‹ Souvenirs du règne de Louis XIV (volume 3)Chapitre 78 sur 90 · GASTON · texte numérisé non relu

GASTON

' fj'lln' iii^.(lil<', Airhirtsdn ministère de la guerre, vol. i:\\\iv.

NOTE SIXIÈME

Pour le ch. XXI, p. 345.

DÉCLARATION du Roy en faveur de M. le cardinal

MazarinL

Louis par la grâce de Dieu roy de France et de Navarre à tousceux qui ces présentes lettres verront, Salut: Ayant pris résolutions d'accorder à nostre très cher et très amé cousin le cardinal Mazarini la permission qu'il nous a demandée avec des instances pressantes et réitérées de s'éloigner et de quitter la conduite de nos affaires que nous luy avions confiée depuis notre avènement à la couronne, en confirmant le choix que le feu Roy, noslre très honnoré Seigneur et père, que Dieu absolve, a voit t'ait de sa personne après la mort de nostre cousin le cardinal de Richelieu pour remplir la place de premier ministre dans tous nos conseils, et voulant empeschcr, comme il est raisonnable, que sa retraite, laissant, comme il Fait, nos affaires au bon état où il les a remises depuis son retour, ne puisse jamais recevoir aucune mauvaise interprétation, ni porter préjudice à sa réputation, puisque nous n'avons résolu d'y consentir que sur ce que lui mesme et quelques autres de nos plus fidèles serviteurs nous ont représenté qu'elle pourroit estre utile au repos de nostre État dans la conjoncture présente, en ôtant aux Factieux le prétexte qu'ils ont pris de se soulever

4lO A.PPENDICE.

contre nous et engager nos peuples dans la rébellion, Â CCS causes et pour autres justes considérations, à ce nous mou vans, de Ta vis de nostre Conseil on esloient la Reyne, nostre très honorée dame et mère, plusieurs princes ducs, pairs, oFKciers de notre couronne et autres grands et notables personnages de notre dil Conseil, nous avons déclaré et déclarons par ces présentes signées de nostre main, que nous élans disposé de suivre Texemple d^aucuns Roys, nos prédécesseurs, qui en des occasions |>areilles à celles qui se présentent, se sont quelques fois privés de leurs plus fidèles serviteurs pour s'accommodera la nécessité des temps et ramener dans le devoir le reste de leurs sujets, dont on avoit préoccupé les esprits par de fausses impressions comme on a tait présentement quand nous avons permis à notre dit cousin Mazarini de s'esloigner de nostre personne et quitter Tadministration de nos affaires, ce n*a point esté pour aucun mécontentement que nous avons de lui, ni pour aucun sujet légitime de plainte qu'il ait donné à ceux mcsmes de nos sujets qui se sont déclarés contre lui, mais seulement pour faire cesser le pnUexIc, quoique l^iux, dont ils se sont servis pour débaucher le reste de nos peuples. Nous voulons au contraire qu'un chacun sache, comme nous Tavons reconnu et déclaré, reconnoissonset déclarons par ces présentes, que notre dil cousin nous a toujours fidèlement et utilement servi, qu'il n'a été attaqué par les Factions qui se sont formées contre luy que pour avoir simtcnu avec un zèle inébranlable nostre autorité et les intérests de nosire Estât; que nous avons une parfaite connoissance de* son innocence, de la sincérité de toutes ses actions et

APPENDICE. 4>l

de la feusseté des prétendus crimes dont on Ta voulu noircir contre toute apparence de raison et de justice par des déclarations arrachées de nous en des temps pleins de troubles , et que nous n'avons accordées que par contrainte et pour garantir nostre personne et nostre Estât de plus grands maux qui les menaçoient CD ce tems-là ; lesquelles déclarations nous avons pour ce sujet cassées , révoquées et annulées, cassons par ces présentes ensemble tous les arrests et jugemens qui ont été donnés contre nostre dit cousin comme ayant été donnés contre nostre intention et au mépris de nostre au thori té par des juges passionnés, suspects et incompétents, promettant en iby et parole de Roy, de conserver un éternel souvenir des grands et rcocMnmandables services qu'il a rendus au feu Roy, nostre très honoré Seigneur et père de glorieuse mémoire, et à nous depuis vingt-trois ans en diverses occasions très importantesau bien et avantage de cette couronne, dont nous nous réservons de lui départir en temps et lieu les récompenses qu'il a méritées; et d^autant qu^en quelque lieu qu'il soit, nous voulons tousjours rhonorer de la continuation de nostre bienveillance et protection , nous prions (ous Princes et Estats voisins, alliés ou amis de cette couronne, de le considérer et traiter favorablement comme un personnage de très grand mérite, qui par ses services et sa fidélité, a bien mérité de nous et de nostre Estât; voulons et entendons qu'en tous les lieux de nostre obéissance où il aura à passer ou séjourner, il soit respecté, et assisté en cas de besoin par tous nos sujets; déclarant que nous estimerons les assistances et services qui seront rendus à nostre dit cousin , comme s'ils

4l2 * APPENDICE.

avoien t été Faits à nous mêmes ; Faisons cependant très expresses défenses à toutes personnes de quelque qualité et condition qu'elles puissent estre de rien entreprendre contre celle de notre dit cousin , ses parens et domestiques, ni contre tout ce qui lui appartient» à peine de la vie ; cartel est nostre plaisir; en témoin de quoy nous avons tait mettre notre scel à ces dites présentes. Donné à Ponthoise, le 17"* jour du mois d'aoust, Tan de grâce 1652, et de nostre règne le dixième '.

