‹ Souvenirs du règne de Louis XIV (volume 3)Chapitre 77 sur 90 · II · texte numérisé non relu

II

4o2 APPENDICE.

citer la mort de qui ([iie ce Fût, mais qu'il seroit d'avis de laisser condamner le comte de Rieux et puis delui faire grâce. Bien en a pris à ce Lorrain qu'il ait été mené vilement à la Bastille devant que le peuple ait étéadverti, car il eut esté déchiré. Pradine, lieutenant des gardes de Monseigneur, qui l'a conduit, dit an retour que le bourgeois disoit qu'il falloit le mettre en pièces. En sortant du Luxembourg le comte a dit aux gens qui estoient à la porte qu'on l'avoit voulu assassiner, qu'on le menoit en prison parce qu'il avoit visité M. de Beaufbrt, et que ce dernier seroit bientôt emprisonné si les bourgeois n'y prenoient garde, il n'est pas nécessaire de vous feire des commentaires sur ce discours; vous comprenez assez la malice.

Quand j'avois commencé à mettre la main à la plume, il n'estoit que dix lieures, mais depuis Son Altesse est arrivée; elle m'a commandé de souper avec elle; il en est deux après minuit : voyez si vous ne m'êtes pas bien obligé devons faire une si longue lettre. Faites en part à M*"^ la Princesse et aux personnes que vous soavez. Vous êtes trop de mes amis pour ne pas vous dire encore ce que l'on a fait au Palais ce matin. Dans la dernière assemblée de l'Hôtel-de-Ville on arrêta de prendre sur les maisons la dernière taxe de Gorbie qui montera à huit cent mille livres pour la subsistance et pour les recrues des troupes. Le Parlement, sans s'arrester au premier arrêt qu'il a déjà donné pour lever la taxe sur les boues , pour parfaire les 50 mille escus pour la tête du Mazarin, a ordonné que cette somme seroit prise sur les premiers deniers qui seroient levés en conséquence de la taxe dont on est convenu dansTHôtel-de-Ville. On est fort échauffe

APPENDlCi:. 4^3

contre le vilain. 11 Fait une compagnie dehallebardiers pour raccompagner. Cependant il y a des gens qui sont résolus d'en délivrer le monde. Dieu les bénisse! Je suis Fâché de finir ma lettre par une nouvelle qui ne vous affligera pas moins que celle qui est au commencement : M. de Bouillon est à Textrémité. Langlade, son secrétaire, sort de céans il y a deux heures, qui a dit à Son Altesse ce que je vous mande. Il est venu quérir le médecin DesFougerests; il appréhende de ne pas trouver en vie son maitrc lorsqu'il arrivera a Pontoise. Le maréchal de Turenne est venu à la cour pour le voir; il n'a pas eu grand chemin à Faire, car ses troupes sont près d'ici; aussi sont bien celles de Fuensaldagne, qui, avec celles du duc de Lorraine, montent à 24 mille hommes eFFeclil's. Cette armée-là n''est pas loin de La Ferté-Milon. Celle des Princes est retournée à S^-Cloud. Le Mazarin, pour empêcher la jonction du duc de Lorraine, et pour obtenir pour lui de traiter avec la cour, a oFFert à l'archiduc Ârras et La Bassée. Je n'en puis plus de sommeil. Bonsoir, mon cher patron, aimez-moi toujours, et mandezmoi des nouvelles de vos cours, et Faites bien la mienne, etc \

' Lettiv tir<^c des Manuscrits de Lenct conser>ée à la Bibliothèque impériale, toin. VII, p. 156 et suivantes.

4o4 A.PPENDICE.

NOTE CINQUIEME

Pour le ch. xix, p. 296.

LETTRE (lu duc (V Orléans à M le duc de Lesdiguières ' .

Da 23 juillet 1652.

Mon cousin , n'ayant point eu d^autre objet dans tous les mouvcmens présens que de satisfaire à ce que je dois au service du Roy mon Seigneur et Neveu, au bien de son Estât et à ce qui est nécessaire pour le solide resta blissement de la tranquillité publique, je me suis tousjours proposé de conformer tous mes sentimcns aux précédentes délibérations de ce Parle-' ment; et ce d'autant pl^us, qu'estant' bien persuadé conmie il ne peut jamais errer en un sujet si important, je sçais qu'il sera tousjours un tesmoin irréprochable de ma conduite, comme il en a esté la reigle ; de sorte que c'est ce qui m'a obligé d'employer l'authorité de Sa Majesté et la mienne , pour m'opposer (autant qu'il m'a esté possible) à lever le peu de forces

*■ François de Bonne et de Créqui, duc de Lesdiguiëres, gouverneur du Dauphiné, était pelit-fils par sa mère du connétable François de Bonne, duc de Lcsdiguières, également gouverneur du Dauphiné. Il avait été substitué au nom et aux armes de son aïeul; mais il était de la maison de Blancbefort, près Uzerctie, en Limousin. La maison de Blaucliefort, après avoir recueilli les béritages des maiôons de Créqui et de Bonne de Lcsdiguières, cessa de porter son nom patronymique ; elle se divisa en deux brandies, dont la première porta le nom de Lesdiguières et la seconde celui de Créqui. Le cliAteau de Blancbefort passa à la maison de Bonnevai, en Limousin.

