‹ Souvenirs du règne de Louis 14 (volume 4)Chapitre 15 sur 29 · DE PONTAC · texte numérisé non relu

DE PONTAC

« Au camp devant Villeneufve, ce 15 juillet 1652 *. »

La galerie couverte au moyen de laquelle un nouveau fourneau devait être creusé sous la demilune, n'eut pas meilleur succès que la mine précédemment éventée; par deux fois les assiégés détruisirent cette galerie en y mettant le feu. Enfin

* Lettre inédite, Archives du Ministère de la guerre, vol. 134.

Teau vint elle-même au secours de la place : le Lot, grossi par une crue extraordinaire, envahit les travaux des assiégeants et leur campement, les forçant à lever le siège à la hâte et à se retirer après avoir fait des pertes considérables K

Cette impuissance devant une bicoque telle que Villeneuve d'Agen produisait en Guyenne le plus défavorable effet. Alors le dévoué et peu écouté Saint-Luc prend de nouveau la plume pour analyser au cardinal Mazarin les fautes qui paralysent les armes du roi, et pour le supplier d'y porter un remède efficace.

« Au camp devant Villeneufve, le 24 juillet 1652. »

« Monseigneur,

(( Je croirois manquer à la passion que j'ay pour le service du .roy et pour les intérests particuliers de Vostre Eminence si je ne vous représantois Testât véritable des affaires de cette province, où nous avons trouvé moyen, en séparant nos troupes, de faciliter aux ennemis tous leurs dessains. Cette séparation de nos forces est cause que nous n'avons peu prendre Villeneufve, n'ayant pas assez d'infanterie, et de Tadvantage que les ennemis ont

*■ La Relation inédite souvent citée par nous évalue ' à huit cents hommes les pertes éprouvées par l'armée du comte d'Harcourt.

remporté sur FoUeville. La pensée d'assiéger Brouage me paroist fort chimérique, et à moins que d'avoir une intelligence formée et indubitable sur cette place, je ne puis comprendre que Ton occupe là quatre-mille-cinq-cents hommes de pied, qui nous auroient rendeu maistres de tout le reste de la province, à la réserve de Bordeaux. Sy dans cette conjuncture M. le comte de Harcourt vient à se retirer avec les détaschements qu'on prétend faire, la Guyenne, à mon ad vis, est perdeue sans ressource. Il est temps d'y songer fort sérieusement, aussy bien qu'à rasseurer l'esprit de M. le comte de Harcourt, qui appréhende qu'on ne le veuille perdre à la cour. Il m'a dict qu'il feroit de Brisac ce que Vostre Éminence voudroît, sy l'on luy donnoit quelque autre gouvernement ou establissement solide ailleurs. Je supplie Vostre Éminence de croire que je ne luy mande rien que je ne juge nécessaire, et que la liberté que je prends ne part que du zèle passionné que j'ay pour son service, personne au monde n'estant avec plus de respect et de fidélité ,

a Monseigneur, « De Vostre Éminence, « Le très-humble, très-obéissant et très-obligé serviteur. «Saint-Luc*. »

* Nous avons tiré cette lettre inédite des Archives nationa^ lesj registre KK, 1219, p. 446.

Les eaux du Lot s'élant un peu retirées, le comte d'Harcourt reparut devant Villeneuve d'Agen. La galerie de bois fut reconstruite; mais les eaux étaient encore assez fortes pour empêcher de passer le fossé de la demi-lune; le conseil de guerre décida en conséquence que les opérations du siège seraient plus particulièrement converties en blocus. Les assiégeants redoutaient la vigueur des assiégés à repousser toute attaque ; mais ils tenaient pour assuré qu'il suffirait d'attendre l'épuisement de leurs ressources pour qu'ils se rendissent sans tarder. Sainte-Colombe Marin regardait le succès comme assez indubitable pour ne pas craindre de demander par anticipation à Le Tellier le gouvernement de la place :

a Monseigneur,

a Monsieur le comte d'Harcourt, m'ayant veu servir assez utilement à ce siège, m'a fait l'honneur de m'offrir le gouvernement de la place, qui enfin est réduite aux abois. J'ai creu de mon devoir, Monseigneur, de vous supplier très humblement, comme je fais, d'avoir pour agréable que je ne l'aye pas refusé, et qu'à mesme temps je vous représente son importance, afin que la cour ayt plustôt pensée à la conserver pour le bien de son service qu'à la faire servir d'exemple. Elle est

