MONTAGU
« A Pontoise, le 7 juillet 1652 *. »
En présence de l'inébranlable résistance de la cour à toute solution constitutionnelle, si lanoblesse eût persévéré dans son attitude, elle eût inévitablement donné naissance à une nouvelle guerre civile à côté de la guerre civile des princes qui continuait son cours, et placé la royauté aveuglée dans le plus sérieux péril. Tel n'était pas le butde cette noblesse constitutionnelle, toujours fidèle au roi, qui ne demandait le triomphe de ses principes qu'à la raison
* Nous avons tiré cette lettre inédite des Archives du Ministère de la guerre, vol. 1 34.
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et à de pacifiques moyens. D'ailleurs, bien qu'elle eut droit de se tenir en défiance par l'expérience du manque de parole aux promesses passées, elle trouvait, dans les actes mêmes qui lui interdisaient ses assemblées, un renouvellement de la promesse solennelle de la convocation des états généraux; la date précise en était même fixée. Avec la loyauté qui faisait son plus bel apanage et dont elle se plaisait à ne pas douter de la part de la politique royale, même dirigée par un ministre italien, elle dut croire et se résigner à attendre.
La noblesse ne paraît avoir tenu, à partir de ce moment, qu'une dernière assemblée àCoulonges, dans laquelle, avec soumission, elle déclara s'en remettre au roi sur toutes choses, particulièrement pour la répression des désordres et des brigandages de ses armées.
Une lettre adressée par le maire de la ville de Poitiers au ministre Le Tellier, lettre qu'il termine, suivant l'usage du temps, par un paragraphe consacré à ses intérêts particuliers, vient clore notre épisode, nouveau dans l'histoire, d'une Fronde constitutionnelle tout autre, et autrement nationale et logique que la Fronde factieuse et illogique des parlements, et que la Fronde factieuse et illogique des princes :
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« Monseigneur,
« L'ordre du roy que j'ay receu de vos mains ôt que j'ayfaict public en tous lieux a enfin réussi à calmer les esprits, et quoique l'assemblée aye esté faicte à Coulonges, néanmoins les gentilshommes qui s'y sont trouvés ne se sont pas esloignés de leur debvoir, obéissant de poinct en poinct à ce qui leur a esté prescrit par M. de Rouannes. Inévitablement, comme l'on a faict espérer qu'il y auroit un fond d'estapes pour la subsistance des trouppes, ils ont desputez d'entre eux quatre personnes d'honneur vers le roy pour le prier de ne trouver pas mauvais s'ils empeschent que les trouppes i\e vivent si désordonnément et avec telle licence qu'elles ont faict jusques icy^ et que les estapes soient fournies. Vous avez sceu, comme je crois, que M. d'Estissac^ envoia un gentilhomme pour prier tous ceux de l'assemblée de le venir trouver. Pour en sçavoir le desseing, nous ne le connoîtrons point en ce pays, si ce n'est qu'il a affaire à un peuple peu maniable. Je crois qu'il n'aura pas esté beaucoup satisfaict de leur réponse, du moins je sçai que ces Mes-
* Benjamin de la Rochefoucauld^ comte d'Estissac; voyez sur lui, tomel, page 336.
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sieurs ne se mettront point en debvoir de l'aller joindre.
« Si je ne craignois de passer pour importun je vous convierois encore à me faire récompense des advances que j'ai faictes pour le service du roi; mais les grands embarras d'affaires me font laisser cela à sa justice quand l'occasion sera venue, aussi bien qu'à vous, de me faire la grâce de m'en procurer le remboursement. Si néanmoins il y avoit quelque jour, j'oserois vous supplier d'en vouloir parler à la reine et à Monsieur le cardinal. Je crois que mes services les toucheroient à ce poinct que j'aurois quelque pension pour mes enfans sur de bons offices. Je ne le puis espérer que de vostre générosité et protection que je réclamerai toute ma vie comme estant, a Monseigneur,
(( Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
« DE LA Court Ciiauvereau, »
« maire et capitaine de Poitiers. »
« A Poitiers, ce 9 juillet 1652 ^ »
L'histoire attend encore la réalisation de la rassurante promesse de la convocation des états généraux, à Tours, pour le i*"" novembre i652.