' Archives du Ministère de la guerre ^ vol. cxwti.

APPENDICE. 4l3

NOTE SEPTIEME

Pour le ch. xxu.

RELATION de ce qui s'est passé dans l^armée de Guyenne soubz leé ordres de M, le comte de Harcourt depuis r enlèvement des quartiers de M. le Prince jusqu'au neuf vieme may i652 \

Le bonheur et la justice qui accompagnent les armes du Roy qui ont esté confiées à la conduite de

* Noos ayoDK tiré ce document important et inédit des Archives du minisière de la guerre, vol. cxx\ni. Comme César dans ses Caminentaires,\e comte d'Harcourt, racontant ses propres gestes, semble être l'historien qai raconte les faits d'un autre. Ce rapport ou cette relation , de même que celni que nous avons inséré à VAppendice du premier volume, compose, pour sa campagne de Guyenne contre les princes les véritables Commentaires de ce célèbre général, qui avait formé Turenne et su paralyser l'élan du grand Condé, et dont nul écrit n^avait été publié jusqu'à ce jour.

Nous allons réparer une erreur généalogique que nous avons commise par inadvertance dans la note de la page 337 du premier volume, trompé au premier a(>erçu par ce fait anormal que, dans la maison de Lorraine Elbeuf, la lignée des comtes d^llarcourt n'a pas eu pour point de do|)art le célèbre comte d 'Harcourt, auteur de cette relation y mais son neveu , François-Louis de Lorraine, marié à Anne d'Omano. Henri de Lorraine, le célèbre comte d'Harcourt, dit Cadet de la Perle, parce qu'il |)ortait une perle à son oreille, et parce que son portrait gra\é le plus recherché, par Antoine Masson, met en relief cet ornement, n'est donc pas le fils du fameux duc d*Ell)euf, ainsi que nous l'avions dit dans la note ({uc nons rectifions, mais son frère, il avait épousé en 1639 Marguerite- Philippe du Cambout, veuve d'Antoine de l'Aagc, duc de Puyiaurens, tille de Charles du Cambout, marquis de Coislin, et de Philippe de Bourges, sa première femme. Leur fils aîné fut Louis de Lorraine, comte d'Armagnac, vicomlc de Marsan, grand écuyer de France comme son père. Leur second fils fut

[\\l\ APPENDICE.

M. le comle de Ilarcourt lui oui donné autant de nouvelles matières de gloire qu'il y a eu de rencontres depuis les mouvemens qui ont esté élevés en Poicloii. Xainlonge, Aiigoulmois, Périgord et Guyenne par les taclions de M. le Prince. Mais de tout ce qui s'est passé de beau dans cet(e guerre, il \\\ a rien eu de si utille au service du Roy et au rétablissement de son authorité que les suites que vous allez apprendre du dernier succès qui a esté remporté sur le parti dont je vous ai donné ces jours passez une relation assez ample '.

L'armée du Roy ayant besoing de repos pour se remettre des glorieuses fatigues qu'elle avoit souHerles dans le passage de tant de rivières et dans renlcvement d'une partie de l'armée de M. le Prince, M. le Comle donna des quartiers à ses troupes dans le Comdonnois et prit pour ce Général ' celui de Gondraîn avec desseing d'establir comme il Kst, dans le pays circonvoisin, une espèce de contribution pour en tirer quelque fondz suivant les ordres qu'il en avoit du Roy pour le payement de l'armée. Mais comme il vouloit proKter en mesme temps des suites qu'il avoil lieu d'espérer de sa dernière action, sur les' avis qu'il venoit de recevoir que les habitans d^Agen qui avoient esté tesmoings de la valeur avec laquelle nous avin s remporté ce dernier advantage sur les truuppes re-

Philippe, le fameux chevalier de Lorraine^ dont Daniel de Omi dans ses MémokreSt nous a fait connaître, plot parliculièrrnMal q«'i antre historien, la triste influence sur le duc d'Orléans, frère de Looia xn'i et le5 clia«;rins qu'il rauM à la princesse Henrietle d*Aiiglelerre.

* Vu) . celte relation à V Appendice du 1. 1, p. 473.

* C*est-à-dire, |K)ur lui-m^ne.

belles, touchés du i^^pentir de leurs Faulles passées, s'estoicnt vigoureusement opposés au desseing que M. le Prince avoit de tyranniser leurs bonnes inten- (ioos par une garnison qu'il y vouloit establir et Tavoient obligé d'en sortir fort mal satisfait du peu de deffiérence qu'ils avoient pour ses desseings, M. le Comte forma celui de s'approcher de la Garonne et prendre ses quartiers depuis cette ville jusqu'à celle du PortS'®-Marie, et, après avoir obligé celle deCondom à se remettre à l'obéissance du Roy et y avoir bict renouveler aux habitans un serment solennel de la fidélité qu'ilz lui doivent, il partit de Gondrain le 27* mars pour prendre à la première journée de sa marche les mesmes quartiers qu'il avoit occupés en allant à ce lieu, et le lendemain ayant desseing de prendre son quartier à Bruch, il commanda au sieur chevalier d'Aubeterre, maréchal de camp de jour, de s'y avancer avec cinquante maistres d'escorte et quelques gentilshommes qui le suivirent volontairement dans la pensée qu'ils eurent qu'il se pourroit passer quelque chose de glorieux aux armes du Roy, ce qui arriva comme vous allez apprendre. Ledit sieur chevalier d'Aubeterre ayant eu avis par ([uelques gens qui s'estoient sauvés des mains des ennemis qu'ilz avoient envoyé un parti de cinquante maistres commandés par don Luc, capitaine dans Baltazard, pour recognoistre la marche de l'armée, et cette nouvelle lui ayant esté confirmée par les coureurs qui le précédoient qui virent paroistrc les ennemis, il commanda à celui qui estoit à leur teste de les pousser pendant qu'avec le reste de son parti il les soutiendroit, ce qu'il fist avec beaucoup de vigueur jusques

