‹ Souvenirs du règne de Louis 14 (volume 4)Chapitre 14 sur 29 · CHAPITRE XXYIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXYIII

Commencement du siège de Villeneuve d'Agen. — Le marquis de Théobon, gouverneur de la place. — Le comte d'Harcourt met obstacle à l'exécution des ordres de la cour rappelant plusieurs régiments. — Lettre du comte d'Harcourt au cardinal Mazarin, 22 juin i 652. — Congé accordé au comte d'Harcourt dont il refuse de profiter avant la prise de Villeneuve. — Autre lettre du comte d'Harcourt au cardinal Mazarin, 22 juin 1652. — La comtesse d'Harcourt se rend à Brisack après avoir obvié par un emprunt à ses embarras d'argent. — Lettre du marquis de Saint-Luc au cardinal Mazarin, 28 juin 1652. — Fragment d'une lettre de M. de Pontac. — Le lieutenant colonel du régiment de Charlevoix au camp de Villeneuve. — Lettre de Piloys au cardinal Mazarin, 5 juillet 1652. — Lettre de remercîment du comte d'Harcourt au cardinal Mazarin à Toccasion de quelques faveurs, 6 juillet 1652. — . Fragment d'une lettre du marquis de Bougy au cardinal Mazarin, 14 juillet 1652. — Nécessité de céder aux prétentions du comte d'Harcourt ou imminence d'une rupture. — Violence de caractère du colonel Balthazar. — H tente inutilement avec le marquis de Montpouillan de secourir Villeneuve. — Brillante sortie des assiégés, défaite du régiment de Champagne, perte de son prestige. — Fragment d'une lettre du chevalier de Créqui au cardinal Mazarin, 6 juillet 1652. — Espérance fondée par les assiégeants sur le succès d'une mine. — Déception. — Lettre de Langey à Le Tellier, 14 juillet 1652. — Construction par les assiégeants d'une galerie couverte.— Lettre de M. de PonlU. 24

tac à Le Tellier, 15 juillet 1652. — Un débordement du Lot oblige à lever le siège. — Lettre du marquis de Saint-Luc au cardinal Mazarin signalant les fautes qui paralysent les armes du roi, 24 juillet 1052. — Reprise du siège, il est converti en blocus. — Lettre de Sainte-Golombe-Marin à Le Tellier pour demander le gouvernement de la place, 30 juillet 1652. — Un parti de cavalerie de l'armée des princes franchit le Lot à un passage mal gardé par le chevalier de Vivens.— 11 secourt la place en traversant à force ouverte le quartier du marquis de Saint-Luc. — Sorties des assiégés. — Levée du siège le 8 août 1652. — Lettre du chevalier de Créqui à Le Tellier annonçant cette nouvelle. — Retraite du comte d'Harcourt au camp de Montflanquin. — Lettre du marquis de Saint-Luc au cardinal Mazarin, 10 août 1652, accompagnée de deux lettres du chevalier de Yivens qu'il envoie pour se justifier. — Disparition du comte d'Harcourt. — Sa lettre au comte de Vaillac, 14 août 1652. — Lettre du marquis de Saint-Luc au cardinal Mazarin, 16 août 1652, appréciant les conséquences de ce départ. — Le comte d'Harcourt dirige secrètement ses pas sur Rrisack. — Lettre du roi à Charlevoix lui défendant de recevoir ni de reconnaître personne dans Brisack sans son ordre, 16 août 1652. — Ordre d'arrestation du comte délivré à Malleville, enseigne des gardes du corps, 24 août 1652. — Le comte d'Harcourt arrive à Brisack sans être atteint. — Appréciation des motifs de l'étrange conduite du comte d'Harcourt. — Lorsque la Fronde eut pris fin, le comte d'Harcourt reçut, en échange de Brisack, le gouvernement d'Anjou. — Le chevalier d'Aubeterre et la Bérurie envoyés à la cour. — Lettre du chevaUer d'Aubeterre à Le Tellier, 21 août 1652. Lettre du marquis de Bougy à Le Tellier, 24 août 1652. — Situation favorable du parti des princes dans la Guyenne.

Le comte d'Harcourt, pendant que se dénouaient à son avantage les complications de l'affaire de Brisack, s'était rendu à Villeneuve d'Agen pour entreprendre un siège dont nous allons suivre les

péripéties. Cette ville, située sur la rive droite de la rivière du Lot, était une place moins défendue par ses fortifications et par son château qu'elle ne l'était par l'habileté et le courage de l'excellent officier qui en était le gouverneur, Rochefort de Saint-An gel, marquis de Théobon , gentilhomme protestant, tué plus tard au passage du Khin, en 1672. Théobon avait été, lors du siège de Bordeaux, en i65o, l'un des généraux de l'armée bordelaise, et la ville de Bordeaux, par reconnaissance pour ses services,'donna son nom à son fils, qui s'appela Charles Bordeaux de Rochefort. Le comte d'Harcourt avait réuni pour cette expédition toutes ses forces disponibles, formant un effectif de deux mille fantassins et deux mille cinq cents cavaliers; en outre, le marquis de Saint- Luc vint faire sa jonction avec le petit corps d'armée qui opérait sous ses ordres. Le général de l'armée royale retenait près de lui, contrairement aux ordres de la cour, quelques régiments appelés à faire partie de l'armée du maréchal de Turenne. Laissant momentanément de côté sa politique de temporisation^ afin de donner ensuite plus libre cours à ses projets, le comte d'Harcourt espérait s'emparer de Villeneuve d'Agen en peu de jours ; il ne voulait donc pas diminuer ses moyens de succès. Il présentait à la cour la suspension du départ de ces troupes comme un léger retard, Tap-

