CHAPITRE XXXVII
Attitude du marquis de Montausier dans son gouvernement d'Angoul(?me. — Prudence du chevalier de FoUeville. — Défection du marquis d'Aubeterre. — La maison d'Aubeterrc; sos alliances. — Lettre inédite de Julie d'Angennes, marquise de Montausier, du 6 août. — Traité du marquis d'Aubeterre avec le prince de Conli. — Tentatives pour fairo révoquer Tordre de départ pour la Catalogne donné au marquis du Plessis-Belliùre. — Lettre inédite de l'abbé de Guron de Kechignevoisin et de Hrachet à Le Tellier, du 26 août. — Lettre inédite du marquis de Montausier à Le Tcllier, du 20 août. — Le marquis du Plessis-Bellière et le chevalier de FoUeville reprennent possession du chAteau et de la ville d'Aubeterre. — Le marquis du Plessis-BelJière continue sa route pour se rendre en Catalogne.
Pendant que la diversion du secours de Dunkerque venait paralyser en Guyenne, dans TAunis et la Saintonge, les effets de la victoire navale remportée par le duc de Vendôme, le parti royal était tenu en échec en Angoumois, non -seulement par ses ennemis, mais de plus compromis parles troupes chargées de le soutenir.
La lettre circulaire adressée par le duc d'Orléans en qualité de lieutenant général du royaume
aux gouverneurs des provinces, dont les conséquences noos ont fourni Tépisode relatif à la ville d*U/erc1ie el a Tallaque du château de Blanchefort, en Limousin, était naturellement parvenue au marquis de Montausier, gouverneur d'Angoulême. Son zèle vi sa fidélité pour le roi, qu'il ne séparait pas du dévouement le plus absolu à la personne du cardinal Mazarin, ne pouvaient lui permettre d'obtempérer à aucun degré aux instructions de cette circulaire*. Réduit à l'impuissance d'agir par luimême, car s'il n'avait pas succombé aux graves blessures reçues au combat de Monlançais, il était cloué encore su»; son lit de douleur, réduit également à l'impuissance d'agir utilement par ses subordonnés, en raison des forces trop faibles restées sous son commandement, il s'efforçait seulement par de pressantes instances adressées à la noblesse • de son gouvernement, de la détourner de se joindre à celle du Poitou et du Périgord pour réprimer les brigandages et les excès des troupes royales. La politique ministérielle frappait, nous le savons, ce désir légitime de se protéger du môme anathènie dont elle frappait toute tentative pour obtenir la convocation des états généraux^.
Le chevalier de FoUeville, chargé du commandement des troupes laissées dans TAngoumois,
» Voy. t. lï, p. 29:), 296, 204.
' Voy. t. lU, chap. xxiii.
loin d'oser, depuis la défaite de Montançais qui avait terni l'éclat de ses premiers succès, tenter aucune opération offensive, battait prudemment en retraite h la moindre apparence d'uue agression.
Cette prudence nécessaire donna à la défection d'un seul gentilhomme de celte province le caractère d'un événement et répandit l'alarme. Ce personnage avait du reste une situation considérable par lui-même et par ses alliances de famille en Angoumois, en Périgord et en Limousin. 11 était seigneur à quelques lieues d'Angoulôme, sur le cours de la Dronne, du château et de la petite ville d'Aubeterre dont il portait le nom , 'mais en définitive il ne disposait que d'un nombre restreint de partisans actifs. François de Lussan, marquis d'Aube* terre, sénéchal de l'Agenais et du Condomois, était pourvu, depuis le 10 juillet 1652, d'une commission de lieutenant général dans l'armée commandée par le comte d'Harcourt. Après une si récente faveur, quels étaient ses motifs pour changer de parti? Nous les ignorons; mais son mécontentement devait être bien vif, ou il devait juger la situation du cardinal Ma/arin bien compromise, pour passer ainsi de l'année royale, à Tannée des princes.
