IV
certains faits militaires en Guyenne, le siège de Villeneuve d'Agenet le départ du comte d'Harcourt, que nous avons racontés et dont incidemment la correspondance de Lenet nous enti'etiendra parfois encore.
Depuis la dernière apparition que le prince de Conti avait faite à Tarmée, lors de sa rapide excursion en Périgord, les difficultés révolutionnaires que présentait la situation intérieure de la ville de Bordeaux ne lui permettaient plus de s'en éloigner. Sa présence était indispensable pour maintenir dans des limites jour par jour calculées, le parti du désordre, point d*appui nécessaire, et pour empêcher les conseillers de la petite Fronde et la haute bour- <;eoisie de donner les mains à larmée du roi, afin d'arriver à la conclusion de la paix. Le prince de Coiili se sentait d'ailleurs porté à la guerre par ùlaus brillants plutôt que par une vocation soutenue. La vie de Bordeaux, malgré les agitations populaires, convenait mieux que la vie des camps h sa nonchalance naturelle, d'autant plus que ces agitations si violentes, si sanglantes même, demeuraient respectueuses pour le nom de Condé ot pour le sien. Le flot mugissant venait toujours expirer à ses pieds, n'y laissant en se retirant que son écume; celle ci toutefois lui inspirait plus d'un dégoût. Ce prince vivait donc environné par la tempête dans un calme relatif : il conduisait
des intrigues de cœur ; sans compter sa malheureuse passion pour madame de Longueville, il avait des relations de sentiment plus effectives. Il était aussi entouré d'une petite cour à laquelle ne manquaient ni le vernis trompeur, ni Télégance, ni Tesprit mordant, ni les vices parés, pour rappeler les grandes cours. Naturellement aussi il avait ses flatteurs.
Le comte de Barbézières-Chémerault *, élégant et spirituel mauvais sujet, Sarrasin, secrétaire des commandements du prince, se partageaient d'un commun accord le titre de favoris. Le marquis de Sarsay qui venait souvent à Bordeaux chargé de missions du prince de Condé, était aussi du nombre de ses compagnons de plaisir ; mais comme il était plus occupé de la sœur que du frère, il n'entra jamais bien avant dans la confiance du prince ^. Le silence gardé sur son compte par les Mémoires de Daniel deCosnac nous en est le garant. Barbézières et Sarrasin appuyaient et développaient à Tenvi le penchant du jeune prince pour la dissipation et le plaisir; le premier était inventif; le second donnait de l'entrain et du piquant aux moindres bagatelles.
* François, comte de Barbézières-Chémerault, d'une ancienne famille du Poitou, était le troisième fils de Geoffroy de Barbézières, seigneur de la Roche-Chémerault et de Louise de Marans. Nous rencontrerons dans le cours de ' cette histoire divers incidents de son aTentureuse vie.
«Voy. t.3, p. 187.
27d SOUVENIRS DU RÉGNE DE LOUIS XIV.
Dans leurs complaisances résidait tout le secret de leur faveur.
Marchant dans une voie différente qui lui était tracée par la gravité de la profession à laquelle il se destinait, Daniel de Gosnac aspirait non moins, maispar de meilleurs motifs, aux bonnes grâces du prince. Déjà il les avait obtenues dans une certaine mesure, lorsque» sur ses instances, ce prince s'était rendu à l'armée de Marsin. Se réservant pour les solides et bons conseils auxquels la vivacité de son esprit devait prêter quelque charme, Daniel de Gosnac voyait, non sans dépit, ses deux rivaux d'influence donner des avis plus séduisants que les siens et bien autrement écoutés. Découragé par cette lutte trop inégale, il aurait abandonné la partie, s'il n'avait été retenu par des considérations que lui-même fait connaître :
« Ces réflexions firent naître dans mon esprit pour la troisième fois l'envie de me retirer, et je l'aurais sans doute suivie, si mon aversion naturelle pour ma province, augmentée encore par le goût que j'avais pris pour la cour pendant le peu de temps que j'y avais demeuré, ne m'eût fait résoudre à tenter les derniers efforts pour éviter le malheur de m'en aller faire un séjour éternel ea Limousin^. » .
* Mémoires de Cosnac, t. i, p. 12.