d'autant plus considérable, Monseigneur, que par le moyen d'un pont qui est au milieu de la ville, on a communication avec divers pays comme avec leRouergue, leQuercy, l'Auvergne, le Limosin, et qu'elle est dans le cœur de la Guienne et une des plus notables villes de ceste province, très bonne d'ailleurs dans son assiette, et habitée d'un grand peuple qui tesmoigne desjà une extrême douleur d'avoir suivi le caprice d'un gouverneur mal intentionné pour le service du roy, où que ceux qui se viennent rendre connoissans leur faute, auroient la mesme vigueur à la conserver à l'advenir pour le service de Sa Majesté qu'ils ont eue à la deffendre maintenant. Il ne se peust pas dire la fatigue qu'ils nous ont donnée ; il est vrai que le desrèglement du temps pendant quarante jours leur a esté très favorable, à cause que nos tranchées estoient, comme encore, pleines d'eau. Ils nous ont par trois diverses fois bruslé une galerie que nous avions faite sur leurs fossés; mais enfin, maugré leur résistance, nous avons belle espérance de les voir bientost soubmis. Il m'en reste, Monseigneur, ceste satisfaction qu'après y avoir eu la conduite de tous les travaux, M. le comte d'Harcourt reste satisfait et de ma conduite et de mes soins. Je ne le serois pas de moy-mesme si je n'aves fait mon possible pour servir utilement. J*espère bien aussy que Leurs Majestés, par vostre III. 26

moyen, Monseigneur, prendront enfin quelque soin de moy, puisqu'à force de servir je suis devenu le plus pauvre gentilhome qui soit en France. Je puis vous dire qu'il ne me reste à perdre que la vie, que je n'ai pourtant jamais espargnée. J'en ay de bons tesmoins, et ce siège icy ne me couste pas moins de cinq hommes qui ont esté tués auprès de moy. Mon frère de Marin y a esté si malade, qu'il a esté contraint de se retirer. Faitesmoy, s'il vous plaist, ceste grâce. Monseigneur, de m'apprendre vostre intention pour moy sur la suicte de ce gouvernement, afin que, par une parfaite obéissance, je vous puisse faire voir que je suis avec plus de submission et de respect que personne du monde,

« Monseigneur, tf Vostre très humble, très obéissant, très fidèle et très obHgé serviteur,

« Ste-Colombe Marin. »

« Au camp devant Villeneufve, ce 30 juillet 1652. »

« Monseigneur, j'obmetes à vous dire que M. le comte d'Harcourt m'a dit qu'il me laisseroit dans la place son régiment jusqu'à ce que j 'eusse mis sur pied celuy qu'on m'a fait Thoneur de me donner *. »

* Nous avons tiré cette lettre inédite des Archives du Mnîstère de la guerre, vol. 134.

DU RÈGNE DE LOUIS XIV. ^o3

Pendant ce blocus, un parti de l'armée des princes se présenta pour secourir la place; cette tentative fut plus heureuse que la précédente. Ce détachement, fort de cent cinquante cavaliers sous les ordres d'un frère du marquis de Théobon, passa le Lot à une demi-lieue du camp de l'armée royale, sur un point que le chevalier de Vivens * avait promis de garder, soin que néanmoins il avait négligé de prendre. Cet escadron avait l'avantage, en abordant Villeneuve par la rive gauche du Lot, de n'avoir à forcer de ce côté que les faibles lignes du marquis de Saint- Luc. Ce général, toujours malheureux, fut surpris par cette irruption imprévue ; ses lignes furent traversées, et l'escadron entra dans la place avec les munitions qu'il conduisait, cinq jours après lareprise du siège. Ce ravitaillement donna aux assiégés une nouvelle vigueur; ils firent deux sorties, l'une de deux cents fantassins, l'autre de cinq cents hommes, dont moitié de cavalerie, sur le quartier du marquis de Saint-Luc, qui fut cette fois assez favorisé du sort pour réussir à les repousser.

