CHAPITRE XVIII
Embarras de la cour le lendemain du combat du faubourg Saint- Anloine. — Ordre envoyé au vicomte de Montbas. — Lettre inédite du duc d'Elbeuf. — Popularité dans Paris du prince de Condé. — Sentiments contraires qu'il inspire à la magistrature et à la bourgeoisie. — Le prince de Condé veut surmonter ces répulsions en inspirant la crainte. — Son but dépassé. — Assemblée de l'Hùtel-de-ville du 4 juillet 16o2. — Affreux désordres et massacres. — Refus du prince de Condé d'y mettre un terme. — Courageuse conduite de Mademoiselle de Montpensier. — Les princes convoquent une nouvelle assemblée à l'Hôtel-de-ville. — Le duc d'Orléans proclamé régent et lieutenant-général du royaume. — Le prince de Condé proclamé chef suprême des armées. — Les divers corps de magistrature reconnaissent l'autorité conférée aux princes. — Vote de subsides et de nouvelles levées. — Diverses particularités de levées de troupes faites au nom de Mllc de Montpensier. — Le duc de Beaufort nommé gouverneur de Paris, et le conseiller Broussel prévôt des marchands. — Les princes forment un conseil suprême en imitation du conseil royal.
Le lendemain de la bataille du faubourg Saint- Antoine, une grande stupeur régnait à la cour; l'armée des princes lui avait échappé au moment où, cernée de toutes parts, elle semblait n'avoir plus d'autre alternative que de périr tout entière
ou de mettre bas les armes. Bien plus, Paris s'étant prononcé par une manifestation éclatante, il était à craindre que son retentissement dans les provinces ne donnât à la Fronde des princes une nouvelle vigueur. En outre, les frontières avaient été dégarnies pour former les armées des maréchaux de Turenne et de la Ferté, et nul obstacle n'empêchait l'entrée en France de l'armée espagnole et un retour offensif de celle du duc de Lorraine.
Ces graves préoccupations se trahissent dès le lendemain de la célèbre affaire, par l'ordre envoyé au vicomte de Montbas, chef secondaire, mais dévoué , pour couvrir, avec un petit corps de troupes insignifiant , une foule de points aux approches de Paris, qui pouvaient être menacés, tels que Melun , Corbeil , Lagny, Il devait aussi occuper le pont de Charenton, afin de gêner le libre mouvement de l'armée des princes sur les deux rives de la Seine, et pour l'assurer, par la conséquence contraire, aux troupes du roi. Mais, comme il ne paraissait pas possible qu'il put disposer de plus de soixante hommes pour le garder, il devait le détruire plutôt que de le laisser tomber aux mains ennemies '. Quel que fût son intérêt à rester maîtresse de ces '^divers points , la cour n'y vou-
1 Voy. à Y Appendice la lettre inédite du roi au vicomte de Montbas, en date du 3 juillet J6o2;
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lait pas consacrer de forces pins considérables, parce qu'elle jugeait indispensable de conserver pour sa sûreté le gros de son armée autour d'elle. Cependant, autant par une politique habile que pour plaire à la cour elle-même , les partisans de sa cause s'efforçaient d'envisager la situation sous un favorable aspect. Le duc d'Elbeuf, qu'on avait vu piaffant pour la Fronde , avec ses fils, sur la place Royale, et qui s'était depuis rallié à la cour, qu'il servait avec non moins de zèle dans son gouvernement de Picardie, nous en apporte un témoignage dans la lettre suivante adressée à le ïellier :
« A Roye, ce 4 juillet 1652.
« Monsieur,
« On nous mande de Paris l'avantage que les troupes du roy ont emporté sur selles des princes, comme leur arrière-garde a esté entièrement défaite, et le reste de leurs troupes partie dans Paris , et partie au bois de Vincennes. Je croy qu'elles ne peuvent guères subsister, se qui me fait croire que nous apprendrons bientost que les prinses et leurs partisans seront bientost réduits à la discrétion du roy, et la rébellion étouffée par toute la Franse. Je suis encore dans les mesmes