puyant en outre de cette raison ou de ce prétexte qu'il ne pouvait les mettre en route avant qu'elles ne fussent indemnisées des frais de leur quartier d'hiver dont le payement n'avait pas encore été effectué. Le comte d'Harcourt s'en explique en ces termes avec le cardinal Mazarin * :

« Monseigneur ,

« Nous dépeschons le chevalier de la Roque à Vostre Éminence pour luy rendre compte de nostre entreprise de Villeneuve et de Testât auquel nous y avons rais les affaires du roy. Il dira sans doute à Vostre Éminence que nous ne manouons pas de nécessité de toutes choses; mais que nous ferons suppléer le zèle au deffaut pour eii avoir une favorable issue, qui sera sans doute bien moins prompte que si nous estions mieux pourveus. Nous envoyons un brouillon du plan des fortifications de la ville, que nous avons fait faire à veiie. Si nous avions des ingénieurs, nous aurions peu renvoyer avec plus de netteté à Vostre Éminence ; mais ce n'est pas là le seul ny le plus considérable de nos besoins. J'en ay informé M. Le Tellier par ma précédente dépesche, comme je fais présentement à Vostre Éminence, du sensible dé-

^ Nous avons tiré cette lettre inédite des Archives nationales, registre KK, 1219, page 387.

plaisir que j'ay du retardement des troupes dont Vostre É min en ce a besoin auprès de Leurs Majestez. Je ne serois pas consolable si tout ce qu'il y a icy de fidelles serviteurs du roy ne voyoient l'impossibilité qu'il y a de les faire partir qu'elles ne soient satisfaites de leur quartier d'hyver pour lequel nous travaillons, et M. de Tracy particulièrement, avec des soins qui ne se peuvent exprimer, non plus que la passion et la sincérité avec lesquelles je suis,

« Monseigneur,

« De Vostre Éminence, « Le très humble, très obéissant, très fidelle et très obligé serviteur^ a Harcourt.

« Au camp devant Villeneuve, le 22 juin 1652. »

A ce moment, le comte d'Harcourt obtenait de la cour le congé qu'il sollicitait depuis longtemps pour aller soutenir de vive voix ses intérêts auprès du roi ; mais il déclare dans une seconde lettre au cardinal Mazarin, datée du même jour que la précédente, que le service du roi, qu'il préfère à, sa propre satisfaction, le décide à n'user de cette autorisation qu'après le succès du siège de Villeneuve. Cette preuve authentique d'un congé accordé au comte d'Harcourt est digne d'une at-

tention particulière. Ce fait était resté ignoré ; il atténue dans une certaine mesure l'acte dont le comte fut accusé plus tard d'avoir déserté son armée, puisqu'il avait reçu positivement l'autorisation de la quitter.

« Monseigneur ,

« Dans l'impatience que j'ay de m'expliquer à Vostre Eminence sur toutes les affaires qui me regardent, je ne pouvois recevoir de plus parfaite satisfaction que celle du congé qu'elle m'a procuré, et je ne différerois pas un moment d'en profiter si le service du roy, que j'ay tousjours préféré à toute autre considération , ne m'attachoit pour quelques jours au siège de Villeneufve. Je tascheray de mettre toutes choses dans Testât que Vostre Eminence peut souhaitter pour faire en suitte ce petit voyage auprès d'elle, et luy aller témoigner la reconnoissance que j'ay des nouvelles marques d'amitié qu'elle a données en ma faveur aux sieurs abbé de Charente et de Saint-Amant. Je sçay bien, Monseigneur, que mes ennemis travaillent à inspirer des sentiments à Vostre Eminence autant esloignés de l'attachement xjue j'ay à ses intérests que la sincérité de mes intentions luy est connue; mais je ne suis pas moins persuadé que Vostre Eminence ne souffrira pas qu'il soit fait une no-