Le marquis d'Aubeterre était fils de François d'Esbarbès de Lussan, maréchal de France, et d'Hippolyle Bouchard, vicomtesse d'Aubeterre, fille unique de David Bouchard, vicomte d'Aube-
terre, chevalier des Ordres du roi, sénéchal du P6rigord, et de Renée de Bourdeilles. Sa parenté proche avec la maison de Bourdeilles qui a fourni Brantôme à la littérature et aux armes, nous ne dirons pas à TÉglise, malgré son titre d'abbé *, et le comte de Montrésor à Tintrigue et à l'histoire *, donnait au marquis d'Aubeterre un pied considérable dans cette province, à une époque où les parentés étaient la base première des relations, tradition patriarcale des vieux âges bien oubliée de nos jours. Enfin le marquis d'Aubeterre tenait d'aussi près que possible à Tune des plus considérables maisons du Limousin par son mariage avec Marie de Pompadour, fille de Philippert, vicomte de Pompadour, chevalier des Ordres du roi, lieutenant général du haut et bas Limousin.
Par une contradiction qui ne détruit pas la jus-
* Pierre de Bourdeilles, abbé commandatairc de Tabbaye de Branlômc, n6 en io27, mort le iO juillet ICI 4, a été enterré (détail que nous donnons parce qu'il est peu connu) dans la chapelle du château de Hichemond, proche Brantôme. L'auteur de ces Souvenirs a vu l'inscription de sou nom avec son épilaphe gravées sur la pierre verticale incrustée dans la muraille qui indique Tendroit de sa sépulture. Brantôme a construit le cliâleau de Hichemond et l'avait ainsi nommé en mémoire de la duchesse de Hichemond ù laquelle le ratachaient de tendres sentiments. Ce château appartient aujourd'hui à M. le vicomte de Saint-I.égier.
* (llaude de Bourdeilles, comte de Montrésor, favori du duc d'Orléans, frère del.ouis XIII, mort en IG03. ïl a laissé des Mémoires,
tesse de notre observation sur l'union des familles d'autrefois, parce que cette contradiction fut momentanée et amenée par le malheur de la guerre civile, ce fut par le chevalier d'Aubeterre, propre frère du marquis, que la cour reçut la première nouvelle de sa défection : Léon d'Esparbès de Lussan, dit le chevalier d'Aubeterre, chevalier de Malte avec dispense d'âge, le 2 juin 1628, avait été promu maréchal de camp dans l'armée royale le 15 septembre 1651. Nommé, lorsque la Fronde fut terminée, lieutenant général en Catalognesous le prince de Conli, il mourut en 1707, âgé de quatre-vingt-huit ans, étant le plus ancien lieutenant général du royaume. Le duc de Saint-Simon lui reprochait d'abuser du prétexte de son âge pour se permettre le ton le plus léger. La maison d'Aubeterre eut en même temps trois frères lieutenants généraux des armées ; le troisième était Louis d'Ksparbès de Lussan d'Aubeterre, comte de la Serre, qui se distingua à Nordlingue, et dont la fille unique Marguerite-Louise épousa François, marquis de Cosnac, neveu de Daniel de Cosnac, union dont naquit Angélique de Cosnac, depuis princesse d'Egmont*. En outre, LeTellier fut informé delà défection du marquis d'Aubeterre, non par le marquis de Montausier, encore incapable
* Voy. dans le P. Anselme la généalogie de la Maison d'Aubeterre, ainsi que les Mémoires de Saint-Simon et de Cosnac.
d'écrire, mais par une illustre correspoudante dont nous sommes heureux de pouvoir placer une lettre inédile écrite en entier de sa main, sous les yeux du lecteur, parla belle Julie d'Angennes, marquise de Montausier. Nous l'avions laissée dans le calme riant et littéraire de Thôtel de Rambouillet, nous la retrouvons au chevet de son mari blessé, au milieu du trouble des guerres civiles :
«D'Angoulâmc, ce ôaoust i652«
« Monsieur,
« Vous apprendrés par M. le chevalier d'Aubeterre Testât des affaires de Guyenne, et pour celles de celte province, je vous diray que la meschante résolution qu'a prise M. le vicomte d'Aubeterre* de se déclarer pour les princes nous nuist beaucoup ; car il a donné passage à leurs trouppes par Aubeterre pour entrer dans ce pays. L'on croit qu'elles veulent essayer de charger M. de Folleville qui s'est retiré bien viste, ou de se saisir de plusieurs chasleaux qui sont dégarnis parce que toute nostre infanterie est avec M. du Plessis à Marennes. M. de Montauzicr aeu bien de la peine à empescher beaucoup de noblesse de s'assembler avec celle de Poitou
^ Bien qu'elle l'appelle le vicomle d'Aubclerre, d'après le litre de sa terre, le titre qu'il portait réellement est celui de marquis d'Aubeterre.
