‹ Souvenirs du règne de Louis 14 (volume 3)Chapitre 3 sur 44 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

ÉPISODE

Caractère particulier du siège de Montrond. — Origines historiques de ce château. — La seigneurie de la ville de Saint- Amand et la seigneurie de Montrond, d'abord distinctes, puis réunies. — Fortifications de Montrond, successivement augmentées et perfectionnées par Sully et le prince de Condé.

— Description du château au moment du siège. — Le marquis de Persan, gouverneur de la place. — Le comte de Palluau, général des troupes assiégeantes. — Prise de Saint- Amand. — Exactions commises dans le Berry par les deux partis. — Guy de Léans, sieur de Zereaux, dit Desheraut, ses déprédations, ses violences, ses aventures. — Prise de divers châteaux par les troupes royales. — Tristes particularités de la guerre dans les campagnes. — Lenteur du siège de Montrond. — Lettre inédite du !«' mai de l'intendant Le Tellier au ministre Le Tellier. — Réflexions sur cette lettre.

— Lettre inédite du 4 mai du comte de Palluau au ministre Le Tellier. — Sarcasmes au sujet des lenteurs du comte de Palluau. — La Cour assigne un délai pour la prise de Montrond. — Lettre inédite du 20 juillet du comte de Palluau au ministre Le Tellier. — Le duc d'Angoulôme prisonnier dans le camp royal. — Aperçu de la Fronde en Provence. — Claude Biet, maire de Bourges, enfermé dans le château de Montrond avec d'autres prisonniers. — 11 est menacé d'être ■pendu. — Le comte de Palluau rejette sur l'intendant la responsabilité des lenteurs du siège. — Lettre inédite du 30 juillet du comte do Palluau au ministre Le Tellier. — La Cour assigne un nouveau délai, après lequel le siège doit être levé. — Refus du comte de Palluau d'obtempérer à ces ordres. — Progrès du siège. — Lettre inédite du 7 août du

comte de Palluau au ministre Le Tellier. — Marche du siège retracé d'apn'-s un plan authentique inédit. — Lettre inédite du 21 août du comte de Palluau à Le Tellier. — Capitulation conditionnelle de Montrond, signée le 22 août. — Lettre inédite du 22 août du comte Bussy-Rabutin à Le Tellier. — Le maire de Bourges mis en liberté sous condition. — Secours de Montrond tenté par Briord, soutenu par lés marquis de Lévis, de Coligny, de Valançay, de Saint-Geran. — Contre-secours conduit par le vicomte de Montbas. — Rencontre sanglante entre les habitants de Châteauroux et d'Issoudun. — Le tocsin sonne dans tout le Berry. — Briord tente une charge infructueuse de cavalerie; sa retraite. — Rapport inédit du dernier août du comte de F^alluau au ministre Le Tellier, — Le comte de Persan rend le château de Montrond. — Le comte de Palluau nommé maréchal de France. — Ordre de raser Montrond. — Démarches et menaces du prince de Condé pour empêcher cette destruction. — Lettre inédite du 9 septembre du roi au maréchal de Turenne. — Lettre inédite du 10 septembre du comte de Palluau au prince de Condé. — Note inédite de Lenet sur la valeur de Montrond et sur l'armement du château. — Ordre de destruction maintenu; douze milliers de poudre font sauter les fortifications. — Visite des ruines de Montrond par l'auteur de ces Souvenirs.

Le siège de Montrond mérite son histoi' particulière comme un épisode à part des guerres de a Fronde. Sur les autres champs de combats se déroule la lutte des partis, sur celui-ci cette lutte se présente encore, mais avec un caractère tout spécial : guerre de seigneur contre son suzerain. C'est la dernière des passes d'armes delà féodalité.

Montrond placé sur les confins du Berry et du Bourbonnais était en 1652 une puissante place

forte. En remontant aux antiques origines, on trouve le château de Montrond possédé par l'importante maison de Déols. Dans la vie de Saint Louis par le Nain de Tillemont, nous rencontrons cette mention sur l'époque où ce château fut pour la première fois fortifié :

(( Le château de Montrond, en Bourbonnais, sur le Cher, fut fortifié en ce temps-ci par Renaud de Montfaucond ; il donna acte au roy que cette place ne feroit aucun tort ni à luy, ni à son royaume; et que si cela arrivoit, le roy pourroit saisir tout ce qu'il tenoit de luy, jusqu'à ce que le tort eust été réparé à sa volonté. L'acte est du mois de février I225,àMelun*. »

Renaud I", sire de Montfaucond, mentionné dans cet acte était devenu seigneur de Montrond par son mariage avec Mathilde de Déols-Gharenlon.

