MONTAGU
« A Pontoise, le 7 juillet 1652 ^ » I
En présence deFinébranlable résistance de la cour à toute solution constitutionnelle, si la noblesse eût persévéré dans son attitude, elle eût inévitablement donné naissance à une nouvellef guerre civile à côté de la guerre civile des princes qui continuait son cours, et placé la royauté aveuglée dans le plus sérieux péril. Tel n'était pas le butde cette noblesse constitutionnelle, toujours fidèle au roi, qui ne demandait le triomphe de ses principes qu'à la raison
* Noos ayons tiré cette lettre inédite des Archives du Ministère de la guerre, vol. \ 34.
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et à de pacifiques moyens. D'ailleurs, bien qu'elle eût droit de se tenir en défiance par rexpérience du manque de parole aux promesses passées, elle trouvait, dans les actes mêmes qui lui ipterdisaient ses assemblées, un renouvellement de la promesse solennelle de la convocation des états généraux; la date précise en était même fixée. Avec la loyauté qui faisait son plus bel apanage et dont elle se plaisait à ne pas douter de la part de la politique royale, même dirigée par un ministre italien, elle dut croire et se résigner à attendre.
La noblesse ne paraît avoir tenu, à partir de ce moment, qu'une dernière assemblée à Coulonges, dans laquelle, avec soumission, elle déclara s'en remettre au roi sur toutes choses, particulièrement l^our la répression des désordres et des brigandages de ses armées.
Une lettre adressée par le maire de la ville de Poitiers au ministre Le Tellier, lettre qu'il termine, suivant l'usage du temps, par un paragraphe consacré à ses intérêts particuliers, vient clore notre épisode, nouveau dans l'histoire, d'une Fronde constitutionnelle tout autre, et autrement nationale et logique que la Fronde factieuse et illogique des parlements, et que la Fronde factieuse et illogique des princes :
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« Monseigneur,
a L'ordre du roy que j*ay receu de vos mains et que j'ayfaict public en tous lieux a enfin réussi à calmer les esprits, et quoique l'assemblée aye esté faicte à Coulonges, néanmoins les gentilshommes qui s'y sont trouvés ne se sont pas esloignés de leur debvoir, obéissant de poinct en poinct à ce qui leur a esté prescrit par M. de Rouannes. Inévitablement, comme Ton a faict espérer qu'il y auroit un fond d'estapes pour la subsistance des trouppes, ils ont desputez d'entre eux quatre personnes d'honneur vers le roy pour le prier de ne trouver pas mauvais s'ils empeschent que les trouppes ne vivent si désordonnément et avec telle licence qu'elles ont faict jusques icy, et que les estapes soient fournies. Vous avez sceu, comme je crois, que M. d'Ëstissac^ envoia un gentilhomme pour prier tous ceux de l'assemblée (le le venir trouver. Pour en sçavoir le desseing, nous ne le connoîtrons point en ce pays, si ce n'est qu'il a affaire à un peuple peu maniable. Je crois qu'il n'aura pas esté beaucoup satisfaict de leur réponse, du moins je sçai que ces Mes-
* Benjamin de la Rochefoucauld, comte d'Estissac; voyez sur lui, tome I, page 336.
siejurs ne se mettront point en debvoir de l'aller joindre.
. « Si je ne craignois de passer pour importun je vous convierois encore à me faire récompense des advances que j'ai faictes pour le service du roi; mais les grands embarras d'affaires me font laisser cela à sa justice quand l'occasion sera venue, aussi bien qu'à vous, de me faire la grâce de m'en procurer le remboursement. Si néanmoins il y avoit quelque jour, j'oserois vous supplier d'en vouloir parler à la reine et à Monsieur le cardinal. Je crois que mes services les toucheroient à ce poinct que j'aurois quelque pension pour mes enfans sur de bons offices. Je ne le puis espérer que de vostre générosité et protection que je réclamerai toute ma vie comme estant, ce Monseigneur, « Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
« DE LA Court Ciiauvereau, »
« maire et capitaine de Poitiers. »
a A Poitiers, ce 9 juillet 1652 ^ »
L'histoire attend encore la réalisation de la rassurante promesse de la convocation des états généraux, à Tours, pour le i*' novembre i652.
^ Nous ayons tiré cette lettre inédite des Archives du Ministère de la guerre^ vol. 134.
Ainsi périrent les aspirations représentatives de la grande majorité de la noblesse française et de toute la partie patriotique et intelligente de la bourgeoisie, étouffées à Tenvi par la reine mère, par le cardinal Mazarin, par les princes , par les parlements; mais ces aspirations n'en formaient pas moins le côté sérieux et le fond vrai du mou^ vement; nous en avons dégagé le véritable esprit de la Fronde,
CHAPITE XXIV.
Coup d'oeil rétrospectif sur l'histoire de la ville de Bordeaux. — Importance de cette ville sous la domination romaine. — Les ducs d'Aquitaine au moyen Age. — La Guyenne passe sous la domination de l'Angleterre par suite du mariage d'Éléonore d'Aquitaine avec Henri Plantagenet. — Alternatives de la possession française et de la possession anglaise. — Libertés municipales développées sous ces deux dominations. — Établissement du parlement sous Charles VIL — Construction des châteaux Trompette et du Hâ. — Influence originelle de la domination anglaise sur l'esprit de la Fronde à Bordeaux. — Troubles de cette ville à diverses époques. — Les trois partis de la Fronde à Bordeaux : la grande Fronde, la petite Fronde et l'Ormée. — Origine et caractères de chacun de ces trois partis. -— Suppression des Archives do Bordeaux pour toute la période historique correspondant à la Fronde. — La terreur règne dans Bordeaux ; extrait de la Gazette. — Tentative infructueuse de la cour pour transférer à Limoges le parlement de Bordeaux. — Lettre inédite de refus du conseiller du Burg^ chargé de cnttc mission, au cardinal Mazarin. — Nombreux excès de l'Ormée. — b» parlement de Bordeaux supprimé et rétabli. — Nouvelles pmscriptions. — La présence à Bordeaux de la princesM; dt* Condéy de la duchesse de Longuevilfe, du prince de Conti, mot en présence les éléments les plus opposés. — Les forces navales de l'Espagne réunies à Bourg. ~ Commerce naval do Bordeaux inquiété. — Expédition projetée par la flotte - espagnole. — Le prince de Conti court ritque d'être écrasé dans
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sa maison. — L'espionnage dans les deux partis. — Habileté en ce genre de Tabbé Baron et dé sa famille découverte par le marquis du Plessis-Bellière. — Commencement de l'influence de Daniel de Gosnac sur le prince de Gonti. — Les intrigues galantes autour de la personne de la duchesse de Longueville; le duc de la Rochefoucauld^ le marquis de Sarsay, le prince de Conti. — Placard injurieux affiché dans Bordeaux contre l'honneur de la princesse et de son frère. — Vers adressés par Sarrazin à la duchesse de Longueyille. — Chagrins de la princesse. — Ses tardives aspirations pour la paix. — Curieux fragments d*une lettre inédite à ce sujet.
Pendant que la cavalerie du comte d'Harcourt s'éloigne de Bordeaux *, portons notre attention sur cette grande cité. 11 est intéressant et il ne sera pas inutile de jeter un coup d'oeil rétrospectif sur l'histoire de cette ville qui a joué un rôle prépondérant dans les événements que nous racontons, ville que nous pouvons justement qualifier du titre de seconde capitale de la Fronde. Nous verrons se manifester dans Tesprit des habitants de Bordeaux un amour de liberté, mais en même temps une tendance, une sympathie pour l'alliance de l'Angleterre, qui ne sauraient trouver leur explication qu'en remontant aux origines.
Cette ville existait à l'époque de la conquête des Gaules par les Romains, et, si elle n'était déjà une grande cité, elle le devint bientôt. Les vestiges importants qui se voient encore, tels que
» Voyez tome H, page 384.
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ceux des arènes, connus sous le nom de palais Gallien, et ceux qui ont disparu depuis une époque peu reculée, tels que les élégantes colonnes du temple du Dieu tutélaire, vulgairement appelés piliers de Tutelle, l'attesteraient suffisamment; mais nous ayons encore des monuments écrits, le géographe Strabon, le poète 4usone, nous parlant, Tun de son port de mer fréquenté, l'autre de son sénat. L'histoire et la tradition nous apprennent que l'apôtre saint Martial vint y jeterles premiers germes de la religion chrétienne. Cette importance antique a donc toutes ses preuves; mais, comme elle n'a pour notre sujet qu'une importance relative, nous ne faisons que la mentionner, sans l'approfondir.
Aussi ne parlerons-nous ni de l'invasion des Visigoths conduits par Alaric, auxquels Clovis infligea une défaite dans un lieu près de Bordeaux qui en a retenu le nom de camp Arrian * ; ni de l'invasion des Sarrazins, dont le dernier flot vint expirer en Touraine aux pieds de Charles Martel, ni de la défaite, par Pépin, de Gaifer, duc d'Aquitaine, dernier rejeton des Mérovingiens dépossédés, dont le tombeau se vit longtemps sur les bords de la Divise, non loin du château de Ha, château dont la dénomination rappelle malgré la
^ Chronique bordelaise^ à Bordeaux^ chez Simon^ imprimeur de la cour de Parlement et de la Ville^ 4703.
