IV
que celle des villes murées, parce qu'une assiette escarpée était autrement facile à trouver pour un château que pour une ville, est une cause qui n'a pas été assez remarquée de la puissance longtemps conservée par la féodalité. Un château fort était à une ville fortifiée, ce qu'un chevalier bardé de fer était aux milices du même temps. L'invention de
la poudre à canon vint modifier ces conditions; elle le fît toutefois avec plus de lenteur pour l'attaque des places fortes que pour la lutte des armées en rase campagne; mais à mesure des progrès de rarlillerie et des autres moyens d'attaque, la hauteur des murailles devint, au lieu d'une force, une faiblesse, les trouées du canon ou les mines souterraines pouvaient d'autant mieux renverser des murailles sapées par leur base, qu'elles étaient plus élevées ; leur hauteur et leur poids facilitaient leur chute. On fui donc amejié, pour paralyser les effets de l'artillerie, à ces fortifications modernes qui se dissimulent derrière les glacis.
Sully qui avait réuni et réunissait encore les dignités, les grad(5s et les genres de mérite les plus divers, surintendant des tînances et grand voyer du royaume, grand maître de l'artillerie et mai*échal de France, économiste et financier aussi habile que guerrier brave et expérimenté, avait lui-même fait faire des progrès notables à l'art de l'artillerie jusqu'à lui dans l'enfance; aussi sous la force appa-
rente de Montrond, reconnaissant sa faiblesse, il enveloppa le château d'une nouvelle enceinte bastionnée, et il en fit ainsi une place qui passait pour Tune des plus fortes de France. Dans cet asile, le ministre d'Henri le Grand pouvait se livrer au repos, et quitter au besoin la plume de Técrivain ou la charrue de l'agronome, pour appuyer en vieux gentilhomme la main avec confiance sur la garde de son épée. Cette entreprise que la force n'eût pas osé tenter, la dépossession du seigneur, un abus d'influence réussit à l'accomplir : nous avons dit comment Sully fut amené malgi^ lui à vendre Montrond au prince de Condé, père du grand Condé *.
Ce prince, gouverneur de la province de Berry, voulut aussi, mais plus injustement que Sully, se donner des garanties contre la cour. Devenu possesseur de Montrond, il chargea un ingénieur du nom de Sarrasin ^ de continuer et de perfectionner l'œuvre de Sully, en rendant cette citadelle plus formidable encore. Nous avons dit ailleurs comment une partie de la première enfance du grand Condé s'y écoula dans les travaux de l'esprit et dans les exercices du corps ; ensuite nous y avons retrouvé ce prince avec son frère de Conti, la duchesse de Longueville et la princesse de Condé
* Voy. tom. 1", p. 00.
• Voy. les Mémoires de Lenet.
réunis pour arrêter les nouveaux plans de la Fronde, avant de se rendre dans la Guyenne*; et laissant au départ le gouvernement de la place à François de Vaudetar, marquis de Persan.
Montrond, qui touchait à sa ruine, était alors au comble de sa splendeur ; ce n'était pas seulement un château fort, c'était encore une splendide résidence digne du riche possesseur du brillant château dé Chantilly. Sa première enceinte enveloppait un espace d'une lieue de tour qui renfermait au niveau de la plaine des vergers, des jardins, des bosquets, des bassins, des canaux, des fontaines alimentées par la petite rivière du Chignon. Une rampe monumentale construite par Sully, d'une grande largeur et accessible aux voitures, grâce au développement qui en adoucissait la pente, contournant les flancs du roclier, conduisait de la première enceinte à la seconde. Celle-ci était occupée
en partie par une vaste cour et par un jardin dont les allées étaient ombragées par des charmilles; aux angles de cette enceinte s'élevaient des tours; contre Tune d'elles, haute de cinquante pieds, était adossée la chapelle. A l'intérieur étaient peints en pied les douze apôtres; au-dessus du tabernacle un tableau représentait, dans le jardin des Oliviers, Jésus-Christ auquel un ange pré-
^ Voy. lom. l«', p. 'ISl et suivantes.
sentait un calice. Sur celte même cour s'élevait le château proprement dit consacré à Thabitation, formant un parallélogramme de soixante-dix pieds sur quarante, encadré par deux pavillons d'inégale grandeur. Au rez-de-chaussée, étaient les cuisines, les boulangeries, les offices; au premier étage, de vastes et somptueux appartements décorés de peintures, de bas-reliefs et de statues.