* Nous avons tiré cette lettre inédite des Archives du Ministère de la guerre^ vol, 134.
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Ainsi périrent les aspirations représentatives de la grande majorité de la noblesse française et de toute la partie patriotique et intelligente de la bourgeoisie, étouffées à l'envi par la reine mère, par le cardinal Mazarin, par les princes , par les parlements; mais ces aspirations n'en formaient pas moins le coté sérieux et le fond vrai du mouvement; nous en avons dégagé le véritable esprit de la Fronde.
CHAPITE XXIV.
Coup d'œil rétrospectif sur l'histoire do la ville de Bordeaux. — Importance de cette ville sous la domination romaine. — Les ducs d'Aquitaine au moyen â^e. — La Guyenne passe sous la domination de l'Angleterre par suite du mariage d'Éléonore d'Aquitaine avec Henri Plantagenet. — Alternatives de la possession française et de la possession anglaise. — Libertés municipales développées sous ces deux dominations. — Établissement du parlement sous Charles VIL — Construction des châteaux Trompette et du Hâ. — Influence originelle de la domination anglaise sur l'esprit de la Fronde à Bordeaux. — Troubles de cette ville à diverses époques. — Les trois partis de la Fronde à Bordeaux : la grande Fronde, la petite Fronde et l'Ormée. — Origine et caractères de chacun de ces trois partis. — Suppression des Archives de Bordeaux pour toute la période historique correspondant à la Fronde. — La terreur règne dans Bordeaux ; extrait de la Gazette. — Tentative infructueuse de la cour pour transférer à Limoges le parlement de Bordeaux. ■— Lettre inédite de refus du conseiller du Burg, chargé de cette mission, au cardinal Mazarin. — Nombreux excès de l'Ormée. — Le parlement de Bordeaux supprimé et rétabli. — Nouvelles proscriptions. — La présence à Bordeaux de la princesse de Condé, de la duchesse de Longueville, du prince de Conti, met en présence les éléments les plus opposés. — Les forces navales de l'Espagne réunies à Bourg. — Commerce naval de Bordeaux inquiété. — Expédition projetée par la flotte espagnole. — Le prince de Conti court risque d'être écrasé dans
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sa maison. — L'espionnage dans les deux partis. — Habileté en ce genre de l'abbé Baron et de sa famille découverte par le marquis du Plessis-Bellièrc. — Commencement del'influence de Daniel de Cosnac sur le prince de Conti. — Les intrigues galantes autour de la personne de la duchesse de Longueville; le duc de la Rochefoucauld, le marquis de Sarsay, le prince de Conti. — Placard injurieux affiché dans Bordeaux contre l'honneur de la princesse et de son frère. — Vers adressés par Sarrazin à la duchesse de Longueville. — Chagrins de la princesse. — Ses tardives aspirations pour la paix. — Curieux fragments d'une lettre inédite à ce sujet.
Pendant que la cavalerie du comte d'Harcourt s'éloigne de Bordeaux \ portons notre attention sur cette grande cité. Il est intéressant et il ne sera pas inutile de jeter un coup d'œil rétrospectif sur l'histoire de cette ville qui a joué un rôle pî'épondérant dans les événements que nous racontons, ville que nous pouvons justement quali fier du titre de seconde capitale de la Fronde. Nous verrons se manifester dans l'esprit des habitants de Bordeaux un amour de liberté, mais en même temps, une tendance, une sympathie pour l'alliance de l'Angleterre, qui ne sauraient trouver leur explication qu'en remontant aux origines.
Cette ville existait à l'époque de la conquête des Gaules par les Romains, et, si elle n'était déjà une grande cité, elle le devint bientôt. Les vestiges importants qui se voient encore, tels que
' Voyez tome II, page 384.