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corruption de langage le nom, d'origine juive^ de la tombe de Caïphas. INous déplorerons aussi les incursions des Normands, sans nous y fixer davantage; mais, lorsque nous voyons Bordeaux et la Guyenne passer, par le mariage d'Éléonore, sous le sceptre d'un roi d'Angleterre, ici nous nous arrêtons.
Depuis le règne de Charles le Chauve, neuf ducs héréditaires d'Aquitaine relevant féodalement de la couronne de France s'étaient succédé. Guillaume IX, dernier duc de cette lignée, n'eut qu'une fille, Éléonore ; le roi de France, Louis VU, dit le Jeune ^ l'avait épousée en iiSy ; il avait par cette alliance considérablement augmenté la puissance de son sceptre. Ce monarque, écoutant les ressentiments de l'époux plus que les intérêts de sa couronne, répudia, en i i5o, la reine Éléonore, malgré les conseils de Suger et les efforis de Geoffroy, archevêque de Bordeaux. Celui-ci, au concile de Beaugency, saisi de cette demande de divorce appuyée sur un prétexte de parenté, /Soutint énergiquement la cause d'Éléonore. Vains efforts d'une sage politique : le divorce fut prononcé. Éléonore, remise par Louis VII en possession de son duché d'Aquitaine, épousa Henri Plantagenet, comte d'Anjou, duc de Normandie, six semaines après avoir été répudiée. Henri Plantagenet, souverain de tant de pro^
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vincesi devenait un vassal bien redoutable ; il le devint bien davantage, lorsque bientôt^ sous le nom d'Henri II, il fut proclamé roi d'Angleterre. Bordeaux et l'Aquitaine se trouvèrent, par le droit féodal, relever directement du roi d'Angleterre, et indirectement, par le faible lien de la suzeraineté, relever du roi de France.
Cette possession anglaise ne fut pas sans vicissitudes; on sait les longues guerres entre la France et l'Angleterre qui ensanglantèrent le sol de la patrie. En 1200, Philippe-Auguste confisqua l'Aquitaine sur Jean-sans-Terre ; mais, en 1259, Louis IX la rendit à Henri III, roi d'Angleterre, avec ses dépendances, le Périgord, le Limousin, le Quercy, la Saintonge, à titre de duché-pairie, à la simple condition d'hommage lige. Philippe HI, parle traité d'Amiens, du 23 mai 1279, y joignit l'Agenais. Dans ce siècle seulement, le nom de duché de Guyenne parait se substituer à celui de duché d'Aquitaine. Le traité deBrétigny conclu, en i3tio, par le dauphin Charles, pendant la captivité du roi Jean, abandonna ce duché en toute souveraineté au roi d'Angleterre; le lien féodal de la suzeraineté se trouva même rompu. Mais il faut ajouter qu'une compensation importante était obtenue relativement aux conjonctures malheureuses dans lesquelles se trouvait alors la France. Edouard 111 renonçait à ses prétentions sur la cou-
ronne de France et sur le duché de Normandie. Dix ans plus tard, la Guyenne fut confisquée sur Edouard 111 par un arrêt du parlement de Paris du 11 mai 1370; mais il fallut plus de quatrevingts ans de guerre pour que cette province fut définitivement réunie à la France par la bataille de Castillon, qui consomma, en i453,rexpulsion des Anglais.
Durant ces alternatives d'existence étrangère ou française, il arriva que chaque parti voulut, à chaque possession nouvelle, consolider son triomphe en s'attachant les habitants de Bordeaux et de la Guyenne par des concessions d'immunités. Les constitutions municipales de Bordeaux et de la plupart des villes du duché en retinrent une vive empreinte d'esprit de liberté, mais en même temps de domination sur les campagnes d'alentour. Dès le douzième siècle, on trouve la municipalité de la ville de Bordeaux composée d'un maire annuel, de cinquante jurats, et d'une assemblée de trois cents membres nommés défenseurs. La plupart des villes de la Guyenne copièrent l'organisation municipale de leur métropole et s'intitulèrent alliées et filleules de Bordeaux. Les villes qui portèrent ce titre furent celles de Libourne, Saint-Ëmilion, Bourg, Blaye, Podensac, Cadillac, Castillon, Rions et Saint-Macaire.
L'élection du maire par les habitants fut accordée à la ville de Bordeaux par Henri I", roi d'Angleterre; et le sieur de Monedey fut le premier élu à cette charge. Philippe-le-Bel, roi de France, accorda au maire etauxjurats,surla ville de Bordeaux et sur sa banlieue, les droits de haute, moyenne et basse justice qu'ils convoitaient ardemment.
Vers la fin du treizième siècle, le nombre des jurats fut réduit à vingt-quaire, celui des défenseurs à cent. Un édit d'Edouard III, roi d'Angleterre, modifia encore cette organisation de la manière suivante : les jurats, réduits au nombre de douze, continuèrent à être chargés, sous la présidence du maire, du gouvernement et de l'administration, et il leur fut adjoint pour toutes les affaires importantes un conseil de trente bourgeois annuellement élus. Les douze jurats étaient élus eux-mêmes par les- douze quartiers de la ville appelés jurades : la Rousselle, la porte Boaqueyre, Saint-Éloy, les Eyres, le Caffeman, Saint-Pierre-sous-le-mur, Saint-Siméon, Saint- Projet, porte des Paus, Porte-Médoc, Saint-Christoh.
En i548, le nombre des jurats et des jurades fut réduit à six : Saint-Eloy, Saint-Pierre, Saint- Michel, Saint-Bémy, Sainte-Eulalie, Saint-Mexens. L'édit d'Edouard III ordonnait de ne choisir que des bourgeois pour les fonctions de jurats;
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mais cetle règle ne fut pas observée dans la suite d*UDe manière absolue. Quant aux fonctions de maire, l'élection y appela de tout temps un gentilhomme.
En 1575, un bourgeois de la ville, le président Eymar, ayant été choisi par exception pour ces fonctions, le roi Henri III enjoignit de procéder à une élection nouvelle ; il consentit ensuite à confirmer celle du président, mais sous la réserve que cette dérogation ne tirerait pas à conséquence. La composition, d'abord exclusivement bourgeoise, de la jurade, ne tarda pas à être modifiée; il parut juste que toutes les classes y fussent représentées. En conséquence, il y eut deux jurats pris dans la noblesse, deux dans l'ordre des avocats, deux dans la bourgeoisie ; ils étaient nommés pour deux années et renouvelés par moitié chaque année. Leur élection était le résultat d'un vote à deux degrés; vingt-quatre électeurs nommés prud'hommes les choisissaient. Les fonctions des jurats étaient executives et administratives, sous la présidence du maire; mais, pour la délibération, il leur était adjoint un conseil électif de trente membres. Une entente si étroite existait, du temps de la domination anglaise, entre l'administration civile et l'administration religieuse, que les chanoines des chapitres Saint-André et de Saint-Seurin avaient la faculté d'assister aux séances de la jurade, et, par III. 10
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réciprocité, lesjurats avaient séance aux réunions des chapitres. Pour que cette faculté put, départ et d'autre, s'exercer sans entraves, le chapitre de Saint-André se tenait les mardis et jeudis, et les séances de la jurade les mercredis et samedis. Cet accord se maintint longtemps^ et l'intérêt général y trouvait son avantage.
Des concessions accordées pour gagner la sympathie des habitants, par les monarques français ou anglais qui, tour à tour, étendaient leur sceptre sur Bordeaux, étaient nés, avons*nous déjà dit, l'esprit et le fait des libertés municipales. De cette alternative de gouvernements différents, était né un autre esprit que nous allons caractériser : mécontentement contre le gouvernement existant et irrésistible penchant à trouver préférable le gouvernement qu'on n'avait plus. C'est ainsi que la Guyenne, se plaignant des impots trop lourds prélevés par le roi d'Angleterre, s'était soulevée , en 1 368 , en appelant le secours du roi de France; c'est ainsi qu'en 1369, le comte d'Armagnac et d'autres seigneurs, en déférant au parlement de Paris le roi d'Angleterre qui n'y comparut pas, avaient donné heu à l'arrêt du i3 mai 1370 qui prononça la confiscation de la Guyenne au profit du ' roi de France. Ces oppositions, ces protestations, ces révoltes contre le gouvernement de l'Angleterre, pourraient k
bon droit passer pour n'être que de patriotiques élans, si nous n'avions à en signaler la contre-partie. Lorsque les victoires du comte de Dunois et de ses braves compagnons eurent placé la Guyenne sous le sceptre et sous l'épée victorieuse de Charles VII , ce monarque, pour assurer sa conquête d'une manière plus sûre en lui donnant pour garantie la reconnaissance des habitants, outre la confirmation de leurs anciens privilèges, libertés et constitutions municipales, exemption de toutes tailles, subsides extraordinaires et emprunts, leur accorda l'établissement d'un parlement à Bordeaux et celui d'un hôtel des monaies. Mais l'esprit de mécontentement contre le gouvernement établi, l'habitude plus que séculaire d'une union étroite avec. l'Angleterre, reprenant le dessus, les Anglais furent secrètement rappelés. Le prélat pieux qui, de simple pâtre, était devenu archevêque de Bordeaux, le célèbre Pey Berland, fut compromis lui-même dans cette entente avec les ennemis de la France. Talbot reparut à la tête des Anglais. Ils rentrèrent dans la ville de Bordeaux par la porte de Cor qui leur fut livrée, et les villes voisines les accueillirent égale- . ment. Il fallut que Charles VII envoyât en Guyenne une nouvelle armée. Celle-ci joignit l'armée anglaise sous les murs de Castillon, et la défit entièrement ; Talbot perdit la vie dans ce combat^
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après lequel ceux des Anglais qui échappèreDt au désastre regagnèrent leurs vaisseaux. A la suite de ces événements, vn grand nombre d'habitants de Bordeaux s'expatrièrent pour aller s'établir en Angleterre.
