‹ Souvenirs du règne de Louis XIV (volume 3)Chapitre 71 sur 90 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Le parlement de Paris transféré à l^ontoisc par une déclaration royale. — Une faible minorité obéit. — Le parlement de Paris et le parlement de Pontoise fulminent des arrêts l'un contre l'autre. — Le parlement de Pontoise se grossit de nouveaux arrivants. — Par une habileté convenue avec la cour^ le parlement de Pontoise prend l'initiative de remontrances contre le cardinal Mazarin. — La surintendance donnée au duc de Bouillon. — Mort inopinée du duc de Bouillon. — Divers jugements portés sur le duc de Bouillon. — Influence considérable de sa mort sur la suite des événements. — Le chancelier Séguier rappelé à la cour. — Lettre inédite du duc d'Orléans pour réchange de Henri des Cars, seigneur de Saint- Ybard. — Mort du duc de Valois.' — Ordre du roi au marquis de Praslin d'arrêter au lM'S4)in l'archevêque de Sens.

— Lettre inédite du marquis de Praslin à le Tellier. — Départ <lu cardinal Mazarin pour son second exil. — Déclaration royale en faveur du cardinal Mazarin. — Désir général de la paix à Paris. — Tout le monde veut négocier avec la cour.

— Lettre inédite de la duchesse d'Aiguillon à le Tellier. — Les avances des princes repoussés par la reine. — Perplexités du duc d'Orléans et du prince de Condc.

La politique de la cour était conduite par un miiu'stre trop habile pour ne pas tirer parti des conjonctures fâcheuses dans lesquelles se trou-

vait engagé le parti de ses adversaires, tant par l'abandon extérieur dans lequel le laissait la retraite de Tarmée d'Espagne , que par la situation intérieure qu'il s'était impolitiquement créée dans Paris. Le ministre songea surtout^ pour parvenir à ses fuis, à tirer parti du refroidissement singulier du parlement pour la Fronde, dont il n'envisageait plus que les excès depuis les scènes sanglantes de l'Hôtel-de- Ville.

Une déclaration royale du 3o juillet i65a transféra à Pontoise, où était la cour, le parlement de Paris. Quelle que fût néanmoins la tendance du parlement à se ranger sous l'autorité royale, il était encore trop engagé avec le parti contraire, et tenait trop a obtenir des garanties, pour obtempérer en masse à cet ordre. Une imperceptible minorité seulement obéit ; ce furent : les présidents deNovion, de Mesme, Le Coigueux, les présidents des enquêtes, Perrot, de Bragelone, de Guénégaudjles conseillers Menardeau,Le Fèbvre, Tibeuf, de Sève, Tambouneau, Besnard, Mandat, L'Allemand, Le Fébure de la Barre, Bordier, Fieubet, Molé-Sainte-Croix, Bretinnière, Feydeau, de Merle *. Le procureur-général Fouquet se joignit à eux. Ils sortirent sans bruit de Paris, et, à

^ Nous avons tiré cette liste des manuscrits de Dubuissou- Aubenay conserves à la bibliothèfue Mazarine : Journal des guerres civiles, t. Vil, p. il 96.

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peine arrivés à Pontoise, se mirent à fonctionner comme parlement véritable, malgré le ridicule dont les courtisans eux-mêmes ne manquèrent pas de les abreuver à cause de leur petit nombre. Leur premier acte fut d'enregistrer une seconde déclaration royale qui transférait également à Pontoise la chambre des Comptes et la cour des Aides.

La grande majorité du parlement restée à Paris fulmina immédiatement des arrêts contre son petit confrère de Pontoise , déclarant déchus de leur charge y et leur postérité incapable d'en posséder à l'avenir, tous ceux qui s'étaient rendus dans cette ville. Le parlement de Pontoise rendit coups pour coups, et l'on vit pendant quelque temps les deux parlements s'anathématiser avec une réciproque ardeur. Néanmoins un effet considérable était produit; aux yeux du plus grand nombre, le parlement de Paris parut être celui qui était entaché d'illégalité; et celui de Pontoise s'augmenta peu à peu de nouveaux arrivants.