table injure à ma fidélité. Elle m'oblige de luy dire que j'ay appris avec quelque surprise par ce courrier l'arrivée de ma femme à Basle^ n'ayant sceu son départ de Paris que par celuy qui m'a apporté la dernière lettre de Vostre Eminence, du troisième de ce mois. Il y en a plus de six que j'avois donné ordre à ma femme d'aller dans mon gouvernement pour se mettre à couvert des accidents de cette fascheuse guerre et y vivre avec moins de frais qu'aux environs de Paris. Son voyage n'avoit esté différé que par la nécessité d'argent, lorsqu'ayant trouvé des amis qui luy en ont preste, elle s'y est d'autant plus volontiers résolue qu'elle a jugé, à ce qu'elle m'escrit, de n'estre pas inutile à la conservation de Brisac au service du roy, et qu'elle avoit pris la résolution d'y entrer, comme elle aura fait sans doute *aussy tost qu'un officier de la garnison de Philisbourg, que j'ay envoyé avec quelque argent dont mes amis m'ont assisté, aura peu la joindre. J'ay eu d'autant plus de joye de cette nouvelle qu'elle m'asseure plus solidement que jamais les moyens de rendre à Vostre Eminence le service qu'elle doit espérer de ma fidélité et de mon zèle , et qu'elle jugera qu'il y en a peu qui les puissent égaler, préférant comme je fais la satisfaction de Vostre Eminence sur la conservation de Brisac au notable intérest que j'ay à celle de Philisbourg,

qui demeure comme abandonné par les avances considérables que je fais pour le premier. C'est ce qui me fait supplier Vostre Eminence d'agréer que le commissaire des Madrilz leur fasse connoistre les nécessités pressantes de Philisbourg et l'importance de quelques ordres envers M. le surintendant pour le changement d'une assignation invalide qui met nos affaires dans la dernière extrémité. J'espère tout de la bonté de Vostre Eminence, puisqu'elle peut tout espérer du respect et de la fermeté avec lesquels je suis,

« Monseigneur,

« De Vostre Eminence,

« Le très humble, très obéissant, très fidelle et très obligé serviteur,

^' ■ « Harcourt.

« Au camp devant Villeneuve, le 22 juin 1652 *. »

Le comte d'Harcourt, qui prudemment ne négligeait nulles précautions vis-à-vis du cardinal Mazarin, voulait, ainsi que sa lettre nous l'apprend, s'assurer de Brisack d'une manière plus positive encore par la présence dans ses murs de la com-

* Nous avons tiré cette lettre inédite des archives nationales, registre KK, 1219, page 389.

tesse ^ sa femme, à laquelle il avait donné des instructions pour s'y rendre de son gouvernement de Philipsbourg. La mission de la comtesse présente exactement le contre-pied de la mission de la maréchale de Guébriant. L'importance que le comte d'Harcourt attachait à la possession de Brisack dépassait de beaucoup celle qu'il mettait à la < possession de Philipsbourg ; préférant exposer même celle-ci, il consacrait toutes ses ressources à la première; ressources bien restreintes, nous ne l'ignorons pas, car le comte meta nu une fois de plus sa misère, lorsqu'il nous montre la comtesse ne pouvant continuer son séjour aux environs de Paris, parce que l'existence y est trop chère, et néanmoins, dans l'impossibilité de s'en éloigner à défaut d'argent pour son voyage ; réduite .enfin à recourir à un emprunt pour partir.

Ce congé accordé au comte d'Harcourt, congé dont l'histoire n'a pas parlé, était cependant connu de toute son armée. Cette faveur^ dont le comte comptait profiter après la prise de Villeneuve , était accordée certainement avec quelque imprévoyance ; elle devait avoir pour conséquence de priver l'armée royale d'un chef expérimenté pour en livrer \e commandement à des généraux d'une

* Voyez sur la comtesse d'Harcourt, tome II, la note de la page 413.

capacité médiocre, de plus divisés entre eux par des rivalités personnelles. Le marquis de Saint- Luc, serviteur fidèle de la cause royale, mais serviteur malheureux et peu écouté, s'empressa de signaler au cardinal les graves inconvénients de ce congé ;

« Au camp devant Villeneufve;, le 28 juin 1652. »

ce Monseigneur,

« Je ne puis rien celer à Vostre Éminence de ce qui regarde le service du roi et ses intérêts; le congé qu'a obtenu M. le comte d'Harcourt va apporter, à son départ, une confusion dans les troupes estrange. L'armée demeurant entre les mains de MM. de Lislebonne et de Sauvebœuf, qui ne s'accorderont jamais , toutes nos conquestes se perdront encore plus facilement qu'on ne les a faictes. Il seroit facile de le retenir à mon advis, et je croy que le moindre tesmoignage qu'on luy pourroit donner de souhaitter qu'il demeure et que sa présence est nécessaire à l'armée, il n'en feroit aucune difficulté. Il m'a dict mesme qu'il a une douleur mortelle de quitter les troupes. C'est à Vostre Eminence à considérer que ce changement en peust apporter beaucoup en Guyenne , et que

DU RÈCxNE DE LOUIS XIV. 879

la plus part des officiers n'attendent que son départ pour se retirer chez eux.

« Nous avons assiégé Villeneufve, qui se deffend fort bien. Sans la passion que j'ay pour le service du roy, je n'y serois pas venu, à moins que d'avoir une attaque de mon costé. Étant séparé de la rivière du costé de M. le comte d'Harcourt, nostre pont de batteaux n'estant pas encore faict, je suis contrainct toutes les nuits d'estre à cheval pour empescher le secours qu'ils veulent jetter : le moindre, à mon advis, rendroit la prise fort incertaine.