SOUVEiNIRS DU RÉGNE DE LOUIS XIV. 409
et de Périgord, prétendans mestre ordre aux ravages que font les trouppes qui véritablement sont si grands qu'ils aliènent les espritz des gentilshommes les plus zélés pour le service du Roy. Mais comme, sous .prétexte de cela, il se feroit peut7estre des choses contre le service, il Ta destournée de cette résolution par le moyen de ses amis le plus adroitement qu'il a pu. Je croy mesme qu'il ne se déclarera pas beaucoup de noblesse pour M. d'Aubelerre. Je vous rendis compte, il y a huit jours, des lettres que M. le duc d'Orléans et le parlement de Paris avoyent écrittes à M. de Montauzier et aux maire et eschevins de cette ville. Depuis cela Ton a encore adressé un paquet au maire remply des imprimés que je vous envoyé. M. de Montauzier m'avait chargée, il y a quelque temps, de vous écrire une lettre, laquelle je croy a esté perdue, touchant le sujet qu'il avoit de différer à mestre le sieur de la Jarrie dans le chasteau d'Ambleville * , parce que c'est un homme duquel M. de Rouannes ne saurait respondre luy mesme, après le tour qu'il a fait, ayant pris des commissions du Roy et des princes en même temps; et M. d'Harcourt fut tout prest à le faire pendre à cause de cela. Vous devez juger par beaucoup d'expériences que nous avons veues en nos jours que les gens qui manquent une
* Petite ville qui fait aujourd'hui partie de rarrondissement de Cognac.
fois en leur devoir y retombent souvent 5 et comme ce chasteau est entre Coignac etXaintes, il est d'une conséquance estrange si les ennenais le prenoyent. M. de Rouannes ne doit point craindre que M. de Montauzier se serve de ce prétexte pour mettre quelqu'un dans ce chasteau, car il est prest de le mettre entre les mains de tous ceux qu'il nommera, hors la Jarrie. 11 me charge de vous assurer de son très-humble service, et pour moy je n'alongeray cette lettre que des assurances que je vous donne d'estre plus que personne,
« Monsieur,
« Votre très-humble et trèsaffectionnée servante,
(( Julie d'Angennes * .»
Le marquis d*Aubeterre, en se déclarant pour les princes, ne s'était pas donné sans conditions; il avait signé un traité en règle avec le prince de Conti. Nous reproduisons ce traité *, non pour son importance dans la balance des événements, mais comme une des particularités curieuses de l'époque et de la situation. Ce n'était pas à de minces conditions que le marquis assurait son concours, l'égoïsme de la politique du prince de Condé appelait
' Lettre inédite, Archives du Ministère de la Guerre, vol. 134. ' Papiers de Leuet conservés à la Bibliothèque nationale»
non le dévouement, mais Tégoïsme de ceux qui se déclaraient pour sa cause :
« Aujourd'hui, dixième du mois d'aoust 1652, à Bordeaux, Nous, Armand de Bourbon, prince de Conli, prince du sang, pair de France, etc., ayant ouï les propositions qui nous ont été faictes de la part du sieur mjarquis d*Aubeterré, pour entrer dans toutes les conférences et traiclés faitz par Monsieur mon frère, Monsieur le prince, et nous, pour Texpulsion du cardinal Mazarin, ses fauteurs et adhérans, et parvenir à la paix générale, luy avons accordé, tant au nom de mondit seigneur le prince qu'au nostre, ce qui s'en suit :
(' A sçavoir que commission lui sera expédiée pour servir en qualité de lieutenant général dans les armées que le sieur comte de Marchin commande de nostre part ou autres estant sous l'autorité de Monsieur le prince et la nostre, à son choix.
« Que pareillement lui sera délivré par le trésorier de l'armée la somme de dix mille livres pour mettre sur pied la compagnie de ses gardes.