Afin de tenir en bride désormais les sympathies anglaises des Bordelais^ Charles VU construisit, Tun sur les bords de la Garonne, l'autre dans un lieu marécageux, sur les bords du ruisseau du Peugue , le château Trompette et celui du Hâ, appelé aussi château du Far. Ces deux citadelles, par leur impopularité, jouiront désormais d'une grande importance dans l'histoire de Bordeaux. Des mesures spéciales de surveillance furent prises en même temps à l'égard des Anglais que des intérêts de commerce appelaient à Bordeaux. Leurs navires devaient attendre dans le bas de la rivière un sauf-conduit pour remonter à Bordeaux; ils étaient obligés de déposer à Blaye leur artillerie et leurs munitions de guerre. Arrivés dans Bordeaux, les Anglais ne pouvaient habiter que le logis qui leur avait été marqué parle fourrier de la ville; il ne leur était permis de circuler dans les rues que de sept heures du matin à cinq heures du soir; ils ne pouvaient aller acheter de^ * vins dans le pays de Grave ou autres localités cîrconvoisines qu'escortés et surveillés par des archers. Une déclaration de Louis XI, en i475,
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vint abolir une partie de ces précautions sévères; mais l'obligation imposée aux navires de désarmer à Blaye fut slrictement maintenue.
De nos jours, cette sympathie que créa jadis entre l'Aquitaine et TAngleterre l'acte impolitique de la répudiation d'Éléonore, n'est même pas un souvenir que la tradition ait conservé dans les masses; mais, sous l'aspect matériel, l'obser* vateur qui connaît ces deux cités peut remarquer que Bordeaux et Londres sont, dans leurs constructions, un peu vêtues du même costume de sœurs : absence de cours dans les malsons, point de portes cochères, façades élevées et de ^minime étendue, nécessitant plusieurs étages pour le logement d'une famille. Enfin la Garonne et ses mille navires n'apparait-elle pas comme une seconde Tamise plus splendide encore?
Nous pouvons dérouler maintenant les événements pour lesquels ces préliminaires historiques étaient une utile introduction. Ils nous ont révélé l'origine de cet entraînement qui^ du temps de la Fronde, poussait les habitants de Bordeaux à rechercher l'alliance de l'Angleterre. Cet entraîne- . ment avait pour cause bien moins cette déplorable tendance du moment à rechercher l'appui de toute alliance étrangère quelle qu'elle fût, que les sympathies traditionnelles dont nous venons de parler ; car, si les Bordelais profitaient alors des
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secours de TÉspagne, cet appui néanmoins était impopulaire parmi eux. L'alliance de l'Espagne n'était celle ni de leur sympathie, ni de leur politique ; mais elle était celle de la sympathie et de la politique des princes. Ces préliminaires nous ont fait également remonter à la source de cet esprit de liberté que nous verrons, faute d'être contenu dans de sages limites, dégénérer en licence effrénée.
Le plus grand désordre intérieur qui ait précédé les troubles de la Fronde est sans contredit celui qui eut lieu en i548, à l'occasion de l'établissement de la gabelle. Le peuple, forçant l'hôtel de ville, s'empara des armes, et attaqua ses magistrats ; ceux qui ne purent se dérober par la fuite furent indignement maltraités, plusieurs même furent tués, et parmi eux Moneins, lieutenant de roi. Un grand nombre de maisons de bourgeois furent dévalisées, et déjà il était question de mettre toute la ville au sac et au pillage, lorsque l'extrême danger donnant du cœur à la population honnête qui, dans tous les temps et dans tous les lieux, généralement timide, a le tort de ne se montrer qu'aux dernières extrémités, une réaction se fit, on lutta, et au bout de deux jours l'émeute fut domptée. Le connétable Anne de Montmorency et le duc de Guise, qui accouraient à la tête d'une armée, trouvèrent, k leur arrivée,
le calme rétabli. Ils imposèrent néanmoins des punitions rigoureuses : les habitants furent désarmes, Tartillerie et les munitions de guerre en dépôt à Thôtel de ville furent enlevées, les Capitaines de la ville et des châteaux qui avaient laissé par leur négligence le désordre commencer et grandir, furent mis à mort ; les privilèges municipaux et la jurade furent supprimés; enfin, pour laisser un témoignage matériel et éclatant delà répression, en l'aggravant encore, les tours de Thôtel de ville furent découvertes et ses cloches enlevées; celles de toutes lies églises le furent également.
 Finstante prière des habitants, le roi Henri II, Tannée suivante, révoqua les sévérités du connétable et rétablit la ville de Bordeaux dans ses privilèges municipaux.
En i635,le peuple se souleva à l'occasion d'une imposition nouvelle sur le vin; les mutins se réunirent aux alentours de l'église de Sainte-Eulalie pour se porter sur l'hôtel de ville qu'ils emportèrent; il y eut des tués et des blessés. Le duc d'Epernon, gouverneur de la Guyenne, accourut de son château de Cadillac et rétablit le calme. L'année suivante^ il jeta les germes de la terrible impopularité qui, de sa personne, rejaillit plus tard sur tous les siens, en faisant suspendre le droit à l'élection des jurats : les jurats nouveaux
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qui entrèrent en charge furent désignés par le' roi. L'effet produit fut si mauvais que l'élection fut rétablie Tannée suivante.
En 16489 l'exportation d'une cargaison de blés fut l'occasion de nouveaux désordres ; le mécontentement populaire se tourna encore contre le duc d'Ëpernon dont le changement fut demandé au roi.
Cette exportation de blé, en réalité, n'était qu'un prétexte; la cause des troubles avait des racines plus profondes, la Fronde commençait.
En i649) le duc d'Épemon accrut l'irritatioa par la construction de la citadelle de Libourne et de plusieurs forts sur la Dordogne. Six mille Bordelais, autorisés par arrêt du parlement, allèrent en armes attaquer les travailleurs et détruire leurs ouvrages. Ils revenaient à Bordeaux joyeux et fiers de leur expédition, lorsqu'ils se trouvèrent face à face avec les troupes du gouverneur qui les massacrèrent sans qu'il en échappât presque un seul. Après le siège de Bordeaux que nous avons précédemment décrit à grands traits \ une des conditions de la paix fut le retrait du gouvernement de la Guyenne au duc d'Ëpernon. Le prince de Condé fut nommé à sa place. La paix éphémère de i65o, qui suivit, divise en[deux
* Tome I**, page 231 et suivantes.
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séries la longue période des troubles de la Froude à Bordeaux. Nous sommes entrés dans la seconde, depuis que cette ville est devenue, après Paris, un nouveau centre d'action d'où les princes s'efforcent de faire rayonner sur la France leurs ambitieuses témérités.
Par suite d'antiques privilèges et de susceptibilités municipales, très-ombrageuses dans les villes de l'ancienne France sur les questions d'indépendance et dé liberté locales, aucune troupe de l'armée des princes n'occupait Bordeaux ^ Cette ville était en mesure de pourvoir à sa propre défense par l'existence de tout temps de compagnies bourgeoises armées et organisées. Nous ne comptons pas ce régiment de trente compagnies, fort de douze cents hommes, levé par arrêt du parlement, dont nous avons précédemment parlé *, parce que cette troupe, destinée primitivement à la garde de Bordeaux, avait été promptement employée aux opérations extérieures. Elle n'y brillait pas : envoyée sur des bateaux au secours de M. le Prince, lors de la retraite qui suivit le combat et le siège de Miradoux, elle trouva moyen d'arriver trop tard,
^ Personne n'ignore qu'à Londres existe de nos jours encore pour la cité ce privilège qu'aucune troupe armée ne peut entrer dans son enceinte.
* Voyez tomel**, page 419.
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ayant employé son temps à rançonner les riverains de la Garonne. La désertion plus que la guerre avait réduit ce régiment à deux cents hommes.
En outre, les habitants travaillaient incessamment à accroître et à perfectionner les fortifications de l'enceinte de Bordeaux, travaux qui s'exécutaient par corvées imposées aux paysans du Médoc. Bordeaux se trouvait en définitive bien plus en mesure de résister aux entreprises du dehors qu'à ses dissensions intérieures.
Cette ville était divisée en trois partis hostiles les uns aux autres, désignés sous les dénominations de grande Fronde, de petite Fronde et d'Ormée.
Ces trois partis n'étaient d'accord que pour repousser l'omnipotence royale et surtout Mazarin, son premier ministre ; mais, à part ce superficiel accord, ils se déchiraient, ne pouvant s'entendre sur les moyens et moins encore sur les personnes séparées par des rivalités jalouses. De parti royal, il n'en était même pa$ question de nom; plus tard seulement nous verrons surgir ce parti de l'excès même des calamités, et sa minorité, imperceptible d'abord, devenir l'immense majorité. Les trois partis qui divisaient alors Bordeaux présentaient entre eux les similitudes et les différences que nous allons signaler.
