‹ Souvenirs du règne de Louis XIV (volume 2)Chapitre 46 sur 69 · IV · texte numérisé non relu

IV

déjà que nous avions emprunté cette disposition savante à Condé et à Turenne à Tétang d*OzoUer), ma cavalerie, dis-je, avait éveillé Tattention de quelques paysans; ensuite, comme je me servais d'une lunette jumelle pour mieux reproduire quelques détails, je remarquai qu'au lieu d'une seule fenêtre ouverte au château lorsque j'avais pris mon poste d'observation, il y en avait une seconde ; ma double lunette était-elle prise pour les deux canons laissés en arrière à Limoges par l'archevêque de Bourges, amenés enfin, après plus de deux siècles écoulés, pour être mis en batterie? J'achevai pourtant mon croquis sans que la place eût tenté aucune sortie, et je pus me rendre compte des dispositions militaires qu'avait dû prendre l'archevêque de Bourges. La situation du château de Bianchefort était jadis importante ; elle commandait la route qui conduisait d'Uzerche à Tulle, roule qui, après avoir passé sur la chaussée de l'étang, défilait sous les remparts; de plus par la proximité du poste du Bariolet, dépendance de la terre, elle se trouvait commander la route d'L'zerche à Brive. Aussi l'archevêque avait-il jugé urgent de s'emparer de ce château, avant d'aller attaquer celui de Bonneval situé h quelques lieues au nord-ouest d'Uzerche, dans une contrée à travers laquelle ne s'ouvrait h cette époque aucune route fréquentée. L'archevêque avait établi son quartier général au bourg de

SOUVENIRS DU RÉGNE DE LOUIS XîV. 2K9

la Graulière, au midi du château, par conséquent il devait avoir l'intention de diriger sa principale attaque du côté opposé à celui de notre poste d'observation : disposition sage, ne pouvant emporter la place que par un assaut. Sur cette face méridionale, l'ondulation du terrain domine le château à peu de distance; tandis que du côté opposé la colline brusquement coupée aux abords de l'étang augmente de toute sa hauteur la hauteur artificielle des murailles. Si l'archevêque avait eu ses deux canons retardataires, notre poste d'observation eût été certainement choisi pour l'attaque. De ce côté, le château se démasque en entier; et, contre l'artillerie, la hauteur même des constructions militaires du moyen âge devient une cause de faiblesse ; des murs battus à leur base ne peuvent que s'écrouler et ouvrir de larges brèches. Quoi qu'il en soit, trop de chance heureuse ne permit à l'archevêque de Bourges que de fournir la preuve de ses talents pour les dispositions préliminaires d'un siège; le commandant du château lui ravit l'occasion de donner la mesure de sa valeur dans le hasard des combats et de son impétuosité pour emporter les places de guerre dans une brillante attaque. Le sieur de Royer, lieutenant du comte de Bonneval, crut que la disproportion de ses forces lui permettait de signer honorablement une capitulation sans combat. 11 est certain que dans la

lutte, il ne pouvait finir que par succomber; mais il y a de glorieuses défaites.

L'archevêque de Bourges n'avait pas fait partir sa lettre du 19 juillet, attendant la suite des événements pour la compléter; il put y ajouter lepostscriptum suivant:

« Depuis ma lettre escrite, j'ay à vous dire. Monsieur, que toutes choses estant disposées devant le chasteau de Blanchefort pour y donner l'attaque, celui qui commandoit dans la place s'est rendu selon le traitté dont vous avez la copie cy-jointe. J'ay mis garnison dans ladite place pour la tenir soubz l'auclorité du Roy.