AT un des angles de cette seconde enceinte se dressait le réduit du château, la grosse tour, construite en pierres de taille, de quarante pieds de diamètre, haute de cent vingt pieds. Ses murailles avaient neuf pieds d'épaisseur; sa plate-forme crénelée était surmontée d'une colonne de douze pieds de haut, surmontée elle-même d'une statue de Mercure.
L'une et l'autre enceinte renfermaient des logements pour les gens de guerre, des celliers, des granges, des .écuries, des étables. De vastes souterrains permettaient de conduire les animaux à l'abreuvoir sur les bords du Cher *.
Dès le commencement du mois d'octobre i651, Philippe, comte de Palluau, connu plus tard sous le nom de maréchal de Clérembault, alors revêtu de la charge de mestre de camp de la cavalerie légère,
* Nous Avons emprunté la majeure partie de ces détaUs à un manuscrit de Jean-Thomas Hérault, curé de Saint-Bonnet-le- Déserl, publié par M. Chevalier de Saint-Amand, Bourges, 1845.
vint avec des troupes former le siège de Montrond. Le parti des princes ne fit aucune tentative sérieuse pour défendre contre le parti royal la ville de Saint- Âmand; il lui eût fallu des forces beaucoup plus considérables que celles dont il disposait sur ce point. Dans la nuit du 16 octobre, le comte de Palluau dirigea contre la ville une vive attaque et il s'en empara après avoir éprouvé une courte résistance. Il établit son quartier général dans la ville même abandonnée par la plupart de ses habitants. Ceux-ci avaient fui emportant leurs meubles les plus précieux ; un certain nombre s*étaient réfugiés dans le château de Montrond. En prévision d'un long siège, la garnison du château avait fait des réquisitions de denrées au loin dans la campagne. Ces réquisitions ne laissent pas d'être une page lamentable de rhisloire de nos guerres civiles; car il serait difficile de distinguer la nuance qui les sépare des exactions. Les spoliations qui s'accomplirent furent un des remords qui plus lard tourmentèrent le prince de Conli, alors qu'il avait adopté les pratiques de la plus haute piété; il voulut les apaiser par la réparation et ordonna des restitutions à ceux qui avaient le plus souffert des événements dont il avait été Fun des principaux instigateurs. C'est ainsi qu'il ordonna dans son testament daté de 1664, que rêparation fût fiiite à un marchand de Toulouse du nom de Rougieri qui, malencontreusement de pas-
sage SOUS les murs de Montrond, avait été dépouillé de cinq cents écus.
Un des partisans du prince de Condé qui fut puni de ses manières d*agir par une fâcheuse aventure et par d'émouvantes perplexités, fut Gui de Léans, sieur de Zéreaux, dit Deshéraut, officier de la maison de ce prince. Il avait levé une compagnie dans le Berry pour soutenir la guerre civile et commettait avec elle de nombreux dégâts, tels que grains enlevés et bâtiments ruinés. Un soldat de sa compagnie qu'il avait mécontenté, déserta pour s'enrôler dans Tarmée royale, et se croyant alors tout permis pour se venger de son capilaine, il guetta sa femme au passage et après Tavoir volée et lui avoir fait subir les derniers outrages, il lui cassa une côte. Deshéraut courut h cheval à la poursuite du soldat^ il le saisit, renferma dans sa maison, où, ayant assemblé quelques amis, il le condamna à mort. Après lui avoir donné un confesseur, il le pendit à un arbre. Lors de la réaction provoquée en 1 665 par Louis XIV pour poursuivre des faits punissables, et surtout pour abattre les derniers vestiges de la puissance féodale. Deshéraut fut poursuivi pour ses méfaits de 1652. Il fut arrêtent Tinstruction fut commencée au parlement de Paris ; mais la cour des Grands Jours que le roi avait envoyée tenir ses terribles assises h Clermont, en Auvergne, évoqua Taffaire. Deshéraut, assisté de sa femme, seretran-
cha pour ne pas répondre sur ce que les pièces justificatives étaient restées au greffe du parlement de Paris ; mais les Grands Jours avaient un président, M. de Novion, et un avocat général, M. Talon, qui ne demandaient que condamnations et exécutions, et qui firent rendre un arrêt par lequel il fut décidé qu'on lui ferait son procès comme à un muet volontaire. Le motif le plus réel des poursuites entreprises contre Deshéraut était, paraît-il, l'acquisition qu'il avait faite d'une terre fort enviée et qui lui avait créé de puissants ennemis. Sa situation semblait des plus compromises ; car on lui reprochait moins la mort du soldat, s'il l'avait tué sur-le-champ, que l'irrégularité de la procédure; on rappelait en même temps ses déprédations ou d'autres violences commises pendant la guerre de la Fronde, bien qu'il fût couvert par l'amnistie accordée lors de la pacification générale. Huit voix opinèrent pour la mort, sept voix pour le renvoi de l'affaire au parlement de Paris; la majorité pour la condamnation n'étant pas suffisante, le renvoi au parlement de Paris fut prononcé *•
