Continuellement voleras le peuple en le tyrannisant
D. Quels sont les principaux commandements de Mazarin P
R. Ce sont les cinq grosses termes * .
D. Quelles sont les bonnes œuvres P
R. C'est de faire jeûner, mettre tout à Taumône. et envoyer les gens de bien à Thopital.
D. Qu'appclez-vous péché d'origine P
R. C'est d'être frondeur.
D. Ce péché ne peut-il s'effacer?
R. Oui , pour une grande somme d'argent, et allant rendre hommage à l'idole de Mazarin.
D. Quelles sont les dernières choses qui arrivemnt à l'homme Mazarin ?
R. Quatre : le jugement, le supplice, la mort et Tenfer*.
* On sait que, sous Tancien régime, l^tat, au lieu de pereeroir diircteineut les iiup4>t8, en afTermait le produit à des financiers, qui» en dehors de la (lualiiication inaWeillantc de partisans ou de traitants, reçurent de ce mode de perception <le3 deniers publics la qualiticalion orficielle de fermiers généraux.
* Cette satire est attribuée au comte de Bussy-Rabutin, qui cependant ne larda pas à quitter le parli de la Fronde, mais a? ec llntention de rentrer au service du roi plutôt qu*à celui du ministre, qu'il conlinnait à détester.
NOTE DEUXIEME
Pour le ch. xii, p. 98.
EXTRAIT des Mémoires de C empereur Napoléon.
« L'armée de Turenne n'était que de quatre mille hommes; comment tenir en échec une armée triple, et commandée par Gondé? Il prit la position de Fétang de la Bousinière; c'était un défilé formé par Fétang , sur la gauche , et par un bois sur la droite; il plaça ses troupes par derrière ce défilé, établit une forte batterie pour battre au milieu, ne fit point occuper le bois par son infanterie, pour ne pas s'exposer à être engagé malgré lui, et passa le défilé avec six escadrons. Aussitôt que l'armée de Gondé s'approcha, il repassa le défilé; ce prince, fort étonné de rencontrer l'armée royale en position, se déploya et s'empara du bois; cependant il parut indécis; enfin il entra dans le défilé. Le vicomte alors fit volte-face avec sa cavalerie, culbuta la tête delà colonne ennemie avant qu'elle pût se déployer. Au même moment, il démasqua sa batterie qui porta le désordre dans les rangs de Gondé; celui-ci repassa le défilé, il prit position ; il avait marché toute la nuit. Dans la soirée, le maréchal d'Hocquincourt rejoignit Turenne avec tout ce qu'il avait sauvé et rallié de son armée. Malgré cette jonction, et l'arrivée de quelques renforts envoyés de Gien , l'armée
« royale était encore inférieure, mais la disproportion « n'était plus la même.
« Observations :
« 1 " Turenne avait prévenu le maréchal d'Hocquin- « court que ses quartiers étaient exposés.
« 2** La manœuvre habile qu'il fit pour en imposer « à Gondé, et qui hii réussit, fut considérée dans le « (emps comme le plus grand service qu'il put rendre « à la cour; en effet, s'il s'en fut laissé imposer, elle « eut été obligée de quitter Gien, ce qui eut été d'une « fâcheuse influence sur les affaires politiques; mais « il est évident que le maréchal n'avait pas le projet ff de feuir sa position; si Gondé se fut décidé a l'atta- « quer, il avait tout préparé pour sa retraite; c'est ce « que prouve la précaution'qu'il prit de retirer tous les « postes placés dans le bois, pour ne pas les exposer, « et se trouver engagé malgré lui. Une fois qu'une « affaire est commencée, elle s'engage graduellement. « Il tint ses troupes réunies assez à portée du défilé « pour en rendre le passage dangereux au prince, « assez près pour pouvoir lui faire du mal par le « feu d'une batterie postée de manière à battre en « plaine, dans la longueur du défilé, mais assez « éloignée pour que rien ne se trouvât compromis. « Gette circonstance ne parait rien ; cependant c'est « ce rien qui est un des indices du génie de la guerre.
« 3" Gette manœuvre si délicate, exécutée avec tant » d'habileté et tant de prudence, ne saurait cependant » être recommandée. Turenne, aussitôt qu'il eut réuni « sa cavalerie, devait se retirer du côté de Saint-Far- » geau, pour revenir ensuite en avant, mais seulement « après sa jonction avec le maréchal d'Hocquincourt
Les règles de la guerre veulent qu'une division (fune armée éi^Ue de se battre seule contre une armée qui a déjà obtenu des succès. C'est courir le danger de tout perdre sans ressources ; le prince de Gondé avait plus de douze mille hommes, Turenne n'en avait que quatre mille.