Ces vigoureuses sorties faisaient éprouver aux assiégeants les pertes les plus sensibles^. Aussi le

* Il appartenait à une maison qui tirait son nom du château de la seigneurie de yivens, près de Clairac, en Agenais. 2 De Paris, le 20 août 1652 : « L'on confirme de Bordeaux que Villeneufve-d'Agenois a

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comte d'Harcourt, avec ses troupes fatiguées par de longues et inutiles tentatives, pressé d'ailleurs de détacher de son armée les régiments réclamés pour fortifier celle du maréchal de Turenne, ne jugea plus possible la prise de Villeneuve d'Agen et leva le siège le 8 août, deux mois environ après l'avoir entrepris.

Cette impuissance à s'emparer d'une place d'une force très-secondaire et cette retraite produisirent dans toute la Guyenne le plus désastreux effet pour le prestige des armes royales. Ce résultat les obligeait pour longtemps à se tenir sur la défensive.

Le chevalier de Créquy, en annonçant au ministre Le Tellier la fâcheuse nouvelle de la levée du siège de Villeneuve d'Agen, s'explique clairement sur la portée de cet événement ; nous empruntons à sa lettre les passages les plus intéressants * :

esté secourue non par MM. de Marchin et Balthazar, mais par un frère de M. Théobon qui est entré avec cent cinquante maistres, sans en perdre un seul ; et depuis il y a eu plusieurs sorties dans lesquelles les assiégeants ont perdu beaucoup de soldats. )) Relation de ce qui s'est passé en France depuis le ^janvier \6o2 Jusqu'au 26 am/ 1653. Manuscrit inédit. Bibliothèque nationale, Fonds de Sorbonne, n° 1257.

^ Lettre inédite, Archives du Ministère de la guerre, vol. 134.

DU RÈGJSE DE LOUIS XIV. ^o5

« Au camp de Villeneuve, ce 8 août 1652.

« Je suis bien fâché de n^avoir à vous annoncer que de méchantes nouvelles, tantost pour le retardement de la marche des troupes*, et présentement pour la levée du siège de Villeneuve, duquel je commençois à me douter par la dernière que je me suis donné l'honneur de vous escrire. C'est à la vérité un grand échec pour les affaires du roy en ce pays de n'avoir pu réduire cette place; mais il augmente de beaucoup, nos troupes estant en misérable estât par la continuation d'une fatigue qui auroit mis un bien plus grand corps d'armée à bout.

a Dorénavant que l'on sera obligé d'entretenir une guerre sur la défensive, si l'on est bien juste dans ces reproches, il sera difficile de la continuer dans un pays où le libertinage de nos troupes et la méchante volonté des peuples nous font fort haïr. De nécessité, il faut que celui qui sera chargé de cette affaire se mette dans l'esprit de considérer le poste d'Aiguillon comme le seul qui peut maintenir la guerre par la facilité d'avoir et de

* C'est-à-dire le retard apporté au départ des troupes commandées pour aller renforcer l'armée du maréchal de Turenùe.

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maintenir deux ponts, à savoir, l'un sur le Lot et l'autre sur la Garonne, les deux grandes rivières de ce pays, dont la facilité du passage nous peut faire porter la guerre dans tous les lieux de la province où l'on la peut le plus appréhender.

« Je vous parle de cette façon, m'imaginant que M. le comte d'Harcourt n'est pas dans la pancée de demeurer. Aussi n'est-il pas déterminé , car tantost il parle de s'en venir avec nous, et tantost, par la demande que lui fait M. du Plessis du reste de son infanterie, d'aller à Brouage. »

Le comte d'Harcourt, après le levée du siège de Villeneuve, était allé établir son camp à Montflanquin ^ ; le marquis de Saint-Luc était retourné dans son gouvernement de la ville de Montauban. Dans la crainte que l'insuccès du siège de Villeneuve d'Agen ne lui soit plus particulièrement reproché, le secours étant entré dans la place du côté dont la garde lui était confiée, il a soin d'écrire au cardinal Mazarin pour se disculper, en rejetant toute la faute sur le chevalier de Vivens, dont il avait reçu deux lettres dont il envoie les copies :

* Petite ville de l'Agenois placée sur un coteau sur la rive gauche de la Lède.

« A Montauban, le 10 août 1652.

