‹ Souvenirs du règne de Louis XIV (volume 3)Chapitre 54 sur 90 · II · texte numérisé non relu

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passage au prince d'Harcourt, muni d'un passeport du roi, et s'en allant rejoindre son père^ le comte d'Harcourt, en Guyenne; si elle permit aux marquis de Roquelaure et de Yillars de traverser Orléans, elle leur interdit d'y faire le moindre séjour * .

Quelque enivrée de ses succès et de son autorité que fut Mademoiselle, elle n'avait garde de perdre de vue le mariage, objet de son ambition. Pour cette fui, il était nécessaire que la cour, tout en la redoutant assez pour désirer son alliance, ne prit pas sa conduite en assez mauvaise part pour rejeter comme inacceptable la conclusion désirée. La Porte, valet de chambre du roi, étant de passage à Orléans pour aller rejoindre la cour, ' Mademoiselle saisit avec empressement cette occasion de faire parvenir à la reine les raisons les'

* Relation de ce qui s'est passé en France depuis le & Jan* vi'er 1662 jusqu^au 26 atTil 1653; manuscrit conservé à la Bibliothèque impériale, fonds do Sorbonnc, n" i2n7.

Nous devons la connaissance de Texistence de ce manuscrit à un jeune crudit, élève de TÉcole des chartes, notre parent, M. Antoine de Villefosse. Nous avons à plusieurs reprises puisé dans cette relation d'intéressants détails inédits, et son exacii-. tudc sur les faits connus nous a donné une juste confiance dans Tcxactitude des autres récits.

A l'occasion de renregistrcnient fait au préstdial d'Orléans, cette relation commet seulement une erreur évidente de nom ((ue nous rectifions : elle attribue au marquis de Sourches une opposition qui ne pouvait émaner que du marquis de Sourdis, jjouverneur d'Orléans.

plus sastifaisantes qu'elle put trouver pour expliquer sa conduite. Elle l'entretint, dans ce but, pendant plus de deux heures. La Porte, arrivé à Sully, s'acquitta de son message , et ne reçut de la reine^ que cette réponse narquoise : « Ce n'est pas pour son nez, quoiqu'il soit bien grand ^ »

Les généraux ni les officiers des années de Condé et d'Espagne ne devant pas entrer dans Orléans pour se conformer aux promesses faites aux habitants, il fut résolu qu'un conseil de guerre se tiendrait hors la ville pour discuter les opérations militaires qu'il convenait d'entreprendre. Mademoiselle s'y rendit. Une pauvre maison du faubourg Saint -Vincent, qui n'offrait pour sièges que quelques coffres de bois, fut le lieu de réunion. La délibération s'ouvrit sur deux partis circonscrits en apparence dans les limites du programme tracé par le duc d'Orléans : le premier, de descendre la Loire par la rive droite, pour aller s'emparer de Blois ; le second , de la remonter sur la même rive, pour'aller s'emparer de Montargis. Le premier parti, s'il n'étaitsuivi du passage de la Loire pour rejoindre le prince de Condé, offrait un désavantage sans compensation, celui de découvrir Paris; le second, au contraire, interposait une armée entre la capitale et la cour.

* Mémoires de La Porte»

Los nieiiibres du conseil de guerre, outre les ducs de Nemours et de Beaufort, étaient le baron de Clinchanip , qui commandait les troupes espagnoles, au nombre de quatre mille hommes, Tavanncs, Coligny, Valon, Rohan, Flamarins, Villars, dit Orondate^ HoUac, Sommery, Fiesque, liréauté, Frontenac, et les deux conseillers au parlement Croissj' et Bermont. Les avis se parta-. gèrent. La marche sur Montargis fut proposée par Valon et Clinchamp ; la marche sûr Blois fut vivement soutenue par Nemours et Tavannes. Les deux conseillers au parlement, après s'être quelque temps défendus, pour cause d'incompétence, de donner leur avis, opinèrent pour Montargis. Mademoiselle^ qui s'était réservé de parler la dernière, fit connaître son choix sans éprouver nul embarras : « Je vous assure qu'en cela, comme en toute autre circonstance, le bon sens règle tout, <'t ([ue, quand on en a, il n'y a dame qui ne commandât bien des armées*. » La princesse conclut pour Montargis.

La majorité imposante (|ui se déclarait {>our ce dernier parti exaspéra au plus haut point le duc (le Nemours, car il n'est pas douteux que si la marche sur Blois l'eut emporté, il eut passé la Loire, en dépit de toutes les recommandations

* Mé moites de Mademoiselle de Monfpensier.

DIT Rrf^CNE DE LOUIS XIV. 6q

(lu duc d'Orléans, pour voler en Saintonge et en Guienne, au secours du prince» de Condé. Dans son emportement, il menaçait de séparer ses troupes de celles du duc d'Orléans , et s'écria que l'on trompait M. le Prince. « Qui le trompe? » lui demanda le duc de Beaufort. « C'est vous, » repartit le duc de Nemours ; et les deux beaux-frères se précipitèrent l'un sur l'autre. Se frappèrent-ils? D'après le récit des Mémoires de Chavagnac, le duc de Nemours eut seulement la joue effleurée par l'aile du chapeau du duc de Beaufort; le duc de Nemours prétendit avoir reçu un soufflet; mais le cardinal de Retz raconte avoir ouï dire des témoins eux-mêmes qu'il ne le reçut qu'en imagination, et ajoute que « c'était au moins un de ces soufflets problématiques dont il est parlé dans les Petites Lettres de Port-Royal » . Quoi qu 'il en soit, pour commencer une plus noble lutte, les deux rivaux mettent l'épée à la main. Au milieu (run effroyable tumulte, les personnes du dehors avant fait irruption dans la salle, on parvient à les séparer. Nemours ne consent à rendre son épée (|u'à Mademoiselle; Beaufort met un genou en r<Tre pour lui demander des excuses de s'être laissé aller à un pareil emportement en sa présence. Au bout d'une heure de pourparlers, la colère du duc de Nemours n'était pas encore calmée; à la fin, Mademoiselle obtint qu'il em-

brasserait le duc de Beaufort. Beaiifort, qui avait la larme facile, se mit à pleurer d'attendrissement, et la réconciliation se fit. Réconciliation plus apparente que réelle; Tannée i65a ne devait pas s'écouler sans que cette animosité des deux beaux -frères n'aboutit au plus tragique événement.

Mademoiselle rentra le soir même à Orléans, et les généraux, mettant à exécution les résolutions prises dans le conseil de guerre, dirigèrent le lendemain leurs troupes sur Montargis. Simultanément, l'armée royale, divisée en deux corps, sous des chefs indépendants l'un de l'autre, le maréchal de Turenne et le maréchal d'Hocquincourt, exécutait un mouvement en remontant la Loire par la rive opposée.

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