« Qu*en cas qu'il aye besoin pour la seureté des villes et chasteau d'Aubeterre, qui dorénavant demeureront pour le service du Roy ès-fins des traictés sous l'autorilé de Monsieur le prince, de plus grande garde que celle qui y est establie, sera donné
de rinfanlerie suffisamment pour leur conservation et deffense, et que Tofficier qui la commandera y estant, recevra les ordres de celuy qui sera estably par ledit sieur d'Aubeterre pour y commander.
« Et en cas que ladite place vinst à estre prise par les troupes dudict cardinal Mazarin ou autres ennemis, nous avons accordé es dits noms et promis audit sieur marquis d'Aubeterre de ne point faire la paix sans qu'elle luy soit restituée et luy indemnisé des pertes qu'il y aurait souffertes, et sans qu'il soit remis dans toutes ses charges.
« Et mesme après la paix faite, que Monsieur le prince et nous employerons nos soings et rendrons nos offices auprès du Roy pour faire obtenir audit sieur marquis d'Aubeterre un baston de mareschal de France et des titres portant érection de la terre d'Aubeterre en duché-pairie, et supplierons Sa Majesté de luy faire payer Irois-cent-mille livres qu'il nous a dit luy estre dheues pour la récompense du gouvernement de Blaye qui appartenoit jadis à Monsieur le mareschal d'Aubeterre, son père.
« Comme aussy ledit sieur marquis d'Aubeterre promet d'entrer, comme en effet il entre dès à présent, dans tous les traités faicts et à faire par Monsieur le prince et nous pour les fins susdites, sans jamais en faire aucun particulier sans son consen-
tement; et de demeurer dans nos intérêts jusqu'à la conclusion de la paix.
« Fait à Bordeaux, le i\ aousl 1G52.
« Armand de Bourbon.
« aubeterre.
(( Par monseigneur, Meuret de La Tour. »
« Ce tresiesme aoust 1652, nous François de Lussan, marquis d'Aubeterre, avons reçeu le traité cy-dessus, ainsi qu'il a plu à S. A. Monseigneur le prince de Conty Tavoir pour agréable, tant pour S. A. Monseigneur le prince que pour luy, et promettons Texécuter en ce qui nous touche selon sa forme et teneur.
« Fait à Aubeterrc, ce 14 aoust i562.
a AuBETERRE. »
Après la conclusion de ce traité, Tarmée des priuces prit possession d'Aubeterre; la Gazette raconte ce fait en ces termes * :
« Les troupes du colonel Balthazar et de Marsin qui estoient à la Tour Blanche après avoir longtemps mugueté Aubeterre, s'y sont logées, mais elles tesmoignent vouloir marcher de là plus avant, et d'autant plus que le sieur de FoUeville n*est pas assez
^ ArUcle sous la rubrique : Xaintes, le 2i aoust 1652.
4i4 SOUYEiNIRS DU RÉGNE DE LOUIS XIV.
fort pour l'empescher; il s'est contenté de laisser garnison dans Barbézieux, et, avec son armée, est allé à Merpins entre Coignac et Pons. »
Ce n'était pas sans amertume que le marquis de iMontausier voyait ainsi décliner dans son propre gouvernement la cause dont il était le fidèle défenseur. Elle était menacée de se trouver compromise plus gravement encore par le prochain départ du marquis du Plessis-Bellière pour la Catalogne, lorsque deux émissaires de la Cour, dont l'un, l'abbé de Guron de Rechignevoisin, nommé évêque de Tulle Tannée suivante en récompense de son zèle, écrivirent à Le Tellier pour obtenir la révocation de cet ordre de départ :
(( Monseigneur,
(( Messieurs du Plessis et d'Estissac avecq les Mareschaulx de camp qui doibvent servir en Xainctonge et dans les gouvernements de la Reyne, s'estans assemblés en cette ville pour concerter ce qu'il y a à faire pour l'exécution des ordres du Roy apportés par le sieur Robineau, il y a esté résolu que conformément à Tintention de Sa Majesté, M. du Plessis partira dans deux jours deMareniies pour marcher vers le Périgord et laissera à M. d'Estissac le régiment de Montausier et le sien. Je croy qu'il vous escrira, comme il nous a dict.