« Je supplie instamment Vostre Eminence de vouloir révoquer la commission qu'elle avoit donné au président Daussomne de commander dans le Quercy ; quoy qu'elle ne soit que soubs le marquis de Cœuvres, qui en est sénéchal, et en son ab- •sence, il prend impudemment qualité de gouverneur de Quercy, se mesle de donner des ordres et vole tout le pays, soubz ce prétexte qu'estant maintenant très paisible et asseuré de tous costés, il est inutile d'y avoir un commandant. Cela me faict un tort et une injure extrême, que je ne puis souffrir du tout, en partageant ma charge. Je conjure Vostre Eminence de ne me refuser pas une chose sy juste, et de ne préférer point un homme de néant à moy, qui n'auray jamais de plus forte passion que de luy tesmoigner par mes

38o SOUVENIRS

très humbles services et par mes respects, que je suis,

a Monseigneur,

« De Vostre Eminence, « Très humble, très obéissant et très obligé serviteur,

a Saint- Luc \ »

M. de Pontac ^ s'empressait quelques jours après de soumettre au cardinal Mazarin des observations analogues dans une lettre dont nous extrayons ce passage ^ ;

a ... Si M. le comte d'Harcourt abandonne cette province pour aller faire voyage en cour, comme il tesmoigne en avoir le désir, je suis obligé de dire à Vostre Eminence qu'elle ne doibt plus faire estât après cela de la Guyenne. Je suis attaché d'un

* Nous avons tiré cette lettre inédite des Archives nationales, registre KK, 1219, page 402. Elle est écrite en entier de la main du marquis de Saint-Luc.

* M. de Pontac était président à la cour des Aydes établie à Agen; il lui avait été délivré, datée du 12 avril 1652, à Gien, une commission d'intendant de justice, police et finance, en l'armée de Guyenne, Archives du Ministère de la guerre, vol. 135, page 183.

3 Lettre datée du camp de Villeneuve, 6 juillet 1652. Archives nationales, registre coté KK, 1219, page 416. La clairvoyance du lecteur suppléera facilement à une certaine équivoque dans les expressions; lorsque M. de Pontac parle de l'avantage qu'il y aurait à ce que le comte d'Harcour|, fût arrêté en Guyenne, il veut dire retenu.

respect et d'un amour particulier pour la personne de M. le comte ; mais je doibs encore plus au roy et à l'Estat , et quand je devrois en estre reproché, je ne sçaurois me taire sur cette matière ; la personne de M. le comte d'Harcourt et sa réputation valent dix mille hommes en Guyenne, et je ne doute point qu'estant arresté en ce pays par les ordres du roy, les divisions de Bordeaux, où il est grandement aymé, n'éprouvent quelque changement qui surprendra Vostre Éminence. »

Un autre correspondant du cardinal Mazarin nous apprend que Charlevoix avait envoyé au camp du comte d'Harcourt, pour s'entendre avec le général en chef de l'armée royale, le lieutenantcolonel de son régiment :

« Monseigneur,

(c Le comte d'Harcourt m'a fait veoir les lettres qu'il a reçues de Brissac par le lieutenant-colonel du régiment de Charlevoix, lequel lui donne toutes les asseurances qu'il peut désirer pour le rendre maistre de la place, et offre mesme d'y faire entrer un régiment d'infanterie. U m'a dit ensuite que sy Vostre Éminence luy veult faire la grâce de luy faire donner les provisions, qu'il lui donneroit toutes les seuretés imaginables pour luy donner la satisfaction qu'elle désire. De sorte,

liSl SOUVENIRS

Monseigneur, qu'il attend les dernières résolutions de Vostre Éminence sur ce subject , et espère qu'elles luy seront favorables, veu le sentiment qu'il a pour le service du roy et pour celuy de Vostre Éminence. Je ne manqueray point d'entretenir le lieutenant-colonel, afin que je puisse être savant de Testât des choses.

a Les mineurs sont attachés à la demi-lune de cette place, de ceste nuit : c'est pourquoy on espère d'en estre bientost le maistre. Je prie Dieu qu'il conserve Vostre Éminence et qu'il me donne des occasions où je puisse faire cognoistre,

« Monseigneur,

« De Vostre Eminence,

« Le très humble, très obéissant et fidel serviteur,

« De PiloysS »

A la possession effective de Brisack, le comte d'Harcourt voulait ajouter la possession légitime et régulière, en obtenant du roi les provisions de ce gouvernement. Sur le terrain diplomatique, ce

* Nous avons tiré cette lettre inédite des Archives nationales, registre coté KK^ 1219, page 414. LesDuPiloysouDuPillois étaient seigneurs du château de Tourn^bu, près de Gaillon, dont le donjon qui subsiste encore est considéré comme l'un des intéressants spécimen de l'architecture militaire du moyen âge.

général manœuvrait pour obliger le cardinal à compter avec lui.