« Ce samedy, 20« juillet 1652 *. a

La capit ulation obtenue était des plushonorables; mais elle portait pour le comte de Bonneval l'engagement de licencier tous les gens de guerre qui tenaient garnison dans son château de Bonneval et à ne plus mettre d'obstacles à la levée des deniers royaux. Celui-ci dut hésiter à souscrire à ces conditions; mais en présence des forces si supérieures qui le menaçaient, et ne voyant arriver nul secours de l'armée des princes occupée ailleurs à des opérations plus importantes, il signa le traité trois

^ Arrhives du Ministère de Imijuerre^ vol. «34.

jours après. L*archevêque en envoya au ministre la copie suivante :

a Traité de M. V Archevêque de Bourges avec M. de BonnevaL

« M. r Archevêque de Bourges, Gouverneur et Lieulenant-général pour le Roy en Limosin, ayant reçu les soubmissions que le Sieur de Royer luy a faictes de la part du Sieur comte de Bonneval, après avoir entendu le particulier de sa créance, a accordé ce qui s'en suit :

« Que la garnison que ledit Sieur comte de Bonneval tient dans son chasteau de Blanchefort en sortira avec armes et bagages et luy sera touteseurelé donnée pour sa conduite jusqu'au lieu de Bonneval par le plus court chemin ;

« Que le chasteau de Blanchefort sera mis en suitte entre les mains et au pouvoir dudit Seigneur Gouverneur.

« Que le dit Sieur comte de Bonneval n'armera en aucune façon, n'y n'attirera aucunes troupes des autres provinces dans celle du haut et bas Limosin, qu'il n'empeschera directement, ny indirectement la levée des tailles et deniers royaux dans toutes ses terres, dans les bourgs et villages desquels les officiers de Sa Majesté auront toute liberté de faire valoir les contraintes en cas de refus et de non

payement desdits deniers royaux, et ledit Sieur de Bonneval congédiera tous les gens de guerre qu'il a dans sa maison et terre de Bonneval, en sorte que ledit bourg soit libre.

« Et moyennant ce, ledit Seigneur Gouverneur n'attaquera pas ledit chasteau de Bonneval, et y laissera ledit Sieur de Bonneval demeurer paisiblement.

« Fait au camp devant ledit chasteau de Blanchefort, le vingtiesme juillet mil six cens cinquante deux. Ainsy signé : Tarch. de Bourges. Verdier, La Coste, Bonneval, Royer, Lentillac, RofTignac, et plus bas : par Monseigneur, Chrestien. »

« Ce traislé n'a esté signé par ledit sieur de Bonneval que le 23« juillet audit an 1652 K »

Quelque bruit de laventure du comte de Bonneval était arrivé à Loret qui lui consacre des vers plaisants dans sa Muse historique * ; mais sans dire néanmoins un seul mot de rexpédition de Blanchefort ; nous donnons ces vers comme le seul document imprimé dont nous ayons connaissance sur cet épisode historique :

« On dit que le cas va fort mal « Ou sieur comte de Bonneval

J Document inédit ; Archivas du Ministère de la guerre^ vol. 13i.

• Lellre intitulée Circonspecte, du 28 juillet 16p2.

« Qui voulait mettre eDses cassettes

« Tout For et l'argent des Receptes

« Du haut et bas Limozin,

« Dont il eut fait grand magazin :

« Mais, du païs la populace

« Jugeant l'acte plein de fallace,

« Pour n'estre pas conforme aux lois,

« Et craignant de payer deux fois,

« Dont elle eût été courroucée,

« S'étantpar troupeaux ramassée

« A, ledit Bonneval, siégé,

tt Dont il est si fort affligé

• Qu'il demande avec grande instance

« Du sieur Ballhazar l'assistance,

« Pour Yoir terminer ses mal-heurs,

« Mais il est empêché d'ailleurs ^ »

Dès que le comte de Bonneval eût adhéré au traité, Tarchevêque de Bourges s'empressa d'en porter la connaissance à Le Tellier par la lettre suivante, dans laquelle il ne ménage ses plaintes, ni contre le peu de zèle de la noblesse du haut Limousin, ni contre les habitants de la ville de Limoges qu'il se tient prêt à châtier à propos des deux canons dont le poids lui pèse toujours sur le cœur, ni contre le marquis de Pompadour. En revanche, il se félicite du zèle de la noblesse du bas Limousin et de celui de quelques personnes qu'il cite au ministre :

* On sait que la Muse historique^ de Loret, était le journal en vers des événements de l'époque, comme la Gazette, de Renaudot, en était le journal en prose.