Dans le cours de ce même siècle, la seigneurie de Montrond vint augmenter par héritage les possessions de la maison de Sully, qu'il ne faut pas confondre avec celle de Béthune- Sully à laquelle appartient le grand ministre de Henri IV. De cette maison de Sully, dont Sullysur- Loire fut le berceau, elle passa à la maison de Champagne-Sully. On trouve la seigneu-

' Vie de Saint Louis, par le Nain de Tillemont, p. 372, édil. de la Société de l'histoire de France.

lie de Montrond mentionnée au nombre des fiefs possédés en Berry par Henry de Sully, boutillier de France, seigneur de la Chapelle, des Aix-Dam- Gillon \ d'Argent, d'Orval, etc., d'une branche cadette des comtes de Champagne séparée de la tige principale au siècle précédent en la personne de Guillaume de Champagne, fils de Henry de Champagne, dit Etienne, comte de Sancerre. Guillaume exclu, malgré son droit d'aînesse, de la suc-, cession du comté de Sancerre, autant par les pratiques de sa mère qu'en raison de la faiblesse de son esprit et des infirmités de son corps — il était bègue et contrefait — prit le nom et les armes de sa femme, Agnès de Sully, fille et héritière de Gillon, deuxième du nom, sire de Sully ^. En 1104, il assistait avec elle à la dédicace de l'église de l'abbaye deSaint-Satur, au-dessous de Sancerre. Cette branche cadette de Champagne-Sully tomba en quenouille à la onzième génération en la personne de Marie de Sully, fille de Louis, sire de Sully, et d'Isabeau de Craon. Marie, puissante héritière, était dame de Sully, de Craon, de la Chapelle, des Aix- Dam-Gillon, de Château-Meillant, de Bruyèressur-Cher, de Sainte -Hermine, de l'imposant châ-

' Ancienne orthographe du bourg des Aix d'Angillon, en Berry. Le nom de Gillon lui venait de Gillon 1", sire de Sully, qui en avait fait bâtir le château.

^ Voy, l'Histoire généalogique du P. Anselme; art. de la maison de Champagne.

teau de Chalusset *, en Limousin, donné en 1313 avec l'historique château de Chalus ^ à son bisaïeul par le roi Philippe le Long, en échange de la seigneurie de Lunel ; elle était encore dame de Montrond, d'Orval, et de bien d'autres terres. En premières noces, elle épousa Guy, quatrième du nom, sire de la Trémoille, garde de l'oriflamme de France, qui mourut à Rhodes des suites de ses blessures reçues, en 1398, à la bataille de Nicopolis ; en secondes noces, Marie de Sully épousa Charles, premier du nom, sire d'Albret, comte de Dreux, connétable de France, tué à la bataille d'Azincourt, le 15 octobre 1415, fils d'Arnaud Amanjeu, sire d'Albret, et de Marguerite de Bourbon. Marie ayant eu des enfants de ses deux mariages, les terres de Sully et de Craon passèrent dans la maison de la Trémoille ; celles de la Chapelle, des Aix-Dam-Gillon, d'Argent, de Bruyères, de Châleau-Meillant ^ d'Orval, de xMontrond, etc., passèrent dans la maison d'Albret.

* Ancien château des vicomtes de Limoges, situé à 16 kilomètres de cette ville; il présente encore une des ruines les plus belles et les plus imposantes de la France féodale .

^ Devant lequel fut tué Richard Cœur-de-Lion.

^ Le château de Meillant, l'une des antiques possessions de la maison de Déols, dont nous venons de suivre plusieurs transmissions, devint l'héritage de la maison d'Amboise; le cardinal Georges d'Amboise fit du château, grâce au ciseau du dominicain Joconde, l'un des plus merveilleux monuments de l'art de la Renaissance. Kn l'année 1652, Meillant était la posses-

Guillaume d'Albret, second fils de Charles d'Albret et de Marie de Sully, hérita des seigneuries de Bruyères, de Saint-Aiïiand, de Montrond, d'Orval ; mais, étant mort sans alliance, ces fiefs revinrent à son frère aîné Charles d'Albret, deuxième du nom, marié à Aune d'Armagnac. Celui-ci institua héritier de ses fiefs du Berry son troisième fils Arnault Armanjeu d'Albret, qui porta le titre de seigneur d'Orval et fut la tige de la branche d'Orval delà maison d'Albret. Il épousa Isabeau de la Tour, fille de Bernard de la Tour, comte d'Auvergne. Isabeau mourutle 8 septemtre 1 488. Leur fils aîné Jean d'Albret, sire d'Orval, n'eut que trois filles de son mariage avec Charlotte de Bourgogne, comtesse de Réthel, fille de Jean de Bourgogne, comte de Nevers et de Réthel. Marie d'Albret, leur fille aînée, porta par son mariage célébré le 15 janvier 1504 avec Charles de Clèves, comte de Nevers, le château de Montrond dans la maison de Gonzague. En 1606, Charles de Gonzagne vendit Montrond au ministre et à l'ami fidèle de Henri IV, Maximilien de Béthune, baron de Rosny, que son roi créa duc de Sully, en 1606, après l'acquisition qu'il fit, de la maison de la Trémoille, du château et de la terre de Sully. Le premier ministre de Henri IV se trouva réunir de nouveau sur une même tête les fiefs de Sully

sion d'Alphonse de Brichanteau, marquis de Nangis; il apparlient aujourd'hui à M. le duc de Mortemarl.

