IL
338 sou VENIRS
Ybard : « Saint-li^bard demandait l'honneur de faire entrer les ennemis en France; et on lui réjDondit que MM. les généraux de Paris se le réservaient. Il demanda un plein pouvoir pour traiter avec les Polonais, les Tartares, les Moscovites, et rentière disposition des affaires chimériques; ce qui lui fut accordé, »
Un coup terrible porté à ses affections et à son ambition vint, au milieu de ces conjonctures, frapper le duc d'Orléans : le duc de Valois, seul fils qu'il eut de son mariage avec la sœur du duc de Lorraine, mourut le lo août, âgé de deux ans. Monsieur fit part à la cour de cet événement; mais, au lieu de l'expression de la moindre participation à sa douleur, le seul témoignage qu'il reçut fut une lettre contenant un refus de permettre d'enterrer à Saint-Denis le petit prince , dont le corps fut déposé au Calvaire *. Bien plus, dans cette lettre on lui disait durement que cette mort était une punition du ciel pour sa conduite. Le prince de Coudé se fit un devoir de s'associer au chagrin de Monsieur; il portait,
^ Chapelle située rue de Vaugirard> auprès du Luxembourg^ bdtic en 1625 par la reine Marie de Médicis^ pour les religieuses de Notre-Dame-du-Calvaire, en remplacement d'une petite chapelle construite quelques années auparavant par six religieuses de Notre-Damc-du- Calvaire de Poitiers, qui étaient venues fonder à Paris une succursale de leur ordre, en achetant^ rue de Vaugirard, l'hôtel de Monterhu ou des Trois-Rois,
DU RÈGNE DE LOUIS XIV. SSg
avec une certaine affectation, un long manteau de deuil qui traînait jusqu'à terre. Mademoiselle de Montpensier éprouva une émotion aussi vive que passagère ; mais les larmes qu'elle avait versées lui permirent d'émettre des réflexions chrétiennes et philosophiques sur le bonheur des enfants enlevés à ce monde dès l'aurore de la vie. La duchesse d'Orléans prit prudemment un bouillon, ayant 9 disait-elle, à ménager une grossesse au terme de laquelle naquit, le 9 novembre de la même année, une fille qui mourut en bas âge. L'étoile si souvent vacillante de Monsieur pâlissait définitivement; il ne lui restait plus qu'à disparaître dans l'obscurité du château de Blois.
Le cardinal Mazarin , à la façon des Parthes , lançait des traits en fuyant. En attendant que du fond de son exil il put envoyer le cardinal de Retz au donjon de Vincennes , il dardait une des flèches de son carquois contre l'archevêque de Sens *, partisan très-actif des princes et prélat fort suspect à la cour, ainsi que la preuve résulte de cet ordre royal adressé au marquis de Praslin :
* l.oui&-Henr\' de Pardaillan de Gondrin^ archevêque de Sens de i646 à 1674, cpo(jiie de sa mort. Il était fils d'Anloine-Arnaud de Pardaillan, sei^eur de (ioiidrin, marquis d'Antin et de Montcspan, frcre de Roger-Hector de Pardaillan de Gondrin, marquis d'Antin, chevalier d'honneur de la duchesse d'Orléans et oncle de Louis de l*ardaillan de Gondrin, marquis de Montcspan, marié le 28 janvier 1663 à Framboise- Athénais de Rochechouart, la célèbre marquise de Montespan,
34o SOUVENIRS
a Du X août 1652.
ce IVI. le marquis de Praslin, par ma dépêche du dernier jour du mois passé, je vous avois mandé de faire arrester le sieur archevêque de Sens au sujet des assemblées que j 'avois appris qu'il souffroit chez luy , et des levées de gens de guerre qu'il fesoit faire contre mon service ; mais depuis ayant jugé plus à propos de luy mander de se rendre près de moy, je luy en envoyé Tordre par ce valet de pied que je dépêche exprès, et je vous fais cette lettre pour vous dire qu'en cas que vous apprissiez que ledit sieur archevêque fist refus d'obéir à ce qui est en cela de ma volonté, vous ayez à le faire arrester suivant ce que je vous ai mandé dans ma précédente dépêche, et parce que j'estime que pour empêcher les dites levées de gens de guerre, vous aurez besoin de plus de troupes que celles dont je vous ai mandé de vous servir, je vous adresse un ordre pour mon régiment de Navarre, afin que vous l'employiez à cet effet selon et ainsy que vous l'estimerez à propos, et, me reposant sur votre prudence et vigilance de la conduite de toute cette affaire, je ne vous en dirai pas davantage que pour prier Dieu, etc. *. »
* Nous avons copie ce document inédit sur la minute t-onscrvco aux .archives du Ministère de la guerre, \(A, cxwvi.