4® « Le point de rassemblement des quartiers des deux armées avait été indiqué trop près; c'était une foute : il faut que le point de réunion d'une année ^ en cas de surprise^ soit toujours désigné en arrière^ de sorte que tous les cantonnements puissent y arriver avant Vennemi; dans cette position , il devait être désigné entre Briare et Saint-Fargeau. »
NOTE TROISIEME
Pour le ch. xvni, p. 254.
LETTRE du Roy au vicomte de Montbas ^ pour lujr donner le commandement d*un corps de troupes pour la conservation des ^villes de Melun , Corbeil, fMgny, et autres de ces quartiers.
Du troisième juillet 1652, à Saint-Denis.
Monsieur le vicomte de Montbas, ayant résolu de tenir un corps de troupes de cavalerie et d'infanterie aux quartiers où vous estes, qui sera composé de celles dénommées en Testât cy -joint pour estre employées à la conservation des villes qui sont de ce côté là, et aux occasions qui s'y pourront offrir, j'ai bien voulu vous en donner le commandement, et vous Faire cette lettre pour vous dire qu'aussitôt que vous l'aurez receiie, vous ayez à vous rendre audit Lagny où lesdites troupes ont ordre dépasser et d'aller delà loger à S -Thibault, proche dudit Lagny; que vous preniez le commandement desdites troupes pour les distribuer et faire loger et agir comme vous jugerez à propos pour la conservation dudit lieu de Lagny et des villes de Corbeil et Melun.
Que vous alliez au plustôt vous saisir du pont de
* Bartlion, vicomte de Montbas, d'une ancienne maison de la Marclie limousine.
APPENDICE. SgS
Cbarenton; et, en cas que vous jugiez que soixante hommes commandés le puissent bien garder, vous les choisissiez, et les établissiez à cette fin , sinon que vous fassiez rompre ledit pont en sorte que Ton ne s'en puisse servir.
Qu'après que vous aurez saisy ledit pont et que vous y aurez étably une garde pour le conserver, ou que vous Taurez fait rompre, vous ayez à vous camper avec lesdites troupes le plus près de Cbarenton que vous pourrez, observant très soigneusement tout ce que feront les troupes des Princes, en sorte que Ton ne puisse rien entreprendre sur vous par le moyen d'un pont de bateaux sur la Seine ou sur la Marne.
Qu'étant audit Lagny, vous ayez à en tirer la garnison qui y est pour la Faire joindre audit corps et aux autres troupes dont il sera composé, et que, pour la garde dudit Lagny, vous donniez ordre aux habitans de la Faire si bonne qu'il n'en puisse arriver faute, y laissant un officier pour y régler toutes choses et pour y commander en votre absence, et sous votre autorité en votre présence, jnsques à ce que j'en aye autrement ordonné; vous recommandant de me rendre compte de ce qui s'otïrira par delà de quelque importance et de mon service, avec assurance que celuy que vous m'y rendrez me sera en particulière considération, et sur ce je prie Dieu , etc. *.
* Lettre inédite, Archives du Ministère de la guerre, vol. cxxxvi.
^OTE QUATRIEME
Pour le ch. xix, p. 293.
LETTRE fie Marigny n Unet.
Lo 12 juillet 1662, à 10 lieoreii du noir.
Dans lin temps on il scmbloit que nos aflFaires ne l'aisoient que prospérer, et cpie Ton voyoit tout Paris bien f;ai, la mauvaise Fortune est venue troubler toute notre joye, et la mort de mcmsieur de Nemours, qui Fut tué hier en duel par M. de BeauFort, a donné la dernière aFfliction à cette cour. Ce prince est généralement regretté de tout le monde comme un des plus beaux et des plus accomplis que Ton ait jamais vus, mais il est généralement blâmé d'avoir poussé ù bout M. de BeauFort. l-ne nouvelle de cette importance mérite bien que vous en sachiez toutes les circonstances, et je ne sais si on vous les mandera aussi exactement que je vais Faire.
Vous avez sceii par mes dernières lettres que depuis la déclaration de M. le chancelier pour ce parti, on avoit Formé ici beaucoup de contestations mal fondées pour les rangs, et que les princes qui disputoient la préséance à M. le chancelier nVtoient pas d'accord entre eux M. de Nemours prétendoit passer devant M. de BeauFort et M. de Rieux, M. de Beauinrt devant ceux-ci, et M. de Rieux erojoît qu'on laisoif injure à la maison de Lorraine de lui contester le pas.