et de Montroiid que le double mariage de la dernière héritière de la maison de Champagne-Sully avait séparés depuis deux siècles. L'acquisition de la seigneurie de Saint-Amand était jointe à celle de la seigneurie de Montrond.

La ville de Saint-Amand située au pied du château de Montrond est appelée par une association de noms, Saint- Amand-Montrond; elle^était précédemment dans une connexité plus apparente que réelleavec lechâteau quila dominait. Quelle que fût leur proximité, Montrond et Saint-Amand avaient formé en effet deux seigneuries distinctes appartenant à des familles différentes. Saint-Amand avait un vieux château dont l'emplacement touchait à l'église paroissiale qui subsiste encore ; ce fief avait appartenu à l'ancienne et illustre maison de Culant qui possédait aussi la seigneurie de Châteauneuf-sur-Gher , en Berry *, et dont les générations ont fourni un amiral et un maréchal de

1 François de Culant, baron de Châteauneuf, vendit, le 12 septembre 1565, le fief de Châteauneuf à Claude de l'Aubespine. Charles de l'Aubespine, marquis de Châteauneuf, garde des sceaux, mort en 1033, était son descendant. Le marquisat de Châteauneuf passa ensuite à la maison des maréchaux de L'Hôpital; la bisaïeule de l'auteur de ces Souvenirs, la marquise de Lostanges, née de L'Hôpital, vendit la terre de Châteauneuf un million au moment de son départ pour l'émigration; elle n'en put loucher le prix qui fut saisi par les autorités révolutionnaires (voy. la note de la p. 272 du 2® volume). Châteauneuf appartient aujourd'hui à M. le duc et à madame la duchesse de Maillé.

France. Par alliance ou par acquisition, nous n'avons pas retrouvé la trace exacte delà transmission, la seigneurie de Saint-Amand se trouva réunie au quinzième siècle à la seigneurie de Montrond, possédées l'une et l'autre, ainsi que nous venons de le voir, par la maison de Champagne-Sully.

L'antique séparation entre Montrond et Saint- Amand subsiste encore dans la dénomination d'une rue appelée rue entre les deux villes. La plus ancienne des deux cités était celle qui se groupait autour du vieux château de Saint-Amand ; la seconde, celle qui se rapprochait de la base du château de Montrond devait son origine plus récente à l'événement suivant : En 1410, le château d'Orval ayant été pris et saccagé par les Anglais, les feudataires allèrent rebâtir leurs demeures au pied du château de Montrond. Le connétable d'Albret, pour encourager la construction de la ville nouvelle, lui accorda des franchises semblables à celles dont l'ancienne ville était en possession. Charles d'Albret, son fils, étendit ces privilèges et aida les deux villes réunies à s'envelopper dans une même enceinte fortifiée qui fut achevée en 1435. Depuis les deux seigneuries ne furent plus séparées.

Les bruits de guerre avaient plus d'une fois retenti sous les murs du château de Montrond ; la faiblesse primitive de ses fortifications jointe à la trahison, avait amené sa prise. En 1576, il fut

emporté par les protestants; en 1590 et 1591, il fut pris et repris par les ligueurs commandés la seconde fois par le maréchal de la Châtre en persoime.

Lorsque l'illustre Sully fut frappé de la disgrâce sans retour qui suivit la fin tragique de Henri IV, appliquant à sa vie privée les règles méthodiques de sa vie publique, il fixa l'été et l'hiver pour son séjour dans son château de Villebon, en Beauce, le printemps et l'automne pour habiter ses terres du Berry. Triste de quitter les affaires, plus triste encore de la mort de son roi, il épancha sa mélancolie dans des vers, dont nous rappelons les premiers :

« Adieu maisons, chasteaux, armes, canons du roy, « Adieu conseils, trésors déposez à ma foy. »

Son âme forte ne pouvait languir dans une vaine oisiveté. Il dictait ses Mémoires ; il appliquait dans ses domaines sa maxime favorite quand il gouvernait l'État : «Labourage et pasturage, voilà les deux mamelles de la France, les vraies mines et trésors du Pérou. » Il s'occupait donc d'agriculttire ; il embellissait ses nombreuses demeures; il plantait autour d'elles ses ormes chéris. Se faisant en outre le continuateur de l'œuvre de Renaud de Montfaucond, il ne négligeait pas de fortifier d'une manière toute spéciale le château de Montrond.