La grande FroDde et la petite Fronde avaient, Tune et l'autre, pour chefs des conseillers au parlement avec des ramifications dans la bourgeoisie de la ville. De cette similitude entre les deux Frondes^ passons à leur différence.
La grande Fronde se forma de ceux des conseillers et de leurs partisans qui se groupèrent autour de la personne des princes à titre d'at« tachement particulier. Ils avaient, en i65o, entraîné le parlement de Bordeaux à envoyer le conseiller Voisin s'entendre avec le parlement de Paris pour réclamer la liberté des princes prisonniers à Yincennes. Ils avaient décidé leur corps à accueillir la démarche de la princesse de Condé venant avec son jeune fils implorer asile et secours auprès du parlement et de la ville. Us avaient continué à donner des preuves de leur dévouement pendant le siège de Bordeaux entrepris en cette même année i65o, par le maréchal de la Meilleraye. Leur zèle ne s'était pas refroidi. On comptait parmi les principaux de ce parti : MM. de Trancas, de Mirât, Dalesme, Fuyard.
La petite Fronde participait plus que la grande à l'esprit qui dominait dans le parlement de Paris. Les conseillers qui la composaient avaient en vue, sur toutes choses, l'extension de leurs attributions dans le domaine des affaires poli-
tiques. Us ambitionnaient, comme leurs confrères de PariS; la dévolution à la magistrature du privilège illogique et inacceptable de la représentation nationale. Seulement, tandis que les prétentions politiques du parlement de Paris étaient populaires dans la capitale^ les mêmes prétentions affichées par ses confrères du parlement de Guyenne furent toujours impopulaires à Bordeaux. Si parfois les conseillers de la petite Fronde semblaient prendre en main les intérêts des princes, ces intérêts n'étaient pour eux qu'un souci secondaire, ils ne les soutenaient que tout autant qu'ils supposaient en pouvoir tirer quelque avantage pour le succès de leurs prétentions. Cette situation ambiguë et sans franchise, qui parfois ne les séparait de la grande Fronde que par des nuances imperceptibles, leur donnait souvent accès dans la confiance des princes; mais, comme leur concours était suspect à la multitude, cette confiance, lorsqu'ils l'obtenaient, ne servait qu'à les rendre odieux, parce que, sous leurs protestations de dévouement, la trahison était soupçonnée. Comme dans tous les troubles civils il y a constamment un parti qui, à tort ou à raison, doit supporter le poids de l'impopularité, servir d'aliment à l'excitation des esprits et de point de mire à la violence, la petite Fronde, n'ayant pu réussir à remplir un rôle dominateur, était fatale-
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ment destinée au rôle de victime. Son nom même fut emprunté à son sort. Les uns furent bannis par l'ostracisme de leurs concitoyens ; les autres^ effrayés de leur dangereuse impopularité, s'y dérobèrent eux-mêmes par un exil volontaire; et, parmi les plus persistants à braver l'orage, la plupart saisirent avec empressement l'occasion que leur offrit plus tard l'ordre royal qui vint transférera Agen le parlement de Bordeaux. Par toutes ces diminutions successives, ce parti parlementaire, qui, dans l'origine, était le plus nombreux, devint promptement le plus faible, et le nom de petite Fronde lui fut naturellement acquis. Quelques étymologistes passionnés voulurent trouver dans cette qualification de petite Fronde l'expression synonyme de fausse Fronde*. La duplicité reprochée à ce parti remontait à la période qui avait précédé, accompagné et suivi le siège de Bordeaux en iG5o. C'était ce parti, alors le plus nombreux, qui avait fait rendre au parlement l'arrêt fermant les portes de Bordeaux à la princesse de Condé et à son jeune fils, arrêt
Voyez à l'appendice l'opuscule historique intitulé : rÉvangéliste de la Guyenue, ou la découverte des intrigues de la petite Fronde dans les négociations et les mouvements de cette province^ depuis la détention de Messieurs les princes jusqu'à présent.
A Paris^ de l'imprimerie de la veufve J. Guillemot^ rue des Marmousets^ proche l'Église de la Magdeleine (4652).
bravé par rémotion populaire excitée par les conseillers de la grande Fronde qui formaieDt alors la minorité de leur corps. C'était un conseiller de ce parti, Fontenelle, qui, envoyé avec le marquis de Lusignan pour toucher du baron de Vatteville un subside de TEspagne de huit cent mille livres, persuada à l'amiral de garder la somme, qu'il n'était pas possible, prétendait-il^ de conduire en sûreté à Bordeaux; et par ce coup détourné il avait réduit aux abois l'armée des ducs de Bouillon et de la Rochefoucauld. Ce parti enfin, par son adresse, avait su, à cette même époque, acquérir l'assentiment de la princesse de Condé à l'élection, conuDe membres de la Jurade, de Nort et de Foutenelle, élection secrètement appuyée par le cardinal Mazarin.
Lorsqu'après la signature de la paix, la reine mère, accompagnée de son premier ministre, eut fait son entrée solennelle à Bordeaui, le cardinal souhaita de se voir complimenté par le parlement; les présidents d'Affis et Pichon s'empressèrenl| mais sans succès, de faire consentir leur corps à cette démarche; zèle qui leur fut d'autant plus reproché que l'un et l'autre avaient reçu des présents de la princesse de Condé : le premier^ une croix de diamants et une chaîne d'or de trois cents pistoles; le second, des chevaux de carrosae^
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Du reste, parmi les magistrats de ce parti, bien d'autres avaient l'adresse de s'insinuer et de se maintenir dans la confiance des princes, et, comme cette confiance nuisait à la popularité de ceux-ci par la nature des actes qu'elle leur inspirait, ces faux et dangereux amis étaient accusés d'être les agents secrets du cardinal Mazarin. Celui d'entre tous le plus funeste à leur popularité fut ce conseiller Guionnet dont nous avons déjà signalé les exactions, alors qu'il remplissait les fonctions d'intendant. 1) avait failli soulever toutes les com« munes contre Te parti des princes ; à ceux qui se plaignaient de ses déprédations, il donnait des quittances signées par dérision : Bien pris. Les magistrats les plus marquants de ce parti, outre ceux que nous avons déjà nommés^ étaient le président de Pommiers, de Némon, de la Chaise Martin, Duval, Deblanc, d'Espagnet, de Travers, de Massip, La Roche, dit Bastru le Rousseau, de Montesquieu. Parmi la bourgeoisie, nous citerons du Cornet et le sieur de Virelade, autrefois avocat général au grand conseil, puis chancelier du duc d'Ëpernon; il était le rédacteur des lettres adressées par le duc au parlement et à la ville> mission qui l'avait rendu un tel objet d'exécration qu'un arrêt du parlement l'avait exclu de la faculté de pouvoir acheter aucune charge dans ce corps.
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Tous ces griefs contre la conduite des chefs de la petite Fronde avaient accumulé bien des liaines. Ces haines donnèrent naissance à la formation d'un troisième parti, qui devint bientôt le plus terrible et le plus puissant. Un nouveau grief, qui dépassait tous les autres, fut le signal de la formation de ce parti. Lorsque les portes de la citadelle du Havre s'élaient ouvertes pour rendre aux princes leur liberté, la ville de Bordeaux se livrait à la joie; le parti de la petite Fronde n'était pas le dernier à se mêler à ces manifestations, bien qu'il fût le moins siDcère; quelques-uns même de ses membres se rendirent à Paris pour féliciter les princes. Le conseiller Guionnet et le prieur Pichon avaient été ses messagers. Pendant ce séjour, le prieur imagine d'entamer une négociation avec le duc d'Épernon pour lui faire entrevoir la possibilité de reprendre possession de son gouvernement de Bordeaux par le concours de sa famille et par ce» lui du parlement; des largesses, suivant lui, pouvant facilement éteindre les préventions populaires. La reine mère et le cardinal Mazarin étaient entrés dans ce projet; en cas de succès, un évêché pour le prieur, de l'argent pour ses frères, devaient en être la récompense. La négociation avait transpiré. Les négociateurs, à leur retour à Bordeaux, furent reçus avec froideur
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par leurs amis, craignant de se compromettre; ils furent accueillis par un orage dans le sein des chambres assemblées du parlement, et, dans la ville, par l'irritation populaire. Le prieur, son frère le président Pichon, et Muscadet, son autre frère, durent se dérober par la fuite à la vengeance qui n'eût pas manqué d'éclater sur leurs têtes.
A partir de ce moment les assemblées populaires devinrent fréquentes : travailler, par des manifestations de nature à effrayer la cour, contre le retour du duc d'Èpernon, devint le but proposé. Un jour, une de ces réunions tumultueuses formée devant l'hôtel du gouvernement fut refoulée jusqu'en un lieu planté d'ormes, entre l'église de Sainte-Eulalie et le château du Hà ; ce lieu devint le rendez-vous habituel des réunions populaires. Le parti de l'Ormée dut à cette circonstance le nom dont il fut baptisé *.
