II
c'estoit à cause du feu de leur infanterie, voulurent s'avancer dans un lieu un peu plus accessible que celui où ils l' avoient postée ; mais ils ne furent pas longtemps sans s'apercevoir du contraire : le premier escadron ayant faict volte face et les ayant chargés si vigoureusement qu'un fort petit nombre évita les premiers mouvemens du courage des nostres qui avoient reçu ordre jusques-là de M. le Comte de ne point charger les ennemis pour mieux persuader aux habitans de Bordeaux le desseing qui l'amenoit à leurs portes. M. de Sauvebœuf et le sieur du Coudray, mareschal de camp, ne contribuèrent pas peu à la vigueur de cette action, s'estant mis à la teste de cet escadron; le dernier y ayant reçu une blessure légère. Il n'y eut aucun de nos officiers généraux, depuis le premier jusques au dernier, qui ne fust exposé au feu dans cette rencontre, et tous les mouvemens de nos troupes ne se firent que par les ordres de nostre incomparable général. Ses gardes qui avoient mis pied à terre commandés par le sieur du May, et ceux de M. le maréchal du Plessis-Praslain, se trouvèrent des premiers à l'escarmouche et n'en sortirent que les derniers, aussi bien que ceux de M. de S'-Luc, lieutenant de Roi dans la province et lieutenant-général de Tarmée, qui fist volontairement le voyage et qui n'abandonna point la personne de M. le Comte.
Les sieurs de Rabat, de Bridoire et plusieurs autres gentilshommes volontaires se signalèrent en cette occasion qui fust accompagnée d'un nouveau bonheur, M. le Comte ayant receu dans son chemin des assurances de la fidélité de la ville de Rions, qui est un
poste à quatre lieues de Bordeaux, l'oit utile au service du Roy, au-dessus de Cadillac.
Mais, comme M. le Comte n'avoit pas prétendu laisser son infanterie les bras croisés pendant que la cavalerie cherchoit la gloire, il avoit ordonné au sieur de Maon, mareschal de camp, d'en employer une partye au siège du chasteau de Casteljaloux, ce qu'il fist et y travailla avec tant de soing que, bien que la situation en soit avantageuse, estant entouré d'un marais qui ne laisse qu'un costé à attaquer, il vint à bout de son desseing deux jours après son arrivée; et la nouvelle en fust apportée à M. le Comte à Monhurs où il estoit allé loger à son retour pour soulager les habitans du Mas d'Agenois qui auroient peu estre incommodés par un plus long séjour. Cependant, comme il avoit formé, il y avoit quelques jours, le desseing de faire un pont sur la Garonne à Marmande, et qu'il avoit envoyé pour cet effect le sieur de Ste-Colombe 1 , mareschal de camp, vers Montauban pour foire descendre des bateaux , il trouva à son arrivée que toutes choses estoient disposées à le dresser, et, ayant laissé ce soing au sieur de Biron, mareschal de camp, commandant en Agenois, et au sieur de Camarsac , commandant dans Marmande, et ayant luimesme de temps en temps pris celui de visiter le pont, fust quatre ou cinq jours après en estât de servir; ce qui obligea M. le Comte de se rendre en cette ville et à faire passer toute sa cavalerie, à la réserve des troupes que commande M. de Sl-Luc, pour la mettre en repos
1 Sainte-Colombe-Marin, vaillant officier, dont nous avons eu occasion de parler plus d'une fois dans le cours de ces Souvenirs*
entre deux mers à couvert de la rivière du Drot, pendant que les pays qui ont esté taxés par les soings de M. de Tracy pour le payement des troupes ayent satisfaict à leurs traités et qu'il se présente quelque occasion de remporter sur les ennemis quelque nouveau advantage.