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CHAPITRE LXXIII

Les Jurais de Bordeaux sont obligés de se démettre de leurs fonctions. — Élection de nouveaux jurais. — Expulsions faites par la nouvelle Jurade. — Mission de Rodorel. — Articles du traité de paix rejelés ou inobservés par la cour.

— Exceptions à l'amnistie. — Jugement inédit du cardinal Mazarin sur le comte de Marsin et sur le colonel Balthazar.

— Différence du sort de Vilars et de Dureteste. — Refus de Tenregistrement de l'amnistie par le Parlement de Guyenne.

— Reconstruction des châteaux Trompette et du Hû. — Capitulation de Bergerac, de Sainte-Foy et de Villeneuve-d'Agen.

— Traitement rigoureux infligé à celte dernière ville. — Destruction des fortifications de Tartas. — Le duc de Caudale prend ses dispositions pour assiéger Périgueux. — Le marquis de Chanlot, gouverneur de Périgueux, découvre une conspiration de Bodin, procureur du roi, pour livrer la ville.

— Sanglante échauffourée; Chanlot est tué. — Bodin ouvre les portes au comte de Chavagnac. — L'entrée de Périgueux refusée au marquis de Sauvebeuf. — Le duc de Caudale fait pendre quatre habitants. — Indiscipline d'un corps de troupes du duc de Vendôme mise en relief par le duc de Caudale. — Le duc de Caudale obligé de se défendre contre de malveillantes insinuations. — Sa lettre inédite au cardinal Mazarin, du 49 septembre. — Récompenses accordées ou refusées à l'abbé de Guron de Rechigne- Voisin, à' Daniel de Cosnac, au P. Hier et au P. Berthod. — Lettre inédite, du 3i août l6o3, du cardinal Mazarin au duc de Vendôme. — Lettre inédile du cardinal Mazarin au P. Hier, du 31 août 1653. — Lettre inédile du P. Berthod au cardinal Mazarin, du 23 septembre 1653. — Les trois députés envoyés par la ville de Bordeaux en Angleterre sont exclus

de Tamnistie. — Altitude de TAngleterre vis-à-vis de la France après la paix de Bordeaux. — L'Angleterre rendue plus intraitable par une victoire navale sur les Hollandais. — Désir de médiation de la reine Christine de Suède. — Projet de traité entre la France et l'Angleterre inutilement rédigé par M. de Bordeaux. — Correspondances diplomatiques. — La patience recommandée à M. de Bordeaux par M. de Brienne et les concessions offertes par le cardinal Mazarin. — La flotte espagnole quitte sans combat son mouillage à l'embouchure de la Gironde, à l'approche de la flotte du duc de Vendôme. — Le gouvernement de la Guyenne refusé à la compétition des ducs de Vendôme et de Caudale. -^ Ce gouvernement est rendu au duc d'Épernon. — Le comte d'Estrades nommé maire perpétuel de Bordeaux. — Destruc- ^ tion des registres du Parlement.

Bien que les Jurats de la ville de Bordeaux eussent dans les derniers jours activement participé à la paix, leur projet de traité jugé factieux et irrévérentieux, projet dont un grand nombre d'arlicles avaient été modifiés ou rejetés par les généraux ou par la cour, leur élection faite sous l'influence du parti des princes, ne pouvaient permettre qu'ils conservassent leurs fonctions après le rétablissement de l'autorité royale ; aussi le premier acte de cette autorité fut-il de faire procéder à des élections pour leur renouvellement intégral. Les ducs de Vendôme et de Caudale avaient fait connaître à l'avance les choix qui seraient agréables, et les six noms préférés sortirent triomphants des

urnes électorales. Aussi Tévêque de Tulle qui se présenta dans l'assemblée, aussitôt rélecHon terminée, put-il dire en toute assurance que ces choix seraient agréés par le roi *•

Ces élus furent les sieurs de Saint-Clément, Dulon et Pissebœuf, présentés par le duc de Vendôme, et les sieurs Pillot, Lauvergnac et Mercier, présentés par le duc de Candale ^. La nouvelle Jurade inaugura sa prise de possession administrative par l'expulsion de Bordeaux de vingt-cinq des principaux factieux ^. Lorsque toutes les soumissions exigées eurent été faites, le roi consentit, ce qu'il avait refusé jusques là, à recevoir un député de cette ville chargé de lui apporter Texpression de la fidélité des bons habitants. Cette mission fut remplie par Rodorel que désignait le zèle royaliste dont il avait fait preuve *.