La patience, la persévérance, lassiduité auprès du prince de Conti, furent les moyens employés par Daniel de Cosnac pour se maintenir. La politique qui devait se développer de plus en plus sous ce règne, consistant à dégoûter la noblesse du séjour des provinces pour la rattacher étroitement à la cour, avait fait germer chez lui des goûts précoces. Il dut se résigner même à ménager les deux favoris pour qu'ils ne prissent pas ombrage de sa présence. Il se soutenait sans progrès dans cet état de faveur subalterne, lorsque une circonstance vint en aide à ses désirs.
Le prince de Conti fut atteint d'une fièvre quarte dont les accès sévissaient avec violence. La maladie, comme le malheur, est la pierre de touche qui permet de discerner les attachements sûrs des amitiés frivoles. L'épreuve ne fut point à l'avantage des deux favoris. Les soins à donner à un malade, l'assiduité auprès de sa personne pour le distraire, se conciliaient mal avec les habitudes de leur vie de dissipation et de plaisir. Daniel de Cosnac au contraire, constamment dans la chambre et au chevet du malade, prit sur eux ses avantages. Le prince, sensible à ses soins, lui fit dans son cœur une part de sincère affection; il lui confia la favorable impression qu'il ressentait de sa conduite comparée à celle de ses deux amis. Le nouveau favori, par générosité en partie, par prudence plus
27d SOUVENIRS DU RÈGNE DE LOUIS XIV.
Dans leurs complaisances résidait tout le secret de leur faveur.
Marchant dans une voie différente qui lui était tracée par la gravité de la profession à laquelle il se destinait, Daniel de Gosnac aspirait non moins, maispar de meilleurs motifs, aux bonnes grâces du prince. Déjà il les avait obtenues dans une certaine mesure, lorsque, sur ses instances, ce prince s'était rendu à l'armée de Marsin. Se réservant pour les solides et bons conseils auxquels la vivacité de son esprit devait prêter quelque charme, Daniel de Gosnac voyait, non sans dépit, ses deux rivaux d'influence donner des avis plus séduisants que les siens et bien autrement écoutés. Découragé par cette lutte trop inégale, il aurait abandonné la partie, s'il n'avait été retenu par des considérations que lui-même fait connaître :
« Ges réflexions flrent naître dans mon esprit pour la troisième fois l'envie de me retirer, et je l'aurais sans doute suivie, si mon aversion naturelle pour ma province, augmentée encore par le goût que j'avais pris pour la cour pendant le peu de temps que j'y avais demeuré, ne m'eût fait résoudre à tenter les derniers efforts pour éviter le mal * heur de m'en aller faire un séjour éternel ea Li-
mousine »
• Mémoires de CosnaCj t. i, p. i2.
chapeau, et vous envoie le duplicata^ afin que vousmesme en procuriez bonne adresse. Au surplus, vous pouvez, Monsieur, eslre certain que Sa Majesté vous continuera ses bons offices avec un désir extrême d'en avoir une heureuse issue, et que pour moy j'y contribuerai à même fin tout ce qui sera de mon pouvoir, désirant d'avoir encore plus d'occasions de vous en donner des preuves, afin de vous montrer par les effets que je suis, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
« Don Louis Mendès de Haro.
« Madrid, ce 30 juin 1652 ^ »
Il ne fallait pas moins que la disposition d'esprit dans laquelle se trouvait le prince de Gonti pour lui faire trouver agréables les assurances et la perspective que lui apportait cette missive du ministre d'Espagne. Les idées du monde avaient jusque-là germé plus volontiers dans sa tête et dans son cœur que les sentiments de la vocation religieuse. Être le chef d'un parti, le général d'une
* PortefeuUIe du prince de Condé. Bibliothèque nationale. Fonds français, n. 6731, P» 121.
Cette lettre a été publiée dans la Collection Michaud avec quelques erreurs; nous lavons collationnée nous-môme sur l'original.
encore, ne voulut point abuser contre eux du ressentiment du prince. Il redoutait le revirement que pouvait aoiener la guérison. Une raison cependant semblait devoir le rassurer, contre cette mauvaise chance : ses conseils aidant, la maladie avait inspiré au prince des réQexions sérieuses; touché des sentiments d'une vraie piété, il avait conçu le désir de vivre désormais selon les devoirs de sa profession ecclésiastique. Cette résolution n'aurait plus permis au prince de Conli de continuer ses rapports d*inlimité avec ses deux favoris, si ceux-ci, avec une hypocrite souplesse, ne s'étaient pieusement transformés. Ils s'empressèrent même chaque jour de venir servir la messe dans les appartements du prince qui fut persuadé de la sincérité de leur conversion.