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ceux des arènes, connus sous le nom de palais Gallien, et ceux qui ont disparu depuis une époque peu reculée, tels que les élégantes colonnes du temple du Dieu tutélaire, vulgairement appelés piliers de Tutelle, l'attesteraient suffisamment; mais nous avons encore des monuments écrits, le géographe Strabon, le poète /Vusone, nous parlant, l'un de son port de mer fréquenté, l'autre de son sénat. L'histoire et la tradition nous apprennent que l'apotre saint Martial vint y jeterles premiers germes de la religion chrétienne. Cette importance antique a donc toutes ses preuves; mais, comme elle n'a pour notre sujet qu'une importance relative, nous ne faisons que la mentionner, sans l'approfondir.
4ussi ne parlerons-nous ni de l'invasion des Visigoths conduits par Alaric, auxquels Clovis infligea une défaite dans un lieu près de Bordeaux qui en a retenu le nom de camp Arrian * ; ni de l'invasion des Sarrazins, dont le dernier flot vint expirer en Touraine aux pieds de Charles Martel, ni de la défaite, par Pépin, de Gaifer, duc d'Aquitaine, dernier rejeton des Mérovingiens dépossédés, dont le tombeau se vit longtemps sur les bords de la Divise, non loin du château de Hâ, château dont la dénomination rappelle malgré la
* Chronique bordelaise, à Bordeaux, chez Simon^ imprimeur de la cour de Parlement et de la Ville, 1703.
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corruptioiide langage le nom, d'origine juive, de la tombe de Caïphas. INous déplorerons aussi les incursions des Normands, sans nous y fixer davantage ; mais , lorsque nous voyons Bordeaux etla Guyenne passer, par le mariage d'Éléonore, sous le sceptre d'un roi d'Angleterre, ici nous nous arrêtons.
Depuis le règne de Charles le Chauve, neuf" ducs héréditaires d'Aquitaine relevant féodalement de la couronne de France s'étaient succédé. Guillaume IX, dernier duc de cette lignée, n'eut qu'une fille, Éléonore; le roi de France, Louis Vil, dit le Jeune ^ Tavait épousée en 1137 ; il avait par cette alliance considérablement augmenté la puissance de son sceptre. Ce monarque, écoutant les ressentiments de l'époux plus que les intérêts de sa couronne, répudia, en 1 j5o, la reine Éléonore, malgré les conseils de Suger et les efforts de Geoffroy, archevêque de Bordeaux. Celui-ci, au concile de Beaugency, saisi de cette demande de divorce appuyée sur un prétexte de parenté, soutint énergiquement la cause d'Eléonore. Vains efforts d'une sage politique : le divorce fut prononcé. Éléonore, remise par Louis VII en possession de son duché d'Aquitaine, épousa Henri Plantagenet, comte d'Anjou, duc de Normandie, six semaines après avoir été répudiée. Henri Plantagenet, souverain de tant de pro-
viiiccs, devenait un vassal bien redoutable; il le devint bien davantage, lorsque bientôt, sous le nom d'Henri 11, il fut proclamé roi d'Angleterre. Bordeaux et l'Aquitaine se trouvèrent, par le droit féodal, relever directement du roi d'Angleterre, et indirectement, par le faible lien de la suzeraineté, relever du roi de France.
Cette possession anglaise ne fut pas sans vicissitudes; on sait les longues guerres entre la France et l'Angleterre qui ensanglantèrent le sol de la patrie. En 1200, Philippe-Auguste confisqua l'Aquitaine sur Jean-sans-ïerre ; mais, en 1259, Louis IX la rendit à Henri HI, roi d'Angleterre, avec ses dépendances, le Périgord, le Limousin, le Quercy, la Saintonge, à titre de duché-pairie, à la simple condition d'hommage lige. Philippe III, parle traité d'Amiens, du 23 mai 1279, y joignit l'Agenais. Dans ce siècle seulement, le nom de diiché de Guyenne parait se substituer à celui de duché d'Aquitaine. Le traité de Brétigny conclu, en i36o, par le dauphin Charles, pendant la captivité du roi Jean, abandonna ce duché en toute souveraineté au roi d'Angleterre; le lien féodal de la suzeraineté se trouva même rompu. Mais il faut ajouter qu'une compensation importante était obtenue relativement aux conjonctures malheureuses dans lesquelles se trouvait alors la France. Edouard 111 renonçait à ses prétentions sur la cou-
ronne de France et sur le duché de Normandie. Dix ans plus tard, la Guyenne fut confisquée sur Edouard 111 par un arrêt du parlement de Paris du II mai iSyo; mais il fallut plus de quatrevingts ans de guerre pour que cette province fût définitivement réunie à la France par la bataille de Castillon, qui consomma, en 1 453, l'expulsion des Anglais.