« Monseigneur,

« Le malheureux succès du siège de Yilleneufve ne peut estre imputé qu'au peu d'infanterie que nous avions et aux pluyes continuelles qui ont empesché de continuer nos travaux et de passer le fossé de la demy-lune. L'on résoleust dans le conseil de guerre de changer le dessain d'assiéger par force en celuy d'un blocus. Cinq jours après il entra un secours de cent-cinquante chevaux de mon costé, et passèrent le Lot à demy-lieue du camp de M. le comte de Harcourt, en un poste que le chevalier de Vivens luy avoit promis et à moy de garder, dont j'ay les lettres. Cela ne pouvoit en rien changer la résolution qu'on avoit prise. Depuis estre entrés, ils ont faict deux sorties : la première de deux-cents hommes que je poussay jusques soubs leurs murailles, et l'autre de cinq-cents hommes, cavallerie et infanterie. J'arrivay dans le temps que cent ou six- vingt mousquetaireS;, qui estoient tout ce que j'avois d'infanterie, avoient pris la fuite, et que la cavallerie des ennemis poussoit la mienne. Je feus assez heu-

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reiix pour faire regaigner à cette infanterie son poste, et je la fis tourner, et charger ma cavallerie, qui les mena battant jusques au pied de leur demylune. Je prends toutes les troupes à témoing du service important que je rendis dans cette occasion, et ayme mieux que Vostre Éminence l'apprenne des autres que de moy. Je m'estois donné l'honneur d'escrire à Vostre Eminence, il y a desjà quelque temps, que je gardois deux lieues de pays avec cent-cinquante chevaux, et que je n'en pouvois respondre ; je la supplie de s'en souvenir. Je ne croy pas qu'on m'en puisse blasmer de cet accident que je ne pouvois empescher avec sy peu de forces, et particulièrement un autre en répondant positivement par la copie des lettres que je luy envoie du chevallier de Vivens, lequel, comme tesmoignera M. le comte de Harcourt, luy avoit donné les mesmes asseurances. Je m'en suis veneu en cette ville pour maintenir tousjours les esprits dans leur devoir ; et, en cas que M. le comte de Harcourt se servit du congé qu'il a de la cour, n'estre pas obligé de servir en foule. Je suis prest d'obéir à celuy qu'on envoyera ; mais je ne puis estre compagnon dans la province avec des gentilshommes particuliers :M. de Sauvebœuf etM.de Marins. Je supplie Vostre Éminence de croire que je ne manqueray jamais de zèle pour le service du roy et pour tous vos intérests, et que personne

au monde n'est avec plus de passion et de respect,

« Monseigneur,

ce De Vostre Éminence , a Très-humble, très-obéissant et trèsobligé serviteur,

« Saijnt-Luc*. »

Copie des deux lettres du chevalier de Vivens^ commandant du régiment de Créquy,

c( Du 27 juillet 1652.

« Monsieur,

« Je receus hier deux de vos lettres du 25* du mois courant; je m'en estois allé à un cloistre pour y passer ceste Sainte-Anne. Les eaux sont sy puissantes qu'il est impossible aux ennemis de faire exécuter aucun mauvais dessein, oultre que j'y prends si exactement garde par des hommes affidés que j'ay du costé de delà la rivière et par les postes advancés au pays que mes amis tiennent. Reposez-vous, s'il vous plaist, sur mes assertions pour cette affaire; je vous en réponds et vous asseure que quand Tennemy se présentera de

* Nous avons tiré cette lettre inédite, écrite en entier de la main du marquis de Saint-Luc, des Archives nationales^ registre KK, 1219, p. 450.

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Cleyrac * à Sainte-Livrade^, vous serez adverti, et que je le tiendray le temps que vous voudrez, de la rivière faisant résistance, quand toute leur armée y seroit. Ils sont occupés delà la Dordogne ; il n'y a deçà qu'une garnison à Castillionés ^. »

« Du 30 juillet 1652.

« Monsieur,

a Je croy que sy vous mestiez un party à Saint- Gervais, cela seroit capable de faire souUever les habitants de ce lieu et des environs, et, par ce moyen, faciliter plustôt le passage aux ennemis; mais je vous prie de croire qu'il est impossible que les ennemis passent la rivière, et que sy cela arrive, je suis un traistre. Je seray soigneux de vous advertir de tout ce qui se passera ; soyez sans inquiétude, je suis et je serai toute ma vie, etc. * »

Si ces deux lettres n'excusaient qu'imparfaitement le marquis de Saint-Luc, qui n'aurait pas

* Clairac, petite ville sur la rive droite du Lot, faisant aujourd'hui partie du département de Lot-et-Garonne.