Pour achever de donner à ce parlement transféré l'adhésion de l'opinion, enlever tout motif à la résistance contre l'autorité rovale, et rétablir enfin celle-ci dans sa plénitude, la reine se résolut en apparence à un douloureux sacrifice : une seconde séparation avec le cardinal Mazarin. Nous

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avons exposé précédemment, en l'appuyant sur (les preuves irrécusables*, à quel point son retour prématuré d'iui premier exil avait été impolitique : l'autorité royale, qui était au moment de reprendre son empire, 'en avait été de. nouveau profondément ébranlée. Il s'agissait de réparer cette faute. Une comédie trcs-habile sans doute, mais pou digne de la franchise et de la majesté royale , fut jouée avec un plein succès. D'cibord on laissa au parlement de Pontoise l'initiative de remontrances pour l'éloignement du cardinal de Mazarin rédigées en termes dignes du parlement resté à Paris ; ensuite le roi demanda deux jours de réflexion pour donner sa réponse. Ce délai était convenu pour permettre au cardinal Mazarin une attitude de désintéressement et de dévoùment à l'intérêt public, de nature à lui permettre d(* recueillir plus tard k maturité les fruits de [si beaux sentiments. Le cardinal devait supplier le roi de lui permettre de se retirer, puisqu'il était le seul obstacle au rétablissement de la paix et de son autorité ; et le roi devait accepter ce sacrifice en publiant une déclaration pour dire que son ministre, par son abnégation , pouvait être considéré comme le restaurat<»ur de l'État. Tout le mérite de la retraite

* Vi.\. t. I, p. 375.

du cardinal se trouverait ainsi reporté sur luimême.

Le cardinal Mazarin ne se décidait cependant pas à ce parti sans une profonde répugnance. Lors de son premier exil , il avait vu la faveur de la reine se refroidir graduellement à son égard , il avait couru le danger d'être supplanté, et cette crainte , au risque de compromettre la couronne elle-même, lui avait fait braver l'inopportunité d'un retour prématuré * . Son second exil ne pouvait-il pas faire courir un semblable péril à sa faveur? Précisément l'influence politique du duc de Bouillon grandissait chaque jour; du temps où le prince de Conti avait été de nom généralissime de la Fronde, le duc en avait été le chef véritable , il avait une aptitude réelle pour le maniement des affaires, et il en avait surtout le goût et l'ambition. Son illustre frère le maréchal était à la tête des armées royales ; les deux frères, l'un dans les conseils, l'autre dans les camps , pouvaient aisément s'emparer de l'autorité. Par nécessité, le cardinal alla lui-même audevant de cet inévitable résultat, en offrant au duc la surintendance ; cette offre était un moyen peut-être de so l'attacher par un lien de reconnaissance.

» Voy. t. 1, p. 330, 308 et suivantes .

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Le bonheur inouï du cardinal vint encore à son secours dans cette difficile occurrence ; il y vint même si à propos que, parmi ses ennemis, quelques-uns insinuèrent qu'il y aida par un em« poisonnement. Cette accusation fut certainement du nombre de celles que suscite trop souvent Tanimosité des partis, car l'humanité et la douceur de caractère du cardinal Mazarin qui rejaiU lirent sur tous les actes de son gouvernement, malgré l'absolutisme qui le caractérisa, semblent suffire pour écarter un soupçon si odieux.

Le duc de Bouillon , arrivé au but inespéré de gouverner TÉtat, non plus comme chef précaire d'un parti, mais comme premier ministre d'un roi* légitime, fatigué déjà par les nombreuses vicissitudes d'une vie ambitieuse et agitée, ou fut saisi par l'influence des maladies très-nombreuses alors à Pontoise, ou n'eut pas la force de supporter le poids de ces dons de la fortune. Un transport au cerveau le saisit et une fièvre ardente ne le quitte pas un instant. Le septième jour de sa maladie, des Fougères, fameux médecin de Paris, est appelé ^ ; mais ses soins sont inutiles et l'illustre malade succombe le quatorzième jour'.

Le maréchal de Turenne , prévenu dans son

* Manuscrits de Dubuisson-Aubenay, t. VI, p. -1 99.

• Le 9 août i 652.