SOUVENIRS DU RÉGNE DE LOUIS XIV. 4i5
qu'il ne peut se charger de conserver les postes aux environs de Brouage et fera beaucoup s*il prend celuy de Soubize que je croy qu'il pouroit faire et luy seroit fort avantageux en ce que, par ce moyen, il s'exemptera de manger l'Aunix et seroit en estât dépasser la Charente et aller le secourir, si M. du Daugnon vouloit y dessendre et faire des courses. Outre qu'il faciliteroit l'enlèvement des sels des rébelles qui pouroient ayder au payement du pain qu'il faudra donner à ces deux régiments auquel vous n'avez point pourveu ; et les choses sont pour ce regard et les autres affaires d'Aunix d'une manière que je ne puis y servir davantage s'il n'y est remédié sur ce que je vous en représenteray; et pourquoi M. l'abbé de Guron et moi partirons dans huit jours de La Rochelle pour nous rendre en Cour. « M. le commandeur de Neufchaize doibt estre parti aujourd'hui de La Rochelle avecq l'armée navalle. Je ne sçay s'il aura pris le régiment de la Meilleraye pour le porter à Dunquerque ayant dict qu'il ne le feroit pas si on ne luy bailloit la subsistance pour un mois; et, sur ce que M. d'Estissac n'a pu le satisfaire, j'ai faict que M. du Plessis- Bellièreluy a envoyé neuf mille livres qui est pour dix jours, qui semblent pouvoir suffire pour le traject dudict régiment, puisque tous les vaisseaux n'en ont que pour un mois en tout pour aller et retourner.
4i6 SOUVENIRS DU RÈGNE DE LOUIS XIY.
« M. de Vandosme estant allé en Cour vous aura (lict sans double Testât auquel on laisse tous ces pays ici et les apparences qu'il y avoit d'y bien réussir, soit à Brouage ou à OUeron. Si nous n'avons pas la paix et qu'on veuille encore entendre sur ce que M. l'abbé de Guron et moi vous en représenterons, il n'y a qu'à envoyer ordre à M. du Plessis de ne passer pas la Dordogne, ce qu'aussy bien il ne peult faire d'un mois pendant lequel il trouvera assez de quoi s'occuper dans les terres de M. d'Aubelerre et en Périgord; et le siège de Villeneuve estant levé et Barcelonne secouru par le chevalier de la Perrière, il semble qu'on aura peu affaire de ses troupes en l'un et l'autre de ces lieux-là. Joignez que pour le dernier, il ne peult y arriver de deux mois, et y conduire quatre mille hommes de pied et mille chevaux, comme on leur ordonne, à moings que de ne rien laisser en Guyenne. Vous y ferez la réflexion qu'il vous plaira vous suppliant me faire toujours l'honneur de croire que je serai éternellement,
« Monseigneur,
(( Voslre très-humble et trèsobéissant serviteur,
« GunoN, Brachet.
« Â Saintes, le 26 aoust 1 652 ^ »
* Lettre inédite, Archives du Ministère de la Guerre^ vol. 134.
Le marquis de Moiilausier décidément entré dans la période de la convalescence écrivait de son côlé au môme ministre :
« IVAngoulesme, ce 29 aoust 1652.
« Monsieur,
« N'estant pcis en estât de vous escrire lorsque iMonsieur le -chevalier d'Aubeterre passa icy, je priay madame deMontausier de vous dire ce qu'il y avoit de nouveau en ces quartiers. Depuis cela, suivant les seconds ordres que vous m'avez envoyés touchant les intentions du Roy pour les troupes qui sont dans ces provinces, M. du Plessis-Bellière a résolu de quitter le poste de Marennes et de marcher avec la cavalerie et l'infanterye, h la réserve d'un régiment d'infanterye qu'il laisse h M. d'Estissac, avec le sien qui est descendu de dessus les vaisseaux et si mal mené qu'il n'a pas cent hommes. Vous pouvez bien juger qu'avec si peu de forces, il ne sera pas en estât de tenir un poste proche Brouage, où M. du Dognon a une assez forte garnison. Quoy que les ordres que j'ai euz en mon particulier m'expliquent assez, que mon régiment me doit demeurer, l'on n'a pas laissé de le donner à M. d'Estissac, d'auprès duquel je ne l'ai pas voulu oster, parce que j'ay tenu à cœur le