Le comte d'Harcourt, maître de Brisack, et qui par cette possession pouvait se rendre maître de toute l'Alsace, était en effet devenu, aux yeux de la politique du cardinal Mazarin , un personnage plus digne d'être ménagé qu^'il ne l'était auparavant. Il ne pouvait entrer dans les vues du premier ministre, nous en avons précédemment exposé les motifs, d'accorder satisfaction entière à l'ambition du comte ; mais, pour le leurrer d'espoir, il lui donnait des demi-satisfactions. Au congé accordé, il joignit quelques autres menues faveurs. Deux officiers prisonniers de la garnison de Brisacli, dont il avait jusqu'alors formellement refusé la mise en liberté, furent relâchés; et Roze, maréchal de camp , qui se rendait à Brisack^ reçut l'ordre de se retirer. Ces deux actes motivent une lettre de rem'ercîment du comte d'Harcourt au cardinal Mazarin * :

« Monseigneur ,

tt Je suis persuadé que M, Le Tellier rendra compte à Vostre Éminence de la dépesche que je lui fais, ce qui me dispensera de l'importuner

* Nous avons tiré cette lettre inédite des Archives national les, registre coté KK, 1219.

d'une longue lettre ; restant d'ailleurs obligé de ne remplir celle-cy que des témoignages de ma reconnoissançe envers Vostre Eminence des ordres qu'elle a eu la bonté de donner pour la retraite du S"" Roze et la liberté des deux officiers de la garnison de Brisac. J'ose dire à Vostre Eminence, sans diminuer mon ressentiment, qu'elle avoit le principal intérest à m'accorder ces faveurs, puisqu'elles me donnent plus de moyens de lui procurer la satisfaction qu'elle peut désirer, « Monseigneur, « De son très humble, très obéissant, très fidelle et très obligé serviteur,

« UA.RCOURT.

(( Au camp devant Villeneuve, le 6 juillet 1652. »

Le passage suivant d'une lettre du brave marquis de Bougy au cardinal Mazarin vient confirmer à quel point la possession absolue de Brisack était assurée au comte d'Harcourt, et quel était le dévouement sans bornes que lui avait voué Charlevoix :

« Il est icy arrivé depuis quelques jours le lieutenant-colonel du régiment de Charlevois, lequel j'ai fort entretenu, et comme je luy ai dit que j'avois l'honneur d'estre dans les intérests de Vostre Eminence et tout à fait à elle, il me dit

qu'il estoit aussy son serviteur, et que ce quiestoit arrivé à Brisac estoit par mésintelligence à cause des faux rapports que ceux qui ménageoient cette affaire faisoient de part et d'autre; que M. le comte d'Harcourt en estoit à présent le maistre, et que quoy que ce soit qu'il y commandast y seroit ponctuellement exécuté. Je luy demandai, si M. de Charlevois ne pouvoit s'accomoder à leurs intérests, quel party luy et sa garnison prendroient; il me dit que cela n'arriveroit jamais, et que M. de Charlevois avait trop de reconnoissance pour ne déférer pas tout à M. le comte d'Harcourt. Mondit sieur le comte a témoigné grande joie de son arrivée. Il continue toujours à dire que si Vostre Éminence luy en veut donner les provisions, il luy donnera telles asseurances qu'elle voudra de le luy remettre lorsqu'il luy plaira, sous les conditions dont il conviendra avec elle , sy mieux n'aime luy faire avoir quelque satisfaction dès à présent en luy remettant ses prétentions. Je croy qu'il faut se résoudre à la luy donner ou à rompre entièrement avec luy ; au moins il ne paroît pas qu'il y ait de milieu *. »

Cette lettre définit clairement la situation : nécessité d'accorder au comte d'Harcourt les provi-

^ Lettre inédite du marquis de Bougy au cardinal Mazarin, III. 25

sions du gouvernement de Brisack, dont la possession lui appartient de fait, ou le gouvernement de Guyenne, en échange de la possession de Brisack ; sinon, de la part du comte, rupture définitive avec le cardinal et avec la cour. Comme le comte préfère encore les honneurs glorieux à de matériels avantages, il a fait comprendre qu'il renoncerait encore à Brisack si immédiatement on lui accordait l'objet de ses prétentions les plus vives : le bâton de maréchal général ou l'épée de connétable.

Ces correspondances nous démontrent une fois de plus que, pendant la guerre de la Fronde, la plume n'était non moins active que l'épée. Pendant leur échange, le siège de Villeneuve d'Agen continuait son cours.

Le comte d'Harcourt occupait avec son armée la rive droite du Lot, sur laquelle la ville est située; en face, sur la rive gauche, le marquis de Saint-Luc avait établi son quartier. Comme la possession de Villeneuve était importante pour le parti des princes, le comte de Marsin, le marquis de Montpouillan, le colonel Balthazar, réunissent quelques forces disponibles pour porter secours à la place.