4l6 A.PPFirDlCE.

au delà de Briich où les ennemis s'estans aperçus qu'ils esloienl suivis de tbrt petit nombre des nostres, par la diligence que les premiers avoient apporte* à leur fuite \ se résolurent défaire quelque résislanct*. Mais comme le courage le dispute souvent à la ibrce, ils ne demeurèrent pas longtemps dans le dessein^j^ qu'ils avoient Faict de s*opposcr à la victoire qui sccondoil le petit nombre de nos amis; et se retirèrent en cH'ch:! après avoir Faict leui*s descharges jusques au bord de la Garonne vis-à-vis du Port-S*'-Marie, où lesicMir de Marsin leur avoit Faict préparer des bateaux vi t'aicl passer ([uelcpies mousquetaires dans des maisons |Miur faciliter leur passage. Mais ilz furent poussez si vivement qu ils furent cnntrainctz <le se jeter dans li*s maisons et c-onnne il n'y avoit pas d'apparence de les \ forcer sans un plus grand nombre de gens, il luy en arriva bien tost après par la diligence que le sieur de Bougy, commandant la cavalerie de Tarmée du Roy, a|>porta dans sa marche, ayant ouï tirer de ce cnislé là, et s'y trouva si à proposavec cinquante nuiislres du n'-uiment d'Ilarcourt commandés par le sieur de Langallerie, quau moment (|u*ils furent en bataille, hulil sieur chevalier destacha trente maisti*es des deux i*scadrons pour les faire donner à pied pendant cpie le sieur de Hougy les soutiendroit avec le reste à cheval, et, ayant séparé ses hommes , donna le coinmandt*mcnt de ceux (pfil Kst donner à la droite dans li-s nuiisons où esloient partie des chev au -légers ennemis, audit sieur de Langallerie, et lui, à la teste des \«>lontaires et des honnnes du ivgiment de Cn'*quy ct>m-

' cVst-àHlire, à leur poursuiU*.

mandés par le sieur de Briolle, donna à la gauche. La résistance fust fort opiniâtre en cette attaque, les ennemis ayant beaucoup d'infanterie dans des bateaux qu'ils avoient faict approcher du bord et estans animés par la présence de M. le Prince de Gonty , en sorte que pour mettre les nostres à couvert du feu des ennemis ledit sieur Chevalier fust obligé de faire faire un logement au pied de la muraille des maisons qu'il attaquoit, qu'il força peu de temps après avec une vigueur non pareille, y ayant trouvé plus de facilité par la retraite d'un des bateaux chargé d'infanterie qui l'incommodoient le plus, et qui fust emporté par la rapidité de l'eau , un de nos chevau-légers ayant coupé la corde qui tenoit le bateau ; en sorte que ce qui se trouva dans le bas des maisons ayant esprouvé la violence des premiers mouvemcns par la perte de la vie, ce qui estoit dans le haut se rendit à discrétion dans le mesme temps que le sieur de Langallerie, à l'exemple de ce mareschal de camp, fesoit de mesme à la droite. Cependant comme il estoit oblige d'aUer faire les logcmens au quartier du Roy, il laissa audit sieur de Bougy la disposition des troupes qui dévoient loger au lieu où Taction s'estoit passée, et nostre arrivée ayant obligé M. le prince de Conty qui estoit dans le Port-S^^'-Marie, d'y faire venir le régiment d'infanterie de Marsin dont quelques hommes avoient esté destachés pour favoriser la retraite du parti de Baltazard, comme je vous ai desjà dit, fist embaniuer le reste dudit régiment sur trois bateaux avec ordre de chasser nostre cavallerie qui avoit mis pied à terre; mais il est difficile d'obéir à son général avec le succès qu'on espère, quant on a