Durant ces alternatives d'existence étrangère ou française, il arriva que chaque parti voulut, à chaque possession nouvelle, consolider son triomphe en s'attachant les habitants de Bordeaux et de la Guyenne par des concessions d'immunités. Les constitutions municipales de Bordeaux et'de la plupart des villes du duché en retinrent une vive empreinte d'esprit de liberté, mais en même temps de domination sur les campagnes d'alentour. Dès le douzième siècle, on trouve la municipalité de la ville de Bordeaux composée d'un maire annuel, de cinquante jurats, et d'une assemblée de trois cents membres nommés défenseurs, La plupart des villes de la Guyenne copièrent Forganisation municipale de leur métropole, et s'intitulèrent alliées et filleules de Bordeaux, Les villes qui portèrent ce titre furent celles de Libourne, Saint-Émilion, Bourg, Blaye, Fodensac, Cadillac, Castillon, Rions et Saint-Macaire.
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L'élection du maire par les habitants fut accordée à la ville de Bordeaux par Henri 1", roi d'Angleterre; et le sieurde Monedey fut le premier éluà cette charge. Philippe-le-Bel, roi de France, accorda au maire et aux jura ts, sur la ville de Bordeaux et sur sa banlieue, les droits de haute, moyenne et basse justice qu'ils convoitaient ardemment.
Vers la fin du treizième siècle, le nombre des jurats fut réduit à vingt-qualre, celui des défenseurs à cent. Un édit d'Edouard III, roi d'Angleterre, modifia encore cette organisation de la manière suivante : les jurats, réduits au nombre de douze, continuèrent à être chargés, sous la présidence du maire, du gouvernement et de l'adminisl ration, et il leur fut adjoint pour toutes les affaires importantes un conseil de trente bourgeois annuellement élus. Les douze jurats étaient élus eux-mêmes par les douze quartiers de la ville appelés jurades : la Rousselle, la porte Bouqueyre, Saint-Eloy, les Eyres, le Caffernan, Saint-Pierre-sous-le-mur, Saint-Siméon, Saint- Projet, porte des Paus, Porte -Médoc, Saint-Christoh.
En i54B, le nombre des jurats et des jurades fut réduit à six : Saint-Eloy, Saint-Pierre, Saint- Michel, Saint-Rémy, Sainte-Eulalie, Saint-Mexens. L'édit d'Edouard llI ordonnait de ne choisir que des bourgeois pour les fonctions de jurats;
mais celle règle ne fut pas observée dans la suite d'une manière absolue. Quant aux fonctions de maire, l'élection y aj3pela de tout temps un gentilhomme.
En 1675, un bourgeois de la ville, le président Eymar, ayant été choisi par exception pour ces fonctions, le roi Henri -111 enjoignit de procéder à une élection nouvelle; il consentit ensuite à confirmer celle du président, mais sous la réserve que cette dérogation ne tirerait pas à conséquence. La composition, d'abord exclusivement bourgeoise, de la jurade, ne tarda pas à être modifiée; il parut juste que toutes les classes y fussent représentées. En conséquence, il y eut deux jurats pris dans la noblesse, deux dans l'ordre des avocats, deux dans la bourgeoisie; ils étaient nommés pour deux années et renouvelés par moitié chaque année. Leur élection était le résultat d'un vote à deux degrés ; vingt-quatre électeurs nommés prud'hommes les choisissaient. Les fonctions des jurats étaient executives et administratives, sous la présidence du maire; mais, pour la délibération, il leur était adjoiut un conseil électif de trente membres. Une entente si étroite existait, du' temps de la domination anglaise, entre l'administration civile et l'administration religieuse, que les chanoines des chapitres Saint-André et de Saint-Seurin avaient La faculté d'assister aux séances de la jurade, et, par m. iO
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réciprocité, lesjurats avaient séance aux réunions des chapitres. Pour que cette faculté put, départ et d'autre, s'exercer sans entraves, le chapitre de • Saint- André se tenait les mardis et jeudis, et les séances de la jurade les mercredis et samedis. Cet accord se maintint longtemps^ et l'içtérét général y trouvait son avantage.