Cette lettre de don Louis de Haro au prince de Conti ne pouvait arriver dans une conjoncture plus opportune :
iMonsieur,
« Le sieur de Saint-AgouUn m'a mis en main celles dont vous m'avez honoré en date du 12 du mois passé. Je tiens bien chère la faveur que vous m'y faite, et que je désire mériter aux occasions qui se présenteront de votre service.
« Le roy fait de nouvelles instances pour vostre
de ses affaires, écrivit à Lenet, atteint aussi de la fièvre, le billet suivant* :
« M. mon frère m'ayant remis l'affaire de ces lieutenants-généraux, j'ay faict sonder la pluspart des mareschaux de camp, il n'y en a pas un qui ne donne les mains de tout son cœur à M. de Ghavagnac ^, ainsi je luy ai fait faire des provisions de lieu-
tenant-général queje lui donnerai aujourd'huy; car pour le marquis de Fors, il n'a qu'à se tenir le cœur gay. Je vous prie de m'euvoyer aussi par ce courrier une trentaine de pistoles. Vous voyez que je ne suis pas un gueux qui demande grand'cbose. Quand je vous verrai, je vous dirai pour quoy c'est faire. Je n'ai plus de fièvre. Je souhaite que vous soyez de même; car je pense disner chez vous un des premiers jours que je sortiray.
« Ne m'envoies point cet argent en grosse monnaie.
« On vous portera un placard qui vous fera voir de quelle importance il est de chasser promptement messieurs du parlement à l'exception de sept ou huicl que vous savés. Il est aussi tout à faict néces-
* Billet inédit que le prince de Conli a signé seulement de l'initiale de son prénom d^Armand. — Manuscrits de Lenet. Bibliothèque nationale. Fonds français, n* 6707, f» 249.
' Il était gouverneur de Sarlat et frère de Gaspard, comte de Ghavagnac, qui a laissé des Mémoires»
saire, puisqu'il n'y a plus rien à mesnager avec le parlement, d'ordonner aujourd'hui un quartier de rabais pour les artisans.
Ce billet qui nous apprend la promotion de Ghavagnac au grade de lieutenant-général au détriment du marquis de Fors* dont l'échec est tourné en
plaisanterie, nous fait connaître, outre quelques incidents, la fâcheuse ligne de conduite politique qui avait alors les préférences du prince de Conti. Lenet, toujours fidèle au prince de Condé, après avoir en termes empreints d'amertume reproché à ce prince son oubli et son ingratitude dans une récente circonstance, nous initiera avec détail à la gravité des événements :
« A Bourdeaux, ce i*' Juillet 1652.
« Gomme je n'ay jamais eu de passion plus forte que de passer le reste de ma vie, ainsy que j'ay faict tout ce qui en est passé jusqu'icy dans le service de V. A. et de sa maison, je ne peux m'empescher de dire avec liberté que je suis surpris au dernier point d'avoir apris de science cer-
^ Le marquis de Fon, le second frère probablement de mademoiselle du Vigean, voy. t. 1«', p. 146.
taine qu'elle n*a fait aucune proposition pour moy dans celles qu'elle a faites pour tous ses serviteurs, quand on en a fait pour la paix. Si ma fortune estoit assez grande pour soustenir ma famille, je ne vous tesmoignerois pas ce mal de cœur ; mais comme elle est si médiocre que je ne puis continuer à vivre comme j'ai vescu depuis quelques années sans la ruiner entièrement et que ce me seroit une honte éternelle de me voir le seul abandonné en un rencontre comme cesluy-cy où toute la France sait que j'ay agi avec honneur et fidélité, trouvez bon, Monseigneur, que je vous face souvenir de ce que je vous ay dit plusieurs fois que je vous serviray jusqu'à la mort sans vous importuner tant que vous serez malheureux et hors d'estat de faire pour les vostres ; mais que quand vous pourrey les avancer, et que vous m'oubliriez, vous me mettriez au désespoir. J'ay adjousté que je ne prétendois rien au préjudice de M. le Président Viole, je vous le répète encore, et c'est peut estre que V. A. croyant qu'elle ne pouvoit en ceste occasion que pour l'un de nous, elle a si peu de soing de l'autre. Mais souvenez- vous que vous m'avez promis qu'en ce cas de quelque manière qu'on réglast le Conseil vous m'y maintiendriez \ que vous me donneriez des emplois qui
* Lenet était conseiUer d'État.
me scroicDt sortables et du bien d'Église à mes enfants.