Ce soin n'avait rien d'anormal relativement aux idées qui régnaient alors; bien que sujet fidèle au jeune roi Louis XIII, il pouvait avoir à craindre la politique du ministre favori de la régente ; il redoutait même tellement les nouvelles influences que le jour de l'assassinat de Henri IV, il n'osa pas se présenter au Louvre; or dans ces temps, les âmes fières appelaient volontiers l'épée au service de leurs droits méconnus. Il fortifia Montrond de manière à en faire sa retraite imprenable, si jamais il était menacé dans sa vie ou dans sa liberté. La vieille demeure féodale tirait de son assiette dominante cette force naturelle recherchée pour les châteaux du moyen-âge. Cette assiette se composait d'un escarpement de rochers au milieu de la plaine, appuyé par un contre-fort moins élevé, désigné sous le nom de petit tertre. Sur ce haut piédestal déjà fortifié par la nature, s'élevaient les tours et les courtines. Leur élévation ajoutée à celle de l'escarpement du rocher, rendait, à moins de famine, de surprise, ou de trahison, la prise de la place par un assaut bien difficile, et l'assaut était cependant le seul genre d'agression que l'on pût tenter; les rares machines employées au moyen- âge pour l'attaque des places et la démolition de leurs murailles, ne pouvant atteindre des constructions dont la base était placée à une si grande hauteur. Ce fait de la force des châteaux relativement beaucoup plus grande

que celle des villes murées, parce qu'une assiette escarpée était autrement facile à trouver pour un château que pour une ville, est une cause qui n'a pas été assez remarquée de la puissance longtemps conservée par la féodalité. Un château fort était à une ville fortifiée, ce qu'un chevalier bardé de fer était aux milices du même temps. L'invention de la poudre à canon vint modifier ces conditions; elle le fît toutefois avec plus de lenteur pour l'attaque des places fortes que pour la lutte des armées en rase campagne; mais à mesure des progrès de l'artillerie et des autres moyens d'attaque, la hauteur des murailles devint, au lieu d'une force, une faiblesse, les trouées du canon ou les mines souterraines pouvaient d'autant mieux renverser des murailles sapées par leur base, qu'elles étaient plus élevées ; leur hauteur et leur poids facilitaient leur chute. On fut donc amené, pour paralyser les effets de l'artillerie, à ces fortifications modernes qui se dissimulent derrière les glacis.

Sully qui avait réuni et réunissait encore les dignités, les grades et les genres de mérite les plus divers, surintendant des finances et grand voyer du royaume, grand maître de l'artillerie et maréchal de France, économiste et financier aussi habile que guerrier brave et expérimenté, avait lui-même fait faire des progrès notables à l'art de l'artillerie jusqu'à lui dans l'enfance; aussi sous la force appa-

rente de Montrond, reconnaissant sa faiblesse, il enveloppa le château d'une nouvelle enceinte bastionnée, et il en fit ainsi une place qui passait pour l'une des plus fortes de France. Dans cet asile, le ministre d'Henri le Grand pouvait se livrer au repos, et quitter au besoin la plume de l'écrivain ou la charrue de l'agronome, pour appuyer en vieux gentilhomme la main avec confiance sur la garde de son épée. Cette entreprise que la force n'eût pas osé tenter, la dépossession du seigneur, un abus d'influence réussit à l'accomplir : nous avons dit comment Sully fut amené malgré lui à vendre Montrond au prince de Gondé, père du grand Gondé *.

Ce prince , gouverneur de la province de Berry, voulut aussi, mais plus injustement que Sully, se donner des garanties contre la cour. Devenu possesseur de Montrond, il chargea un ingénieur du nom de Sarrasin ^ de continuer et de perfectionner l'œuvre de Sully, en rendant cette citadelle plus formidable encore. Nous avons dit ailleurs comment une partie de la première enfance du grand Gondé s'y écoula dans les travaux de l'esprit et dans les exercices du corps; ensuite nous y avons retrouvé ce prince avec son frère de Gonti, la duchesse de Longueville et la princesse de Gondé

* Voy. tom. I", p. 90.

' Voy. les Mémoires de Lenet.

réunis pour arrêter les nouveaux plans de la Fronde, avant de se rendre dans la Guyenne*; et laissant au départ le gouvernement de la place à François de Vaudetar, marquis de Persan.