DU RilGIŒ DE LOUIS XIV, 3/i I
Ces levées en Bourgogne pour le parti des princes, favorisées par l'archevêque de Sens, coïncidaient avec les efforts tentés pour recruter leur armée à Paris , et pour fournir les secours nécessaires pour soutenir le siège de Montrond, intéressant épisode de la guerre, qui nous occupera à son tour. Ces levées n'avaient, du reste, pas l'importance que redoutait la cour, mal renseignée par des bruits exagérés. Le marquis de Praslin avait de plus la mission d'empêcher quelques détachements de l'armée espagnole de franchir divers passages de rivières. Pour ce qui est du mandat d'arrêter au besoin l'archevêque de Sens , il tombait en des mains presque ecclésiastiques : François de Choiseul, marquis de Praslin \ second fils de Charles de Choiseul, marquis de Praslin, maréchal de France, avait été plus ou moins engagé dans les ordres, et s'était longtemps appelé l'abbé de Praslin ; c'est alors qu'il portait encore ce titre et le petit collet, qu'il s'était battu, ayant pour second le chevalier du Plessis, contre l'abbé de Retz, plus tard le coadjuteur, qui eut sur lui l'avantage ; mais le chevalier du Plessis battit le second de l'abbé de Retz. Lorsque l'abbé de Praslin eut définitivement renoncé à la
* Mestre -de-camp d'un régiment de cavalerie, lieutenant-général du gouvernement de Champagne, et gouverneur de Troyes.
« inutiles par l'opiniâtreté de sa fortune qui s'opfc posa toujours à sa prudence ; et il mourut dans (c le temps que son mérite et le besoin que la a cour avoit de lui auroient apparemment surce monté son malheur *. »
La dépouille du duc de Bouillon fut portée à Évreux, capitale de l'un des comtés qu'il avait reçus en échange de la principauté de Sedan, et confiée à l'abbaye de Saint-Taurin *. Daniel de CosnaCy devenu évêque de Valence et de Die, fut nommé plus tard par le roi abbé titulaire de cette antique et célèbre abbaye, et bien qu'il n'y ait point résidé, ses devoirs épiscopauxet ceux de sa charge à la cour le retenant ailleurs, les restes mortels de celui qui avait été son parent et le protecteur de ses premiers pas, n'en furent pas moins, par son titre d'abbé de Saint-Taurin, confiés à sa haute garde.
Il reste acquis à l'histoire que la mauvaise chance qui accompagna la vie du duc de Bouillon se manifesta jusque dans les circonstances choisies par la mort pour venir le frapper. On peut considérer comme certain que s'il eût exercé le ministère, le faisceau d'influence qu'il eût formé
^'Mémoires du dtie de la Rochtfoucavid.
' L'église de l^ancieDne abbaye , é^ise paroissiale aujourd'hui^ possède eocore la châsse de saiut Taurin^ merveille d'orfèvrerie du moyen âge^ que chacun a pu récemment admirer à TËxposition universelle.
avec le maréchal de Turenne n'eut jamais permis au cardinal Mazarin de reconquérir sa place.
Le cardinal Mazarin, délivré des inquiétudes que lui causait le dépôt forcé de Tautorîté entre les mains du duc de Bouillon, put alors préparer son départ avec plus de confiance, en remettant le pouvoir aux mains d'un personnage plus souple et plus secondaire, qui ne devait et ne pouvait en posséder que les apparences. Il fit agréer à la reine de rappeler le chancelier Séguier dans l'exercice de ses hautes fonctions. Or nous savons qu'en ce moment même le chancelier exerçait à Paris la présidence du conseil suprême que les princes avaient formé en concurrence avec le conseil royal. Il pouvait bien y avoir quelque humiliation pour la cour à recourir à celui qui s'était si formellement déclaré contre elle ; mais cette humiliation devait porter sa vengeance dans l'avilissement de caractt»re accepté par celui qui se montrait si disposé à servir toutes les causes, pourvu qu'il les servît au premier rang.