L'Ormée ne fut pas seulement la réunion désordonnée d'agitateurs fortuitement assemblés sans autre lien que les passions du moment, elle reçut une organisation redoutable. Ses membres, indifférents à la question des privilèges parlementaires, peu soucieux de celle de la convocation des
* Une erreur typographique fréquente dans les éditions des Mémoires de cette époque substitue le mot d'armée à celui d'Ormée, en créant ainsi une étrange confusion.
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états généraux, étaient portés sans doute au soutien des intérêts des princes dont la cause avait acquis parmi eux une grande popularité; mais, avant tout autre sentiment, ils cherchaient dans un état de sédition permanente les moyens de donner libre cours aux mauvais instincts qui les animaient. Dans tous les temps^ Texploitation d'un nom rendu odieux parmi la multitude a été l'un des leviers les plus puissants des promoteurs des désordres populaires; les Ormistes étaient habilement entretenus par leurs chefs dans un état continuel d'exaltation par une haine aveugle du nom de Mazarin. Leur faction était secrètement favorisée par les princes qui l'envisageaient comme un moyen de retenir par la crainte de ses violences ceux qui songeaient à abandonner leur parti. Comme la conservation de Bordeaux était un intérêt de première importance pour le prince de Condé, ses instructions à Lenet* prescrivaient toujours de s'entendre avec le parti le plus fort, et l'Ormée étant déjà plus forte que les autres partis, son ascendant grandissait d*autant plus. Quelques tentatives de conciliation furent faites néanmoins pour rapprocher les partis; nous verrons le prince de Conti essayer d'établir entre eux une sorte d'union, et, malgré
* Voyez la coiTespondanco du prince de Condé dans les Mé=^ vioires de Lenet.
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un traité en forme qui fut sigué dans le cours des événentents, n'y pouvoir réussir. L'Ormée avait deux chefs principaux, Vilars et Dureteste; la suite du récit les fera plus amplement connaître ; après eux nous nommerons : Phelippon, Robert et Jamet.
Le château . Trompette et le château du Hâ, situés à deux extrémités de la ville , Tun sur les bords de la Garonne, l'autre proche de la cathédrale, formaient les plus solides défenses de Bordeaux contre les attaques extérieures; mais, comme ces citadelles avaient été employées plus souvent à réprimer l'esprit séditieux du peuple qu'à repousser les ennemis, elles étaient particulièrement en horreur à la majorité des habitants, et toujours leur démolition fit partie du programme populaire, programme réalisé par les hommes et par le temps. Sur l'emplacement du château Trompette,.s'étend aujourd'hui, dominant ce port magnifique que décrit l'arc de la Garonne, une des plus splendides promenades de l'Europe. Sur l'emplacement du château du Hâ, s'élèvent des édifices d'une destination sévère : le palais de justice et la prison. Dahs ces modernes constructions sont enclavées deux vieilles tours qui ont survécu aux ruines du château : l'une^ d'une forme demi-sphérique, a retenu de nos vieilles luttes avec l'Angleterre le nom de tour
anglaise. Le vaste espace planté d'ormes qui s'étendait entre ce château et l'antique église de Sainte-Eidalie, emplacement que nous connaissons déjà pour être le point de réunion des assemblées tumultueuses de l'Ormée, est aujourd'hui occupé en grande partie par une caserne. L'église de Sainte-Eulalie s'élève encore telle qu'elle était alors dans ce lieu jadis si bruyant, devenu l'un des quartiers les plus déserts et les plus silencieux de Bordeaux. Sur une petite place qui longe l'une des faces latérales du monument, l'édilité a récemment planté, par réminiscence historique sans doute, une allée de jeunes ormes dont l'ombrage à venir couvrira, il faut l'espérer, des scènes plus pacifiques que celles abritées par leurs trop fameux devanciers.
Combien le chercheur avide des choses du passé serait heureux à Bordeaux si les bibliothèques et les archives de cette ville n'étaient plus silencieuses encore que les matériels vestiges des choses d'autrefois! Mais il n'y existe sur l'époque objet de nos particulières investigations, ainsi que nos infructueuses recherches l'ont constaté, aucun document de quelque importance. Ar* chives dé l'hôtel de ville ou du parlement, archives du gouverneur de la province ou archives des princes ayant trait a la Fronde de Guyenne, les unes et les autres ont disp^iru, non par l'effet
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du temps, mais par les ordres de Louis XI V, qui, dans le cours de son règne dominateur, a fait détruire tous ces documents, voulant anéantir, s'il Feût pu^ non -seulement la trace, mais jusqu'au souvenir même des troubles de sa minorité*.
Ce n'est donc que de renseignements épars re-
* Nous avons particulièrement constaté la preuve de ces sup* pressions dans la collection manuscrite des arrêts du parlement de Guyenne aujourd'hui conservée à la bibliothèque de la ville de Bordeaux ; les volumes correspondant aux années sur lesquelles portaient nos recherches manquent précisément. Nous nous louons cependant du bienveillant empressement avec lequel M. Gorgères^ l'honorable conservateur de la bibliothèque^ était disposé à nous communiquer tous les documents se rapportant à nos travaux. Les archives départementales eusseutété plus riches peut-être; mais leur classement se borne aux affaires administratives courantes; pour tous les autres documents dont un parait cependant vouloir s'occuper^ leur masse n'offre encore qu'un labyrinthe sans fil conducteur^ où même Ton nousa paru peu soucieux de laisser pénétrer. Cependant une société savante de la Gironde^ la Société des Archives historiques^ publie dans un recueil les pièces intéressantes detoutes les époques à mesure qu'elles se découvrent. Nous avons dû à J'obligeance de M. Delpit, secrétaire de cette société, communication de ces travaux; mais aucun document provenant des archives départementales ne se rapportait à l'époque des troubles de Bordeaux.
Cette absence de documents originaux explique le peu de développement sur la période de la Fronde donné par les écrivains de la localité dans leurs publications faites à diverses époques^ telles que la Chronique bordelaise, par Jacques Mongiron, Millanges (Bordeaux, 1672); les Annales politiques, littéraires et statistiques de Bordeaux, par Bernadou; l'Histoire des mouvements de Bordeaux, par Fonteneil; les Négociateurs bordelais, par Ribadieu; ouvrages dont les titres promettent beau-
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cueillis partout ailleurs qu'à Bordeaux, que nous avons réussi à former un ensemble historique de la Fronde de Guyenne qui n'a jamais été complètement retracée.
Cette dangereuse association qui portait le nom d'Ormée se composait de plus de douze mille adhérents; mais une organisation qui rendait cette association plus dangereuse encore consistait dans un noyau ^ centre directeur, qui ne comptait que cinq cents membres. Ces cinq cents membres eux-mêmes subissaient l'impulsion toutepuissante des deux fanatiques que nous avons déjà nommés : Yilars , un médiocre avocat y de basse condition, Dureteste, un ancien boucher devenu solliciteur de procès; l'un et Tautre, suivant le mauvais côté du caractère de leurs professions, portant dans les troubles l'astuce et la cruauté.
Les cinq cents Ormistes de choix avaient leui littérature qui faisait concurrence aux Mazari" nndes de Paris ; cette littérature produisit entre autres morceaux : le Manifeste hourdelais et la
coup, mais dont le texte, malgré Tindubitable bonne volonté des auteurs, ne tient guère les promesses.
Les bibliothèques do Paris, les Archives nationales et du Ministère de la guerre, les Mémoires de Daniel de Cosnac, sont demeurés la source où nous avons puisé nos plus précieux document*;.
Généreme Résolution des Gascons. L'Ormée tout entière obéissait à des statuts qui obligeaient ses membres à exposer au besoin leurs vies et leurs biens pour soutenir leur droit de vote dans les assemblées de Ja cité, et leur droit de contrôle de remploi des deniers publics. Par ces mêmes 3tatats ils étaient engagés à se secourir mutuellement par des prêts d'argent ne portant point d'intérêt ; en outre, à se rendre entre eux la justice par des arbitres. Enfin, comme/ dans ces temps presque féodaux encore^' on empruntait, même dans l'attaque, les formes de la vieille société qui croulait sous le double effort de la royauté et de la bourgeoisie, les Ormistes avaient leurs armoiries et leurs devises. Lés armoiries représentaient un ormeau qu'un serpent enlaçait dans ses replis; les devises étaient : Estote prudentes sicut serpentes^ et celle-ci encore : Vox popult\ vot Dei!
Ainsi formidablement constituée, cette société exécrable se signale par toutes sortes d'excès : tantôt roulant à travers la ville les flots pressés de l'émeute écumante, elle répand la terreur, le pillage et le sang; tantôt, érigée en tribunal, en face du parlement qu'elle brave, elle rend des arrêts sans appel, exécutés sur l'heure.
Les violences de l'Ormée étaient dirigées contre tous ceux des habitants de la ville soupçonnés de
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désirer le rétablissement de Tautorité royale, et contre ces conseillers de la petite Fronde i)ui, par l'ambiguïté de leur conduite, étaient devenus particulièrement suspects. Accusés de connivence avec la cour, lors de la récente et infructueuse tentative du comte d'Harcourt pour surprendre Bordeaux, les trois conseillers au parlement qui furent des premiers à subir la juridiction de TOrmée furent MM. de Montesquieu, Salomon^ du Bernée. Ils se réfugièrent à Blaye, où ils appor* tèrent peu d'espoir que les divisions intestines de Bordeaux tournassent en définitive au profit de la cause royale *. Bientôt l'ostracisme populaire prit des proportions plus considérables en* core.