Montrond, qui touchait à sa ruine, était alors au comble de sa splendeur ; ce n'était pas seulement un château fort, c'était encore une splendide résidence digne du riche possesseur du brillant château de Chantilly. Sa première enceinte enveloppait un espace d'une lieue de tour qui renfermait au niveau de la plaine des vergers, des jardins, des bosquets, des bassins, des canaux, des fontaines alimentées par la petite rivière du Chignon. Une rampe monumentale construite par Sully, d'une grande largeur et accessible aux voitures, grâce au développement qui en adoucissait la pente, contournant les flancs du rocher, conduisait de la première enceinte à la seconde. Celle-ci était occupée en partie '^ar une vaste cour et par un jardin dont les allées étaient ombragées par des charmilles; aux angles de cette enceinte s'élevaient des tours; contre l'une d'elles, haute de cinquante pieds, était adossée la chapelle. A l'intérieur étaient peints en pied les douze apôtres; au-dessus du tabernacle un tableau représentait, dans le jardin des Oliviers, Jésus-Christ auquel un ange pré-

^ Voy. tom. 1<=', p. "287 et suivantes.

sentait un calice. Sur cette même cour s'élevait le château proprement dit consacré à l'habitation, formant un parallélogramme de soixante-dix pieds sur quarante, encadré par deux pavillons d'inégale grandeur. Au rez-de-chaussée, étaient les cuisines, les boulangeries, les offices; au premier étage, de vastes et somptueux appartements décorés de peintures, de bas-reliefs et de statues.

A l'un des angles de cette seconde enceinte se dressait le réduit du château, la grosse tour, construite en pierres de taille, de quarante pieds de diamètre, haute de cent vingt pieds. Ses murailles avaient neuf pieds d'épaisseur; sa plate-forme crénelée était surmontée d'une colonne de douze pieds de haut, surmontée elle-même d'une statue de Mercure.

L'une et l'autre enceinte renfermaient des logements pour les gens de guerre, des celliers, des granges, des écuries, des étables. De vastes souterrains permettaient de conduire les animaux à l'abreuvoir sur les bords du Cher *\

Dès le commencement du mois d'octobre 1651, Philippe, comte de Palluau, connu plus tard sous le nom de maréchal de Clérembault, alors revêtu de la charge de mestre de camp de la cavalerie légère,

* Nous avons emprunté la majeure partie de ces détails à un manuscrit de Jean-Thomas Hérault, curé de Saint-Bonnet-le- Déserl, publié par M. Chevalier de Saint-Amand, Bourges, 1845.

vint avec des troupes former le siège de Montrond. Le parti des princes ne fit aucune tentative sérieuse pour défendre contre le parti royal la ville de Saint- Amand; il lui eût fallu des forces beaucoup plus considérables que celles dont il disposait sur ce point. Dans la nuit du 16 octobre, le comte de Palluau dirigea contre la ville une vive attaque et il s'en empara après avoir éprouvé une courte résistance. 11 établit son quartier général dans la ville même abandonnée par la plupart de ses habitants. Ceux-ci avaient fui emportant leurs meubles les plus précieux; un certain nombre s'étaient réfugiés dans le château de Montrond. En prévision d'un long siège, la garnison du château avait fait des réquisitions de denrées au loin dans la campagne. Ces réquisitions ne laissent pas d'être une page lamentable de l'histoire de nos guerres civiles; car il serait difficile de distinguer la nuancé qui les sépare des exactions. Les spoliations qui s'accomplirent furent un des remords qui plus tard tourmentèrent le prince de Conti, alors qu'il avait adoptéles pratiques de la plus haute piété; il voulut les apaiser par la réparation et ordonna des restitutions à ceux qui avaient le plus souffert des événements dont il avait été l'un des principaux instigateurs. C'est ainsi qu'il ordonna dans son testament daté de 1664, que réparation fût faite à un marchand de Toulouse du nom de Rougieri qui, malencontreusement de pas-

sage sous les murs de Montrond, avait été dépouillé de cinq cents éciis.

Un des partisans du prince de Condé qui fut puni de ses manières d'agir par une fâcheuse aventure et par d'émouvantes perplexités, fut Gui de Léans, sieur de Zéreaux, dit Deshéraut, officier de la maison de ce prince. Il avait levé une compagnie dans le Berry pour soutenir la guerre civile et commettait avec elle de nombreux dégâts, tels que grains enlevés et bâtiments ruinés. Un soldat de sa compagnie qu'il avait mécontenté, déserta pour s'enrôler dans l'armée royale, et se croyant alors tout permis pour se venger de son capitaine, il guetta sa femme au passage et après l'avoir volée et lui avoir fait subir les derniers outrages, il lui cassa une côte. Deshéraut courut à cheval à la poursuite du soldat, il le saisit, l'enferma dans sa maison, oii, ayant assemblé quelques amis, il le condamna à mort. Après lui avoir donné un confesseur, il le pendit à un arbre. Lors de la réaction provoquée en 1 665 par Louis XIV pour poursuivre des faits punissables, et surtout pour abattre les derniers vestiges de la puissance féodale, Deshéraut fut poursuivi pour ses méfaits de 1652. Il fut arrêté et l'instruction fut commencée au parlement de Paris ; mais la cour des Grands Jours que le roi avait envoyée tenir ses terribles assises à Clermont, en Auvergne, évoqua l'affaire. Deshéraut, assisté de sa femme, seretran-

iO SOUVENIRS DU RÈGNE DE LOUIS XIV.