A ce moment se rencontre dans la vie de Bal-

datée du camp de Villeneuve, le 44 juillet 1652* Archives nationales^ registre coté KK, 1219, p. 431.

thazar un chagrin qui fut de nature à lui inspirer la pensée de se retirer de la lutte à laquelle il participait avec une infatigable ardeur. Il perdit sotî fils. Nous n'avons aucun détail sur cet événement, sur lequel ses Mémoires sont restés silencieux; nous l'ignorerions même, s'il ne nous était révélé par le plus illustre des correspondants du conseiller Lenet, qui termine une de ses dépêches par ces mots :

ce Je vous envoie une lettre pour M. Balthazard f « sur la mort de son filz, par laquelle je le prie '(. de ne point s^ éloigner de la province,

« Louis de Bourbon*. »

La dépêche est écrite de la main d'un secrétaire ; mais le prince a ajouté de sa propre main les mots que nous avons soulignés, qui prouvent l'importance qu'il attachait à conserver ce chef à son parti, puisque, pour le retenir, il lui écrivit lui-même. Le prestige et l'effroi inséparables du

^ Dépêche inédite; papiers de Lenet; Bibliothèque nationale, fonds français, 6708, t. VIII, f*^ 58. Le commencement de cette dépêche se rapporte à l'élection des jurats à Bordeaux.

L'éditeur récent des Mémoires de Bal thazar, qui a accompagné le texte de l'-auteur de tant de notes intéressantes, a ignoré, comme tous les historiens, le fait de l'existence d'un fils du colonel, de sa mort, et des conséquences fâcheuses pour le parti de la Fronde qui en auraient pu résulter, conséquences que le grand Gondé se hâta de prévenir par sa lettre*

nom de Balthazar décuplaient moralement le nombre des soldats placés sous ses ordres.

Cependant la violence et la dureté habituelles du colonel Balthazar, non-seulement envers ses ennemis, mais encore envers son propre parti, avaient contribué dans une certaine mesure à exciter les actes d'insubordination dont venait de donner un si fâcheux exemple l'armée du comte de Marsin. Le colonel avait fracassé d'un coup de pistolet la tête d'un capitaine du régiment de Montpouillan. De là rupture ouverte entre lès deux colonels ; il ne fallut rien moins que la nécessité de secourir Villeneuve pour les décider à marcher ensemble. Comme le comte d'Harcourt avait enveloppé la place, du côté où ils se présentèrent, de forces supérieures aux leurs, ils ne purent même l'aborder. Un capitaine du régiment de Balthazar, envoyé en avant avec cent ciur quante maîtres et des munitions pour ravitailler la place, après avoir franchi par ruse lés premiers postes des assiégeants^ fut obligé de prendre la fuite dès qu'il se vit découvert 5 mais la place, bien que réduite à ses seules ressources, se défendait vigoureusement.

Dans une sortie, le régiment de Champagne, qui était de tranchée, fut écrasé et mis en fuite parles assiégés, après avoir perdu un grand nombre de ses officiers; son vaillant colonel, La Motte

Védel, se fit tuer pour ne pas survivre à la gloire de son régiment ^ Cette déroute diminua singulièrement le prestige qui s'était attaché jusqu'alors au nom d'un corps dont nous avons admiré les hauts faits à Miradoux ^.

Après ce fait d'armes glorieux pour les assiégés, le chevalier de Créquy ^ écrit au cardinal Mazarin :

a Monseigneur,

« Depuis la dernière que je me suis donné l'honneur d'écrire à Vostre Éminence, on n'a pas esté du tout si juste que je me l'estois imaginé à l'attaque de cette place qui ne pourra durer encore que peu de temps, le mineur ayant esté attaché cette nuit. Ce qui donne sujet de désespérer, c'est que notre misère est plus difficile à combattre que la vigoureuse résistance des ennemis, qui n'ont fait

* Nous avons trouvé ce fait de la mort de La Motte Védel consigné dans le manuscrit inédit intitulé : Relation de ce qui s'est passé en France depuis le 5 janvier i6^2 jusqu'au 26 avril 1653, que nous avons souvent cité. . ^

2 Cet anéantissement du vieux prestige du régiment de Champagne ressort de l'ensemble de la correspondance adressée au cardinal Mazarin conservée aux Archives nationales.

^ Jean de Créqui, seigneur d'Aufeteu, maréchal de camp par brevet du 26 juin 1651, marié le 4 juillet 1650 à Madeleine Le Fèvre de Caumartin, fille de Jacques Le Fèvre de Caumartin, conseiller d'État, ambassadeur en Suisse. Voy. l'Histoire généalogique du Père Anselme.

que cette seule sortie sur le régiment de Champagne, dont l'échec ne fait point relâcher notre infanterie de la fermeté à bien servir; et M. le comte d'Harcourt, qui s'y occupe tout de son mieux, diligente la chose dans le dessein d'aller un tour en cour * . »

Cette lettre put faire croire au cardinal Mazarin que la sortie victorieuse des assiégés demeurerait sans résultat compromettant pour les armes royales , et que le succès certain de la mine creusée sous le rempart de la demi- lune, en avant de la place, lui permettrait d'apprendre sous un bref délai la prise ou la capitulation de Villeneuve. Ce passage d'une lettre dont nous avons précédemment cité un autre fragment était de nature au contraire, et avec plus de justesse, à dissiper toute illusion :

a Je n'oserois parler à Vostre Éminence du siège de Villeneuve, puisqu'il n'est guère plus avancé que le quatriesme jour que nous y sommes arrivés, et qu'on ne peut encore dire dans quel temps on la prendra, le poeu d'infanterie qui est isy est la prinsipale cause de ce que l'on va sy lentement^.»