* Voy. les Mémoires de Fléchier sur les Grands Jours d'Auvergne (Hachette, édit. 1856). L'auteur parle de l'empressement de Talon, dus son arrivée, pour s'assurer si les prisons étaient assez spacieuses pour contenir tous les accusés qu'il comptait bien y faire renfermer. M. Sainle-Beuve, dans la préface dont il a fait précéder cette édition, ne manque pas de faire ressortir la pointe d'iniquité de ^. de Novion, préoe-
L'arrivée des troupes royales força la garnison de Montrond à cesser ses excursions au dehors; aussi les soldats du comlede Palluau furentde prime abord accueillis dans les campagnes environnantes comme des libérateurs. Ce général, afin de ne pas être inquiété pendant les opérations du siège, laissa devant la place des forces suffisantes pour la surveiller, et entreprit de soumettre tous les châteaux d'alentour qui tenaient pour le parti des princes. Il força le Ghâtelet, bravement défendu par M. de Bar, à se rendre après cinq jours de siège. Culan, Château-Meillant, Préveranges se rendirent aussi après une héroïque résistance ; Poysieux et Pille- Voisin capitulèrent à la première sommation. Au bout de peu de temps toutes les contrées environnantes étaient soumises à Tautorité royale ; mais leurs malheureux habitants ne tardèrent pas à apprendre que loin de trouver des libérateurs*, ils n'avaient fait que changer de spoliateurs. L'indisci-
cupé surtout du soin de faire sa cour au monarque et conduisant de front les fêtes où il dansait avec ses deux filles et les exécutions sanglantes. Il est curieux de constater dans cette œuvre de Fléchier à quel point ces Grands Jours avaient excité chez les paysans d'Auvergne les espérances, les prétentions et les convoitises les plus désordonnées. La monarchie, pour se rendre populaire en punissant avec fracas quelques abus ou quelques crimes qu'elle pouvait réprimer avec moins d'éclat, travaillait avec une inconscience inouïe à l'œuvre de la révolution et de sa propre ruine chez le peuple le plus conservateur de la terre, si l'autorité était toujours conservatrice.
pline des troupes royales que nous avons eue à signaler en tant de lieux différents n'était pas moindre en Berry qu'en Poitou, ou dans Tlle-de- France; dans la région dont nous nous occupons, la tradition en a conservé dans les campagnes de douloureux souvenirs. Les paysans se réunissaient, quand ils osaient, pour résister aux pillards; et malheur alors aux soldats du comte de Palluau qui s'aventuraient isolés ou en trop petit nombre. Parfois l'audace des paysans armés de fourches ou de simples bâtons, se précipitant sur les arquebuses rendues impuissantes par la soudaineté de l'attaque, était telle qu'il en est resté cette légende racontée de nos jours encore au village de Touchay : parmi les paysans, il y avait des charmeurs qui rendaient la poudre sans force et les arquebuses sans effet ; alors les soldats étaient impitoyablement massacrés. Les paysans d'Ineuil racontent aux veillées que leurs ancêtres précipitaient dans le vaste étang de Villiers qui baigne le village, les cadavres des soldats qu'ils avaient tués, et que longtemps après on trouvait des fragments d'ossements humains dans lo corjjs de brochets monstrueux. Auxonvirous de Lignières, un gentilhomme nommé Déletang eut, à la tête d'une troupe de paysans, un engagement sanglant contre un détachement des troupes royales, et les chiens des fermes voisines étaient accourus en si grand nombre pour dévorer
les cadavres des deux partis que le théâtre de l'événement vit son nom de la Chaume- Parcy changé en celui de laChaume-des-Chiens.
Le comte de Palluau avait établi son camp dans la plaine sous Montrond en un lieu appelé la Noirie, à cause du grand nombre des noyers dont il était planté; mais Thiver et Tinsuffisance des moyens dont il disposait, Tempêchèrent, pendant le cours de plusieurs mois, de faire dans ses attaques de bien sensibles progrès. Il tenait plutôt la place en élat de blocus qu'il ne l'assiégeait de vive force. Une lettre de l'intendant Le Tellier adressée au ministre Le Tellier conservée aux archives du ministère de la guerre, nous apprend qu'au bout de sept mois, c'est-à-dire le 1*' mai 1632, la ciroonvallation de Montrond ne faisait que s'achever, et que seulement alors on considérait les opérations du siège comme sérieusement commencées.