APPKWDICE. 4^5

que j*ay peu mettre ensemble, au retour du cardinal Mazarin, et à empescher, en suite, qu'il ne se soit saisy des principales villes de mon apanage, et qu'il ne se soit rendu maistre (comme c'estoit son dessein) de toutes les avenues de cette ville pour Fortifier les divisions intestines qu'il y a voit fomentées depuis longtemps; mais comme pendant ce temps, ledit parlement qui veille continuellement au salut de TEstat, n'obmettoit aussy aucune chose de sa part, pour obtenir de Sa Majesté Texpulsion dudit cardinal hors du royaume; et que par plusieurs députations, il avoit faict réitérer ses très humbles remonstrances à Sa dite Majesté pour parvenir à cet eiïet; chacun avoit sujet d'espérer que cet estranger qui avoit tant protesté par ses lettres en rentrant dans le royaume de ne s'y vouloir mesler d'aucune affaire, et de renoncer entièrement à son ministère, ne s'opiniastreroit pas au point qu'il tiiict, à combattre l'aversion générale que toute la France a pour luy, et à renverser plustot tout le royaume, que de consentir à s'en retirer. Mais après que le parlement a cogneu très clairement que toutes les espérances qu'il en avoit données dans plusieursnégociationsqu'ilavoitentretenuëspourgaigncr du temps et se FortiKer dt^ tmupes, n'estoicnt que des illusions et de ses fourbes ordinaires, et (pi'au lieu de faire donner une prompte et favorable audiancc à ses députez qui portoient à Sa Majesté les déclarations que mon cousin Monsieur le prince de Gondé et moy, avions faictes de satisfaire punctnellcment à tous articles contenus au mémoire qui fut envoyé audit parlement de la part de Sa Majesté, si tost que ses déclarations, et les arrestz dudit parlement contre ledit

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cardinal aiiroicnt esté exécutez, il auroit Faict pouriiiener lesdilz députez de village en village pendant trois semaine^;, et ensuite demandé que mon cousin et nioy envoyassions des députez à la cour pour convenir de plusieurs choses avant son départ. Mais bien qu'après les déclarations solennelles que nous avons Faictes audit parlement, il n'y eust plus rien a désirer de mon cousin ny de moy, et qu'ayant laict dire si Sa Majosté par le Sieur président de Nesmond qu*nprès resloi^neiiient dudit cardinal, nous n'tivions rien à concerter nv convenir avec elle, mais bien si luv obéir en tout ce ({ui luy plairoit d'ordonner avec tous les respects et les soubmissions que nous somme» obligez de luy rendre, il soit certain qu'on ne pouvoit pas plus nettement exprimer des intentions aussy sincères, et aussy désintéressées ([ue sont celles de niondit cousin et les miennes, et que ledit cardinal pouvoit non seulement en Faii*e une espreiivc très nsscurtV en se retirant, comme il le promettoit, mais aussy uK^ttre tous les parlemens et fous les peuples contre Nous, sy iXous voulions après son départ, entreprendre la moindre chose contraire aux dt^ilarations que nous avoiis Faictes; néantmoins, comme ledit cardinal n'a jamais eu aucune volonté de se retirer, et que mesme sss plus aFtidés se sont assez expliquez, qu'ils seniient bien empeschcz à ce qu'ils auroient si dire et respondrr sy Ton leur envoyoit des députez, et que ledit cardinal en Faisoit des railleries, disant si tous ses émiss-'iires que son piisseport n'estoit pas encore signé; aussy ledit parlement a ti:ès judicieusement recogncii celle vérité après le rapport de ses députez; et ayant considtTc que tous les moyens dont on s'estoit servy jus-

ques à présent pour l'expulsion dudit cardinal, estoient inutiles; qu'il s'estoit rendu maistre absolu de TEstat, qu'il disposoit du sceau et des finances; que notoirement la distribution de toutes les grâces dépendoit entièrement de luy, que les délibérations qui se prenoient en un conseil qu'il a composé de la pluspart de ses créatures, n'estoient suivies qu'en tant qif elles luy fussent agréables, et qu'ainsy ayant la personne du Roy, et toutes les forces de TEstat entre ses mains, il estoit à craindre que cet ennemy commun ne se fortifiast à un point, et ne s'establist de sorte qu'il n'y eust plus aucun moyen de le destruire, ledit parlement auroit désiré y pourvoir par sa prudence ordinaire, et à cet effect il m'auroit convié par son arrest du 20® de ce mois de prendre la qualité de Lieutenant Général de Sa Majesté dans l'estendue de son Royaume, Terres, et Seigneuries de son obéissance, tant que ledit cardinal sera en France, pour mettre la personne de Sa Majesté en plaine liberté; luy faire rendre l'honneur, le service, et l'obéissance qui luy sont duebz, et me servir à cette fin de tous les moyens quejejugeray utiles et nécessaires pour garantir le Royaume de la ruine en laquelle il est prest de tomber par les mauvais conseils dudit cardinal; et comme c'est un service que ma naissance m'oblige de rendre à Sa Majesté, je me suis résolu à accepter ladite qualité, et à n'obmettre aucune des choses qui peuvent dépendre de nioy pour un sujet sy légitime; et comme je veux croire aussy que vous contribuerez volontiers de toute Taulhorilé et la créance que Vous avez en vostre Gouvernement pour Theureux accomplissement d'un ouvrage sy important à la conser-

4o8 APPENDICE.

vation de FEstat, j'ay désiré vous en donner advis afin que vous concourriez avec moy dans une mesme fin , que vous in'inFbruiiez de tout ce qui se passera en vostre province; que vous empeschiez de tout vostre pouvoir qu'il ne s'y fesse aucune chose qui puisse favoriser les pernicieux desseins dudit cardinal, et que vous teniez la main à ce que tout ce qui sera jugé nécessaire pour son expulsion hors du Royaume, et pour le resta blissemcnt de la tranquillilé publique, y soit exactement exécuté, et selon que le zèle, et la passion que vous avez lousjours Faict paroistrc pour le service de Sa Majesté, et le bien de son lestât vous y obligent, ce (|iie me promettant de vostre affection, je vousasseure que je suis de toute la mienne,

M(m Cousin ,

Vostre bien bon Cousin ,

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