cha pour ne pas répondre sur ce que les pièces justificatives étaient restées au greffe du parlement de Paris ; mais les Grands Jours avaient un président, M. de Novion, et un avocat général, M. Talon, qui ne demandaient que condamnations et exécutions, et qui firent rendre un arrêt par lequel il fut décidé qu'on lui ferait son procès comme à un muet volontaire. Le motif le plus réel des poursuites entreprises contre Deshéraut était, paraît-il, l'acquisition qu'il avait faite d'une terre fort enviée et qui lui avait créé de puissants ennemis. Sa situation semblait des plus compromises; car on lui reprochait moins la mort du soldat, s'il l'avait tué sur-le-champ, que l'irrégularité de la procédure; on rappelait en même temps ses déprédations ou d'autres violences commises pendant la guerre de la Fronde, bien qu'il fût couvert par l'amnistie accordée lors de la pacification générale. Huit voix opinèrent pour la mort, sept voix pour le renvoi de l'affaire au parlement de Paris; la majorité pour la condamnation n'étant pas suffisante, le renvoi au parlement de Paris fut prononcé ^

* Voy. les Mémoires de Fléchier sur les Grands Jours d'Au- \ergne (Hachette, édit. 1856). L'auteur parle de l'empressement de Talon, dès «on arrivée, pour s'assurer si les prisons étaient assez spacieuses pour contenir tous les accusés qu'il comptait bien y faire renfermer. M. Sainte-Beuve, dans la préface dont il a fait précéder cette édition, ne manque pas de faire ressortir la pointe d'iniquité de M. de Novion, préoc-

SOUVENIRS DU RÈGNE DE LOUIS XIV. il

L'arrivée des troupes royales força la garnison de Montrond à cesser ses excursions au dehors ; aussi les soldats du comte de Palluau furentde prime abord accueillis dans les campagnes environnantes comme des libérateurs. Ce général, afin de ne pas être inquiété pendant les opérations du siège, laissa devant la place des forces suffisantes pour la surveiller, et entreprit de soumettre tous les châteaux d'alentour qui tenaient pour le parti des princes. Il força le Châtelet, bravement défendu par M. de Bar, à se rendre après cinq jours de siège. Culan, Château-Meillant, Préveranges se rendirent aussi après une héroïque résistance; Poysieux et Pille- Voisin capitulèrent à la première sommation. Au bout de peu de temps toutes les contrées environnantes étaient soumises à l'autorité royale ; mais leurs malheureux habitants ne tardèrent pas à apprendre que loin de trouver des libérateurs, ils n'avaient fait que changer de spohateurs. L'indisci-

cupé surtout du soin de faire sa cour au monarque et conduisant de front les fôtes où il dansait avec ses deux filles et les exécutions sanglantes. Il est curieux de constater dans cette œuvre de Fléchier à quel point ces Grands Jours avaient excité chez les paysans d'Auvergne les espérances, les prétentions et les convoitises les plus désordonnées. La monarchie, pour se rendre populaire en punissant avec fracas quelques abus ou quelques crimes qu'elle pouvait réprimer avec moins d'éclat, travaillait avec une inconscience inouïe à l'œuvre de la révolution et de sa propre ruine chez le peuple le plus conservateur de la terre, si l'autorité était toujours conservatrice.

pline des troupes royales que nous avons eue à signaler en tant de lieux différents n'était pas moindre en Berry qu'en Poitou, ou dans l'Ile-de- France; dans la région dont nous nous occupons, la tradition en a conservé dans les campagnes de douloureux souvenirs. Les paysaus se réunissaient, quand ils osaient, pour résister aux pillards ; et malheur alors aux soldats du comte de Palluau qui s'aventuraient isolés ou en trop petit nombre. Parfois l'audace des paysans armés de fourches ou de simples bâtons, se précipitant sur les arquebuses rendues impuissantes par la soudaineté de l'attaque, était telle qu'il en est resté cette légende racontée de nos jours encore au village de Touchay : parmi les paysans, il y avait des charmeurs qui rendaient la poudre sans force et les arquebuses sans effet ; alors les soldats étaient impitoyablement massacrés. Les paysans d'Ineuil racontent aux veillées que leurs ancêtres précipitaient dans le vaste étang de Villiers qui baigne le village, les cadavres des soldats qu'ils avaient tués, et que longtemps après on trouvait des fragments d'ossements humains dans le corps de brochets monstrueux. Aux environs de Lignières, un gentilhomme nommé Déletang eut, à la tête d'une troupe de paysans, un engagement sanglant contre un détachement des troupes royales, et les chiens des fermes voisines étaient accourus en si grand nombre pour dévorer

les cadavres des deux partis que le théâtre de l'événement vit son nom de la Chaume- Parcy changé en celui de la Chaume-des-Chiens.