Nous avons lieu de croire que cet homonyme du ministre était Charles Le Tellier, maître des comptes, son frère cadet, remplissant les fonctions d'intendant auprès du corps d'armée du comie de Palluau. Sa lettre datée de Bourges le 1^' mai 1652, débute par un compte rendu des rentrées de finances difficilement opérées en Berry, puis il aborde divers détails assez intéressants pour que nous donnions en entier cette partie de sa missive :
(« ... Ils (les receveurs des tailles de Château roux.
du Blanc et de la Chastre) demandent un arrest du Conseil, comme aussy un pour commettre M. Le Large en la place du sieur Foucauld, ci-devant intendant de M. le prince et gendre du sieur Granchamp, dont la femme a esté gouvernante des princes de Gondé, Gonti, et de madame la duchesse de Longueville, et de M. Ranot, bon guerroyeur, mais très meschant financier, qui ont mis dans le recouvrement des années dernières 'Une si grande confusion que je ne voudrois pas en six mois de temps entreprendre d*y voir clair et les remettre dans Tordre. Dieu merci ma mission a un autre sujet. Si l'argent que promet M. Vallancay * en ce pays, estoit aussi comptant que ses sollicitations, par l'entremise d'un nommé La Solaye, près les gentilshommes de cette province, il y auroit déjà trois-cents chevaux sur pied pour le secours de Montrond, et en attendant que cet argent vienne de Paris, il tient cette noblesse en alesne. « On achève la circonvallation de Montrond et on commence à se réjouir en cette province que c'est tout de bon que l'on assiège cette place. Je laisse à M. de Palluau à vous rendre un compte
^ Évidemment, Dominique d'Estampes, marquis de Valençay, député de la noblesse du Berry à Rassemblée d'États -généraux qui devait se réunir à Paris, en 1649, et qui mourut en 1691, Agé de 06 ans. 11 élait neveu du bailly de Valençay, ambassadeur à Rome, dont il a été question à Toccasion de la promotion du coadjutcur de Paris au cardinalat.
plus particulier, ne voulant pas entreprendre sur sa charge. Le sieur de Montaut ^ coucha la nuit du 29 au 30 d'avril en celte ville où il a donné force lettres. Lui et le sieur Lévi* sont allés vers Chasteauroux chez le sieur de Lage, beau-frère du sieur de Sarzay ^ qui commande le régiment de Condé, qui y est arrivé depuis huit jours. Quand j'ay parlé icy à quelques eschevins qu'ils dévoient avoir arresté ledit sieur Montant, cy-devant gouverneur de Montrond, ils m'ont dit qu'ils n'a- \oient aucun ordre et qu'ils avoient souvent escrit à la Cour; mais qu'on ne leur faisoit point de réponse. La créance que j'ay que vous aurés agréable la liberté que j'ay prise de vous entretenir de tout ce que dessus, me fait vous l'écrire et me dire,
« Monsieur,
« Vostre très-humble et trèsobéissant serviteu r, « Letellier *. »
* Probablement Philippe de Montaut, baron de Benac, sénéchal et gouverneur de Bigorre, créé duc de Lavedan en \ 650, mort en 1654. Les lettres patentes de l'érection de son duchépairie ne furent point enregistrées.
^ Le marquis de Lévi, celui que nous avons vu accompagner le prince de Condé, dans son aventureux voyage, en quittant la Guyenne.
• Voy. sur le marquis de Sarsay, tom. 1", p. 457.
^ Lettre inéditey àaiée du l«'mai 16^2, Archives du Ministère de la guerre, vol. 133.
