CHAPITRE XXXVI
Opérations maritimes de la guerre de la Fronde. — Le comte du Dognon et la place de Brouage. — Préparatifs du siège de cette place. — Projet d'une diversion en assiégeant Blaye. — Croisières du comte du Dognon; ses prises. — Trois vaisseaux de guerre hollandais occupent Tembouchure de la Charente. — L'île d'OIéron occupée par M. de Polastron. — Nouvelles incursions du comte du Dognon. — Son espionnage organisé. — Équippement de la flotte royale dans les ports de Bretagne. — Adjonction de vaisseaux étrangers. — Aventure de la reine Christine tombant à la mer.
— La flot le royale, sous les ordres du duc de Vendôme, met à la voile de Brest pour les côtes de la Saintonge. — Elle se renforce sur sa route. — Son effeclif. — Le comte du Dognon rallie avec son escadre la flotte espagnole. — Effectif de leurs forces réunies. — Grande bataille navale. — La flotte espagnole est vaincue; le comte du Dognon se relire avant la fîn du combat. — Dépêches inédites, du i2 et du 15 août, de Lenetau prince de Condé. — Conséquences de cette victoire. — Petite expédition maritime couronnée de succès. — Restitution d'un navire hollandais; leltre inédite de remerciments, du 20 août, des états généraux des Provinces unies des Pays-Bas au prince de Conti. — Bordeaux menacé. — Inintelligente opposition de rOimée, dans l'intérêt de sa cause, aux fortifications de l'ile de Casau. — La diversion du siège de Dunkerque sauve la flotte espagnole et Bordeaux. — La flotte de France cingle vers le nord pour secourir Dunkerque. — Le duc de Vendôme se rend à la cour. — Le commandeur de Neuchaise le remplace. — Guerre maritime entre l'Angleterre et la Hollande.
— Tentatives du prince de Condé pour obtenir l'alliance de
Cromwcl. — La flotte de France, trattreusement surprise par la flotte d'Angleterre, est vaincue et dispersée. — Capitulation de Dunkerque. — Impopularité des Espagnols à Bordeaux. -— Les Ormistes menacent le baron de Vatt avilie de le jeter à la rivière. — Traité de neutralité des villes de Rions et de Cadillac. — Quatre vaisseaux bordelais attaquent à Royan des navires de commerce. — Abandon du siège de Brouage. — Ordre au marquis du Plessis-Bellière de se rendre en Catalogne.
Nous abordons le récit des événements maritimes de la Fronde, plus importants qu'on ne le pense; car ce fut une expédition maritime qui parvint l'année suivante à donner à la Fronde le coup de grâce dans Bordeaux et par suite dans la France entière.
Le combat naval auquel nous allons assister dans les parages des îles de Ré et d'Oléron demande Texposé d'une situation que domine le comte du Dognon dans les deux petites provinces de TAunis et de la Saintonge. Maître de la côte, il Tétait presque exclusivement du recrutement des matelots ; maître de Brouage, il avait sous la inuin un port, abri nécessaire pour les forces maritimes du parti des princes destinées à tenir en échec la flotte royale en s'appuyant sur la flotte d'Espagne. Aussi le prince de Condé, subissant la nécessité impérieuse du concours du comte du Dognon, re-
commandait-il toujours de satisfaire, avant toutes choses, à SCS exigences. Le futur maréchal de France n'avait garde de ne pas user de ses avantages, il ne faisait même nul scrupule d'en abuser, jouant avec adresse un rôle à double face, destiné ci aboutir, dans les hypothèses les plus opposées, à un dénomment toujours h son profit. Toutes les forces, tous les subsides misa sa disposition, devaient lui permettre à son gré, soit de donner un vigoureun élan à la cause des princes, soit de se faire, à Toccasion de la puissance même dont il était le dépositaire, un gage pour s'accommodera des conditions d'autant meilleures avec la cour. Celle-ci, qui comprenait combien il était important de débusquer de vive force le comle de sa place de Brouage, avait confié cette mission an marquis du Plessis-Bellière. Des préparatifs considérables pour ce siège avaient été faits; des taxes supplémentaires avaient été imposées à toutes les contrées environnantes; elles étaient onéreuses; car, à ne parler que de certaines paroisses de l'élection de Saintes, celles ci avaient été taxées à cinq mille livres, outre les deux cents précédemment imposées; la part contributive de la ville de Saintes était de six h sept mille livres. Des affûts de canon étaient fabriqués à Angoulême et à Ton nay- Charente; quantité d'arbres avaient été exploités dans les bois de Saint-Jean d'Angely pour faire des machines ; on préparait h Saintes