‹ Souvenirs du règne de Louis XIV (volume 2)Chapitre 45 sur 69 · POMPADOUR · texte numérisé non relu

POMPADOUR

Jean, marquis de Pompadour^ baron de Treignac, lieutenant général des armées du roi et de la province de haut et bas Limousin , était d'une

^ l.cttre îné'Hke, Archives du ministère de la gyerre^ toI. 131, * Le marquis de Pompadour fui nommé chevalier du Saiat- Esprit, en IH6I ; il mourut en 1684. Son fils, Jean, inu de ton mariago avec Mari *, vicomtesse de Rochechouart, mourut laoi postérité : les deux sœurs de Jeun, Marie et Marie-Françoifle, épousèrent, Tune François, marquis d* Épi na y -Saint -Luc, 1 autre, Krançois-Marie, marquis de Hautefort (voy. HUloiTt $4* nialoyipte du F, Anselme).

maison non moins illustre que celle de Tarchevèque de Bourges, plus considérable peut-être si Ton remonte aux premières origines. Les chaînes de gouverneur et de lieutenant général du Limousin avaient été également presque héréditaires dans sa famille : son aïeul, Geoffroy, seigneur de Pompadour, vicomte de Comborn, baron de Treiguac, etc., avait été nommé par Charles IX gouverneur de celte province ; son père, Léonard-Philibert, vicomte de Pompadour, en avait été lieutanant général. Le marquis de Pompadour, homme de guerre, trouvait, malséant de servir sous un homme d'église. Sa résistance sous ce rapport était mieux fondée que sous celui de Tiudépendance des charges qu'il allègue, car les lieutenants généraux des provinces étaient bien réellement les subordonnés des gouverneurs et leurs suppléants en leur absence. Quand Louis XIV eut acquis Tapogée de sa puissance , la grande autorité des gouverneurs de province lui faisant ombrage, il rendit leurs charges simplement honorifiques en les retenant à la cour , et les lieutenants généraux remplirent leurs fonctions; i^'est ainsi que plus tard le comte de Grignan, gendre de la marquise de Sévigné, lieutenant général en Provence, fut investi en réalité de toutes les fonctions de gouverneur. Quoi qu'il en soit des raisons bonnes ou mauvaises du marquis de Pompadour, il ne s'en éloigna

pas moins, en murmurant sans doute quelque propos semblable à celui du premier duc d'Ei>ernon, lequel, outré de voir le cardinal de la Valette, son propre fils, et le cardinal de Richelieu commander les armées, reçut un jour, un bréviaire h la main, un envoyé du tout-puissant ministre, en lui disant dans son vieux langage : «Il faut bien que nous fassions l'office des capellans , puisqu'ils font le nôtre ^. » Ce marquis de Pompadour qui portait haut la susceptibilité de l'honneur des armes, était un véritable homme de guerre. Il eut occasion. Tannée suivante, de donner la mesure de sa valeur et de sa capacité militaires ; il fut le vengeur des défaites du marquis de Montausier et de bien d^autres, en battant à plate couture à Saint- Robert, dans le comté dWyen, le terrible colonel Baltha/ar.

L'archev^({ue de Bourges, avec une secrète satisfaction, put, en raison du refus de concours du marquis du Pompadour, continuer à lui seul ses préparatifs de guerre. 11 n'avait pas négligé le soin capital pour assurer un succès, de s*entourer de forces supérieures; il lui manquait, il est vrai, deux pièces de canon inutilement demandées à Limoges, mais il avait cinq mille hommes sous ses ordres, tandis que le chAteau de Blanchefort, de-

» Voy. VUistoire généalogique du P. Anselme, art. dTÉpernam.

'poarvu d'artillerie, n'était défendu que par une garnison de cinquante hommes.

L'archevêque rend compte à Le Tellier de ses dispositions militaires, sans négliger de rioTormer . de certaines particularités relatives au seigneur châtelain :

a Monsieur,

a Je vous ay escrit, il y a huict jours, par Tordinaire, les mauvais desseins de M. de Bonneval

• et les soins que je prenois pour m'y opposer. Ils -m ont obligé d'assembler les forces de mon gou-

veroement pour aller contre luy, en^orte qu'ayant beaucoup de trouppes, tant de la noblesse que des villes et communes du Bas-Limousin, je suis 'd'hier en ce lieu d'Uzarche.

