‹ Souvenirs du règne de Louis xivChapitre 18 sur 100 · LETTRE DU DUC DE CANUALE AU CARDINAL MAZARIN · texte numérisé non relu

LETTRE DU DUC DE CANUALE AU CARDINAL MAZARIN

«Monsieur,

« J'ay apris par M. de Caumont que la dernière fois qu'il a eu l'honneur de voir V. E. Elle luy a fait pleinte des attaches trop eslroittes que j'avois aux intérests de M. le prince et à toute sa maison; qu'ils estoient demeurés de la mienne et que les tesmdignages qu'ils rendoient des bons trailtements qu'ils recevoient de moy, sont autant de mauvais offices. Ces avis ne pouvant partir que d'une affection particulière que V. E. me fait l'honneur d'avoir pour moy, sont autant de nou-

velles obligations dont je me liens très redevable à sa bonté. Mais, Monsieur, je vous supplie très humblement de me permettre de luy dire qu'elle au roi t très juste subjet d'avoir mauvaise opinion de moy, si en Testât où sont ces princes (quoy qu'ils ayent justement mérité ce qu'ils souffrent en faisant une guerre injuste), je ne leur rendois que ce qui n'excède pas les simples termes de la civilité. Les loix mesmes de la guerre, comme V. E. scait mieux que personne, ne sont pas contraires à celles de la courtoisie ; et je m'asseure qu'elle m'auroit donné du blâme, si en rendant ce que je dois de fidélité et d'affection au service du Roy^ je n'avois exercé au reste les offices que j'ay rendus à Madame la princesse, à M. le prince de Conty, et aux autres, ce qui ne se pouvoit pas mesme desnier aux personnes indifférentes. J'y ajouteray encore. Monsieur, que peut-estre cette façon d'agir n'a pas esté inutile au service de Sa Majesté, et que si je ne me fusse trouvé capable d'establir quelque confiance dans l'esprit de M. le prince de Conty, il n'eût pas si facilement embrassé la paix, ce qui a contribué quelque chose au bon estai des affaires de ce païs. Il est vray, Monsieur, que pour le regard de ce prince, il 5'est passé entre nous quelques civilités, et que je lui ay rendu de petits offices; mais ce n'a esté que despuis qu'il s'est remis entièrement dans l'obéis-

sance du Roy, en laquelle il m'a prolesté qu'il vouloit persévérer constamment, quelque chose qui put arriver. Je ne suis pas si peu connoissant, ny si mauvais ménager de mes inlérests que je ne voye bien qu'ils ne peuvent n'avoir d'avancement par M. le prince, ny les siens, au contraire que s'ils doivent estre choqués, ce ne peut estre que par luy. Aussi vous supplie-je très humblement de croire, Monsieur, que je ne suis pas si imprudent que de vouloir favoriser les siens en quelque estât qu'ils puissent estre, mais principalement lorsqu'ils seront séparés de ceux du Roy et de l'Estat, à quoy je suis attaché inséparablement, sans qu'il y ait de considération au monde qui m'en puisse désunir. C'est une vérité de laquelle je supplie très humblement V. E. de n'estre jamais en doute. Ce qui m'y confirme d'autant plus quejevoy bien que V. E. n'en peut jamais avoir d'autres, et je m'asseure qu'elle me fait l'honneur d'estre déjà persuadée que rien au monde n'est capable de me séparer de ces sentiments. Elle connoistra mieux cette vérité parla suitte de mesaclionsquiluy feront tousjoursparoistre que je suis et seray inviolablement toute ma vie^

Monsieur, vostre très-humble et très-obéissant serviteur. Le Duc de Candale.

A Bordeaux, le 19 septembre 16d3 *. »

* Lettre inédite ; Archives nationales^ KK, 1220, f« 567.

i76 SOUVENIRS DU RÉGNE DE LOUIS XIV.

Dans cette revue finale des personnages qui prirent part aux derniers épisodes de la Fronde, notons que Tabbé de Guron de Rechigne-Voisin fut nommé évêque de Tulle ; que Daniel de Cosnac reçut, Tannée suivante, malgré sa jeunesse, Tévôché de Valence et le brevet de conseiller d'État. Quant aux deux religieux qui concoururent aussi de tout leur zèle au rétablissement de l'autorité royale, le Père Iticr et le Père Berthod, leur sort fut bien différent au point de vue des récompenses. Le Père Itier, comme nous l'avons dit, fut nommé évêque de Glandèves; mais le Père Berlhod n'obtint aucune faveur signalée. Certainement le Père Itier avait plus souffert , mais le Père Berthod avait rendu des services plus importants et plus prolongés; partout oîi il s'était passé de graves événements, à Paris, à Bordeaux, à Périgueux, il avait agi, et beaucoup écrit, car, s'il a laissé des 3Iémoires , ses lettres inédites forment en outre une volumineuse correspondance.

En définitive, le Père Itier reçut, avec l'évêché de Glandèves, une lettre flatteuse du cardinal Mazarin, tandis que le Père Berthod, oublié, tâchait, par une lettre pressante, de réveiller l'attention du cardinal en lui rappelant ses services et cette particularité qu'il avait été le possesseur toujours fidèle du secret de son chiffre pour sa correspondance des jours difficiles. Le pauvre Père méconnu se serait contenté, de la part de l'ingrat qu'il avait servi, d'une pension

de mUle écus assignée sur quelque bénéfice ; nous ignorons s'il Tobtint jamais. Nous plaçons ces deux lettres à la suite Tune de l'autre ; leur contraste n'est pas sans intérêt, et la seconde renferme de curieux détails. Nous faisons précéder ces deux lettres de l'extrait d'un passage d'une lettre du cardinal Mazarin annonçant au duc de Vendôme la nomination du Père Itier à Tévêché de Glandèves :

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