Une lettre de cachet fut aussitôt expédiée à Séguier pour lui ordonner de venir faire sa charge à Pontoise et présider le conseil royal. La seule impression du chancelier fut l'embarras des moyens à prendre pour profiter d'une offre qu'il trouvait séduisante; et comme il tenait à ne pas se compromettre, il essaya d'obtenir l'assentiment des
tranquille pour ceux du pays. Je viens de recepvoir des lettres de M. de la Verrière*, qui me donne advis comme M. rarchevesque de Sens est arrivé dans ladicte ville, et, en cas qu'il n'obéisse, il sera aisé de le faire obéir, ayant, à ce que me mande M. de la Verrière, tout le peuple pour le Roy, de sorte que je croy qu'il ne faict que passer. Je ne manqueray de vous donner advis de tout ce qui se passera dans la province; cependant croyez-moy,
« Monsieur,
a Vostre très-humble et très- affectionné serviteur,
a F. DE CH0IS£UIL-PrA.SLMN.
tf Praslain, ce 20 aoust 1652 '. »
La mission donnée au marquis de Praslin nous a fait anticiper de trois jours sur le plus grand événement du moment. Le départ du cardinal Mazarin ayant été reconnu par la cour et par luimême comme le souverain remède pour surmonter les difficultés persistantes , tant de la part de
^ Louis-César Séguier, seigneur de la Verrière, officier au régiment du roi^ infanterie.
• Lettre inédite. Archives du Ministère de la guerre^ volume r.xxxiv.
la Fronde des provinces que de celle de la Fronde de Paris, ce ministre se décida à mettre fin à ses anxieuses hésitations, et à effectuer cette résolution dans des conditions habilement préparées par sa politique et merveilleusement secondées par sa fortune. Celle-ci venait, comme nous l'avons vu, de faire disparaître de la scène le duc de Bouillon, un rival qui pouvait tenter, avec bien plus de chances que Châteauneuf, à l'époque de son premier exil, de le supplanter sans retour, et un enfant, le duc de Valois, dont la mort devait, suivant toute apparence, éteindre chez son père Fesprit inquiet des ambitieuses tentatives de toute sa vie.
La déclaration royale, concertée à l'avance, parut, le 17 août lôSa*, en même temps que le premier ministre prenait, en se dirigeant vers Bouillon, le chemin de Fexil. Cette déclaration était conçue dans des termes qui repoussaient bien loin toute pensée, toute apparence même de disgrâce. L'éloignement du cardinal des affaires publiques et du royaume est représenté comme une condescendance royale à des instances réitérées du ministre lui-même, accordée uniquement pour oter aux factieux, égarés par la passion , le prétexte de rébellion qu'ils invoquent.
^ * Voy. à V Appendice le texte de cette déclaration , tiré des Archives du Ministère de la guerre.
Les services du cardinal sont exaltés, et son zèle à servir le bien de TÉtat et l'autorité du roi représenté comme le seul motif de l'anîmosité déchaînée contre lui. Toutes les déclarations royales données en d'autres temps contre le ministre sont dites avoir été l'effet de la contrainte et de la nécessité ; tous les arrêts et jugements rendus par les parlements contre le ministre sont déclarés nuls, cassés, et révoqués comme actes de juges passionnés , suspects et incompétents. Une reconnaissance éternelle lui est assurée pour ses vingt-trois ans de services, remontant au règne du feu roi ; des récompenses lui sont promises quand les circonstances pourront permettre de les lui donner. Les Etats voisins et alliés de la couronne de France sont priés de le recevoir et de le traiter favorablement ; quant aux sujets du roi, quels qu'ils soient, ils sont prévenus qu'ils ne peuvent entreprendre sur la personne du cardinal, de ses parents, de ses serviteurs, sans encourir la peine de mort.