I^e passage suivant de la Gazette de Renaudot, sons la rubrique du 1 1 avril i652y donne un saisissant aperçu de la situation :
ce L'on continue nos fortifications, et de £aire jour et nuit une garde exacte des fortifications de cette ville où est M. le baron de Batteville avec tout son train. Il y a ici quelques brouilleries au sujet de la sortie des suspects. Ceux qu'on appelle ici de TOrmière ayant désigné environ trois cents familles des plus considérables et même
^ Voyez à l'appendice : Nouvelles de Bordeaux par Blaye, le 3 may i652.
quelques-unes du parlement qu'ils voulaient faire sortir : à quoi il s'est opposé et a cassé leur délibération avec défense de s'assembler désormais directement, ni indirectement. »
La cassation par le parlement des arrêts rendus par rOrmée n'était qu'un vain simulacre; la lutte ouverte était celle du droit sans la force contre la force âans le droit.
Dans ces conjonctures, la cour jugea que la situation aussi périlleuse qu'humiliée faite aux membres du parlement devait les disposer à accepter avec joie leur transfèrement dans une autre ville. Cçtte politique avait en perspective le double avantage de reprendre son action sur une assemblée dont l'influence, dégagée des entraves de la pression populaire, pouvait lui rendre d'utiles services, et d'enlever à la ville de Bordeaux le prestige de la possession de ce corps éminent, en lui inspirant en outre la crainte de la perdre sans retour, si elle ne se remettait pas sous l'obéissance.
Ce projet de la cour fut plus tard couronné de succès par le transfèrement du parlement à Agen ; mais ce succès ne fut obtenu qu'après de longs et persévérants efforts. En raison du régime de terreur organisé par TOrmée, il y avait peu de magistrats, même parmi ceux qui furent exilés nominativement, ou qui furent obligés de cher-
cher leur sécurité dans la fuite y disposés à se compromettre vis-à-vis l'esprit public de leurs concitoyens de Bordeaux au point de se rendre responsables de la translation du parlement hors de cette ville. Cette appréhension fit échouer le premier projet delà cour, demeuré inconnu parce qu'il avorta dès son origine, de transférer le parlement à Limoges. Un conseiller du parlement de Bordeaux qui s'était réfugié à Tours, Du Bui^, reçut du cardinal Mazarin la mission d'organiser cette translation. Il s'en excusa par des raisons basées sur la crainte d'exposer sa mère à la vengeance. Est-il bien sûr que la vie de sa mère eût couru des dangers? Du Burg ne couvrait-il pas sa prudence du plus respectable motif? Un cœur bien vaillant battait-il sous la robe du magistrat? En présence des considérations si naturelles et si respectables de l'amour filial, nous nous gardons de décider; le lecteur jugera lui-même sur la lettre suivante *, adressée par Du Burg au cardinal Mazarin :
^ Nous avons tire cette curieuse lettre inédite des /4rckiret nationales, KK., i2i9^ page 301.
(( Monseigneur,
« J'ay receu en cette ville ou j'ay demeuré depuis le départ de la cour à cause de mon indisposition, qui m'a empesché de la suivre une lettre de cachet du roy portant commandement d*aller à Limoges dans la (in de ce mois pour y établir la translation du parlement de Bordeaux, ce qui m'oblige,. Monseigneur, d'implorer l'honneur de vostre protection pour être déchargé de cet employ que j'estime devoir être l'achèvement de ma ruine. Je vous proteste bien, Monseigneur, que je ne cherche point icy des prétextes à ne pas obéir aux ordres de Sa Majesté qui me seront tousjours sacrés ^t inviolables; mais j'ay cru. Monseigneur, que sans blesser le respect que je luy dois, je puis luy représenter les inconvéniens qui en peuvent naistre pour soumettre aveuglément tous mes intérêts à sa bonté et à sa justice. f^ conservation de mes biens, que j'ai abandonnés en partant de Bordeaux, ny la colère de ma compagnie irritée contre moy de ma sortie entreprise sans congé et contre son ordre, ny le péril évident dont ma personne est menacée, qu'on médite, suivant l'avis qu'on m'en a donné, de faire périr par des assassinats et des voyes violentes sur les chemins allant à Limoges,
OU à mon arrivée dans la ville, par de secrettes menées; toutes ces choses-là , Monseigneur, ne seroient pas d'asses puissantes raisons sur mon esprit pour m'obliger à supplier très-humblement, comme je fais, Sa Majesté de vouloir changer son ordre ou le différer. Jl n'y a en vérité, Monseigneur, que la seule considération d'une mère qui est dans Bordeaux exposée à la mercy d'un peuple furieux qui me touche et qui m'oblige à pourveoir à sa seureté à laquelle je ne suis pas moins obligé par les loix du sang et de la nature que par les sentimens de la raison et de la re« connoissance que je luy dois. La fermeté inébranlable que j'ay témoignée dans toutes les occasions qui se sont offertes, peut être un seur garand de la fidélité inviolable que je dois garder à l'avenir au service de Leurs Majestés. Je pourrois dire en cet endroit avec vérité à Vostre Kminence que, quoyque je vaille très-peu, je n'ai pas laissé d'estre recherché, mais on n'a peu jamais me gajgner par les promesses, ny par des présens, ny me vaincre non plus par les menaces que par la crainte. Ma fidélité est à toute épreuve, et je me contente sans aucun intérêt de la seule gloire que j'ay de l'avoir conservée incorruptible au milieu de la contagion et du trouble. Je ne veux point faire icy valoir mes services passés qui ont été moins utiles que passionnés, parce que
j'estime qu'il n'y a point de mérite, ny de récompense, à bien faire ce que l*on doit^ ni parler à Votre Éminence des pertes et des disgrâces que j'ai souffertes en ma personne et en mes biens, ni sur quels sujets; il me suffira de croire que si elles étoient toutes venues à sa cognoissance, elles auroient excité en elle quelque sentiment d'estime et de compassion en ma faveur et persuadé peut-être Votre Eminence de prendre quelque sorte de confiance en la sincérité du respect que j'ay tousjours eu pour elle, aussi bien absente et éloignée que présente et favorite. Je ne laisse pas, Monseigneur, de me flatter de l'espérance de n'estre pas tout à fait abandonné de Votre Éminence en cette occasion à laquelle je ne pense pas qu'elle veuille me sacrifier. Elle aura sans doute la bonté de me réserver pour rendre en quelque autre plus importante quelque plus utile service à Leurs Majestés qui, lorsqu'il ne s'agira que d'exposer mes biens et ma vie, sans y mesler celle d'une mère dont la conservation m'est aussy précieuse que nécessaire, doivent être asseurées d'une prompte obéissance. Je demande seulement, Monseigneur, en cette considération à Leurs Majestés avec toute l'humilité qui m'est possible la grâce d'être aujourd'huy dispensé du voyage et de l'employ qu'il leur a pieu me destiner à Limoges; je l'attends, Monseigneur, du secours
et de la protection de Vostre Emineiice que je réclame ; elle acquerra par là sur moy une obligation immortelle et m'obligera d'estre toute ma vie avec la même passion et le même respect avec lequel j'ay toujours été, (X Monseigneur, « De Vostre Éminence, le très-humble, trèsobéissant et très-fidelle serviteur,
« Du BURG. 9 A Tours, ce i5« avril 1652. »
Bientôt rOrmée, non contente de compter pour rien le parlement et ses arrêts^ se résolut à poursuivre la suppression complète de ce corps. Une dépêche adressée au cardinal Mazarin, sous la date du à,o mai*, s'exprime en ces termes :
(c Vous serez sans doute surpris de notre Fronde de TOrmée et du pouvoir qu'elle a eu de rendre nostre parlement interdit et de luy faire cesser l'exercice de la justice; c'est ce que le roy avec toute sa puissance et ses déclarations n*a pu encore obtenir. Ce n'est pas tout, elle prétend supprimer leurs charges et abolir la vénalité, et faire rendre la justice souveraine par des personnes de probité et de suffisance cognues. »
Convenons que l'Ormée voulant abolir la véna*
' ArcfUves nationales, registre coté KK.> 1219, page 347;
lité des charges judiciaires était souvent plus mal inspirée! Ce désir également de faire rendre là justice souveraine non par le populaire ignorant, qu'en pareil cas le populaire est le premier à récuser lui-même, mais par des personnes probes et d'une capacité reconnue, contenait le germe de bien des réformes dont le jury moderne^ s'il présentait des choix meilleurs, constituerait une partie ; les autres^ plus complètes, sont réservées au programme d'une époque peu éloignée peut-être. Ces aspirations nous fournissent la preuve que, dans les programmes des partie ardents, il ne faut sagement rien rejeter sans un sérieux examen; dans cette végétation chevelue et confuse, il se rencontre parfois quelques bons grains qui, séparés de l'ivraie, peuvent fournir les semences des moissons de l'avenir.
