. 135.

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