* Fragment tiré d'une lettre inédite datée du camp dé Villeneuve, 6 juillet 1652. Archives nationales , registre coté RK, 1219, p. 418.

2 Fragment d'une lettre inédite du marquis de Bougy datée

La mine sur laquelle les assiégeants fondaient tant d'espérances ne réussit pas; les assiégés l'avaient contre-minée. Laissons parler un correspondant du ministre Le Tellier, le marquis de Langey ' :

a Monsieur,

« Avec la passion que j'ay de vous asseurer souvent de mes services, j'ay creu que vous ne seriez pas fasché de sçavoir des nouvelles de cette province et de ce qui se passe particulièrement dans nostre armée et dans celle des ennemys. Sans cela, j'appréhenderois que mes lettres ne vous fussent plustost importunes qu'agréables, vos occupations, en ce temps-icy, estant trop nécessaires pour toutes les affaires du royaume; mais comme celles-cy sont du nombre, je n'appréhenderay pas

du camp de Villeneuve, 14 juillet 1652. Archives nationales , registre coté KK, 1219, p. 431.

^ Nous trouvons sur lui cette anecdote dans V Histoire généalogique du P. Anselme , à l'article de la maison de Caumont.

Marie de Saint-Simon de Gourtemer, fille d'Antoine de Saint- Simon, marquis de Courtemer, et de 5wya»i7ieMadelaine, avait d'abord épousé René de Cordouan, marquis de Langey, dont elle se fit séparer pour cause d'impuissance par arrêt du 8 février 1659. Le marquis de Langey se remaria à Diane de Montault- Navailles, dont il eut plusieurs enfants. 11 prit requête civile contre l'arrêt du 8 février 1659 et produisit ses enfants pour moyen de cette requête qui fut entérinée par arrêt du 1 3 février

de vous mander tout au long ce qui s'y passe. Nous n'avons pas encore comblé le fossé de Villeneufve à cause- qu'on voulut avancer la prise d'une demie lune par où on l'attaque, en y attachant un mineur qui passa dans le fossé fort aisément^ parce qu'il n'avoit de l'eau que jusqu'au dessous des bras. Il y travailla au commencement avec assez de bonheur, et fist presque son fourneau sans qu'ils s'en aperceussent ; mais par malheur le mineur n'estant pas assez entendu, fut plus longtemps qu'il ne falloit à l'achever. En ce temps-là malheureusement ils s'aperçurent qu'on y travailloit, de sorte qu'ils contreminèrent leur demie lune, et nostre mine ne fist aucun effect. Depuis on s'est résolu d'y aller par les formes, c'est-à-dire autant que maréchaux de camp en peuvent sçavoir, où je ne remarque ny expérience, ny vigilance, quoy qu'elle soit moins nécessaire en cas de siège qu'en tout autre ; car cette ville n'est point du tout forte, ny en fortifications, ny en hommes, et vous vous estonneriez si vous l'aviez veiie, qu'on peust douter de sa prise. Les ennemis la voulurent secourir vendredy 1 2® de ce mois , et commandèrent à Dom Luc, capitaine dans le régiment de Baltazard, de la secourir avec cent cinquante maistres , à quelque prix que ce fust, qui portèrent des munitions. 11 passa un de nos petits corps de garde sans qu'il les arrestast, parce

DU RÈGNE DE LOUIS XIV. SgS

qu'ils dirent aux vedettes qu'ils estoient de l'armée • de M. de Saint-Luc; mais aprez qu'ils l'eurent passé, par bonheur nostre grande garde qui alloit reprendre son poste de jour, leur fist croire, quoy qu'elle ne les aperceust point, que nous marchions à eux. L'apréhension qu'ils en eurent les fist retirer avec tant de diligence que, quoy que peust faire M. de Bougy, il ne les put joindre en quatre lieues de ce pays icy, et ne prist que dix ou douze prisonniers des plus mal montés. Depuis nous avons eu advis qu'ils ont encore dessein d'entreprendre un second secours; 'mais difficilement le pourront-ils exécuter. Voilà ce qui se passe dans nostre armée. Pour celle des ennemis, elle a pensé se révolter contre Marsin et l'amener prisonnier dans la nostre; mais il les a apaisé en leur promettant une montre, et encore croit-on, à ce que disent quelques-uns des leurs que nous avons pris prisonniers, qu'après avoir receu la montre ils pourront bien exécuter leur premier dessein. Bordeaux est, comme vous sçavez, partialisé; mais nous avons nouvelle asseurée que le désordre y est plus grand que jamais, et la pluspart des conseillers de Bordeaux demandent des passeports pour se mettre en seureté, n'y croyant pas estre à Bordeaux, parce que le peuple n'a plus aucun respect pour eux. On nous asseure icy que M. de Turenne a gagné une bataille dans les faubourgs

(le Paris avec tant d'avantage, qu'il ne reste plus que trois mille hommes en l'armée de delà, ce qui resjouit merveilleusement tous les bons serviteurs du roy, et moy particulièrement, qui fmiray en vous asseurant que je suis , « Monsieur, « Vostre très-humble et très-obéissant serviteur,

« Langey.