« Monsieur,

<( Le courrier ordinaire estant passé, je vous dépeschc exprès M. Blondeau, trésorier de France à Limoi^^es, pour vous porter la nouvelle comme quoy le sieur de Bonneval s'est sôusmis à demeurer dans son devoir; et vous diray, Monsieur, que la maison de Blanchefort demeurant au Roy tant qu'il plaira h Sa Majesté de la garder, mesme après la paix faite, je croy que Sa Majesté trouvera bon de la consci'ver par ce que cela obligera le dit sieur de Bonneval à ne rien entreprendre et Hicilitera mesme la levée des deniers des tailles ; estant demeuré d'accord que le premier trouble qu'il fera le chasteau de Blanchefort sera razé, si le Roy le commande.

« Je suis obligé de vous dire que la noblesse du bas Limosin a tesinoigné grand /elle et fidélité au service du Roy. Pour ceux du haut Limosin, je n'en ay ouy que fort peu parler :

<• Quant aux habilans de Limoges, je vous diray aussy qu'ilzsonl allez très-lentement à apresler les deux canons que je leur demandois pour le service de Sa Majesté, sans lesquels il se fut perdu beaucoup de gens attaquant les places; mais devant que d'aller à Bonneval, j'avois résolu de m'en aller à Limoges avec ce que j'avois de trouppcs pour leur apprendre leur devoir aux occasions. Je vous prie

de leur tesmoigner les manquements qu'ilz ont fait en cela.

c< Pour M. de Pompadour, quelles dépesches qu'on luy aye faites pour le pouvoir voir et nous entretenir pour remédier à ces désordres, il n'a point paru, quoy qu'il soit venu à Pompadour assez près dicy.

« M. de Meillars ^, depuis deux jours, m'a envoyé dire quil viendra servir le Roy et que n'estoit qu'il s'est trouvé malade, il seroit desjà venu, à ce qu'il me mande, et qu'il fait employ de ses amys ; mais je croy n'en avoir pas besoin avec Tayde de Dieu, si autre chose n'arrive. C'est ce que je luy ay respondu et mesme ay renvoyé ceux que j'avois assemblez, les ay priez de se retirer chacun chez soy, attendant nouvel ordre, pour ne pas fouler la province, et ne les eusse pas retenus un moment depuis le vingtième du mois, auquel jour je suis entré dans le chasteau, sans que le dit sieur de Bonneval n'a signé le traitté que le XXIIL Jusques là je les ay gardez auprès de moy à cause du peu d'asseurance qu'il y a en sa parole. Il y a beaucoup d'informations et de décretz contre luy failz par le grand prévost de la généralité de Limoges. Je n'ay fait de despense que le moins qu'il m'a esté possible pour

1 Daniel de Beaupoil, baron de Saînte-Aulaire, seigneur de Meilhars et de la Grénerie, frère utérin de Daniel de Gosnac. Voy. tome !•', cliap. !«'.

mesnager les deniers du Roy. Je vous prie, Monsieur, de m'envoyer Tordre pour la validité du tout et celuy que vous voulez que Ton tienne pour la subsistance de la garnison que j'ay laissée dans ce chasteau , et le resgler avec monsieur le Surintendant. Il y faut plus de gens durant les troubles que quand out sera paciffié. Je croy la place assez importante au service de Sa Majesté pour la garder, ainsy que je vous diray lorsque j'auray Thonneur de vous voir. J'y ay mis soixante soldatz, un capitaine, un autre pour commander soubz luy, et quatre sergentz. Le dit sieur de Bonneval y avoit cinquante hommes et y faisoit entrer ceux de la terre touttes les nuictz. Il vous plaira régler aussy le nombre qui y doibz demeurer, car estant dans sa terre qui est assez grande où il y a des gens de sac et de corde, on doibz craindre une surprise.

« Je n'ay pas esté sans grande peyne pour régler les commandementz. Je vous supplie me vouloir donner les lettres de conseiller d'estat qu'il vous a plu me promettre pour M. de Fénis, président à Tulle. 11 a veu ce que vous m'en avez escrit, ce qui m'engage à vous en supplier.