(]ette sortie du cardinal du royaume était bien différente de la première, alors qu'il allait humblement ouvrir les portes de la prison du Havre au prince de Condé, pour solliciter sa protection. (]ette fois, la cour et le cardinal protestaient avec hauteur, tout en se courbant sous la nécessité.
Cet acte, qui faisait ressortir, en la réparant,
la faute du retour prématuré du cardinal , allait faire marcher les événements vers une phase nouvelle.
Un désir universel de paix se répandit dans Paris à la nouvelle du départ du cardinal Mazarin ; quelles que fussent les probabilités que ce départ n'était qu'une feinte, et que le ministre reviendrait plus puissant encore qu'auparavant, jamais le mot du duc d'Orléans : « Le monde ne demande qu'à être trompé *, » quoique prononcé dans une autre circonstance, ne rencontrait une application plus vraie que dans celle-ci. On avait lutté pendant cinq ans .pour faire tomber le ministre, et il était parti; on n'examinait pas si la politique contre laquelle s'étaient élevées des protestations unanimes était partie avec lui ; si le système du ministérialisme absolu, sans contrôle, ne restait pas derrière lui. Qu'importaient ces considérations? la cour triomphait par la lassitude de ses ennemis, lassitude produite par sa persévérance ; le ministre parti , pour ses adversaires découragés les apparences étaient sauves; ils n'en demandaient pas davantage. Aussitôt la fièvre des négociations avec la cour de reparaître avec une intensité plus vive; car si chaque corps, chaque individu désire être compris dans une amnistie
* Voy. p. 30.
générale, chacun d'eux désire ses sûretés spéciales et ses avantages particuliers. Le Corps de ville de Paris , le Parlement et les autres cours souveraines, le Clergé, se préparent à envoyer à la cour leurs émissaires et leurs députations ; mais les princes , voyant grandir ce mouvement irrésistible qu'ils se sentent impuissants à comprimer, se hâtent de prendre les devants ; ils assurent les plus impatients qu'ils sont plus qu'eux encore impatients de procurer la paix, et suspendent le plus longtemps qu'il leur est possible les négociations et les députations des divers corps, pour se donner l'avantage (lu premier pas, et le mérite d'une initiative en apparence volontaire.
Les princes trouvent de la part de la cour, jusque-là si souple dans la forme, si disposée à prêter l'oreille à toutes les ouvertures, l'obstacle le plus inattendu ; la reine va jusqu'à refuser d'entendre leurs envoyés, et fait défense de leur délivrer des passe-ports. On sait quel rôle les femmes jouaient alors dans les affaires ; une femme est alors employée par les princes pour abaisser cet obstacle par un préliminaire de négociation que nous croyons ignoré de l'histoire. Cette femme est une nièce du cardinal de Richelieu, la duchesse d'Aiguillon *, bien portée pour les prin-
* Marie-Madeleine de Vignerot, mariée en i620 à Antoine do Grimoard du Roure, soigneur de Comhalet. Par une particula-
ces, mais qui ne hait pas, pour cause, le système d'un premier ministre ; elle écrit à le Tellier :
a Monsieur,
« Je croy que vous serez bien estonné de recevoir deux de mes lettres en si peu de temps, mais au hazard de tout ce que vous en sçauriez penser, voicy une affaire trop importante au service de Leurs Majestés pour ne pas espérer que vous n'aurez point d'esgard à la peine que je vous donne.
a Messieurs les princes , en suitte de la déclaration qu'ils ont faite ce matin au parlement de désarmer, demandent des passeports pour envoyer
rite qui témoigne le de^ré d'omnipotence du cardinal de Richelieu comblant sa famille d'honneurs sans motifs, ainsi que le fltà son tour pour la sienne le cardinal Mazarin, le duché d* Aiguillon avait été érigé non point en faveur du mari de sa nièce pour services rendus à l'État par lui ou par ses aïeux, mais en faveur de sa nièce seule, après la rnort de son mari, en 1638. Comme celle-ci n'avait point d'enfants, les lettres-patentes lui permettaient de transmettre le duché à tel de ses héritiers mâle ou femelle qu'il lui plairait de choisir. Sa première intention avait été de le transmettre au marquis de Richelieu, son neveu, dont la mésalliance la rendit si furieuse , et qui trouva la mort au siège d'Étampes (voy. p. 206). La duchesse d'Aiguillon mourut en 1675, en instituant pour héritière de son duché Marie-Thérèse de Vignerot, sa nièce, qui mourut sans avoir été mariée , l'I le duché s'éteignit. Louis- Armand de Vignerot, marquis de Richelieu, se porta dans la suite héritier du titre de duc d'Aiguillon, mais sans qu'aucune érection régulière ait été faite en sa faveur.