« J'ay fait loger ces trouppes au nombre d'environ cinq mil hommes le plus près que j'ay pu

• du chasteau de Blanchefort appartenant audit sieur

• de Bonneval qui est à une bonne lieue d'Uzarche, allant à Tulle S dans lequel il y a une garnison de cinquante hommes qui empesche le commerce

• des dites villes et mesme le passage du grand chemin d'Uzarche à Brive ; cette garnison y faisant

^ La route d'Uzerchc à Tulle passait alors par Blanchefort et ta Graulière ; ce tracé est indiqué sur la carte de France de -Cassini ; la route ne suit plus aujourd'hui la même direction.

paraillement des courses vers le poste du Bariolet qui est de la dite terre de Blanchefort.

<i C'est ce qui m'oblige à commancer par un attachement à prendre ce chasteau, à tesmoigner audit sieur de Bonneval Testât où je me suis mis d'empescher ses entreprises contre le service du Roy et la tranquillité de cette province.

« Présentement je viens de donner rendez- vous à touttes les dites trouppes au bourg de la Graulière, près ce chasteau, et vays y passer la nuict pour le faire attaquer ; je vous escriray par un courrier exprès le succès que j'en auray eu.

« Je croyais recevoir à Uzarche deux canons que j'ay demandez à la ville de Limoges ; mais ne s'estantpas trouvés pretz ; je me sers de l'occasion que j'ay assez de forces pour l'attaque de ce chasteau dont la garnison incommode extrêmement ces

trois villes d'Uzarche, Brives, et Tulle, et tout le voisinage, et aussy pour ne laisser pas ce poste derrière moy, oix il pourroit s'assembler plus de monde pour surprendre quelqu'une des dites villes, lorque jeseray du costé de Bonneval :

«J'ay dépesché à Limoges, afin que les trouppes que je croy assemblées en ces quartiers là m'y attendent avec ces deux canons.

« Le dit sieur de Bonneval fait tousses efforts pour avoir du secours de Périgord. J'ay prié M. le comte d'Arcour et aussy MM. de Monlauzier et de Folle-

ville qui ont des trouppes, et eDCore M. du Goudray-MoDpensier qui en a pareillement vers le Rouergue, de faire suivre les trouppes ennemies qui voudraient venir en Limosin pour les enfermer en y arrivant, ce qui est cause principalement que j*ay assemblé le plus de monde que j*ay pu pour garantir la province autant qu'il est possible du dommage qu'elle receuvroit si les ennemis y avoienl entrée comme le sieur de Bonneval s'est proposé les y pouvoir mettre. Je vous prie que si le Roy leur en escrit, et vous aussy, Monsieur, qu'ilz ayent àm'assîster de quelques unes des dites trouppes, en cas de besoin, lors que je les prieray de m'en bailler et non autrement, et me faire avoir les dépesches que je leur feray tenir s'il est nécessaire.

« J'apprendz que la dame de Bonneval se dispose lorsque son mary se verra hors d'aparence de secours par les trouppes de Balthazar, à s'aller jeter aux piedz de la Royne pour obtenir gi'âce, et demander la confiscation des biens dudit sieur de Bonneval. On dit qu'elle a mesme tesmoigné qu'elle ne seroit faschée de celte confiscation, la pouvant obtenir comme elle le croyt, pour frustrer ainsy les enfants du premier lict des biens de leur père ; l'aisné desquelz elle a desjà fait sortir de la maison qui ne participe point aux mauvaises actions dudit sieur de Bonneval ; ce qui m'oblige à vous représenter les mauvaises conduites de ladite dame

qui conseille fort le dit sieur de Bonneval, et h vous prier d'en informer Leurs Majestez qui en useront comme il leur plaira.

« Ce n'est pas d'aujourd'huy que ce chasteau de Blanchefort donne de la payne. Il aisl un lieu de retraitle en tous les remumentz ; et on y est allé jusques à trois fois ; celle-cy est la quatriesme fois. M. le maréchal de Schomberg l'a fait prendre du temps qu'il commandoit en cette province.