« M. du Verdier *, conseiller au parlement de Bordeaux, etleditsieur Blondeau, qui sont près demoy, ont servy et servent avec grande affection et fidé-

iN. de Saint-Marsault, seigneur du Verdier.

lité. Je vous supplie^me vouloir renvoyer au plus tost le dit sieur Blondeau .

« J'ay retenu le régimen l de Gransay jusques après le dit traitté signé; et, cela faict, je Tay renvoyé avec l'attache sur sa routte pour la suivre, et les ordres que vous luy avez donnez. Je vous supplie tousjours me faire l'honneur de croire que je suis,

« Vostre très-humble et trèsobéissant serviteur,

« Arch. de Bourges.»

« A Tulle, le 25«» juiUet 1652 *. »

De Tulle, l'archevêque de Bourges se rendit à Ussel, probablement pour faire quelque séjour à Venladour, château de sa famille, et pour visiter son abbaye de Meymac qui en était proche. Il adressa celte nouvelle lettre à Le Tellier sur l'affaire qui le préoccupait :

« Monsieur,

« J'ai reçu la dernière des vostres du x* du courant et la lettre du Roy en mesme temps, laquelle je fais imprimer pour en distribuer partout oii il faudra.

' Lettre inédite ; Archivez du Ministère de la guerre^ vol. 131.

« Je vous prie me mander combien de garnison vous désirez qu'on mette à Blanchefort; et ordre ensuitte pour la subsistance; et enfin ce que je doibs faire pour ce sujet.

«Je vous ay escrys plus amplement par le courrier que j ay envoyé en cour informer Sa Majesté de ce qui s*est passé entre le comte de Bonneva) et moy. Cette raison m'empesche de vous en dire davantage. Je vous assureray seulement que je fais profession d'estre parfaitement,

affectionné serviteur,

« Arch. de Bourges. »

«Ussel, 30« juillet 1652 1*. »

La correspondance de TArchevêque avec Le Tellier se termine par celte lettre :

«Monsieur,

« Estant sur le point de partir de cette province pour aller à Bourges, selon la permission qu'il a plu au Roy m'en donner et que vous m'avez envoyée, dont je vous ay obligation très-particulière ^

* Lettre inédite; Archives du Minùlérede la guerre, vol. 13U

je vay» dépescher à Monsieur de Pompadour pour l'en adverlir, ainsy que je le luy ay promis lorsque je luy ay envoyé la lettre qu'il a receùe sur ce sujet de Sa Majesté. Touttes choses sont calmes de deçà, grâce à Dieu. Je marque aussy par ma lettre à M. de Pompadour que je luy remetz le chasteau de Blanchefort, afin qu'il soit conservé par ses ordres soubz l'autorité du Roy; puisqu'il a esté remis par le Sieur de Bonneval au pouvoir de Sa Majesté pour le garder tant qu'il luy plaira. Je vous supplie, Monsieur, qu'il en soit escrit audit Sieur de Pompadour, ou qu'il plaise à Sa Majesté ordonner qui elle voudra qui en demeure chargé, et donner pareillement les ordres nécessaires pour faire subsister ceux qui y seront. En les attendant, j'ay chargé les habitans de l'enclave dudit Blanchefort de fournir sur ce qu'ils doivent des tailles la subsistance de la dite garnison, à cause qu'ils sont beaucoup en reste, et c'est ce que je peux vous en escrire,

affectionné serviteur, »

« Archev. de Bourges. »

« Â Uftsel, ce6« aousl 1652 K »

* Lettre inédite; Archive» du Ministère de la guerre^ vol. 134.