H. ii'

4 I 8 A.PPENDICE.

(les op|K)sans de la vigueur des nostres, qui en Krent paroistre sy fort dans cette occasion qu'ilz empeschêrcnl par leurs deschai^es continuelles deux desdits bateaux d'aborder, le troisième ayant eu un peu plus de bonheur ce fust pour donner plus de gloire aux nostrcs, ci s'estant saisis d'une maison sur le bord de Teau nonobstant Tavantage que Finfanterie postée a sur des cavaliers à pied, elle Fust si vigoureusement attaquée par ceux du régiment du Grand-Maistre que commandoit le marquis de Montguillon, qu'après une résistance assez opiniastrée la maison fust enfoncée, et tout ce qui s'y rencontra tué ou prisonnier. Le sieur de hi Bichardière , capitaine dans le mesmé régiment, eust le bras cassé en ceste occasion; et, en celle où le sieur chevalier d'Aubeterre commandoit, le sieur de Saint-Jean, lieutenant dans ledit régiment, le sieur de Ganas, capitaine dans Yailhac, qui s'y rencontra volontairement, le mareschal des logis du sieur Martinet, vingt-cinq chevau - légers des régiments de la Meilleraye, de Harcourt et de Gréquy, lurent blessés et quelques-uns demeurèrent sur la place. Les ennemis y en perdirent pour le moins autant et environ quatre-vingts soldats prisonniers, trois capitaines du régiment de Marchin, trente-trois chcvau-légers, un cornette et un mareschal des logis du régiment de Baltazard; Dom Luc qui commandoit ce party s'estant sauvé lui deuxième. Vous voyez assez la part que ces deux officiers généraux ont à la gloii*e de Faction pour n'avoir pas besoing de l'exagérer plus particulièrement. Je dirai seulement que leur exemple, ayant les premiers mis pied à terre, n'a pas médiocrement excité la vigueur de leurs subal-

ternes et que les sieurs de Montguillori, de Richardière, de Langallëric , de Briolle , capitaine de che- ▼au-légers, le sieur de Ghanternie, cornette, et les sieurs de S'-Maure, Duval, valet de chambre ordi* naire du Roy, de Gastaudias, de Monflaine, volontaires, y ont donné de bonnes marques de leur valeur.

Le lendemain de cette action les habitans du Port- S'^-Marie qui en avoient esté tesmoings se voyant deslivrés des troupes de M. le prince de Gonty, qui n^avoient pas creu estre en assez grande seureté au delà d^un fleuve comme la Garonne, ne voulurent pas différer davantage à secouer le joug que la force de la rébellion leur avait imposé, et M. le comte s'estant présenté devant la ville, la rivière entre deux, et leur ayant faict dire qu'il recevroit les assurances de leur fidélité au service du Rby, ils embrassèrent avec d'autant plus de joye une si favorable occasion qu'ils n'attendoient que celle de son arrivée pour se remettre à leur devoir.

Le lendemain M. le Comte esprouva Timportance de cette conqueste (que la justice des armes du Roy et sa réputation lui avoient autant facilité que ses premières victoires) par les propositions que les députés de la ville d'Agen lui firent de se remettre soubs Tobéissancc du Roy ; et ayant apporté quelques articles en forme de demandes, M. le comte d'Harcourt les renvoya dans la ville, avec toute la satisfaction qu'ils pouvoient espérer d'un général dont la clémence ne srait pas moings gaigner les cœurs des bons subjectz du Roy que sa valeur scait ranger les rebelles à l'obéissance qui lui est dcue. Mais

comme après le départ de M. le Prince * qui fust obligé de sortir honteusement d'Agen , il y estoit resté une Faction assez puissante pour troubler la tranquilité que M. le Ciomte y vouloit establir^ et que, pendant deux ou trois jours, il se passa quelques particularités qui ne m'ont esté conneuës que par une relation imprimée d'un des plus zélés et des plus fidèles serviteurs du Roy de celte ville qui y tient un des premiers rangs, j'ay esté bien aise qu'elle Fust insérée dans cette relation, ne désirant point lui desrober la gloire que cette marque de fidélité lui a si justement acquise, non plus que la part qu'il a à la soumission de cette ville où il y a agi avec beaucoup de Fermeté.

RELATION de ce qui s'est pcLssé a Agen après la retraitte de Messieurs les princes et celle de leurs troupes.

Les plus eschauFFés de ce parti restèrent fort estonnés, et les plus sages ouvrirent les yeux et jugèrent qu'il valoit mieux se jeter entre les bras que la clémence du Roy leur tenoit ouverts que de se précipiter aveuglément dans une déFence de peu de jours qui eut pu attirer l'indignation du vainqueur et causer la désolation entière de la campagne et pculestre celle de la ville. Prévenus de ces bons sentimens, les trois ordres assemblés délibérèrent le xxtx du mois passé de Faire i*éponseà une lettre que M. le

' Le prince de Conti.

comte d*Harcourt avoit faict escrire par M. de S'-Luc, lieutenant du Roy dans la province, qui les exorloit .de n'attendre pas des extrémitez Fâcheuses, puisqu'ils pouYoient, en donnant des assurances de leur fidélité au service du Roy, obtenir la confirmation de tous leurs privilèges et chasser la guerre loingdeleur terre. Le lendemain xxx, un trompette du Roy ayant esté introduit dans la mesme assemblée qui Tavoit demandé par ordre de M. le Comte, il y exposa sa créance, et Fut lue une lettre de ce prince ^ datée du Port, qui assuroit que si la ville envoyoit devers lui ses députés, tous les habitans y trouveroient une satisFaction entière; et pour attendre la réponse, il se rendit au Faulxbourg du Passage qui est vis-à-vis de la ville, Garonne entre deux , où estoit le quartier de M. de Marin avec quelques régimens d'inFanterie. L'assemblée ayant député deux consuls et quatre jurats, ils allèrent Faire leur compliment et les protestations d'une fidélité inviolable au service du Roy, et M. le Comte, après les avoir embrassés et remontré que les armées de Sa Majesté estoient victorieuses partout et en estât de choisir ou de Faire des grâces ou des conqnestes, qu'il ne vouloit pourtant que celle des cœurs, et qu'estant maistre de la campagne, des rivières et des villes, de l'un et de l'autre costé, Agen estoit bloqué et ne pouvoit esviter d'estre prise; mais qu'il désiroit qu'il se rendit lui-mesme à la raison et à son devoir, et ensuite adjouta d'une manière très obligente qu'il leur conseilloit d'aller connoitre les

* Le comte d'Harcourt était, on le sait, prince de la maison de Lorraine.