Des concessions accordées pour gagner la sympathie des habitants, par les monarques français ou anglais qui, tour à tour, étendaient leur sceptre sur Bordeaux, étaient nés, avons-nous déjà dit, l'esprit et le fait des libertés municipales. De cette alternative de gouvernements différents , était né un autre esprit que nous allons caractériser n mécontentement contre le gouvernement existant et irrésistible penchant à trouver préférable le gouvernement qu'on n'avait plus. C'est ainsi que la Guyenne, se plaignant des impôts trop lourds prélevés par le roi d'Angleterre, s'était soulevée , en 1 368 , en appelant le secours du roi de France; c'est ainsi qu'en 1869, le comte d'Armagnac et d'autres seigneurs, en déférant au parlement de Paris le roi d'Angleterre qui n'y comparut pas, avaient donné lieu à l'arrêt du i3 mai 1870 qui prononça la confiscation de la Guyenne au profit du roi de France. Ces oppositions, ces protestations, ces révoltes contré le gouvernement de l'Angleterre, pourraient à
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bon droit passer pour n'être que de patriotiques élans, si nous n'avions à en signaler la contre-partie. Lorsque les victoires du comte de Dunois et de ses braves compagnons eurent placé'la Guyenne sous le sceptre et sous l'épée victorieuse de Charles Vil, ce monarque, poiu' assurer sa conquête d'une manière plus sûre en lui donnant pour garantie la reconnaissance des habitants, outre la confirmation de leurs anciens privilèges, libertés et constitutions municipales, exemption de toutes tailles, subsides extraordinaires et emprunts, leur accorda l'établissement d'un parlement à Bordeaux et celui d'un hôtel des monaies. Mais l'esprit de mécontentement contre le gouvernement établi, l'habitude plus que séculaire d'une union étroite avec l' Angleterre, reprenant le dessus, les Anglais furent secrètement rappelés. Le prélat pieux qui, de simple pâtre, était devenu archevêque de Bordeaux, le célèbre Pey Berland, fut compromis lui-même dans cette entente avec les ennemis de la France. Talbot reparut à la tête des Anglais. Ils rentrèrent dans la ville de Bordeaux par la porte de Cor qui leur fut livrée, et les villes voisines les accueillirent également. Il fallut que Charles VU envoyât en Guyenne une nouvelle armée. Celle-ci joignit l'armée anglaise souS les murs de Castillon, et la défit entièrement; Talbot perdit la vie dans ce combat^
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après lequel ceux des Anglais qui échappèrent au désastre regagnèrent leurs vaisseaux. A la suite de ces événements, un grand nombre d'habitants de Bordeaux s'expatrièrent pour aller s'établir en Angleterre.
Afin de tenir en bride désormais les sympathies anglaises des Bordelais, Charles Vil construisit, Tun sur les bords de la Garonne, l'autre dans un lieu marécageux, sur les bords du ruisseau du Peugue , le château Trompette et celui du Hâ, appelé aussi château du Far. Ces deux citadelles, parleur impopularité, jouiront désormais d'une grande importance dans l'histoire de Bordeaux. Des mesures spéciales de surveillance furent prises en même temps à l'égard des Anglais que des intérêts de commerce appelaient à Bordeaux. Leurs navires devaient attendre dans le bas de la rivière un sauf-conduit pour remonter à Bordeaux; ils étaient obligés de déposer à Blaye leur artillerie et leurs munitions de guerre. Arrivés dans Bordeaux, les Anglais ne pouvaient habiter que le logis qui leur avait été marqué parle fourrier de la ville; il ne leur était permis de circuler dans les rue's que de sept heures du matin à cinq heures du soir; ifs ne pouvaient aller acheter des vins dans le pays de Grave ou autres localités circonvoisines qu'escortés et surveillés par des archers. Une déclaration de Louis XI, en 147^,