3jO . SOUVENIRS
de leur part trouver Leurs Majestés ; et, quand il y auroit quelque chose sur Tarticle du parlement qui ne pleust pas à la Reyne, cela s'accommodera sans doute quand les envoies des princes seront à la cour ; mais il est de la dernière importance de leur accorder présentement ces passeports, afni de ne point ralentir Tardeur du peuple et de tout le monde pour veoir la paix conclue, et que Ton ne puisse imputer au refus ou au retardement que Ton en feroit , si les choses ne s'accommodoient pas si diligemment : la Reyne doit estre bien satisfaite, car Ton n'a point proposé de demander des asseurances, pour empescher le retour de Monsieur le Cardinal, qui estoitle seul obstacle (jui eust peu empescher la paix ; c'est ce qui doit encore convier sa bonté , de la donner à son royaume le plus tost qu'il sera en sa puissance. Je suis si asseurée que vous la desirez aussi ardemment que moy, que vous n'oublierez rien de tout ce qui pourra y contribuer, et que vous me ferez l'honneur de me croire tousjours aussi véritablement que je la suis,
a Vostre très -humble et très-affectionnée servante,
a ÏJL DUCHESSE D'AlGUtLLOff.
« De Paris, ce 22 d'aoust i6o2 *. »
* Lettre inédite , Archives du Ministère de la guerre , volume cxxxiv.
La duchesse d'Aiguillon a touché dans sa lettre la corde sensible, pour en faire entendre discrètement la vibration harmonieuse aux oreilles de la souveraine* : « La reine doit estre bien satisfaite ^ car Ton n'a point proposé de demander des asseurances contre le retour de M. le cardinal, qui estoit le seul obstacle qui eust peu empescher la paix. » Dans d'autres circonstances , un appel à la paix sur une base semblable n'aurait pas manqué d'être entendu , mais madame d'Aiguillon et les princes se trompaient, en ce sens que la reine se sentait assez forte alors pour ne pas vouloir être redevable à des concessions faites à ses ennemis du retour du ministre favori, retour dont elle croyait entrevoir la possibilité dans un avenir plus rapproché même que les circonstances pourtant ne le permirent. Les envoyés des princes auxquels les passe-ports furent refusés, malgré des instances réitérées ajoutées encore à celles de la duchesse d'Aiguillon , étaient le maréchal d'Etampes *, le comte de Fiesque et Goulas. I^ reine ne voulut pas fléchir, disant que le temps des négociations était passé, et que celui de la
^ t^ seconde retraite du cardinal Mazarin avait donné lieu à la publication d'un libelle intitule : les Convulsions de la reine, la nuit de devant le départ de Mazarin.
• Jacques d'Etampes, marquis de la Ferté-lmbault et de Mauny, seigneur de Salbris, qui avait obtenu en 1651 le bâton de maréchal de France, par reiitremise du duc d'Orléans.
soumission était arrivé, soumission entière , sans conditions.
En même temps parut une déclaration d'amnistie vérifiée au parlement de Pontoise, pardonnant à tous ceux qui avaient pris les armes contre le roi; mais cette déclaration, qui exigeait une soumission absolue, sans conditions, sans l'accompagnement des garanties et sûretés accoutumées, était peu rassurante pour les plus compromis ; en outre, cet acte comprenait la révocation de tous les arrêts rendus à diverses époques contre le cardinal Mazarin.
Les princes, ne pouvant réussir à obtenir la réception de leurs envoyés, écrivirent à la cour. Une réponse du roi à la lettre du duc d'Orléans, réponse conforme aux énergiques résolutions de la reine, fut adressée à ce prince : elle portiiit que le roi s'étonnait que Monsieur n'eut pas fait réflexion qu'après l'éloignement du cardinal Mazarin, il n'avait autre chose à faire, suivant sa parole et sa déclaration, qu'à poser les armes, à renoncer à toutes ses associations et traités, et à faire retirer les étrangers du royaume; que, lorsqu'il aurait satisfait à ces obligations, les envoyés qui viendraient de sa part seraient bien reçus.
