‹ Souvenirs du règne de Louis XIV (volume 2)Chapitre 44 sur 69 · IV · texte numérisé non relu

IV

d*un coup d*œil plus sûr les occasioDS où il lui était loisible de remplir personnellement et avec zèle les devoirs de sa charge de gouverneur de la province du Limousin, il ne pouvait en reucontrer une meilleure : par un acte de haute administration qui demandait l'énergie morale bien plus que l'emploi de la force matérielle, il eût attaché son nom à Taccomplissement d'une mesure habile, et la réussite eût avancé d'une année peut-être la fin de la guerre civile. Celte mission à accomplir ne présentait rien d'anormal avec le caractère dont il était revêtu ; mais il ne paraît pas qu'il y ait apporté plus de zèle que n'en mit le conseiller du Burg ; et, faute d'exécuteurs, la volonté royale resta inexécutée.

L'archevêque de Bourges se réservait sans doute pour des occasions dont il se promettait plus d'éclat, par exemple en répondant en personne à l'appel des habitants d'Uzerche. Après avoir donné des ordres pour la convocation du ban et de l'arrière-ban de la noblesse du Limousin, le prélat se mit en marche avec les quelques troupes régulières formées du régiment de Grancey dont il pouvait disposer.

Le 18 juillet 1632, les habitants de la ville d'Uzerche virent paraître, se déroulant sur la pente du faubourg Sainte-Eulalie, les méandres d'une colonne dont les armes scintillaient aux chauds rayons d'un soleil couchant; d'un air guerrier, l'archevêque lui-même s'avançait à leur tête. Les

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habitants étaient plongés depuis la sommation du seigneur de Bonneval dans une cruelle perplexité. Ils n'y avaient fait aucune réponse, et comme leur argent n'était pas sorti de leurs coffies, ils frémissaient en songeant à la menace de l'apparition de ce terrible colonel Balthazar, le récent vainqueur du marquis de Montausier, dont le nom seul inspirait un tel effroi, que nous avons vu un féroce aventurier tuant et pillant pour son propre compte, surnommé par la peur le petit Balthazar^. On peut s'imaginer facilement avec quelle reconnaissance les habitants accueillirent la venue de l'archevêque ; descendantenf ouleà sa rencontre, ilsTacclamërent comme un libérateur.

Uzerche sans doute avait vu des entrées plus solennelles, particulièrement aux époques où elle avait reçu dans ses murs le pape Urbain II, les monarques Richard Cœur-de-Lion et Louis XI ; mais jamais peut-être cette ville ne s'était livrée à plus d'entraînement *. Nous pouvons croire que les ha-

« Voy. tome 3, chap. 26.

' Pour reti*ouver dans son histoire des jours aussi animés , il faut descendre à une époque toute moderne , mais d'un tout autre aspect, puisque ces manifestations portent Temprcinte de l'afTaiblissement des caractères chez les gouvernants el les gouvernés. Cette observation est loin de s'adresser à la seule ville d'Uzerche, puisque cette décadence a fait le succ(^s des candidatures officielles qui, en appelant généralement à h représentation du pays de faux conservateurs ou des complai' sants, a conduit la France aux catastrophes par le défaut mOme

bitants, qui avaient rarement passé d'aussi cruelles nuits que celles qui avaient suivi la letu^e du 7 juillet, s'endormirent ce soir-là pleins de quiétude sous la double protection, en une seule personne, de leur gouverneur et de leur archevêque métropolitain.

Le fougueux prélat, après n'avoir donné au repos

du contrôle indépendant des hommes intéressés au premier cher ^ sou salut. Or, a l'époque où nous m(^nc la pente des rapproclicmcnls, un ministre des travauv publics, conduisant à sa suilo un candidat oHiciel à la dépu talion, a fait aussi dans la villo d'I'zorcliosa soIimhk'Uc cnlrée. La vieille cité ayant pordu sa prospérité d'aiilrcfois q\w ses constructions jadis élégantei et firros, mais si délahiées aujourd'hui, attestent tristement, demandait aux pro^Trs do l'in^lustrio mr)dern(«, à un traié de clicmin de fer en un mot, utio source nouvelle de jeunesse, afin de renaître :\ la vie. I.c ministre même dispensateur de la fécondité venait en personne portant à quatre mniii* avec son candidat, escortés du préfet, la corne d'abondance d*oii s'échappait en espérance les plus précieux trésors: ils disaient : Voiex bien et vous ohliendre/. Los populations des campagnei, elles aussi, élaienl accourues pour se confondre dans un mOme eniralneniont a\oc la population de la ville : le candidat du minislrc portait un nom a^^socié aux pronostics du temps par un illustre homonyme, et la connoissaiicc du temps est si précieuse à l'ugricullure. Tout concourait donc à embellir un si beau jour: los illusions de l'espuirsont si douces; illusioDSi hélas ! on eut le vote et Ton no donna rien. Quelque historien peut iHrcracconlora plus tard ces décopiions et dira quel était le serpent caché sous ces Meurs I L'autour de ces Souvenirs élùi absent du canton d'I'zorchr. lorsqu'eurent lieu ces manifestations et l'éloctioti qui les suivit. Deux années après, îls'efforca vainement de défendre les droits méconnus de la ville d'Usercbe; e.t ii cetio occasion fut prise la délibération du (Conseil municipal mentionnée dans une note précédente.

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que le temps strictement nécessaire, prit ses dispositions pour aller attaquer le repaire redouté du seigneur de Bonneval, le château de Blanche Fort. Tout allait à sa particulière satisfaction, quand il se rencontra un esprit chagrin qui trouva à redire à la vocation militaire de Tarchevêque de Bourges. Cet esprit malin faisait son séjour dans le corps du marquis de Pompadour qui adressa au ministre Le Tellier la lettre suivante :

« A Pompadour en Lymouzin, le 19 juillet 1652.

a Monsieur,

oM'estant rendu céans le 12 du courant pour y faire ma charge ensuite du commandement du Roy que monsieur l'archevêque de Bourges m'en avoit envoyé le 8, j'envoyai à Tinstant un gentilhomme devers luy en donner advis et pour apprendre Testât auquel il laissoit les affaires qui depuis quelque temps avoient pris un assez fâcheux cours par les mauvays déportements de monsieuir de Bonneval. Mays m'ayant mandé qu'il vouloit avant son départ réduire cet homme à l'o^ béissance par la force de Temploy qu'il a fait de la noblesse des communes qu'il veut commander, j'ay creu qu'outre que l'indépendance de nos charges et la différence de nos professions ne me

pourroyeni permettre d'y servir avec luy^ainsy que je remoutreray ci Monseigneur le cardinal et à vous, Monsieur, cest hyver à Poictiers, j'y seroys encore inutile, veu Tapparence qu'il y a qu'il peult bien seul terminer cette affaire; et partant, je aie dispose à m'en retourner à Rochechouart pour rêve* nir aussy tost qu'il sera party, dont je vous supplie, Monsieur, do me faire la faveur d'informer Leurs Majeslez et d*y ajouter la protestation inviolable de mes fidelles obéissances à leur service. La générosité dont il vous a toujours pieu m'obliger me fait encore espérer cette grâce que vous me croyez tel que je suis avec passion,

(( Monsieur,

(( Vostre très-humble et trèsaffectionné serviteur,

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