DU RÈGNE DE LOUIS XIY. Sag

camp j alors que tout espoir était perdu , avait traversé Pontoise* en larmes en accourant au domicile de son frère et ne put assister qu'à son agonie. Quand il eut expiré, le maréchal rendit au chef de sa maison ce dernier témoignage : a On croit que je suis quelque chose c dans la guerre ; mais rien n'est plus vrai que « je pouvois encore beaucoup apprendre de « M. mon frère : et pour les affaires, quels talents « n*avoit-il au-dessus de moi ! Il n'a pas toujours « été heureux dans le choix de ses amis, néan- <c moins il a pleuré la mort de quelques-uns, et « sa bonté naturelle étoit si grande qu'il n'a jaa mais pu s'endurcir parmi tant de sang versé n qu'il a vu répandre, ni s'empêcher même d'avoir « toujours dans l'esprit l'avancement de quel- « qu'un , malgré tant d'ingratitudes qu'il avbit « éprouvées. «

Langlade *, qui nous a conservé ces paroles*, trace en ces termes le portrait de ce dernier des grands seigneurs : <r II s'acquit le cœur des « troupes par l'opinion qu'elles conçurent de « son courage et de ses grands talents pour la a guerre ; mais plus encore par son caractère de

* Voy., sur Langlade, 1. 1, p. 75.

• Mémoires de la vie de Frédéric Maurice de la Tour-d* Auvergne^ duc de Bouillon , souverain de Sedan , par mcssire Jacques de Langlade, baron de Saumières, secrétaire du cabinet du roi; à Amsterdam, 1693.

33o sonvEiriRs

a bonté naturelle qui se faisoit voir en toutes ses a actions, par sa modestie à parler de lui-même, (c par une grande familiarité hors du commandece ment. Il n'étoit pas beau, mais ii avoit bonne « mine. Il étoit de belle taille, il avoit un grand « front, de grands yeux pleins de feu, les source cils grands et assez gros, mais séparés, rien de « rude ni dans l'esprit, ni dans l'humeur , mais a quelque chose de grand et de fier dans son air « et dans sa démarche. » Un appréciateur illustre confirme la vérité du portrait tracé par Langlade, car s'il amoindrit un peu son caractère dans ses dernières réflexions , il ne se hasarde que d'une' manière dubitative : « M. de Bouillon étoit d'une « valeur éprouvée et d'un sens profond; je suis a persuadé par ce que j'ai vu de sa conduite que (( l'on a fait tort à sa probité quand on l'a décriée. « Je ne sais si l'on a point fait quelque faveur à « son mérite en le croyant capable de toutes les «grandes choses qu'il n'a point faites'.» Ici n'oublions point que le cardinal de Retz s'était toujours considéré lui-même comme le seul successeur possible du cardinal Mazarin, et que Tavénement du duc de Bouillon au poste de premier ministre était pour le coadjuteur une déception qui le portait à la sévérité.

* Mémoires du cardinal de Retz,

La mort du duc de Bouillon fut un fâcheux événement, parce que sa situation lui eût permis mieux qu'à tout autre, en raison de ses liaisons dans les deux partis, de conclure sans tarder la paix sur des bases solides. Le prince de Condé s'en fût rapporté à lui sans hésitation pour la parfaite bonne foi dans l'exécution des conventions qui eussent été arrêtées. Telle est l'opinion du duc de La Rochefoucauld, mieux renseigné que personne sur ce point essentiel ; cet événement inopiné lui a, en outre, inspiré ces réflexions philosophiques : « Cette mort du duc de Bouillon cr devroit seule guérir les hommes de l'ambition « et les dégoûter de tant de plans qu'ils font pour « réussir dans leurs grands desseins, car l'ambi- « tion du duc de Bouillon étoit soutenue par « toutes les qualités qui pouvoient la rendre heu- « reuse. Il étoit vaillant et savoit parfaitement « tous les ordres de la guerre. Il avoit une élo- « quence facile, naturelle, insinuante. Son esprit « étoit net , fertile en expédiens , et capable de « démêler les affaires les plus difficiles. Son sens « étoit droit, son discernement admirable, et il « écoutoit les conseils qu'on lui donnoit avec a douceur , avec attention , et avec un trertain « égard obligeant dont il faisoit valoir les raisons a des autres et sembloit en tirer ses résolutions. « Mais de si grands avantages lui furent presque

<( inutiles par Topiniâtreté de sa fortune qui s'op- K posa toujours à sa prudence ; et il mourut dans (c le temps que son mérite et le besoin que la (c cour avoit de lui auroient apparemment surce monté son malheur *. »

La dépouille du duc de Bouillon fut portée à Ëvreux, capitile de Tun des comtés qu'il avait reçus en échange de la principauté de Sedan, et confiée à Tabbaye de Saint-Taurin '. Daniel de Cosnac, devenu évêque de Valence et de Die, fut nommé plus tard par le roi abbé titulaire de cette antique et célèbre abbaye, et bien qu'il n'y ait point résidé, ses devoirs épiscopauxet ceux de sa charge à la cour le retenant ailleurs, les restes mortels de celui qui avait été son parent et le protecteur de ses premiers pas, n'en furent pas moins, par son titre d'abbé de Saint-Taurin, confiés à sa haute garde.