2 Bourg aujourd'hui chef- lieu de canton du département de Lot-et-Garonne, centre du commerce des prunes d'Agen.

^ Castillonnès, à 32 kilomètres de Villeneuve d'Agen, aujourd'hui chef-lieu de canton du département de Lot-et-Garonne.

'♦ Les copies de ces deux lettres sont placées à la suite de la

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dû s'en reposer si aveuglément sur un autre , elles étaient accablantes pour le chevalier de Vivens.

Ni la clairvoyance du chevalier de Créqui, ni celle du marquis de Saint-Luc, n'étaient en défaut à l'endroit des intentions du comte d'Harcourt. Ce général, en jetant à dessein diverses incertitudes sur ses projets, méditait en secret celui de quitter son armée. Il disparut sans avoir pris congé de personne^ dans la nuit du jeudi au vendredi 1 6 août i65î>.. Il s'était fait précéder de cette lettre adressée au comte de Vaillac * :

« y4 M. le comte de Vaillac^ maréchal de camp.

a Monsieur,

a Vous vous rencontrez par bonne fortune sur mon chemin de la cour ; vous êtes assez mon ami

lettre précédente, dans le registre cité des Archives nationales.

^ Jean-Paul Gourdon de Genouillac, comte de Vaillac, ami du père du duc de Saint-Simon. Il devint lieutenant-général , premier écuyer du duc d'Orléans, et chevalier du Saint-Esprit, en 1661. Sa maison avait fourni deux grands maîtres de l'artillerie de France, dont le plus célèbre est Galiot de Genouillac, seigneur d'Acier, qui fut aussi grand écuyer de France sous le règne de François P^ Si ce monarque eût écouté ses conseils , il lui eût épargné la défaite de Pavie. Galiot de Genouillac, dont la carrière aboutit à une éclatante disgrâce pour avoir osé lever les yeux sur la reine, bâtit dans sa retraite auprès de son châ-

pour n'avoir pas de scrupule de vous demander un relais de sept ou huit chevaux. Je seray bien aise de faire dihgence et de surprendre mesme tout le monde, affîn que mon départ fasse de moins mauves effets dans le pays, étant^ dans le dessein d'y revenir, si l'on me donne quelque satisfaction à la cour. Ayes, je vous prie, cette bonté pour moy, et croyes que je suis avec une estime toute particulière ,

« Monsieur,

ce Vostre très-fidelle serviteur.

« Harcourt.

« Au camp de Montflanquin, le 14 août 1552 ^ »

Le général de l'armée royale couvrait son départ de l'apparence d'un voyage à la cour, auquel il avait été précédemment autorisé. Malgré Tincertitude que le comte d'Harcourt laissait, depuis

teau, en Quercy, une église bù il graya sur la pierre ces mots qui s'y lisent encore : J'aime fort une !

Dans une des vallées du Périgord que la Colle arrose de ses eaux tranquilles, non loin de sa jonction avec la Dronne, audessus de Brantôme, on voit sur la crête des longs coteaux abrupts, comme une muraille, qui bordent le cours de la petite rivière, un château altier dont les ruines semblent défier le temps et laissent entrevoir la voûte azurée du ciel à travers les ouvertures béantes des courtines et des tours; c'est le château de Brussac, qui était l'un des fiefs du grand écuyer.

* Nous avons tiré cette lettre inédite des Archives nationales^ registre coté KK, 1219. Cette lettre est la seule qui soit de

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quelques jours, planer sur ses projets, certains préparatifs de voyage avaient éveillé l'attention, et son départ était prévu avant d'être réalisé. Le marquis de Saint-Luc, sans en être encore informé, en parlait comme d'une chose certaine dans sa correspondance avec Le Tellier. Après quelques plaintes personnelles suscitées par un froissement d'amour-propre, il appréciait ainsi les conséquences de cet événement :

« A Montauban, le 16 d'aoûst 1652.

a Monsieur,

ce Je prévoy une grande confusion dans cette armée par le despart de M. le comte de Harcourt, que je tiens indubitable. M. de Tracy a trouvé la pluspart de ses chevaux à Cahors, et, dans le mesme temps, il avoit donné rendez-vous à plusieurs personnes à Agen, et faict courre le bruit qu'il s'y en ail oit pour voir M. d'Arpajon.