4^ a APPEND[CE.

choses qu'ils poiirroient demander plus avantageuses, et qu'ils estoient assurés de les obtenir.

Ce rapport faict à rassemblée qui avoit attendu avec impatience le retour des députés, les esprits se trouvèrent partagés entre l'espérance et la crainte; et comme Tesclat de la lumière esblouit les yeux Foibles, aussy l'excès de cette bonté estoiirdit ceux qui n'estoient pas bien disposés pour la recevoir qui prindrent de là occasion d'entrer en défiance, croiant qu^on ne leur promettoit tout que pour ne leur rien tenir. Au contraire, les clairvoyants et les gens de bien louèrent la bonté de Dieu et celle de ce prince, et connurent qu'un grand cœur qui peut tout vaincre ne sçait rien refuser. Il Fut donc dressé quelques articles en forme de demande qui Furent soudain accordés de si bonne grAce qu'elle augmenta le prix du bienFaict, et acceptés le jour de Pasques par les trois ordres qui virent en ce jour-là ressusciter toutes leurs espérances, bien que la solennité en Fut troublée parles barricades et tumulte des Factieux, qui, pour n'avoir rien à perdre, vouloient tout bazarder et se prévaloir d'avoir à leur teste des personnes de qualité, qui par un zèle indiscret et une bravoure à contre-temps, s'opposoient au traité que Faisoit la ville. L*oisiveté des Festes et la distribution du vin et du ruban isabelle et bleu firent durer ce désordre et balancèrent quelque temps Tau* thorité des magistrats qui se résolurent enfin de porter hautement celle du Roy, leur maître, et par leur vigueur firent cesser le mal en ostant la cause.

Cependant le retardement qu'on avoit apporté à l'exécution du traité avoit un peu retiré l'inclination qu'avoit M. le Comte au soulagement de cette ville

qni a Folil^ilioo a MM. de Marin ^ de VaiDac, de S'^-Goolorabe et de Gosat, de oestre emploies a^ec chaleor pour le bien poblic; et ces deos deraiem g*exposérent joique» sou» les portes d^Agen durant ce désordre ou ib agirent arec femeté. et o^en partirent que les choses ne fosMnt entièrement pacifiées; ce qui fut fiûct la nuict du 3 de ce mots d^AfriL

Le lendemain quatriesme, les députés ayant esté assurer M. le Comte que s'il Touloit honorer b Tille de sa présence^ il n*T trouTeroit que des bons François et des fidèles subjects^ il pa«a b riTière, et s^estant rendu sur b Crarier qui est un des beaux cours du rojraumer il entra en bel ordre dans la vilb précédé de ses gardes et suiri des officiers généraux de son armée et d*un grand nombre de belb noblesse. Les canons tirèrent pour marquer la joye qu^on aToit d'avoir sagement esvité qu'on en tirât contre les murailles deja viUe, et les fanfores des trompettes se mesloient agréablement avec les cris de vive le Roy ! que poussoient les bourgeois du plus profond du cœur, qui s^expliquoient par les larmes de joye qu'ils versoient au lieu du sang qu'ils estoieiit à la veille de répandre. Les milices se trouvèrent en haye à la porte et dans les nies, et les feneslres, depuis la porte S*-Anthoine jusques à Thostel, estoient toutes pleines des dames et des personnes de condition qui joignoient leurs acclamations à celles du peuple.

Son Altesse , après avoir receu des coniplimens de tous les ordres de la ville, alla à pied, suivi des six consuls et de la noblesse, rendre grâce à Dieu* autheur d'un si bon succès, dans Téglise cathédrale Saint-Etienne où fust chanté le Te Deum avtn? céré-

Qionic et iiTi concours des habitans qui porloient tous sur leur visage la joye de cette heureuse feste.

Le lendemain cinquième, M. le Comte, pour montrer qu'il est immanquable en ses paroles et qu*il sait protéger ses amis aussi bien que destruire ses ennemis, envoia presque tous ses gardes et plusieurs officiers de son armée pour empescher les fourrageurs d'entrer dans la juridiction d'Agen, et eut la bonté de vouloir veoir et caresser en particulier les principaux habitans de cette ville qui avoient été obligés de s'absenter pour avoir esté creus suspects.