La politique du prince de Conti se bornait à vouloir contenir le parlement par TOrmée ; mais elle ne pouvait aller jusqu'à consentir à la suppression d'un corps dont le nom seul était une force pour le parti des princes. Cette politique se jeta donc à la traverse des prétentions du parti populaire. Un compromis en fut le résultat; les séances de la juridiction du parlement furent rétablies; mais ni les assemblées de l'Ormée, ni la juridiction exceptionnelle qu'elle s'était arrogée, ne furent supprimées*
et de la protection de Vostre Emiueuce que je réclame; elle acquerra par là sur moy une obligation immortelle et m'obligera d*estre toute ma vie avec la même passion et le même respect avec lequel j'ay toujours été, c( Monseigneur, « De Vostre Éminence, le très-humble, trèsobéissant et très-fidelle serviteur,
<c Du BURG, »
A Tours, ce 15» avril 1652. »
Bientôt rOrmée, non contente décompter pour rien le parlement et ses arrêts^ se résolut à poursuivre la suppression complète de ce corps. Une dépêche adressée au cardinal Mazarin, sous la date du ào mai*, s'exprime en ces termes :
<c Vous serez sans doute surpris de notre Fronde de TOrmée et du pouvoir qu'elle a eu de rendre nostre parlement interdit et de luy faire cesser l'exercice de la justice; c'est ce que le roy avec toute sa puissance et ses déclarations n*a pu encore obtenir. Ce n'est pas tout, elle prétend supprimer leurs charges et abolir la vénalité, et faire rendre lajustice souveraine par des personnes de probité et de suffisance cognues* »
Convenons que l'Ormée voulant abolir la véna-
^ Archives natioticUes, registre coté RK.^ 1219^ page 347;
lité des charges judiciaires était souvent plus mal inspirée! Ce désir également de faire rendre lia justice souveraine non par le populaire ignorant, qu'en pareil cas le populaire est le premier à récuser lui-même, mais par des personnes probes et d'une capacité reconnue, contenait le germe de bien des réformes dont le jury moderne^ s'il présentait des choix meilleurs, constituerait une partie ; les autres^ plus complètes, sont réservées au programme d'une époque peu éloignée peut-être. Ces aspirations nous fournissent la preuve que, dans les programmes des partie ardents, il ne faut sagement rien rejeter sans un sérieux examen ; dans cette végétation chevelue et confuse, il se rencontre parfois quelques bons grains qui, séparés de l'ivraie, peuvent fournir les semences des moissons de l'avenir.
La politique du prince de Conti se bornait à vouloir contenir le parlement par l'Ormée ; mais elle ne pouvait aller jusqu'à consentir à la suppression d'un corps dont le nom seul était une force pour le parti des princes. Cette politique se jeta donc à la traverse des prétentions du parti populaire. Un compromis en fut le résultat; les séances de la juridiction du parlement furent rétablies; mais ni les assemblées de l'Ormée, ni la juridiction exceptionnelle qu'elle s'était arrogée, ne furent supprimées*
l'y 8 SOUVENIRS .
Ne fallait-il pas prévoir en outre que, dans quelques mois à peine, après avoir compté avec les hommes^ il faudrait compter avec la saison elle-même, qui rendrait les hommes plus difficiles emcore à maintenir ? Compter avec cette saison des vendanges, à toute époque la grande préoccupation des Bordelais ! Lors du siège de i65o, cet intérêt des vendanges avait été le mobile du prompt rétablissement de la paix : ne fallait-il pas se précautionner d'avance pour qu'en i652, les bourgeois de la ville, comme producteurs et consommateurs, les adhérents de l'Ormée comme spécialement consommateurs, ne se laissassent pas entraîner à la paix sous Tempire de la même préoccupation? Il n'y avait qu'un moyen de prévenir cette dangereuse éventualité : c'était d'être assez fort au dehors, assez maître de la campagne, pour tenir l'armée royale à distance, afin de Tèmpêcher d'accomplir le projet qu'on lui prétait d'arracher les vignes. A tout prix, il était nécessaire d'assurer aux Bordelais la possibilité de faire leur précieuse récolte.
Pour obtenir ce résultat, et de plus pour défendre l'entrée et le cours de la Gironde, ce n*était pas trop du concours de l'Espagne et de sa flotte postée à Bourg sous le commandement du baron de Vatteville. Ce concours de l'Espagne iie pouvait cependant être employé qu'avec la
plus grande circonspection , par ce motif que cette alliance n'était pas populaire. Non-seulement le moindre détachement de troupes espagnoles n'aurait pu être appelé à Bordeaux pour maintenir l'ordre si souvent troujblé, sans provoquer une explosion générale; mais on vit le baron de Vatteville lui-même, seul et sans troupes, ne pouvoir paraître dans la ville sans être insulté sur son- passage. Xes Espagnols, il &ut le dire, se comportaient plus en nation qui veut as^surei^ une conquête, qu'en alliés qui, après un secours accordé, ne songent qu'à se retirer; à Bourg et sur les autres points qu'ils occupaient, ils établissaient des fortifications solides et redoutables qui révélaient le projet d'un long établissement.
Us destinaient la ville de Bourg à devenir leur centre d'action et leur quartier général ; les présidents Viole et d'Affis, les conseillers Dalesme et Fuyard, tous dévoués à la cause des princes, s'y rendaient fréquenunent de Bordeaux pour con-* férer avec le baron de Vatteville.
Les forces navales du parti royal étaient insi-=gnifiantes encore en ces parages ; quelques galiotes seulement croisaient à l'embouchure, se dérobant aux vaisseaux de l'Espagne ; elles étaient trop faibles pour entrer en ligne contre de puissants navires de guerre. Elles suffisaient néanmoins pour inquiéter le commerce maritime de la ville dé
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Bordeaux, enlevant de préférence les navires chargés de denrées; mais beaucoup réussissaient à passer sans encombre. Plusieurs navires fiamands exportant des grains venaient de sortir de la Gironde sous l'escorte d'un vaisseau de guerre des États de Hollande; celui-ci était remonté pour les chercher jusque dans ie port même de -Bordeauxy hardiesse qui avait été considérée comme une sorte d'insulte pour la Majesté du roi de France. Les galiotes parvinrent cependant à capturer un navire flamand isolé, chargé d'une forte cargaison d'avoine et de bois de sapin \
Les Espagnols travaillaient avec leur lenteur ordinaire à remettre leur flolte en élat de reprendre la mer. Il venait de leur arriver trois ou quatre cents hommes de renfort et vingt beaux chevaux que le roi d'Espagne destinait à faire des présents. Huit vaisseaux, dont l'armement était terminé, prenaient à leur bord leur équipage d'embarquement; leur destination, sans attendre le surplus de la flotte, était d'aller rallier sur la côte de .Brouage les petites forces navales dont disposait le comte du Dognon, et de là, conformément aux dispositions arrêtées avec les émissaires des princes dont nous venons de par-
' Nouvelles de Guyenne datées de Blaye^ le 3 mai 1652. .Yr* chivet du Ministère de la guerre, vol. 133.
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1er, de pousser jusque sur les côtes de Bretagne pour y prévenir et attaquer Tarmée navale du roi qui y concentrait ses forces avec dessein de faire voile pour les bords de la Gironde. Cette opération maritime pouvait être autrement féconde en résultats qu'aucune des opérations militaires qui auraient pu être tentées par les forces de terre des armées royales. La majeure partie de celles-ci étaient d'ailleurs concentrées .bien loin de la Guyenne, dans les deux armées réunies sous les ordres des maréchaux de Turenne et de la Ferté.
Si la flotte royale parvenait à s'emparer de l'embouchure de la Gironde, la possession de ce . poste isolait la Fronde >de Guyenne des secours qu'elle recevait de l'Espagne et de ceux qu'elle espérait de l'Angleterre; de plus, en interceptant tout le commerce maritime de Bordeaux, ce blocus devait réduire les habitants de cette ville à la nécessité d'implorer la paix. Il était de la plus haute importance, au point de vue de la Fronde des princes en Guyenne, et de la politique de l'Espagne, de tacher de prévenir de si fâcheuses conséquences.
Le triumvirat directeur, composé de Marsin, de Lenet, de la duchesse de Longueville, dont l'existence nous est connue S ne déchargeait pas assez
^ Voyez tome II, page 358.
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le prince de Conti de toutâouci des affaires, pour qu'il n'eût à s'y mêler souvent, mais alors avecla prépondérance et les honneurs que lui assurait sa position. Le comte de Marsin, retenu à la tête des troupes, ne paraissait à Bordeaux que dans les occasions indispensables. Le prince présidait les conseils fréquents provoqués par la marche troublée des événements; il s'en fallut de peu que l'une de ces réunions ne fût la cause indirecte d*un grand péril pour sa vie.
D'une part, la prévoyance pour ne pas manquer d'approvisionnements, en cas de siège, avait fait ' accumuler des grains à Bordeaux, où le commerce de la Bretagne et de la Hollande les apportait en abondance; d'autre part, les habitants des campagnes et de la plupart des villes de la Guyenne y avaient amoncelé leurs denrées dans la crainte du pillage. Cette surabondance était telle qu'il faut croire que toutes les maisons étaient en partie transformées en magasins, puisque l'étage supérieur de la maison même occupée par le prince de Conti était surchargé d'une provision d'avoine. Sous ce poids, le plafond de la salle du Conseil fut effondré; le prince de Conti et tous les assistants eussent infailliblement péri si, quelques instants auparavant, la séance étant levée, ils n'étaient sortis de cette salle. La maison tout entière fut si fortement
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ébranlée que le prince dut chercher ailleurs un logis*.