« L'on m'a asseuré que Ton avoit faict lieutenants-généraux dans l'armée de Guienne M. de Bougy, M. de Marins et M. le comte de Rieulé ;

la main du comte d'Harcourt ; les autres sont écrites par des secrétaires et seulement signées par lui.

Lorsque la fuite à Brisack du comte d'Harcourt eut fait connaître la \érité sur son prétendu voyage à la cour, le comte de Yaillac s'empressa évidemment d'envoyer au cardinal Mazarin la lettre qu'il avait reçue.

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pour moy, je ne puis dans une province où j'ay l'honneur de commander seul, n'y ayant plus de gouverneur, estre compagnon de ces Messieurs et servir dans la foule. M. le comte de Harcourt a ruiné dans le siège toute l'infanterie qui composoit ma brigade; pour la cavalerie, il ne me reste plus que deux cents maistres; vous pouvés juger si l'on détasche les soixante cornettes de cavalerie qu'on demande, que nous ne soyons plus les maistres de la campagne. Je croy qu'il vaudroit mieux tout emmener ou tout laisser ; touts les peuples seroient contre nos troupes dès que nous serons les plus foibles ; et il sera comme impossible de les faire subsister, les villes estant lasses de contribuer après plus de quinze cents mille livres qu'elles ont fournies, sans compter les fouUes et logements qu'elles ont soufferts. Je suis obligé de vous mander Testât des affaires de Guienne; c'est à vous à y apporter l'ordre qui sera nécessaire: et considérez, s'il vous plaist, qu'à moins d'un homme de haute qualité et d'un grand mérite, l'on aura peine à tirer aucun service considérable de toute la cavalerie. Je suis, a Monsieur, « Vostre très-humble et obéissant serviteur, ce Saint-Luc *. »

* Nous avons tiré cette lettre inédite des Archives du Ministère de la guerre, vol. 134.

Pourquoi ce mystère dont le comte d'Harcourt s'était enveloppé, s'il allait simplement à la cour en vertu du congé qu'il avait obtenu ? Si telle eût été son intention, ce mystère était bien superflu ; mais le départ pour la cour n'était que le prétexte pour couvrir ses projets et déjouer toute velléité d'obstacles à son voyage, dont le but n'était pas la cour, mais cette place de Brisack^ dont il voulait prendre possession lui-même après s'en être assuré par son lieutenant. Avec une suite de quatre ou cinq personnes, il chevauchait à travers la France, le plus secrètement et le plus rapidement possible.

Dès que la cour est informée du départ du comte du milieu de son armée et de la direction qu'il donne à sa marche, elle se hâte de prendre deux mesures de nature à paralyser la réalisation de ses plans : la première est une lettre du roi luimême, portée à Charlevoix par le capitaine Lambourg, exempt des gardes du corps, lui intimant l'ordre de ne recevoir ni de ne reconnaître personne dans Brisack sans un ordre royal * ; la seconde est l'envoi sur les pas du comte d'Harcourt de Malleville \ enseigne des gardes du corps, avec mission de l'arrêter.

* Lettre datée du 16 août 4652; Archives du Ministère de la guerre, y o\. 136.

® On trouve, dans l'Histoire généalogique du P. Anselme,

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Cet enseigne est porteur de l'ordre suivant, qui lui permet de requérir main-forte en tous lieux :

« De par le roy.

« Sa Majesté ayant esté advertie que le S^ comte d'Harcourt, auquel elle avoit confié le commandement de son armée de Guyenne, a quitté ladite armée sans luy en donner advis, dans le temps auquel sa présence y estoit le plus nécessaire, et qu'il a dessein d'aller à Brisac s'emparer de cette place, sans en avoir commandement ny permission de Sa Majesté, oubliant son debvoir naturel et ses obligations particulières pour une infinité de grâces qu'il a reçues du feu roy et de Sa Majesté actuellement régnante, et ne pouvant souffrir une entreprise de si grande conséquence et si préjudiciable à son service et à son estât, Sa Majesté a résolu de s'assurer de la personne du S"" comte d'Harcourt, et ayant donné ses ordres pour cet effet au s*" de Malleville, enseigne des gardes de son corps, Elle mande et ordonne à tous gouverneurs et ses lieutenants-généraux en ses provinces et armées, maréchaux de camp, chefs et officiers de ses troupes, gouverneurs de ses villes et places, maires et échevins d'icelles et tous autres ses offi-

une alliance de la maison d'Houdetot avec Pierre de Canonville, seigneur de Malleville.