Le comte de Palluau avait étabh son camp dans la plaine sous Montrond en un lieu appelé la Noirie, à cause du grand nombre des noyers dont il était planté; mais l'hiver et l'insuffisance des moyens dont il disposait, l'empêchèrent, pendant le cours de plusieurs mois, de faire dans ses attaques de bien sensibles progrès. Il tenait plutôt la place en état de blocus qu'il ne l'assiégeait de vive force. Une lettre de l'intendant Le Tellier adressée au ministre Le Tellier conservée aux archives du ministère de la guerre, nous apprend qu'au bout de sept mois, c'est-à-dire le 1^' mai 1652, la circonvallation de Montrond ne faisait que s'achever, et que seulement alors on considérait les opérations du siège comme sérieusement commencées.

Nous avons lieu de croire que cet homonyme du ministre était Charles Le Tellier, maître des comptes, son frère cadet, remplissant les fonctions d'intendant auprès du corps d'armée du comte de Palluau. Sa lettre datée de Bourges le l^'mai 1652, débute par un compte rendu des rentrées de finances difficilement opérées en Berry, puis il aborde divers détails assez intéressants pour que nous donnions en entier cette partie de sa missive :

«... Ils (les receveurs des tailles de Château roux,

du Blanc et de la Chastre) demandent un arrest du Conseil, comme aussy un pour commettre M. Le Large en la place du sieur Foucauld, ci-devant intendant de M. le prince et gendre du sieur Granchamp, dont la femme a esté gouvernante des princes de Gondé, Conti, et de madame la duchesse de Longueville, et de M. Ranot, bon guerroyeur, mais très meschant financier, qui ont mis dans le recouvrement des années dernières une si grande confusion que je ne voudrois pas en six mois de temps entreprendre d'y voir clair et les remettre dans l'ordre. Dieu merci ma mission a un autre sujet. Si l'argent que promet M. Vallancay * en ce pays, estoit aussi comptant que ses sollicitations, par l'entremise d'un nommé La Solaye, près les gentilshommes de cette province, il y auroit déjà trois-cents chevaux sur pied pour le secours de Montrond, et en attendant que cet argent vienne de Paris, il tient cette noblesse en alesne. (( On achève la circonvallation de Montrond et on commence à se réjouir en cette province que c'est tout de bon que l'on assiège cette place. Je laisse à M', de Palluau à vous rendre un compte

* Évidemment, Dominique d'Estampes, marquis de Valençay, député de la noblesse du Berry à l'assemblée d'États-généraux qui devait se réunir à Paris, en 1649, et qui mourut en 1691, âgé de 96 ans. 11 était neveu du bailly de Valençay, ambassadeur à Rome, dont il a été question à l'occasion de la promotion du coadjuteur de Paris au cardinalat.

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plus particulier, ne voulant pas entreprendre sur sa charge. Le sieur de Montant * coucha la nuit du 29 au 30 d'avril en celte ville où il a donné force lettres. Lui et le sieur Lévi^ sont allés vers Chasteauroux chez le sieur de Lage, beau-frère du sieur de Sarzay ^ qui commande le régiment de Condé, qui y est arrivé depuis huit jours. Quand j'ay parlé icy à quelques eschevins qu'ils dévoient avoir arresté ledit sieur Montaut, cy-devant gouverneur de Montrond, ils m'ont dit qu'ils n'avoient aucun ordre et qu'ils avoient souvent escrit à la Cour; mais qu'on ne leur faisoit point de réponse. La créance que j'ay que vous aurés agréable la liberté que j'ay prise de vous entretenir de tout ce que dessus, me fait vous l'écrire et me dire,

(' Vostre très-humble et trèsobéissant serviteur,

(( Letellier *. »

^ Probablement Philippe de Montaut, baron de Benac, sénéchal et gouverneur de Bigorre, créé duc de Lavedan en 1630, mort en 1654. Les lettres patentes de l'érection de son duchépairie ne furent point enregistrées.

^ Le marquis de Lévi, celui que nous avons vu accompagner le prince de Condé, dans son aventureux voyage, en quittant la Guyenne.

' Voy. sur le marquis de Sarsay, tom. I"', p. 457.

* Lettre inédite, datée du i"' mai 1652, Archives du Ministère de la guerre, vol. 133.