H reste acquis à l'histoire que la mauvaise chance qui accompagna la vie du duc de Bouillon se manifesta jusque dans les circonstances choisies par la mort pour venir le frapper. On peut considérer comme certain que s'il eût exercé le ministère, le faisceau d'influence qu'il eût formé

^ ' Mémoires du duc de la Rochtfoucauld.

* L'église de TaDcieDDe abbaye, église paroissiale aujourd'hui, possède encore la châsse de saint Taurin, merveille d'orfcvrcrie du moyen âge, que chacun a pu récemment admirer à l'Eiposition universelle.

avec le maréchal de Turenne n'eût jamais permis au cardinal Mazarin de reconquérir sa place.

Le cardinal Mazarin, délivré des inquiétudes que lui causait le dépôt forcé de l'autorité entre les mains du duc de Bouillon, put alors préparer son départ avec plus de confiance, en remettant le pouvoir aux mains d'un personnage plus souple et plus secondaire, qui ne devait et ne pouvait en posséder que les apparences. H fit agréer à la reine de rappeler le chancelier Séguier dans l'exercice de ses hautes fonctions. Or nous savons qu'en ce moment même le chancelier exerçait à Paris la présidence du conseil suprême que les princes avaient formé en concurrence avec le conseil royal. Il pouvait bien y avoir quelque humiliation pour la cour à recourir à celui qui s'était si formellement déclaré contre elle ; mais cette humiliation devait porter sa vengeance dans l'avilissement de caractère accepté par celui qui se montrait si disposé à servir toutes les causes, pourvu qu'il les servît au premier rang.

Une lettre de cachet fut aussitôt expédiée à Séguier pour lui ordonner de venir faire sa charge à Pontoise et présider le conseil royal. I^ seule impression du chancelier fut l'embarras des moyens à prendre pour profiter d'une offre qu'il trouvait séduisante; et comme il tenait à ne pas se compromettre, il essaya d'obtenir l'assentiment des

princes eux-mêmes eu leur montrant la lettre. Le prince de ('onde lui déclara nettement qu'il considérerait son obéissance comme une perfidie ; le duc d'Orléans, toujours hésitant en présence d'un parti a prendre , ajourna à vingt-quatre heures sa réponse. Cette indécision du duc d'Orléans qui pouvait aboutir au refus de le laisser partir, la réponse sans équivoque du prince de Condé, décidèrent le chancelier à ne pas attendre les vingtquatre heures demandées; sous prétexte d'une promenade, il sortit de Paris déguisé en père de la Mission, et se rendit à Pontoise. Séguier y reprit aussitôt l'exercice de ses anciennes fonctions; mais celles de garde des sceaux fiu*eut conservées au premier président Mole.

Le cardinal, d'accord avec la reine, entendait bien , même après son départ, conserver la réalité du ministère : il laissait des instructions détaillées dont on ne devait pas s'écarter; en outre des dépêches expédiées à tout instant devaient le mettre à même de pourvoir aux situations imprévues. Son véritable mandataire, I^ Tellier, qui portait sous lui tout le fardeau des grandes affaires , lui était garant , par son dévouement à ses intérêts, que le dépôt de l'autorité remis en ses mains lui serait rendu intact au retour. Le ministre Servien, plutôt homme d'affaires qu'homme d'Etat, lui était également dévoué. En qualité de

surveillant secret de tous, il laissait derrière lui l'abbé Ondédei ^, sa créature. Enfin , comme il était habile de détacher de plus en plus la noblesse du parti des princes par Tappàt des honneurs accordés à ceux qui étafent restés fidèles au parti de la cour et promis en perspective à ceux qui lui reviendraient , MM. de Créqui ^ et de Mortemart ^j gentilshommes de la chambre du roi, M. de Roquelaure*, grand-maitre de la garde-robe, reçurent des brevets de ducs et pairs. L'évolution du chancelier Séguier créait pour le duc d'Orléans inie recrudescence des embarras dans lesquels il s'était jeté , et qui devaient lui faire amèrement regretter de s'être laissé entraîner dans l'orbite du mouvement imprimé par le prince de Condé, en dépit des conseils du cardinal de Retz. Nous savons que celui-ci n'avait

* Voy., sur l'abho Ondédei, t. I, p. 2o3.