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ciers et subjets, de donner audit s^ de Malleville et à l'exempt des archers qu'il employra en cette occasion, toutes les forces et l'assistance, dans le temps et en la manière qu'il y sera requis, à peine aux refuzants de désobéir et de respondre à Sa Majesté du préjudice que son estât et son service en pourroient recevoir.

« Fait à Compiègne, le if\ août i652.

« Louis.

« Le Tellier ^ »

Le comte d'Harcourt avait de l'avance ; il était déjà arrivé à Brisack que l'enseigne des gardes courait encore bien loin derrière lui. L'ordre royal resta donc inexécuté par Malleville; et Charlevoix ne tint nul compte de la missive royale qu'il avait reçue.

Quel intérêt plus considérable pouvait avoir le comte d'Harcourt à prendre par lui-même possession de Brisack, qu'à conserver le poste le plus glorieux et plus important de général en chef d'une armée? En outre^ ne devait-il pas redouter l'impression fâcheuse que sa conduite pouvait laisser sur $on nom ? L'explication ne saurait se trouver que dans la*crainte qu'il devait concevoir, depuis qu'il avait bravé la'cour en s'assurant de Bri-

* Nous avons tiré ce document inédit des Archives du Ministère de la guerre, vol. 134.

sack malgré elle, de quelque ordre secret pour l'arrêter au milieu même de son armée, et cette crainte pouvait ne pas être chimérique. 11 était évident, par les dégoûts dont il l'abreuvait, que le cardinal Mazarin voulait se débarrasser de lui en Guyenne; qu'il travaillait à lui susciter des désastres par la démoralisation de ses troupes mal nourries , mal habillées, mal payées, et par la diminution de leur effectif. Le bruit, fondé ou non, d'un ordre d'arrestation qui avait couru dans son armée, l'avait' justement alarmé. La question de trouver un successeur à un homme investi d'une aussi grande réputation militaire était même secondaire aux yeux du cardinal Mazarin. Il importait bien moins au premier ministre que ce successeur fût un général habile, qu'il ne lui importait que ce fût un favori, un prétendant surtout à la main d'une de se^ nièces, ainsi que nous* le verrons sans tarder. Le comte d'Harcourt dut être évidemment placé dans la nécessité de garantir sa liberté, et avec elle une partie du moins de ses prétentions. A ce point de vue égoïste, il ne se trompa point; la possession de Brisack lui procura en effet le gage d'un marché: lorsque la Fronde eut pris fin, il reçut, en échange de cette place, un gouvernement de province, le gouvernement d'Anjou.

Après le départ de leur général , les principaux officiers de l'armée royale s'étaient empressés d'en-

voyer à la cour pour l'avertir de cet étrange événement et demander des ordres. Ils avaient choisi parmi eux deux messagers : le chevalier d'Aubeterre ^ et la Bérurie. Le chevalier n'ayant pas rencontré à Lagny, où il croyait le trouver, le cardinal Mazarin, s'empressa de se rendre plus loin auprès de rÉminence toute-puissante, remettant à quelques heures plus tard la conférence qu'il devait avoir avec Le Telher ; mais il adressa de Lagny à ce ministre la lettre suivante :

« Monsieur d' Jubé terre à Monsieur Le Tellier.

« Monsieur le comte de Harcourt ayant quitté l'armée la nuit du jeudi dernier venant au vendredi sans en dire rien à personne, à la réserve de quelques lettres que son enseigne des gardes donna à la pluspart des officiers généraux douze

* Le nom patronymique du chevalier d'Aubeterre était d'Esbarbès de Lussan. Sa maison n'ajouta le nom d'Aubeterre qu'après le mariage du père du chevalier avec la fille unique de David Bouchard , vicomte d'Aubeterre. Ce David Bouchard, vicomte d'Aubeterre, né à Genève où sa famille s'était retirée après avoir embrassé le protestantisme , était revenu dans sa pairie servir contre la Ligue Henri IV, qui le nomma gouverneur du Périgord.