Jamais peut-être l'espionnage politique ne fut porté plus loin que pendant les guerres de la Fronde. Les rapprochements qui existaient entre les partis t^oqtraires par les affinités de personnes/ les plus proches parents^ les frères même figurant dans les camps opposés^ Tabsence trop fréquente de principes politiques bien arrêtés, le désir de chacun de tirer son avantage des événements, surtout par l'initiative de ce que Ton appelait un accommodement , étaient cause que des rapports sur les faits s'effectuaient non-seulement par ces émissaires gagés qui sont l'objet de l'opprobre de ceux même dont ils servent la cause, mais encore par tous les impatients de chaque parti. Ceux-ci, sans se vendre précisément, mais poussés par des motifs d'intérêt public ou privé, se proposaient toujours d'arriver à la conclusion de la paix faite par leur entremise. La cour^ par des rapports circonstanciés et souvent non signés S était mise au courant des moindres détails des faits qui se passaient en Guyenne dans le parti des princes. Ce parti y à son tour, n'était pas moins bien informé de ce qui se passait à la cour.
^ Nouvelles de Guyenne datées de Blaye le 3 mai 1652. Archives du Ministère de la guerre, vol. 133. ^ Voyez, à Tappendice, le rapport daté de Blaye, 8 mai 1652.
Voici, sur l'un de ces agents, une révélation aussi curieuse qu'ignorée. Un certain abbé Baron était à la suite de la cour ; il y inspirait d'autant plus de confiance qu'il était, dans la personne de ses plus proches , une victime des rigueurs du parti des princes. Son père et son frère étaient détenus prisonniers à Brouage par le comte du Dognon. L'abbé Baron ne pouvait être suspect, en sa présence on ne se cachait pas. Non-seulement, sur les faits, il était le premier informé; mais, pour les projets, il pouvait surprendre plus d'un secret. Les princes profitaient de cette confiance par les rapports qu'ils recevaient deFabbé. Le marquis du Plessis-Bellière, dans le passage suivant d'une lettre écrite à Le Tellier, découvrit le mystère de l'ingénieuse combinaison qui avait fait accorder à l'abbé Baron une si dangereuse confiance :
a II y a à la suite de la cour un nommé l'abbé Baron qui est de ce pays-ci, lequel mande à M. du Dognon tout ce qui se passe à la cour, et, afin qu'on ne le tienne pas pour suspect, a fait prendre son père et frère prisonniers à Brouage; mais il est certain que ledit comte du Dognon leur fait faire grande chère *. »
^ Lettre datée du camp de MareDne^ 16 mai 1652. Archives du ministère de ia guerre, vol. 133.
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De rinstallation à Bordeaux du prince de Conti date le commencement de l'influence sur ce prince de Daniel de Cosnac, bien que celui-ci, dans ses Mémoires^ ne semble en fixer la date qu a une époque postérieure de quelques mois; mais il considérait probablement cette influence première comme nulle, parce qu'il ne lui trouvait pas encore un degré au niveau de son désir. Lenet, fin observateur, et d'autant mieux porté à tout sàvoirqu'il en avait reçu la mission et y^tait intéressé, n'en jugeait pas ainsi d'après ce passage de ses Mémoires :
c Depuis que le prince de Condé avait quitté la Guyenne, le prince de Conti s'était rendu à Bordeaux pour y prendre le commandement. Il eut de graves motifs de mécontentement contre le duc de la Rochefoucauld, et Sarsay devint dès lors son entier confident ; Sarrasin et l'abbé de Cosnac furent aussi très-avant dans sa confiance*. »
Quelque jaloux que fût le prince de Conti de la part insuffisante qu'il trouvait laissée à son ambition parle prince de Condé^ le soin même restreint des affaires qui lui incombaient dépassait les limites que ne consentait pas aisément à fran-
^ Mémoires de Lenet^ édition Michaud et Poujoulat^ p. 541. Nous avons seulement rectifié dans ce passage l'orthographe défectueuse des noms de Sarsay et de Cosnac.
chir sa nonchalance naturelle, et détournait, plus que son inclination ne Vy portait, son penchantà ces intrigues de sentiment qui forment le canevas sur lequel se brode le plus souvent la vie des cours. Daniel de Cosnac s'épuisait en efforts le plus souvent inutiles, pour retenir ce prince sur la pente qui l'entraînait, en remontant son âme vers des aspirations ambitieuses moins funestes; il réussit parfois; mais le prince retombait toujours. Son étrange et déplorable passion pour madame de Longueville semblait avoir puisé dans la séparation une force nouvelle. La jalousie était le principe de son mécontentement contre le duc de la Rochefoucauld, dont il était loin de prévoir la prochaine ingratitude à l'égard de sa sœur. Ce sentiment, chez le célèbre auteur des Maximes, avait pris son germe encore latent dans l'accueil fait, à Montrond, au duc de Nemours par la duchesse de Longueville, désireuse de fixer ce jeune prince dans le parti du grand Condé. Si le prince de Conti eût été plus clairvoyant, son nouveau confident, le marquis de Sarsay, eût pu considérablement déchoir dans son amitié. Le marquis nous est connu pour Tinsuccès de la galante mission auprès de la reine qu'il avait reçue et acceptée du prince de Condé ^
< Voyez tome I*', page 220, et la note, page 457.
Sur son propre mandat cette fois, il se donna une mission du même genre à la petite cour de Bordeaux; nous pouvons nous en rapporter au conseiller Lenet qui avait les yeux trèsouverts :
a Sarsay s'attachait à la duchesse de Longueville; je crus avoir occasion de l'observer : j'en donnai avis au prince (de Condé) * . »
Pour peu que le duc de la Rochefoucauld, alors auprès du prince de Condé, eût appris que M"* de Longueville donnât au marquis le moindre encouragement, sa jalousie dut y trouver un nouvel excitant pour provoquer l'explosion de sa noire ingratitude*
Ces intrigues, quelque fâcheuses qu'elles fussent, s'effaçaient pour ainsi dire en comparaison du scandale causé par la passion que le prince de Conti affichait ostensiblement pour la duchesse de Longueville. Le public ne se gênait pas pour dire hautement que le prince emploierait bien mieux son temps à s'appliquer aux affaires ou à se mettre à la tête des troupes qui tenaient la campagne. Un placard injurieux pour l'honneur de la princesse et pour celui de son frère se trouva affiché un matin dans les principaux endroits delà ville, sur les murs de l'église de Saint-
' Mémoires de Lenet^ édition Michaud et Poujoulat, pa^fè 540.
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André, et jusque sur la porte même du logis de la princesse *.
Hélas! les rois et les princes ont eu, dans tom les temps, bien moins de vrais amis pour leur donner de salutaires conseils, au risque presque certain 'd*être mal accueillis, que de nombreux flatteurs toujours prêts à les encourager dans leurs mauvais penchants, avec la probabilité bien autrement grande d'être favorablement écoutés. Ce fut ce moment délicat de la vie de M"' de Longueville que choisit Sarrasin pour lui adresser ces vers :
a Objet en tous lieux adoré 1 « Et la Reine et son fils ont dit et déclaré
« Que vous étiez une rebelle :
« Vénus et Gupidon en ont bien dit ^autant. a Avec Anne et Louis vuidez votre querelle ; a Mais surtout contentez Vénus et son enfant ^ »
Ce n'étaient certainement pas ces poétiques et dangereux conseils qui étaient de nature à neutraliser les amertumes que la légèreté naturelle de M"* de Longueville ne suffisait pas à adoucir. Il n'est pas douteux que les avances de son frère, qu'elle ne repoussait pas assez en apparence, par fausse poli-
' Nouvelles de Guyenne datées de Blaye^ le % mai 1652. ^rchives du Ministère de la guerre, vol. 133. Voyez ce document à Y Appendice,
3 Recueil des œuvres de Sarrazin.
tique, lui étaient odieuses; de plus elle était plus ou moins brouillée avec le prince de Condé et était douloureusement affectée du bruit qui en courait. Qui le croirait ? la factieuse princesse, qui avait été comme le souffle personnifié de la Fronde et de la guerre civile, en était réduite à soupirer après la paix. Ces fragments de la lettre inédite suivante trahissent les douleurs de la princesse* :
9 M"* de Longueville pleura hier fort longtemps « après avoir deschiffré les lettres de MM. de Vi- « neuil, de la Guette*, de Saint- Mars, et me dit a en particulier, car elle ne me parle pas en a public, qu'on luy mandoit cent choses fasa cheuses dont la principale estpit qu'elle estoit « tout à fait brouillée avec vous;.... qu'elle se « mouroit d'ennuy à Bordeaux et qu'elle estoit a bien malheureuse de ce que la paix estoit rom- « pue, etc. »
Nous avons achevé de décrire l'état matériel et moral de la ville de Bordeaux au* mois de mai et au commencement de juin de Tannée i652.
' Lettre de M. de Villars au prince de Condé, Bordeaux, 3 juin 1652. Manuscrit* de Z.en«/, conservés à la Bibliothèque impériale.
,^ Nous relevons avec empressement ce nom de La Guette qu'un hasard heureux nous fait rencontrer dans cette lettre, nom auquel est venu donner un lustre récent la publication des Mémoires de la femme énergique et singulière dont il .était le mari.