« Au camp devant Villeneufve en Agenois^ce 14 juillet 1652*. »

Si la fm de cette lettre revient sur quelques faits qui nous sont connus, nous l'avons néanmoins citée en entier, parce qu'elle les complète par quelques particularités, telle que le projet de l'armée révoltée du comte de Marsin de livrer son chef au comte d'Harcourt, et parce qu'elle fait connaître l'espoir caressé dans le camp du parti royal que la révolte de l'armée de Marsin, calmée par le prince de Conti, n'était qu'assoupie et se réveillerait immédiatement après la distribution de la paye ou monstre ^ promise. Cette seconde

* Lettre inédite; Archives du Ministère de la guerre^ vol. 134.

2 Le mot monstre avait pour sens primitif la liste des gens de guerre ; pour sens le plus usuel la revue des gens de guerre pendant laquelle se faisait la paye; subsidiairement enfin, comme dans la lettre précédente, il était employé pour désigner la solde elle-même.

révolte en perspective et les troubles intérieurs qui déchirent la ville de Bordeaux sont la diversion sur laquelle compte le plus le correspondant de Le Tellier pour assurer la prise de Villeneuve d'àgen. Cependant une seconde lettre adressée à ce ministre, à la date du lendemain, par M. de Pontac, intendant de l'armée royale en Guyenne, lui annonce qu'une galerie couverte est en construction pour s'emparer de l'imprenable demilune ; cette lettre ajoute des détails sur la levée des ressources financières destinées à la subsistance de l'armée \, et en même temps sur les avances personnelles que l'intendant est obligé de faire.

(( Monsieur,

« Je me suis donné l'honneur de vous informer depuis peu de tems de Testât de l'armée du roy commandée par M. le comte d'Harcourt et du siège de Villeneufve. Le mespris qu'on a fait dans le commencement de ses habitants a causé les longueurs d'une attaque, laquelle est présentement en estât, ayant esté menée par les formes ; la galerie couverte qu'on a faite dans le fossé devant estre achevée à ce soir, le mineur se pourra attacher cette nui*, et nous espérons que dans deux ou trois jours nous nous serons rendus maistres de ceste demy-lune qui fait tant de bruit, et la-

quelle, à dire le vray, est aussy bonne et aussy bien deffandue qu'il s'en soit veu il y a long- ' temps. Après cela, la ville ne nous faira pas grande résistance selon les apparences; cependant nous faisons tout ce que nous pouvons pour réduire ces rebelles à l'obéissance, et par la force des armes et par toute sorte d'adresse, entre autres par des billets dont je leur fis hier jeter bonne quantité dans la ville de Villeneufve. L'armée n'a point manqué jusques à présent de pain, ny de munitions de guerre. M. le comte d'Harcourt a voulu se reposer sur moy des soings de ceste fourniture ; je l'ay faite jusques à présent assez abondante à mes despens et avec le crédit de mes amis, en attendant que le remboursement de mes avances arrive, ce que Son Altesse me fait espérer au retour de M. de Tracy, qui est allé en Rouergue pour retirer les contributions ordonnées sur ce pays-là. Je ne manqueray. Monsieur, de continuer mes soings et mes assistances pour faire que Tàrmée aye toutes les choses nécessaires.

a Vous m'obligerez. Monsieur, d'en informer le Roy et Son Eminence, et d'estre persuadé que si mon crédit et ma capacité pouvoient aller aussy avant que mon zelle, que Sa Majesté auroit bien tost réduit les villes rebelles de Guyenne à son obéissance.

« Je suis obligé, Monsieur, de vous dire que

l'arrêt du conseil qui ordonne la levée des cinq cens mille livres sur les généralités de Bordeaux et de Montauban, pour l'année présente, ne m'a point encore esté rendu. J'estime que celluy qui la portoit a esté assommé. Il seroit nécessaire d'en faire envoier promptemant un duplicata; et affin qu'il n'y aye aucune difficulté, ny résistance dans les payemans, il seroit encore à propos d'envoier des quittances de M. le trésorier de l'espargne à présent en exercisse de ladite somme de cinq cens mille livres. Nous nous en pourrions passer dans la généralité de Bordeaux; mais dans celle de Montauban, lesdites quittances nous sont absolumant nécessaires» Il vous plaira, Monsieur, en donner avis à M. le surintendant, et me faire l'honneur de me croire, a Monsieur, « Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

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