« J'ay près de moy M. du Verdier, conseiller au parlement de Bordeaux, fort zellé au service de Sa Majesté, et M. Blondeau, trésorier de France, que sa compagnie y a députté pour pourvoir au pain de munition, aux poudres, plomb et mescheet autres choses qui sont nécessaires, à quoy nous apporterons tout le mesnage qui se peut désirer.

« II vous plaira. Monsieur, nous envoyer les ordres nécessaires pour valider le tout; j'en ai prié pareillement Monsieur le surintendant et vous supplie me faire la grâce de croire toujours que je suis parfaitement,

« Monsieur,

«Vostre très-humble,

« Archevêque de Bourges. »

A rxarche, ce vendredy 19* Juillet 1652 1. ' Lettre inédile ; Archives du ministère de la guerre; vol. 134.

Lorsque sous la plume d'un historien se présente le récit à faire des sièges célèbres ou des grandes batailles, nulle nécessité pour lui de se transporter sur les lieux qui furent le théâtre de ces illustres actions : les documents nombreux, lescartes, les tableaux, les gravures, viennent à son aide pour lui éviter tout déplacement; mais, s'il veut décrire des faits moins importants, ces moyens de s'éclairer lui font généraleipent défaut, et il devient d'autant plus opportun qu'il visite lui-même le théâtre de ces événements. Le siège de Blanchefort par l'archevêque de Bourges, nous a d'autant plus invité à faire par nous-même l'exploration des lieux que nulle histoire, pas même quelque chronique locale, ne l'a raconté ; et que nous en devons la rêvé* lalion tout entière aux Archives du ministère de la guerre :

Par une belle matinée, nous partons à cheval, de notre château du Pin \ situé à dix kilomètres au nord d'Uzerche. Notre itinéraire est de passer par celte ville ; mais nous ne* l'abordons pas comme l'avait fait l'archevêque de Bourges, par la pittoresque descente du faubourg Sainte-Eulalie.

1 Le château du Pin acquis par le père de l'auteur de ces iSouve'/tn a appartenu pendant plusieurs siècles à la maison de la CapeUe Biron, branche de la maison de Carbonnières. Sous Henri IV. le seigneur de la Gapelte-Hiron fut gravement compromis dans la conspiration du duc de Bouillon, vicomte de Turcnne; voy. l'Histoire Je France, par Dupleix.

Un tunnel moderne, invention excellente pour un tracé de chemin de fer, plus que médiocre pour une route, passant sous le faubourg, conduit au pied de la ville; au Heu d'une noire galerie, une simple tranchée à ciel ouvert aurait suffi. Nous nous engageons dans ce long et obscur pertuis, conception lumineuse de ce corps des ponts et chaussées qui a le privilège de former en France les ingénieurs ordinaires ^ Pas une lampe n*éclaire, sous prétexte qu'il faitgrand jour au dehors. Au milieu de celte savante obscurité, une lourde voiture dont le bruit seul nous révèle la présence, vient à nous croiser, nos chevaux, un domeslique nous suivait, s'eflrayent et se jettent dans l'attelage ; mais il y aurait mauvaise grâce h trouver malséant de rencontrer le péril (^uand on [Hirt pour une reconnaissance militaire ! Le chaos se débrouille au milieu dequelques ruades, (^l nous revenons à la lumière à l'autre bout du pertuis.

Nous longeons sur la route en terrasse dominant la Vézère, la ville d'Uzerche déjà connue du lecteur ; au delà nous suivons pendant quelques kilomètres la route de Tulle; puis nous nous jetons

* Au Iccfcurqiii voudra 8*édificr sur la décadence trienlifique en France dont, malgré 1c préjugf^, la cause remonte à l'inslitulion de riu:olc polytechnique, nous recommandons U méditation d'une remarquable; broctiurc : V Êcofe fOii,îecfinique et n''$ institulions mi'itnirei et scientifiques par un uncien officier; Lachaud, édit. Paris, <872.