Le chevalier d'Aubeterre, que Louis XÏV fît dans la suite gouverneur de Collioure, mourut en 1707, âgé de quatre-vingtdouze ans , étant alors le plus ancien lieutenant-général du royaume.

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heures après son départ, nous ayant extrêmement surpris, il fust résolu de despescher quelcun à la cour pour en donner l'advis, et de beaucoup d'autres choses qui regardent le service du roy. Tous ces Messieurs m'ont prié de faire ce voyage. En arrivant à Lagni, j'ai seu que Son Éminence n'en estoit partie que ce matin et estoit allée coucher à quatre ou cinq lieues d'icy. J'ai creu que la cour ne trouveroit pas mauvais que je prisse ce temps pour aller repsevoir ses commandements. Cela ne me relarde que de quatre ou cinq heures de plus, sur quoy je vous rendray un conte bien exact de toutes les affaires de Guienne ; cependant je vous envoyé la lettre qu'il a escrit à M. de Tracy en partant. Je suis avec toute sorte de respec, « Monseigneur, >

« Vostre très-humble et très-obéissant serviteur, (( Le chevalier d'Aubeterre.

« A Lagny, ce mercredi au soir 21 aoûst ^ »

Le marquis de Bougy, non content de la mission confiée aux deux messagers de l'armée royale, écrivait peu de jours après leur départ cette lettre à Le Tellier :

* Nous avons tiré cette lettre inédite des Archives du Mi-nistère de la guerre^ vol. 134.

« Monseigneur^

a Depuis le départ de Messieurs d'Aubeterre et de la Bérurie, par lesquels nous vous mandions le départ de M. le comte d'Hàrcourt, il ne s'est fait auqun changement dans la province ; nous avons pris un poste à trois lieues de Bergerac, le long de la rivière de Droz, à un lieu assez bon pour les fourrages, et pour remettre un poeu nos troupes en attendant les ordres de la cour, que nous souhaitons aveq beaucoup d'impatience. Je ne croy pas que, à la longue, les humeurs de tout ce qui est isy s'accordassent fort bien les uns aveq les austres, et il est tout-à-fait important que l'on envoie icy au plus tost un supérieur, afin de prévenir les accidents qui en pourroient arriver. Cependant je vous puis asseurer que je n'oublieray rien, Monseigneur, de tout ce qui dépend de moy, afin d'entretenir la bonne correspondance entre Messieurs nos généraux. Je croy que l'arrivée de l'armée navale devant Bordeaux n'a pas peu contribué à tenir la province dans son devoir. Le départ de M. le comte d'Hàrcourt a donné la liberté à quantité d'officiers de quitter l'armée, les uns avec son congé, les austres sans. Je croy qu'il ne seroit pas mal à propos d'envoyer un ordre du roy qui ordonnast à chaqun de se rendre à sa charge

dans un certain temps, sous peine d'estre cassé; ce qui serviroit du moins à contenir ceux qui restent, sy ce n'est que l'on aimast mieux faire exemple de quelqu'un. Je croy qu'il seroit bon ausy d'avoir un ordre pour casser tous ceux qui ne metleroieut pas leurs compagnies à vingt vedettes effectives, après qu'ils auront resceu les deux mille escus que on leur a promis; l'on n'en a encore resceu qu'une partie, et l'on est après à avoir le reste, particulièrement pour les troupes que doit mener M. le chevalier de Créquy, afin qu'elles puissent estre en estât de marcher au retour du premier courrier. Un de nos partis a enlevé depuis deux jours un quartier du régiment de Baltasar, où il y avoit cinquante maistres et leur esquipage ; lesquels ont presque tous estez pris ou tués. Les ennemis estoient commandés par Faget Gaston et d'Aupelles , capitaines de Baltasar, que on dit estre morts ou pris; nostre party estoit des régiments de Saint-Germain et de Saint-Mégrin . Faitesmoy l'honneur de me croire, s'il vous plaist, « Monseigneur, « Vostre très umble et très obéissant serviteur,

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