IV
service du Roy, et que j'évite tant que je puis d'avoir des brouilleryes aveq ceux qui comme moy servent Sa Majesté; mais j*ay peur à Faveuir que je seray contraint de le retirer, tant pour en mettre une bonne partye dans Xainles que pour en tenir aussy dans plusieurs autres endroits de cette province, où il en est de toute nécessité besoing; et je vous supplie très-humblement de me vouloir faire la grâce d'envoyer promplement des ordres qui approuvent que je m'en serve, puisqu'il m'est absolument nécessaire. Lorsque M. d'Aubeterre se déclara du party des princes, cela fît un assez grand bruit en ces quartiers et mesme beaucoup d'autres gens branlèrent aussy pour faire comme luy; mais j'ay esté assez heureux pour les en avoir destournés, quoyque presque toutte la noblesse soit à demy révoltée à cause des pilleryes terribles que font les gens de guerre qui vivent dans une licence qu'il n'est pas possible d'imaginer les désordres qu'ils font. Cela me fait juger qu'il seroit à propos de tenir de bonnes et fortes garnisons dans nos places pour les conserver et pour tenir en bride celles des places des ennemis. Ce qu'en faisant on pourroit bien se passer d'en avoir dans la. campagne, particulièrement si M. du Plessis demeure en Périgord. J'ay quelque intelligence dans Aubeterre qui me réussira ou me manquera avant qu'il soit six jours; sy par celte voye je ne puis rien faire,
M. du Plessis en pourra faire le siège, car il doibt marcher de ce costé là. Mais je crains que les ennemis sçachant que ces troupes qui estoient devant Villeneufve d'Agenois sont à présent éloignées d'eux et dans des quartiers qu'ils ne doivent pas quitter sy tost, ne se mettent en campagne pour s'opposer à ce dessein aveq plus de mille ou douze cens chevaux qu'ils ont, et de l'infanlerye qu'ils pourront aussy mettre en campagne, par l'assurance qu'ils ont que l'on n'est pas en estât d'attaquer leurs bonnes places. Les forces de M. du Plessis ne sont qu'en infanterye, il n'y a que le régiment de Lislebon ne qui atousjoursesté ou à peu près le seul corps de cavalerie qui esloit en ce pays qui n'esfque de quatre cens chevaux, et encore dans une si grande espouvante que les partis qu'on en destache au lieu d'aller chercher des nouvelles des ennemis, s'en vont à une lieue ou deux du quartier faire des désordres dans les maisons des gentilshommes. Je crois estre obligé de vous apprendre que j'ay veu M. de Conille qui commandoit les gendarmes de M. le comte d'Harcourt en l'absence de M. d'Estouvailles et les officiers du régiment d'Armagnac; ils m'ont tous promis de demeurer dans le service du Roy; et outre qu'ils croyent que c'est l'intention de M. le comte d'Harcourt, c'est qu'ils n'en ont donné leurs paroUes de façon qu'il m'a paru qu'ils n'avoient pas dessein d'y manquer.
Voilà tout ce quo. je me trouve obligé de vous escrire à présent, sur quoy j'attendray que vous me fassiez riionneur de me faire savoir de vos nouvelles, en la qualité que j'ay d'estre,
« Monsieur,
(( Voslre très-humble et très- « obéissant serviteur,
« Mont AUBIER *. »
Les démarclios faites auprès du ministre secrétaire (TÉiat (le la guerre ne purent faire révoquer la résohilion prise de diriger sur la Catalogne le marquis du Plessis-Bellière avec les troupes qu'il commandait ; mais le marquis de Montausierput du moins tirer un ulile parti de leur passage dans son gouvernement. Le gouverneur d'Angoulême parle dans sa lettre d une intelligence dans la ville et le cliàtoaii d'Aubeterre qui devait réussir ou lui faire défaut dans un délai de six jours. Ces intelligences appuyéf»s d'une démonstration militaire aboutirent au succès désiré.
Le marquis du Plessis-Bellière avait levé son camp de Marennes le 29 août ; il était arrivé à Barbezieux le 3 septembre. Le chevalier de Folleville Tavait, le môme jour, rejoint dans celle ville. Le lendemain, ces deux cliefs, avec leurs troupes
* LeUre inédite, Archives du Afinislèrede la Guerre, vol. I4i.
combinées, marchèrent sur Aubeterre, et Toccupèrent sans avoir rencontré aucune résistance à
vaincre V
La remise de celte place au parti des princes par le traité du 11 août précédent n'eut donc que le résultat le plus éphémère. L'abandon du siège de Brouage avait permis sur ce point une concentration de forces inattendue qui avait déjoué toutes les prévisions contraires. Après avoir confié la garde du château au capitaine La Forest, le marquis du Plessis-Bellière se mit en devoir de continuer sa route.
Le comte de Marsin et le colonel Baltha/ar,qui se trouvaient h trois lieues d'Aubeterre sans avoir pu secourir cette place, voulaient manœuvrer de manière h lui intercepter le chemin de la Guyenne ^ ; mais la ferme résolution du marquis du Plessis- Bellière de pousser en avant suffit à lui ouvrir une route que les chefs de Tarmée des princes renoncèrent à lui disputer. Une lettre du 16 septembre ^ de Lenet au prince de Condé, signale le passage à Brantôme du marquis à la tête de deux mille cinq cents fantassins et de six ceuiS cavaliers;
' Gazette, avi. sous la rubrique : De Barbôzieux, le 3 septembre 1652.
* Gazette, art. soUs la rubrique : De Mareuil, le H septembre 1652.
* Lettre publiée dans la Collection Michaud.
de ce point, du Plessis-Bellière se dirigea sur la Dordogue qu'il franchit en s'appuyant sur l'armée royale de Guyenne qui avait ordre d'assurer sa marche.