Comme nous parcourons le dix-septième siècle non-seulement en historien des faits, mais encore en observateur du mouvement social, le style môme de la lettre de Tintendant Le Tellier mérite bien que nous nous y arrêtions : avec quel sansfaçon il parle des sieurs de Montant et de Sarsay, des sieurs Valençay et Lévi ; les formes du langage sont un signe du temps, elles ont leur importance; quand elles sont polies ou respectueuses, elles indiquent un état social qui tend à Télévation et à la grandeur ; quand elles sont communes et impolies, elles indiquent un état social qui tend par le nivellement à rabaissement et à la décadence. L'appellation de citoyen est venue marquer par un mot toute une phase historique. Ces formes choquantes de langage ne s'employaient guère que de supérieur à inférieur ; sous la plume d'un intendant et d'un commissaire des comptes en mission, elles font voir le flot de la bourgeoisie qui monte. La royauté qui voulait se placer si haut que tout individu parût petit au-dessous d'elle, avait pris pour habitude de Chancellerie dans ses lettres-patentes et pièces officielles d'appliquer la dénomination modeste de sieur à tous ses sujets, quel que fût leur rang; par suite les parlements et tous les tribunaux qui rendent la justice au nom du roi firent de même ; ainsi Tautorité elle-^même devint le levier de la démocratie dont le
triomphe devait emporter la vieille monarchie. Toulefois dans le style épistolaire qui comporte d'autres formes, l'intendant Le Tellier le prend de bien haut avec de fort grands seigneurs ; pour quelques-uns même, il retranche la particule . Ainsi l'on marchait au développement du système qui devait humilier tous les fronts non-seulement devant le souverain, mais encore devant ceux qui le représentent à un degré quelconque. Ce style se ressent de cet esprit bourgeois qui veut abaisser moins par principe, que par jalousie ; car il veut monter lui-même à ce rang et à ces titres qu'il envie. Ces travailleurs au profit du nivellement, qui flattaient et servaient le penchant de la royauté afin d'obtenir les emplois et les faveurs, n'étaient point guidés par d'autre mobile : le sieur Le Tellier comptera bientôt dans sa famille des marquis de Barbézieux, de Louvois, Courtenvaux, de Souvré, deMontmirail, un comte deGisors, etc.
Charles Le Tellier s'abstient par procédé pour le comte de Palluau d'entrer dans le détail des faits militaires, bons rapports qui devaient peu durer. Quatre jours plus lard, le général des troupes royales écrivit au ministre la lettre annoncée par l'intendant :
V Â Saint-Amandy ce 4 May 1652.
t( Monsieur,
« Ne pouvant plus avoir de vos nouvelles sans envoyer exprès en apprendre, j'envoye M. le chevalier de Nantouillet* pour scavoir Testât des affaires générales, et pour vous faire scavoir celuy de ce pays. Je fais travailler autant qu*il m'est possible, tant dans le Nivernois que dans le Berry, aux outils et boulets nécessaires pour Tattaque de Montrond. Combien que cela n'aille pas si viste que je voudrais, j'ay peur que cela soit encore plustost en estât que la poudre que j'espérois qui viendroit du costé de Lyon. Je laisse le sieur de Louât auprès de Son Eminence pour ce sujet, lequel on m'a dit estre encor à la Cour ; si cela est, il faudra se donner la patience que les sommes qui ont esté imposées sur les villes, tant du Bourbonnois que du Berry, soient levées pour achepter de la poudre, et payer les marchés que j'ay faits des autres munitions ; cela sera tellement long que je consommeray le fonds de mon pain devant que j'aye de quoy faire mes attaques. Je vois assez de seureté pour le recouvrement des fonds dont M. Le Tellier a traité ; mais comme l'argent no
^ De la maison de Pral.
doit venir que de terme entérine, je ne m*en seaurois servir pour les achapts des munitions de guerre sans lesquelles on ne scauroit attaquer une place de force. Si la commodité des affaires avoit peu permettre à Son Eminence défaire faire les avances de poudre et autres munitions, comme elle en avoit le dessein, nos affaires eussent esté promptement en bon estât, et il y eust eu avec peu de temps grande seureté pour le recouvrement de cette avance. Je vous prie de me mander ce que je dois espérer sur tout cela, afin que je prenne mes mesures.
« Je fais toujours travailler à la circonvallation ; j'espère que dans trois jours elle sera en Testât que je la veux mettre.
(( La désertion de la place continue toujours. Le reste du régiment de Mercœur est arrivé en ce lieu sans armes ; les officiers se mettent en devoir de l'armer. Je nescaurois vous dire de quel nombre il est, que je ne l'aye veu sous les armes. Les officiers assurent qu'ils ont quatre cents hommes, sans comprendre ce qui est à Agen. Pour celuy de Roannés, les officiers sont venus à l'ordre, il y a six jours ; du depuis je n'en ay pas ouï parler. Gela vous fait clairement voir qu'il faut des commissaires pour faire marcher les régimens, autrement ils n'arrivent jamais aux lieux où on en a besoin, les officiers s' amusant à courre toutes les provinces pour en ti-