Le sixième, M. le Comte trouva a propos de foire assembler les trois ordres dans Thostel-de-ville oii il parla avec tant de dignité et d'éloquence qu'il ravit tous les assistons en admiration et rétablit puissamment dans le fond de$ cœurs la fidélité indispensable au service du Roy et une obéissance aveugle pour tons ses ordres; de sorte qu'Agen, qui est- comme le cœur de la province, a t'aict veoir qu'il est le premier vivant pour les respects qu'il doibt à son souverain et sera le dernier mourant plustôt que de manquer à la fidélité qu'il est obligé de lui rendre; que s'il a souffert quelque émotion avant d'ouvrir les portes aux armes du Roy, il est arrivé ce qu'on remarque en tous les corps sublunaires qui, s'approchant de leur centre, s'y précipitent avec violence; si bien que, retombant dans l'obéissance du Roy qui est le véritable centre de tous ses subjects, il n'a peu s'empescher de le Faire avec empressement; mais se trouvant dans ce lieu de repos, il y veut demeurer ferme, estant persuadé qu'il n'y en a point d'assuré hors le service du Roy qui est naturellement imprimé dans

APPENDICE. 4îi5

les cœurs des subjects, lesquels sont toujours dans Tinquiétude et dans le trouble, s'ils sortent de leur devoir, de mesme que tous les estres sont dans une agitation continuelle lorsqu'ils s'escartent des lieux que la nature leur a inarqués pour la conservation de leur repos.

Pendant les trois jours des mouvemens d'Agen j la pluspart des villes du voisinage, voyant que la victoire secondoit partout nostre général et que la douceur n'estoit pas moins sa fidèle compagne, recoururent à elle pour le pardon qu'ils espéroient de leur faute passée; et, comme si le nombre de nos journées ne devoit estre compté que par celui de nos victoires, les villes de Marmande, de Glairac et d'Aiguillon envoyèrent des députés à M. le Comte pour l'assurer de leur repentir et de leur fidélité; et toutes choses s^estant pacifiées dans Agen par les précautions que M. le Comte y prit, il y entra, comme vous voyez par la relation cy dessus, avec tontes les démonstrations de joyc que la paiv dont les habitans espéroient de jouir, leur ponvoit inspirer. Peut-estre ([u'un autre «iénéral moins accoustnmé à vaincre que n'est le nostre, se seroit laissé surprendre à la joye de tant do conquestes et auroit assoupi pour un temps les soings et les Fatigues de la guerre, dans les douceurs qui se tn)iivent à un lien qui n'a rien de comparable dans cette province; mais comme il a sacrifié sa vie et ses soings à la gloire de TEstat et au service de son Maistre, pendant que chacun se délassoit dans une si agréable ville des peines passées, M. le Comte mes-

nageoit une entreprise sur le Mas d^Agenois par le moyen du prieur Pichon, d'un consul de la ville nommé La Rocque, personnes fort fidèles au service du Roy et de quelques bons liabitans de ce lieu, dont la situation est Fort avantageuse, tenant un des passages de la rivière de Garonne; et comme il apprenoit que les ennemis, connoissant Timportance de ce poste, taschoient de le remettre eq estât de soutenir un siège et y avoient pour cet efTect estably une gar^ nison de près de cinq cens hommes et munie de deux petites pièces de c^non de ter et des autres choses nécessaires, il jugea important de presser son dessein et d'en donner la conduite à M. le comte de Listebonne \ son neveu, lieutenant-général de Tannée, lui laissant la disposition du nombre d^hommes qu*il jugcoit nécessaire à cette exécution, et ledit sieur de Lislebonne ayant commandé trois-cens hommes du régiment d*inianterie d'Harcourt et quatre-cens maistres deslachés de tous les corps de cavalerie, n'ayant pas souhaitté un plus grand corps de pour de descouvrir son dessein qui apparemment ne devoit pas estrc entrepris avec si peu de monde, parfit de Bnich accompagné du sieur de Bougy, mareschal de camp, commandant la cavalerie de cette armée, le six avril, et s'estant avancé sans donner Talarme jusques a dcu\ portées de mousquet de la place, nonobstant l'avis qu'il eut en chemin que la garnison du Mas avoit été Fortifiée de cent hommes, qui ne servit qu'à réveiller d'autant plus la iermeté de ce jeune prince

' Le comte de Lislebonne était frère du oomte de Rieu\, dont avons raconté la querelle avec le prince de Ccuidé, p. 390 et aulvanlffs Voy. êUT lui la note de la p. 37S.

qu*il en espéroit toute la gloire, commanda que Ton Bit an signal à ses intelligences qui lui respondirent et jetèrent en mesme temps une eschelle par le costé du rempart qui respondoit derrière la maison du prieur Pichon ; et ayant laict avancer son infanterie tonbz la conduite du sieur de Bougy, elle arriva heureasement au pied du rempart par le moyen d*une baye couverte, sans estre aperçue des patrouilles et des sentinelles des ennemis que lorsque nos premiers sddats commençoient à monter; mais bien que dans ce moment les ennemis tissent feu de tous costés, ils ne peurent empescher les nostres de se rendre les maistres du rempart et que le sieur de Bougy ne les 7 Rt mettre en bataille à mesure qu'ils y montoient, pendant que M. le comte de Lislebonne avoit faict mettre pic^d à terre à cent maistres de sa cavalerie pour soustenir nos fantassins et qu'avec le reste il posoit des corps de garde tout autour de la place pour empescher que personne ne cherchât son salut par la fuiste et pour donner Talarme de tous costés; après quoi il entra dans la place et trouva que tout avoit été forcé suivant ses ordres, à la réserve d'une partie des officiers et soldats qui s'estoient retirés dans le couvent des cordeliers et qui se rendirent à discrétion après quelque résistance.