« Je ne vous dis pas cecy, Monseigneur, pour vous estre à charge, ny pour vous contraindre; mais seulement pour vous faire voir que je souhailte tenir ma fortune devons, éviter le mépris de tout le monde, où je tomberay par celui que vous feriez de moy, et vous faire avouer que je ne ferai rien contre mon devoir, quand par impuissance vous m'aurez réduit à une retraicte qui ne sera pourtant jamais tant que Testât présent de vos affaires continuera. J'ay deschargé mon cœur à M. de Marchin et à V. A., et après cela je n'en parlerai à âme vivante, et serviray jusqu'à la paix avec toute la fermeté dont un homme est capable.
« Depuis ma dernière lettre du 27 du passé, on tint un conseil pour adviser à ce qu'il y auroit à faire pour remettre TOrmée en son debvoir. Ceux de la grande Fronde qui y estoient comme MM. de Tarangue et de Grimard qu'on eust toutes les peines du monde de retenir, ne firent que se piqueter continuellement; enfm comme toute la petite Fronde et fort grand nombre des plattes *
> Nous n'avons rencontré dans aucun historien cette expression pour dédigner un des partis de la ville de Bordeaax ; elle était probablement propre à Lenet, et devait qualifier des gens indécis et sans vigueur. Ce parti semblerait répondre à celui que l'on a dénommé la plaine dans la Convention.
avoient protesté de ne point entrer au Palais tant que ces gens là seroient maistres de THostel-de- Ville, et qu'il importe que la compagnie soit la plus nombreuse qu'il se pourra pour remédier à Testât présent des affaires, on résolut de travailler à les en tirer. Mon advis qui fut suivy de M. de Marchin et de plusieurs autres, estoit que S. A. de de Conti prit la peine d'aller luy-mesme à l'Hostelde-Ville prendre par le poing le capitaine qui la gardoit pour TOrmée, le mettre dehors, y restablir les jurats et leur donner des gardes auxquels ils pussent prendre créance. Mais il ne fut pas suivy. M. de Moucha dévoué toute sa vie et particulièrement dans les dernières guerres pendant que Madame estoit icy, et qui nfiaintenant s'est glissé dans cette Ormée, y est accrédité et couche dans l'Hostelde- Ville où il donne les ordres ; il fallait luy dire d'en sortir et à six autres députez de quitter le poste et le laisser à la garde ordinaire.
« Le 28, sur une lettre que je receus de M. de Vatteville qui m'advertissoit de Tarrivée d'une petite frégate qui apportoit une partie des fonds de ceste lettre de change que Saint-Agoulin nous avoit apportée; je me résolus d'aller à Bourg et aussy pour le faire escrire, comme je fis démon costé audit S' de Saint-Agoulin touchant ceste affaire du compte. J'y allay donc et trouvay qu'il n'y estoit arrivé que trente mil patagons du Pé-
rou qui ne vallent pas les deux tiers des autres. M. de Vatteville me dit que je prisse de ceste somme celle que je voudrois ; qu'il estoit honteux de me présenter si peu et enragé contre tout le ministère d'Espagne qui lelaissoit icy si longtemps dans des espérances en l'attente desquelles il périssoit; que si je prenois le tout, il n'avait qu'à mander son armée navalle, embarquer tout ce qu'il avoit à Bourg et se retirer en Espagne pour ne pas mourir de faim à Bourg ; enfin il m'offrit la moitié de ceste somme, et après vingt mil patagons. Là-dessus je me mis en la plus forte colère qu'il me fut possible et iuy fis une sommation par escrit, par laquelle je le sommai d'accomplir le traité en hommes, argent, vaisseaux et munitions. Je Iuy représentai l'armement naval qui se fait contre nous en Bretagne et ceux, où le bruit icy, de Portugal, de Suède et d'Angleterre. Je protestai de la dépérition de nos troupes et de nos places arrivée et à arriver, faute d'avoir de leur part satisfait audit traité, comme il y a été satisfait de la vostre; comme aussi de l'impossibilité en laquelle vous estes de soustenir tout l'effort de la guerre sans vous fournir ce à quoy ils sont obligés; et là-dessus, sans vouloir recevoir aucune chose, je me retiray disant qu'il dépendoit de M. le prince de Conti d'accepter ou de refuser les 20,000 patagons, et y laissai Le Vacher pour y attendre ses
ordres ; cependant que je vous allois dépescher un courrier pour vous en donner advis, et vous conjurer pour éviter la perle de V. A. et de vostre maison et de vos amys, d'accepter les grands avantages qu'on vous offre depuis si longtemps et que vous n*avez refusés que pour satisfaire au désir que vous avez tousjours eu de donner la paix à la chrestienté et de tenir la parolle que vous avez donnée au roy d'Espagne; et me retirai de la sorte.