sur la droite dans des landes coupées de bruyères, de bois de ch&taigners, de fondrières, à travers lesquelles s'aperçoivent quelques traces du passage des hommes et des animaux ; ces fils d*Âriane que nous saisissons à grand'peine, sont décorés du nom de chemins vicinaux. Nous pensions, en les suivant, que l'archevêque de Bourges avait été en définitive fort heureux de ne pas avoir reçu ses deux canons qu'il aurait été forcé d'abandonner dans quelque bourbier^ abandon qui pourtant nous eût peut-être procuré le plaisir de faire la découverte de ces engins endommagés toutefois par une humidité contraire à leur tempérament. La réflexion nous fit revenir de ces suppositions sur les difficultés des communications en 1652 : si notre époque a fait d'incontestables progrès par l'invention des voies ferrées; les voies secondaires, par suite d'une centralisation excessive, sont tombées dans une incontestable décadence. Quand les localités dépensaient chezelles presque toutes leurs ressources, l'État n'en absorbant que lapins faible partie, elles s'appliquaient ce proverbe : charité bien ordonnée commence par soi-même. Elles entretenaient donc convenablement leurs voies de communication, ce premier élément de la prospérité des campagnes. Aujourd'hui leurs ressources restreintes sont à la disposition de petits maires, qui, lorsqu'ils sont besoigneux, ce qui n'est pas rare, et en outre munis

de vues étroites et intéressées, ce qui est moins rare encore, bornent leur édilité au tracé et à l'entretien du chemin qui conduit à leur maison. Devisant ainsi avec nous-même, nous chevauchons jusqu'à un village de trois ou quatre maisons, comme sont la plupart des villages du Limousin, nommé le Chcistenet ; quelques pas au delà nous découvrons le château de Blanchefort sur le versant opposé de la vallée.

En ce lieu prit souche une vieille famille; mais lorsqu'elle obtint son plus grand éclat, elle avait déjà quitté son berceau. Les Blanchefort, pareils à ces oiseaux parasites qui s'établissent dans le nidplus vaste et plus commode d'autres oiseaux plus industrieux, recueillirent deux titres émineuts en devenant les continuateurs de deux maisons qui se sont éteintes dans leur alliance : héritiers de la maison de Créquy, ils devinrent ducs de Créquy ; héritiers de la maison de Bonne-Lesdiguières, ils devinrent ducs de I^sdiguières. Dès le commencement du quinzième siècle, le château de Blanchefort avait cessé de leur apparleniret était devenu la possession* de la maison de Bonneval.

Le site du château de Blanchefort est triste et sans grandeur; les contours des hauteurs qui dominent la vallée ne présentent aucune ligne pittoresque ; la vallée elle-même sans fertilité n'offre à l'œil que les gazons de quelques maigres prairies ;

la végétation s'étend comme une pièce de drap vert usé sur un fond de sol rouge qui apparaît çà et là. Nous avançâmes pour considérer de plus près le vieux manoir. En avant, un é(ang de médiocre grandeur offre sa chaussée comme chemin pour aborder la base d'un ancien rempart. Cette disposition est commune à un grand nombre d'anciens châteaux du Limousin ; ils se trouvaient ainsi défendus par une nappe d'eau sur l'une de leurs faces; en outre, la possession des étangs ne pouvant être anciennement qu'une propriété seigneuriale, apportait par celle raison à la demeure son cachet de distinction. Nous descendons de cheval quelques pas avant de la chaussée, afin de tracer sur notre calepin une esquisse du château. La vieille demeure que rajeunit mal à propos un crépissage trop blanc, est élevée de deux étages de trois fenêtres chacun, et flanquée de deux tours déshonorées ; leurs mâchicoulis et leurs créneaux ont disparu ; If s flèches jadis élancées de leur toiture ont fait place à deux petits éteignoirs en forme de champignons écrasés. Une enceinte fortifiée dont il reste pour vestiges quelques murs et une grosse tour en terrasse à demi rasée, environnait le manoir. Pendant que nous dessinions, quelque inquiétude nous parut naître dans la place : d'abord ma cavalerie disposée à l'entrée de la chaussée de l'étang (le lecteur que nous avons conduit au combat de Bléneau a reconnu

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