II
citer la mort de qui que ce fût, mais qu'il seroit d'avis de laisser condamner le comte de Rieux et puis de lui faire grâce. Bien en a pris à ce Lorrain qu'il ait été mené vitement à la Bastille devant que le peuple ait étéadverti, car il eût esté déchiré. Pradine, lieutenant des gardes de Monseigneur, qui l'a conduit, dit au retour que lebourgeois disoit qu'il falloit le mettre en pièces. En sortant du Luxembourg le comte a dit aux gens qui estoient à la porte qu'on l'avoit voulu assassiner, qu'onlemenoiten prison parce qu'il avoit visité M. de Beaufort, et que ce dernier seroit bientôt emprisonné si les bourgeois n'y prenoient garde. Il n'est pas nécessaire de vous faire des commentaires sur ce discours; vous comprenez assez la malice.
Quand j'avois commencé à mettre la main à la plume, il n'estoit que dix heures, mais depuis Son Altesse est arrivée; elle m'a commandé de souper avec elle; il en est deux après minuit : voyez si vous ne m'êtes pas bien obligé de vous faire une si longue lettre. Faites en part à Mme la Princesse et aux personnes que vous sçavez. Vous êtes trop de mes amis pour ne pas vous dire encore ce que l'on a fait au Palais ce matin. Dans la dernière assemblée de l'Hôtel-de-Ville on arrêta de prendre sur les maisons la dernière taxe de Corbie qui montera à huit cent mille livres pour la subsistance et pour les recrues des troupes. Le Parlement, sans s'arrester au premier arrêt qu'il a déjà donné pour lever la taxe sur les boues , pour parfaire les 50 mille escus pour la tète du Mazarin, a ordonné que cette somme seroit prise sur les premiers deniers qui seroient levés en conséquence de la taxe dont on est convenu dansl'Hôtel-de-Ville. On est fort échauffé
contre le vilain. Il l'ait une compagnie dehallebardiers pour raccompagner. Cependant il y a des gens qui sont résolus d'en délivrer le monde. Dieu les bénisse! Je suis fâché de finir ma lettre par une nouvelle qui ne vous affligera pas moins que celle qui est au commencement : M. de Bouillon est à l'extrémité. Langlade, son secrétaire, sort de céans il y a deux heures, qui a dit à Son Altesse ce que je vous mande. 11 est venu quérir le médecin Desfougerests ; il appréhende de ne pas trouver en vie son maître lorsqu'il arrivera a Pon toise. Le maréchal de Tu renne est venu à la cour pour le voir; il n'a pas eu grand chemin à faire, car ses troupes sont près d'ici ;, aussi sont bien celles de Fuensaldagne, qui, avec celles du duc de Lorraine, montent à 24 mille hommes effectifs. Cette armée-là n'est pas loin de La Ferté-Milon. Celle des Princes est retournée à Sl.-Cloud. Le Mazarin, pour empêcher la jonction du duc de Lorraine, et pour obtenir pour lui de traiter avec la cour, a offert à l'archiduc Arras et La Bassée. Je n'en puis plus de sommeil. Bonsoir, mon cher patron, aimez-moi toujours, et mandezmoi des nouvelles de vos cours, et faites bien la mienne, etc .
1 Lettre tirée des Manuscrits de Lenet conservée à la Bibliothèque impériale, tom. VII, p. 156 et suivantes.
4o4 APPENDICE.