* Charles de Créqui, de la maison de Rlanchcfort, en Liniou* sin, premier gentilhomme de la chamhre du roi, dont la femme Anne-Armande de Saint-fielais, devint première dame d'honneur de la rpine Marie-Thérèse d'Autriche. Voy. ï Histoire gé" néalogique du P, Anselme.

' Gahriel de Rochechouart, marquis de Mortemart, chevalier des Ordres du roi, marié à Diane de (irand-Seif,'niî, fille de Jean de Grand-Seigne , seigneur de Marsillac , et de Catherine de la Bérauïlière. Voy. V Histoire généalogique du P. Anselme,

* Gaston-Jean- Baptiste de Roquelaure, marquis de Biran^ seigneur de Puyguilhcm, en Périgord, gouverneur de Guyenne eu 1676, marié à Charlotte-Marie de Daillon de Lude. VoycE V Histoire généalogique du P. Anselme,

pas rompu pour cause de cet échec avec Monsi(»ur, et qu'il n'en était pas moins resté son con- (idcMit préféré ; dans la situation de plus en plus difficile (\\w le coadjuteur s'était faite avec la cour, compromis à ses yeux comme l'un des instigateurs les plus passionnés de la Fronde et de plus cardinal malgré elle, il avait besoin de se tenir à l'abri d'un patronage puissant. 11 pouvait d'ailleurs avec beîiucoup de raison espérer de ressaisir d'un moment à l'autre son influence sur le prince pour les grandes choses; en attendant, il continuait à l'exercer pour les petites; c'est ainsi que son ami à toute épreuve, Saint- Ybard*, étant tombé entre les mains de l'armée royale, il fit intervenir, pour obtenir son échange, le duc d'Orléans qui, deux jours avant la mort du duc de liouillon , avait écrit avec empressement à Le Tellier :

« Monsieur Le Tellier, sur les propositions qui ont été faictes de l'eschange du sieur de \ ieuvie, lieutenant de la compagnie de Gend'armes de mon neveu le duc de Mercœur -, contre le sieur

* Voy. sur Henri des Cars, sei^'neur de Saint-Ybard, tome 1, p. 207.

* Louis, duc de Mercœur, fils de ('.ésar^ duc de Veiidùmc, et frère aîné du duc de Beaufort. Le duc de Mercœur fut crée cardinal en 1607, après la mnrt de sa femme, Laure Mancini, nièce du cardinal Mazarin.

de Saint-Ybard, j'ai bien voulu vous faire entendre que j'en suis si bien convenu que dès à présent vous pouvez faire estât qu'il est en. pleine liberté, afin que vous donniez ordre aussy que, de l'autre part, l'on satisface à ce qui a esté promis pour le retour du sieur de Saint- Ybard en cette ville. C'est a quoy je vous prie de tenir la main, et de croire que je suis

a Vostre bien bon amy,

« Gastoic, « Paris, 7 aoust i652 *. »

Saiq^t-Tbard n'était pas un personnage indifférent, ni un frondeurpeu ardent : Saint-Évremond, dans son opuscule intitulé : Retraite du duc de Longueville datis son gouvernement de Normandie^ suppose un conseil tenu à Rouen par le duc et les principaux personnages qui l'avaient suivi, à l'effet de se distribuer à chacun les rôles , et sa plume satirique s'exprime ainsi au sujet de Saint-

* Nous avons tire celte lettre des Archives du Ministère de la guerre, vol. cxxxiv.

Les échanges troc pour troc ou à prix d'argent étaient fréquents alors; citons encore, entre autres nombreux exemples, l'échange du comte de Broglie pour vingt mille livres; le roi lui abandonna, pour les payer^ la rançon, montant à même somme, de trois offuicrs. Lettre du Vô juillet \(S-c^, Archives du Ministère de la guerre , vol. cxxxvi.

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