H. de Nemours, qui ne pouvoit cacher Taigreur que la contestation de M. de Beanlx)rt lui causoit , s'emportoit contre lui estrangement, et il parloit en des ternies les plus extravagants du monde. M. le Prince avoit tâché de fléchir M. de Beanfort, et ce que je puis vous dire est tout à fait particulier. Son Altesse, voyant que les raisons qu'elle alléguoit ne pouvoient le persuader, crut le toucher par l'intérêt du parti en lui disant que si M. de Nemours ne jouissoit en cette rencontre des avantages qu'il croyoit lui estre dus, il pourroit sortir de Paris et se raccommoder avec le Mazarin. M. de Beaufort lui dit que ce parti-ci ne seroit pas plus foible quand il l'abandonneroit, ni celui du cardinal plus fort quand il s'y jetteroit. Cette opiniâtreté n'estoit pas seulement fondée sur la prétention du rang, mais sur le souvenir que M. de Beaufort conservoit du mauvais traitement qu'il avoit reçu de M. de Nemoufs à Orléans *, dont il fut trèsindignement traité et appelé cent fois poltron, infâme et honmie sans honneur. Quoique cette querelle eust été accommodée par Mademoiselle, néantmoins a/71/ciziart'conciliata^ piagnmal saldfita. L'un avoit toujours conservé quelque reste de mépris, et l'autre (|uclque ressentiment. Enfin celte occasion dernière ayant réchauffé M. de Nemours, bien qu'il eut donné sa parole à M. le Prince de n'en faire point parler à M. de Beaufiirl, il le fit appeler par le marcpiis de Villars qui d'abord lui fit bien des remontrances sur l'importance d'une telle action ([ui n'avoit point eu d'exemple; mais ce fut vainement. La partie fut liée;
* Voyez p. 67 el suivantes.
SqH appendice.
mais parccqiie M. de BcauFort avoit quelques gens auprès de lui lorsque Villars lui fit appel, et qu'il eut esté impossible de s'en défaire, il les engagea dans le combat, de; sorte qu'ils Furent cinq contre cinq. Le rendez-vous Fut vers la place des Petits-Pères, proche du marché aux chevaux. M. de Nemours, à cause de la blessure qu'il avoit reçue à la porte Saint-Antoine, voulut se battre à coups de pistolets, à pied; il en fit porter sur le lieu et des épées, et M. de Beaufort les prit de sa main. M.. de Nemours avoit de son costé Villars , Dusesche, Gampan et la Chaise; M. de Beau- Fort avoit du sien le comte de Buri, Héricourt, Brillet et de Ris\ M. de Nemours tira son pistolet le premier et brnia les cheveux de M. de Beaufort qui, tirant prcs([ue en même temps, lui donna tout au travers du corps. Ce coup ne Tempècha pas de reprendre Tespée. Mais comme il voulut s'advancer il tomba sur le visage; M. de Beaufort courut pour séparer les seconds. Gampan avoit donné un coup d'espéeau comte de Buri, Dusesche avoit blessé de Ris, Brillet avoit désarmé et blessé La Ghaise, de sorte qu'il arriva presque m même temps que M. de Beaufort à Villars qui avoit donné deux coups d'espée à Héricourt qui nonobstant iUoit venu aux prises. Brillet dit que, puisqu'il avoit Fait ce maudit appel, il Falloil le tuer. M. de Beaufort, après Tavoir maltraité de paroles, dit qu'il méritoit bien (]u'on ne lui Hst pas de quartier. Villars répondit
* Nous avoDs eu soin de rétablir au chapitre 19 Porthograplie altérée (les noms de qucl<]ues-uii3 des combattants dans ce document, comme dans la pluiMirl de ceux de Tépoque; et, pour d'autres noms, nos recherches nous ont permis de placer les noms de famille à côté des noms de fiefs ou de seigneuries seuls employés dans cette lettre comme dans tous les (^rits historiques publiés jusqu^ici.