Les ennemis eurent près de cent hommes morts, parmy lesquels il y eut quelques officiers et parmy les prisonniers le sieur de la Fage, lieutenant-colonel au régiment de Lusignan , les sieurs de Martignat, d'Alibert, de Bastaronis, de S' Mauvière de Tenier, de S' Arosnay, du Hars, du Gosar du Puy, de Pèrelongue, de Taxte, de Rodes, de Rolland. d'Aflbrges,

4^8 APPENDICK.

de la Roise, Vergoin, Baiidon, Guedy, Fages, Prandel, Charlesbryes, Moncaupet, Horas, tous capitaines au régiment de Lusignan et autant de lieutenans dont les noms seraient trop longtemps à déduire.

Le régiment d*in£anteried'Harcourt commandé par le sieur de Gressanville ne fist que ce qu*il a accoustumé aussy bien que tous les officiers de ce régiment parmy lesquels le sieur de S*-Jean^ lieutenant, fijtfort blessé, et j'aurai d'autant moins de peine a vous le persuader que vous vous appercevriez qu'ils attaquèrent un plus grand nombre d'hommes que le leur dans une assez bonne place. La cavalerie qui mit pied a terre et qui estoit commandée par les sieurs de la Grange, capitaine dans Gramont, et la Chapelle, lieutenant dans la Meilleraye, fit ibrt utilement son devoir, aussi bien que les sieurs de Griqueville et de Bouquetot, mnreschaux de bataille, les sieurs de la Bouierie, commandant ce corps de cavalerie, le chevalier de la Saulne, capitaine, de Linauligers, dans Hai^court, et le sieur de Boision, n'ayant point abandonné le sieur de Bougy, les sieurs de Gourcelle du Fay, de la Tour, aussy capitaines de chevau -légers, de Gastaudias, de la Barthe, lieutenant colonel du régiment de Guyenne, et tous deux volontaires en cette occasion; les sieurs delà Sardinière et d'Aligre, premier capitaine commandant le régiment de cavalerie de M. le comte de Lislebonne, qui demeurèrent auprès de sa personne pour porter les ordres, agirent tous avec beaucoup de vigueur et de bonne conduite; celle de M. le comte de Lislebonne est admirée de tous ceux qui l'ont veu agir, et l'on est tbrcé d'avouer qu'il n'a pas moings acquis d'expérience depuis qu'il sert le

AI^PENDIGE. 4^9

Roy, qu'il a faict paroistre de valeur en toutes rencontres. Vous distinguerez si bien dans cette relation la part qu'a M. de Bougy dans cette action qu'il n'est 'pas nécessaire de Texagérer davantage.

Je dirai seulement qu'il est incapable de donner d*autres marques que celles d'une conduite et d'une Taleur esprouvées.

Pendant ce temps là M. le Comte afFermissoit Tauthorité du Roy dans Agen et prenoit toutes les sûretés nécessaires à la conservation de cette ville dans la fidélité qu'elle doibt à Sa Majesté, et, jugeant qu'après cela sa présence y estoit désormais inutile, partit le dixième du mois d'avril dans des bateaux qu'il avoit ftiict préparer et arriva le mesme jour au Mas d'Agenois qu'il avoit destiné pour son quartier, ayant pris pour les troupes qu'il commande ceux qui se trouvèrent audessus et audessous de cette place sur le bord de la Garonne.

Le lendemain de son arrivée au Mas, ayant voulu tesmoigner aux habitans de Marmande la satisfaction qu'il avoit de leur retour à l'obéissance du Roy et les y confirmer par un nouveau serment de fidélité, y alla recevoir des marques de la joye que le peuple préparoit à son arrivée qui fit bien connoistre que c'estoit bien plustôt la force que l'inclination qui les avoit livrés enchaisnés soubz la domination de M. le Prince. Mais cette journée n'auroit pas esgalé les précédentes si les villes de Monségur et de S'-Bazille , la première sur le Drot et l'autre sur Garonne audessoubs de Marmande, n'eussent pas Faict paroistre, comme elles firent, la mesme soubmission que toutes les autres.

4'io APPENDICE.

Des suites si avantageuses au service du Roy firent tonner à M. le Comte le dessein de faire un voyage aux portes de Bordeaux, et Tayant présumé d'aotaot plus utile qu'il apprit que le parti du Roy avoît pris aifur de nos dernières conqnestes, il partit du Mas d*Agenois le 18* avril avec toute sa cavalerie, à la réserve de celle de M. de S -Luc, sans bagages, et vint coucher au bourg d'Auros, le lendemain à Barsac. le troisième jour à la Brède et le quatrième à midi il parut devant Bordeaux, ayant envoyé deux heum avant son départ de la Brède un trompette du Roy avec la lettre qui suit pour Faire connoistre aux habitans de cette ville le subject de son voyage :

LETTRE escrite par M. le comte (THarcourt auxjurati

et liabitans de Bordeaux.