Le procédé employé vis-à-vis du prince de Condé eut une nuance bien marquée, il fut même
des plus mortifiants : sa propre lettre lui fut renvoyée cachetée ; le roi avait refusé de l'ouvrir.
Les princes, voyant leur impuissance à traiter par eux-mêmes, et réduits à chercher Tappui du parlement pour tâcher d'arriver à leur but par un concours commun , portèrent à la connaissance de ce corps la réponse du roi au duc d'Orléans. Le parlement délibéra sur cette réponse pendant deux jours consécutifs, le a et le 3 septembre. Le premier jour, craignant d'être surpris par un rétablissement soudain de l'autorité royale accompli en dehors de lui , surprise que la nouvelle de l'amnistie était de nature à provoquer, il rendit un arrêt portant défense au lieutenant criminel de publier aucune déclaration du roi sans autorisation du parlement. Le second jour, il compléta sa délibération en arrêtant que des députés choisis dans la compagnie iraient trouver le roi pour le remercier de Téloignement du cardinal Mazarin, et pour le supplier de revenir en sa bonne ville de Paris; que M. le duc d'Orléans et M. le prince seraient priés d'écrire au roi pour l'assurer qu'ils mettraient bas les armes aussitôt qu'il aurait plu à Sa Majesté d'envoyer les passe-ports nécessaires . pour la retraite des étrangers, et une amnistie en bonne forme, qui fut vérifiée dans tous les parlements du royaume ; que Sa Majesté serait encore
suppliée de recevoir les députés de Messieurs les U. 23
princes ; que la Chambre des comptes et la Cour des aides seraient conviées à faire la même députition ; qu'une nouvelle assemblée générale serait faite à THotel-de- Ville, et que Ton écrirait à M. le président de Mesme, retiré à Pontoise, pour solliciter, par son entremise, les passe-ports nécessaires.
Cette double délibération était conçue de manière à préserver le parlement de toute surprise désastreuse pour ses intérêts ; mais elle n'était nullement conçue dans le but d'obtenir pour les princes les garanties qu'ils désiraient. Le parlement entrait même dans les intentions de la cour, qui étaient de les faire désarmer avant de traiter avec eux.
En définitive, les princes furent loin de trouver, dans les termes de la délibération du parlement, le concours dévoué qui leur était devenu si nécessaire. S'ils commençaient par désarmer avant de traiter, ils redoutaient, non sans raison, de se livrer sans garanties à la merci de la cour, qu'ils avaient si profondément offensée et irritée. Tout espoir de voir aboutir des négociations avanta- . geuses était donc perdu pour eux. Jusqu'au jour du refus formel de recevoir leurs envoyés, ils s'étaient figuré que, depuis les événements qui les avaient rendus maîtres de Paris, ils portaient dans les plis de leurs manteaux ou la paix ou la
guerre, et que, par conséquent, le jour où ils tendraient la main à la reine-mère et au jeune roi , ceux-ci se tiendraient heureux et empressés de répondre à cet appel. L'inflexibilité qu'ils rencontrèrent entrait si peu dans leurs prévisions, qu'à peine pouvaient-ils croire à sa réalité ; mais l'irrécusable évidence f alors qu'ils auraient voulu douter encore , les faisait tomber dans les plus étranges perplexités.
Le duc d'Orléans se livrait tantôt à des accès de colère, tantôt, et le plus souvent , à des accès de découragement et de désespoir; en définitive, il ne savait à quel parti se résoudre. Le prince de Coodé était en proie aux plus vifs ressentiments : accepter une amnistie sans conditions lui paraissait un danger pour sa sûreté ; de plus, cette acceptation était, à ses yeux, une honte à laquelle il ne se pouvait soumettre. Il en arrivait à conclure aux résolutions les plus désespérées : s'ensevelir dans Paris sous les ruines de son parti ; resserrer ses liens avec l'Espagne; aller, au besoin, jusqu'à combattre dans les rangs étrangers!