qu'il n'estoit pas malaisé à trois d'en tuer un, mais quMl se défendroit bien des uns après les autres. M. de Beautbrt se contenta de lui faire rendre Fcspce et aux autres seconds. Cependant M. le Prince, ayant été adverti que ces messieurs estoient sortis pour se battre, sortit des Thuilleries toujours courant; il monta en carrosse; son cocher ctoit si ivre qu'il lui pensa faire rompre le col , il jette son cocher hors du siège; il fait monter un valet à sa place; il Fait toucher a toute bride, mais il n'arrive sur le champ que comme l'affiaire estoit achevée. Nous sortions de chez M. le comte de Béthune, MM. de Belebat, de Groissi et moi, et, pour aller chez Renard ^ nous avions commandé au cocher de passer par devant le logis du Kazarin pour voir si l'on vendoit ses meubles. Gomme nous fûmes pr«6 de la petite place qui respond à la rue qui va aux Petits-Pères, j'apperçus M. le Prince qui s'appuioit sur un gentilhomme comme une personne aflbiblie et hors d'elle. Je jetai la portière à bas pour courir après lui : d'abord il me cria : Le pauvre M. de Nemours est mort; il vient d'estre tué en duel par M. de BcauFort. Et puis il se jeta dans notre carrosse. En même temps celui de M. de Nemours passa, et à ce spectacle il pria qu'on l'emnienât. Gomme nous estions près de la rue de S'. -Honoré, le carross(; de S. A. arriva, et les comtes de Fiesque et de Fontrailles, le marquis de RocheFort et Ghavagnac qui avoient eu ordre de Monsieur de courir après ces messieurs. Son Altesse monta dans son car-
' Le jardin de Renard, pr(^s de la porte do la Conférence, attenant au jardin desTailerics, était, on le sait, le lieu de rendez-vous élégant de la coar et de la ville
rosse, et nous la suivîmes atin de voir quels seroient les sentiments du peuple. Je puis vous assurer qu'ils cstoient favorables pour M. de Beaulbrt. On apporta le corps du mort à Thotel de Gondé, et ce Furent des cris épouvantables que jetèrent ses oFficiers et ceux de M. le Prince. M""^ de Nemours apprit cette mauvaise nouvelle d'abord par les cris de ses gens; elle tomba évanouie. Mademoiselle et M. le Prince Tallèrent visiter, et sans mentir S. Altesse esloit touchée tout autant qu'elle put jamais Testre. Le corps n'a pas été montré en parade. Demain on Fera des services, et {)eut-estre même qu'ils seront sans cérémonie.
Aujourd'hui il est arrivé au palais d'Orléans une autre chose qui ne vous surprendra pas moins. M. de Rieux a voit eu quelques paroles avec M. de Ta rente sur ces maudites préséances. M. le Prince avoit pris la parole de M. de Tarente, M. de Rohan celle de M. de Rieux; ils ne dévoient point se parler dans l'accommodement que S. A. Royale devoit faire. Gependantlecomte de Rieux, poussé par quelque humeur brutale, a voulu parler à M. de Tarente. M. de Tarente, qui est Fort sage, n'a Fait que regarder M. le Prince, et conmie S. A. R. les a voulu Faire embrasser, le comte de Rieux s'est détourné. M. le Prince lui a dit qu'il manquoit de respect à Monsieur: il a répliqué que personne ne lui apprendroit le respect quMl devoit à S. A. Royale. M. le Prince lui a reparti qu'il s'emporfoit. Il a répondu qu'il voioit bien que M. le Prince portoit plus les intérêts de M. de Tarente que les siens. M. le Prince lui a dit que cela estoit vrai. Alors il lui a parlé Fort insolemment, et dit en taisant un geste de la main Fort injurieux qu'il ne seroit ja-
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mais son serviteur. M. le Prince, ne pouvant souffrir rimpertinence du principion, lui a donné un soufflet è tour de bras; le cadet lorrain a voulu riposter, mais il n'a frappé qu'à Tépaule de Son Altesse, et en même temps il a voulu mettre Tespée à la main pour tuer M. le Prince qui n'avoit point d'espée. M. le Prince s'est jette sur lui, lui a saisi la garde de son espée, et ajouté au soufflet quelques coups de poings et de pieds. M. Viole, qui s'est trouvé assez près, a fait quelques impositions, à ce que Ton dit. On a retiré le comte de Rieux , et M. de Bohan Ta fait entrer sur la terrasse. Cependant M. le prince de Tarente demandoit une espée , et il a voulu prendre celle de M. de Migennes qui estoit sous la galerie, mais il n'a pu s'en saisir. Mais M. le Prince la lui a tirée fort adroitement et a couru en même temps du côté de la terrasse. M. de Roban s'est mis devant la porte après l'avoir tirée. S. A. Royale, qui s'estoit retirée au commencement du démêlé, est accourue, a envoyé arrester le comte de Rieux qui a rendu son espée à M. de Bohan, et Ta envoyé à la Bastille. M. le chancelier, qui estoit au palais d'Orléans, a dit qu'il ne falloit pas beaucoup de temps pour faire le procès au comte de Rieux, que pour avoir voulu tirer Tespée chez S. A. Boyale, contre un prince du sang Boyal, il mériloit d'avoir la tête coupée. Cependant M. le Prince, dont la générosité n'a point de bornes, traite cette afl'aire comme Temportement d'un brutal, et a sollicité ce soir sa liberté auprès de M. le duc d'Orléans qui ne l'a pas voulu accorder. Ceci paroît d'une conséquence si dangereuse à Marigny ({u'il a dit, il n'y a pas trois jours, à M. le Prince que véritablement il ne v(*!îdr(iit pas solli-