« Du 29. Je viens d'arriver de Bourg; j'ai trouvé à mon retour que l'Ormée avoit proposé de chasser promptement les quatorze proscrits, les capitaines de ville qui n'ont pas voulu prendre les armes par leurs ordres, et le dédommagement des veufves et des blessez faits au combat du Chapeau rouge. Pour les premiers, M. le Prince de Conty m'a dit qu'il leur avoit respondu qu'ils se retiroient eux-mesmes, qu'il avoit desjà fait expédier tous leurs passeports ; quand aux seconds, qu'ils donnassent la liste des suspectz et qu'on la jugeroit au conseil establi pour cela ; et quant aux troisiesmes qu'il y pourvoiroit ; cependant qu'il vouloit qu'on rendist les chevaux et meubles du président Pichon qu'ils avoient pour seureté de cela.
S. A. m'a dit encore qu'ils estoient tous hors de l'Hostel-de- Ville et mesme M. de Moucha, et qu'il n'y restoit plus que la garde ordinaire, et m'a commandé d'aller à Bacalan chercher tous ceux de la
petite Fronde qui y esloient et les inviter de rentrer au Palais.
« J'en viens, je les ay ramenés, à la réserve de MM. de la Roche et de Guionnet qui veuUent absolument aller trouver Y. A. à Paris, quelque instance et quelque prière que j*aye peu leur faire de demeurer. Les autres disent que ceux de l'Ormée estant tousjours maistres de l'Hostelnle- Ville, puisque la garde ordinaire qui y reste dépend d'eux, il n'y a point de seureté ny de liberté pour eux au Palais ; que ceux de la grande Fronde triomphent si haultement de leur abaissement, que MM. de Blaru, de Rémond et les autres ont dit ce matin en opinant qu'ils estoient de TOrmée, que M. de Boucault-le-Rousseau avoit proposé de les arrester tous prisonniers ; qu'ils n'opinent tous qu'en leur disant des injures, que de les souffrir il est fascheux, et de les repousser ils seroient accablés ; enfin tout ce que j'ay peu faire, ça esté de les ramener etempescher qu'ils ne quittassent la ville.
« Je propose, il y a longtemps, de se faire tous d'un party et de mettre la branche d'ormeau au chapeau, depuis M. le prince de Conti jusqu'au dernier de la ville, afin que tout le monde estant en droit d'aller à toutes les assemblées, l'advis des honnestes gens prévalut, comme V. A. fit au* trefois à l'assemblée de la noblesse. Je serois d'ad* vis aussy qu'après cela on fist ceste procession
générale qui avoit esté résolue, quand on donna l'amnistie, et après oster ceste grosse garde des portes et de conséquent de THos tel -de- ville, pour désarmer petit à petit le peuple qui reprenant son travail ordinaire quitteroit Thumeur de sédition. Plusieurs sont de ce sentiment- là ; mais d'autres croyent qu'il yroit beaucoup de leur honneur de monstrer qu'ils ont faibli en les faisant d'un party qu'ils ont voulu abattre ; enfin il fault tout gaigner * avec le temps et l'argent ; icy veuUent faire en un jour ce qu'on ne debvroit faire en un an.
« Je viens de recevoir vostre dépesche du 24 du passé par laquelle voyant que le calme remis à Bourdeaux vous avoit fort pieu, je me confirme dans la croyance que ceste rescheute vous faschera fort. Je Tay dit ainsy, de vostre part, à tout le monde et remonstré le tort qu'elle fera à vos affaires. Je les invitte tous h la paix et à la réconciliation les uns avec les autres. Tous ceux-là de la grande Fronde n'en veullent ouir parler en façon quelconque ; et, disant qu'ils ne veulent point de mal aux autres, se mettent insensiblement et par forme de confidence à en dire tous les maux imaginables. Je ne fais autre chose que d'adoucir tant que je puis de tous costés, et cela me donne plus de peyne que tout le reste des affaires qui par nostre pauvreté sont très-fascheuses et difficiles à soustenir. J'ay fait rendre toutes vos dépesches.