Comme nous parcourons le dix-septième siècle non-seulement en historien des faits, mais encore en observateur du mouvement social, le style même de la lettre de l'intendant Le Tellier mérite bien que nous nous y arrêtions : avec quel sansfaçon il parle des sieurs de Montant et de Sarsay, des sieurs Valençay et Lévi ; les formes du langage sont un signe du temps, elles ont leur importance; quand elles sont polies ou respectueuses, elles indiquent un état social qui tend à l'élévation et à la grandeur ; quand elles sont communes et impolies, elles indiquent un état social qui tend par le nivellement à l'abaissement et à la décadence. L'appellation de citoyen est venue marquer par un mot toute une phase historique. Ces formes choquantes de langage ne s'employaient guère que de supérieur à inférieur ; sous la plume d'un intendant et d'un commissaire des comptes en mission, elles font voir le flot de la bourgeoisie qui monte. La royauté qui voulait se placer si haut que tout individu parût petit au-dessous d'elle, avait pris pour habitude de Chancellerie dans ses lettres-patentes et pièces officielles d'appliquer la dénomination modeste de sieur à tous ses sujets, quel que fût leur rang; par suite les parlements et tous les tribunaux qui rendent la justice au nom du roi firent de même ; ainsi l'autorité elle-même devint le levier de la démocratie dont le

triomphe devait emporter la vieille monarchie. Toutefois dans le style épistolaire qui comporte d'autres formes, l'intendant LeTellier le prend de bien haut avec de fort grands seigneurs ; pour quelques-uns même, il retranche la particule. Ainsi l'on marchait au développement du système qui devait humilier tous les fronts non-seulement devant le souverain, mais encore devant ceux qui le représentent à un degré quelconque. Ce style se ressent de cet esprit bourgeois qui veut abaisser moins par principe, que par jalousie ; car il veut monter lui-même à ce rang et à ces titres qu'il envie. Ces travailleurs au profit du nivellement , qui flattaient et servaient le penchant de la royauté afin d'obtenir les emplois et les faveurs, n'étaient point guidés par d'autre mobile : le sieur Le Tellier comptera bientôt dans sa famille des marquis de Barbézieux, de Louvois, Courtenvaux, de Souvré, de Mon tm irait, un comte deGisors, etc.

Charles Le Tellier s'abstient par procédé pour le comte de Palluau d'entrer dans le détail des faits militaires, bons rapports qui devaient peu durer. Quatre jours plus tard, le général des troupes royales écrivit au ministre la lettre annoncée par l'intendant :

« A Sainl-Amand, ce 4 May 16o2.

« Monsieur,

« Ne pouvant plus avoir de vos nouvelles sans envoyer exprès en apprendre, j 'envoyé M. le chevalier de Nantouillet * pour scavoir Testât des affaires générales, et pour vous faire scavoir celuy de ce pays. Je fais travailler autant qu'il m'est possible, tant dans le Nivernois que dans le Berry, aux outils et boulets nécessaires pour l'attaque de Montrond. Combien que cela n'aille pas si viste que je voudrais, j'ay peur que cela soit encore plustost en estât que la poudre que j'espérois qui viendroit du costé de Lyon. Je laisse le sieur de Louât auprès de Son Eminence pour ce sujet, lequel on m'a dit estre encorà la Cour ; si cela est, il faudra se donner la patience que les sommes qui ont esté imposées sur les villes, tant du Bourbonnois que du Berry, soient levées pour achepter de la poudre, et payer les marchés que j'ay faits des autres munitions ; cela sera tellement long que je consommeray le fonds de mon pain devant que j'aye de quoy faire mes attaques. Je vois assez de seureté pour le recouvrement des fonds dont M. Le Tellier a traité ; mais comme l'argent no

' De la maison de Prat.

doit venir que de terme entérine, je ne m'en seaurois servir pour les acliapts des munitions de guerre sans lesquelles on ne scauroit attaquer une place de force. Si la commodité des affaires avoit peu permettre à Son Eminence de faire faire les avances de poudre et autres munitions, comme elle en avoit le dessein, nos affaires eussent esté promptement en bon estât, et il y eust eu avec peu de temps grande seureté pour le recouvrement de cette avance. Je vous prie de me mander ce que je dois espérer sur tout cela, afin que je prenne mes mesures.

(( Je fais toujours travailler à la circonvallation ; j'espère que dans trois jours elle sera en Testât que je la veux mettre.

(( La désertion de la place continue toujours. Le reste du régiment de Mercœur est arrivé en ce lieu sans armes ; les officiers se mettent en devoir de l'armer. Je ne scaurois vous dire de quel nombre il est, que je ne l'aye veu sous les armes. Les officiers assurent qu'ils ont quatre cents hommes, sans comprendre ce qui est à Agen. Pourceluy de Roannés, les officiers sont venus à l'ordre, il y a six jours ; du depuis je n'en ay pas ouï parler. Cela vous fait clairement voir qu'il faut des commissaires pour faire marcher les régimens, autrement ils n'arrivent jamais aux lieux oii on en a besoin, les officiers s' amusant à courre toutes les provinces pour en ti-

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