On lit aisément entre les lignes par lesquelles Tarchevêque de Bourges remercie le ministre de lui avoir permis de retourner dans son diocèse, que ce retour avait été bien moins sollicité par le prélat que par le marquis de Pompadour. Celui-ci avait posé le départ de rarchcvèque de la province comme condition de son propre retour pour remplir les fonctions de sa charge. Ce différend entre les deux personnages ne se termina pas à la satisfaction de rarchevôque. Une dépêche de Le Tellier au marquis de Pompadour, en date du 15 février 1653, conféra à ce dernier Tautorité entière de gouverneur de la province du Limousin, Farchevôque de Bourges, y est-il dit, étant obligé de résider dans son diocèse. Cette sorte d'interdio tion mililairo infligée au prélat guerrier dut le froisser vivement , car elle fut suivie de l'abandon de sa charge de gouverneur du Limousin. 11 la rendit, par résignation du 18 mai 1653, au duc de Daniville, son firre, que la cour avait forcé naguère à s'en démettre en raison de son attachement à la personne du duc d'Orléans. Aussi la reprise de possession du duc de Damville ne fut-elle a(hnise qu'à lilre temporaire; il devait transmettre celle charge à leur neveu commun, le duc de Vonladour, dès qu<î ct*lui-ci aurait atteint l'Age d(? dix-huit ans. Le roi revînt peu de temps après sur c<'s arrangements qu*il avait autorisés;

mais il éprouva uue vive résistance de la part du duc de Damviile qui fut exilé ^ Moyennant quatre cent mille livres et quelques autres avantages, le roi exigea des deux frères leur démission pure et simple, sans aucune réserve pour leur neveu *.

L'archevêque de Bourges eut pour successeur dans le gouvernement du Limousin un guerrier 'illustre par d'autres fails. d'armes que la prise du château de Blanche fort, ce fut le maréchal de Turenne. Le nouveau gouverneur prêta serment entre les mains du roi le 16 juin 1653 ^,e,t ses lettres

' a Paris, 18 mars 1653. — Le duc de Damviile ayant refusé la démission du gouvernement de Limosin et le Conseil estant d'ailleurs mal satisfait de luy, M. de Brienne luy porta le f4 da eourant au soir l'ordre de se retirer à Bourdeaux près de Vigny, qui est une maison appartenant à madame de Ventadour, sa mère, et située trois lieues au-delà de Pontoise. Il fut prendre congé de la reyne et partit le lendemain i5 au matin; et M. l'arehevôque de Bourges l'y ayant accompagné, l'on croyait d'abord qu'il eust le môme ordre ; mais il n'avoit esté donné qu'à ce duc. » Relition inédile déjà citée; Bibliothèque nationale. Fonds de Sorbonne, u° i2îi7.

* Archives du Ministère de la yuerre, vol. 139. Document intitulé : Mémoire des choses accordées par le roy à M, le duc de Damviile pour tenir lieu de la récompense qu'il a plu à Sa Majesté de lui accorder pour le ijouicrnement du Limousin, Ce mémoire porte au bas cette mention : Fait double à Paris, le 12"* jour de juin 1053; puis les signatures : Le Tellier, Damviile.

* Gazettede France; Paris le 21 juin 1653:

« Le 16 le mareschal de Turenne ayant preste entre les mains de Leurs M aj estez le serment du gouvernement du Limosin, prit congé d'elles, parUt de cette ville pour aller à Fismes joindre l'armée du Roy qu'il doit commander. »

encore, ne voulut point abuser contre eux du ressentiment du prince. Il redoutait le revirement que pouvait aoiener la guérison. Une raison cependant semblait devoir le rassurer, contre cette mauvaise chance : ses conseils aidant, la maladie avait inspiré au prince des réflexions sérieuses; touché des sentiments d'une vraie piété, il avait conçu le désir de vivre désormais selon les devoirs de sa profession ecclésiastique. Celte résolution n'aurait plus permis au prince de Conti de continuer ses rapports d'intimité avec ses deux favoris, si ceux-ci, avec une hypocrite souplesse, ne s'étaient pieusement transformés. Ils s'empressèrent même chaque jour de venir servir la messe dans les appartements du prince qui fut persuadé de la sincérité de leur conversion.

Cette lettre de don Louis de Haro au prince de Conti ne pouvait arriver dans une conjoncture plus opportune :

Monsieur,

(( Le sieur de Saint-Agoulin m'a mis en main celles dont vous m'avez honoré en date du 1 2 du mois passé. Je tiens bien chère la faveur que vous m'y faite, et que je désire mériter aux occasions qui se présenteront de votre service.

« Le roy fait de nouvelles instances pour vostre

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