« Messieurs,

« La victoire ne m'a pas conduit à vos portes avec un esprit de rigueur et moins encore à dessein de vous faire sentir les sévères eflects du châtiment que la rébellion ouverte de cette province sur les mouvemens que vostre ville y a donnés, luy a faict si justement mériter. Je viens vous tendre les bras de la clémence du Roy et au lieu de me servir des avantages que Dieu a donnés comme protecteur de Fautorite souveraine, aux annes de Sa Majesté quej'ay rhonneur de commander, j*ayme beaucoup mieux tenter les voyes de la douceur. Si mon humeur vous est connue aussi bien que la conduite que j'ai eue

^huift toute cette guerre, vous vous persuaderez aisé- ■Mit que je sçais tenir avec beaucoup de punctualité im paroles que je donne, et si vous vous souvenez que vous m'avez regardé avec estime et amitié pendant que *^aieu le gouvernement de cette province, vous aurez •am doute confiance que je ne puis avoir perdu le res- •cntiment des démonstrations de joye (jne vous prépariez pour mon arrivée. 11 estvraiaussy queTinclination que j*ai toujours eue pour cette province et pour vostre viDe en particulier, m^a taict rechercher avec empres- •ement les occasions d'en esloigner la guerre, et cette considération jointe au zèle et à la fidélité inviolables que j*ai tousjours eus pour le service du Roy n'a pas médiocrement contribué aux pénibles efForts que nous aTonsfeictz pour pousser le parti de M. le Prince aux extrémités 0|) vous le voyez. Quelque déguisement qu'il y lasse apporter, vous ne devez plus vous flatter d'une fousse apparence de protection de sa part ; il ne peut que vous mettre dans les mesmes accablemens que vous avez desjà esprouvés et dont les suites seroient ^ns doute fort ruineuses et désavantageuses pour vous. Ainsy je vous invite de prévenir par des marques de Tobéissance que vous devez au Roy, Forage qui se prépare par mer et par terre à tomber sur vos biens et ensuite sur vos personnes. N'attendez pas, si vous me voulez croire, que je reçoive de la cour les ordres de ce que j'aurai à Faire envers vous, puisqu'ils seront sans doute d'autant plus contraires à l'inclination que j'ai à la douceur, que Sa Majesté est tout-à-Faict audessus de ses ennemis et que les avantages qu'elle remporte de tous costés lui donnent des sentimens plus pressans de faire servir

vostre ville d'un exemple Funeste à la rébellion et honteux ù des cœurs si estroîtement engagés par la naissance*ct par Thonneur à Tobéissance qui lui est deuë. Tous les prétextes sont levés par la majorité d'un Roy que vous voyez agir par nos mains avec autant de succès qu*il y a de justice dans sa cause; sortez de Taveuglcment où Fambition et Tintérest de quelques particuliers vous tiennent enchaisnés; ne vous laissez plus flatter aux artifices que Ton public au désavantage des armes du Roy, puisque vous osprouvez par noslre arrivée à vos portes la faulscté de tant de feintes relations dont on vous a abus4>s. Rendez par une marque de vostre sousmission la |)aix que vous avez ostée à cette pnwince où tant d*Ames iimocentes qui souffrent pour les coupables Ibnt lous les jours des imprécations qui ne peuvent que vous attirer tous les fléaux du Ciel. Je prévois avec regret que je serai Tinstrument du plus rigoureux châtiment qui puisse être employé au restablissement de Tauthorité royale si vous ne recevez de bonne grftce l'avance obligeante que je fuis; après quoi aussi n*eftpéi*cz plus de paix qu'en sacrifiant à la juste colère du Roy toutes les testes criminelles qui vous ont embarqués dans la rébc^llion, et croyez que comme je me suis employé avec ardeur à vous procurer la Iranquilité, je mettrai en œuvre toutes les rigueurs de la guerre pour siitisfaire au juste ressentiment de Sa Majesté; ce sont les avis que vous donne. »

Si ceste lettre eust été cogneuë aux peuples et à ce qui reste de fidèles serviteurs du Roy dans cette ville,

APPENDICK. 433

elle auroit peut-estre produit quelque bon eflect; mais M. le prince de Gonty, qui avoit esté averti de nostre marche , ne voulut permettre au trompette d'entrer dans Bordeaux , et soufFrit mesme que quelques-uns des séditieux violassent par de mauvais traitemens la liberté establie pour le commerce des trompettes.

M. le Comte résolut avant son départ de la Brëde d'ttovoyerM. de Sauvebœuf, lieutenant-général, et le tieur du Goudray-Montpensier, mareschal de camp de jour, avec un corps de cinq-cens chevaux pour pousser les ennemis sMIs les rencontroient dans leur marche et pour choisir un champ propre à mettre Farmée en bataille à la veuë de Bordeaux ; ce qu'ils firent après avoir poussé jusques aux portes tout ce qui se rencontra devant eux. Mais, comme le lieu est fort avantageux à l'infanterie à cause des vignes et des chemins creux qui environnent la ville, les ennemis en firent sortir quelque nombre pour faire feu dans nostre champ de bataille qui n'empescha nullement les troupes 'de s'y ranger, pendant que M. le Comte, qui marchoit à la teste de la seconde brigade, s'avança à la teste de Tarmée et commanda à M. de SauvebœuF de faire mettre pied à terre à ses gardes, à ceux de M. le maréchal du Plessis-Prasiain et à ceux de M. le marquis de S*-Luc qui escarmouchèrent avec les ennemis pendant tout le temps que rarméefntà la veuë de la ville, et M. le Comte, ayant résolu de la faire retourner au mesme quartier d'où elle estoit partie, qui estoit à deux grandes lieues de Bordeaux, commanda à M. de Sauvebœuf de faire défiler les troupes ; et les ennemis, s'estant persuadé que

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