Le désir d'en finir avait, dans les derniers jours, précipité la solution à un tel point que la ville de Bordeaux n'ayant pas attendu pour ouvrir ses portes la ratification du traité par le roi, il s'en suivit que la cour put se donner toute latitude à l'égard de son

* Voy. la Gazette, art. sous la rubrique : Bordeaux, 7 aoust 1653; voy. aussi les Mémoires du P. Berthod.

' Voy. la Relation véritable de tout ce qui s'est passé à la réduction de la ville de Bordeaux, Document imprimé, Archives nationales, KK, 1220, fo5H.

' Lettre inédite de l'abbé de Guron au cardinal Mazarin, Bordeaux, 11 aoôt 1653. Archives nationales, KK, 1220, f<» 456.

* Voy. la Gazette, art. sous la rubrique : Paris, 16 août 1653.

Viu. 11

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observation. Non seulement la plupart des articles réservés par les généraux à l'approbation royale ne furent pas acceptés, mais ceux-mêmes qu'ils avalent accordés en vertu de leurs pouvoirs ne furent généralement pas observés. Comme on devait s'y attendre, le prince de Condé, en première ligne fut exclu de l'amnistie^ le roi était résolu à ne lui accorder aucun pardon. Le rétablissement du Parlement à Bordeaux ne fut pas agréé davantage, il fut jugé nécessaire de priver pour un temps encore indéterminé cette ville du bénéfice et de l'honneur de lui servir de résidence. Ce corps alors errant et fort désorganisé venait d'être chassé d'Agen par une terrible maladie contagieuse que l'on prétendait être la peste, et s'était réfugié à la Réole. Enfin la cour refusa de comprendre dans l'amnistie le premier Jurât, le chevalier de Thodias, et le remuant frondeur, aux voyages incessants à Madrid, le marquis de Lusignan, ainsi que l'avocat Clérac qui remplissait à ce moment une mission en Espagne. La cour se réservait encore de prononcer telles autres exceptions à l'amnistie qu'elle j ugerait convenables.

Les deux chefs militaires les plus éminents de la Fronde de Guyenne, le comte de Marsin et le colonel Balthazar, prirent chacun un parti différent. Marsin, après sa conduite en Catalogne, ne pouvait espérer de rentrer en grâce ; il se

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rendit d'abord en Espagne et accentua sa rébellion en acceptant un grade étranger, celui de capitaine général des armées espagnoles; le colonel £althazar, au contraire, prit l'amnistie. Il est -curieux de connaître quels étaient à l'égard de ^es deux hommes l'appréciation et les sentiments du cardinal Mazarin :

« Je suis bien aise que l'on traite avec Balthazar, ^'est un fort bon officier ; mais il n'y a pas sujet de s'y fier, et au contraire sa conduite passée donne lieu de croire qu'il changera de party autant Ae fois qu'il y trouvera son compte.

« Pour Marchin sa trahison a esté si noire et si infâme qu'il ne faut rien oublier pour tasclier de l'exclure du traillé ^ »

Nous avons vu que Vilars s'élait enfui de Bordeaux sans attendre qu'il fût prononcé sur son sort ; .quant au boucher Dureteste qui, plus violent sans doute, n'était au fond pas plus coupable que son collègue, avocat ambitieux et sans conscience, traître à tous les partis, il paya pour deux : décou- •vert dans une charrette de foin dans laquelle il teniait de se sauver, il fut arrêté, condamné et roué vif dans le quinconce de TOrmée auprès de l'église Sainte-Eulalie, sur le théâtre même de ses iristes exploits ; ses quatre membres furent pla-

^ Minute inédite d'une lettre du cardinal Mazarin au duc de Candale, du 6 août i6o3. Archives nationales^ KK, 1221, f<> 443.

ces sur quatre portes de Bordeaux. Vilars au contraire qui s'était dérobé en se confondant avec des personnes de la suite du prince de Conti, trouva moyen de se faire gracier plus tard. Il parait qu'il dut celte faveur à une trahison nouvelle à l'égard du prince de Condé. La correspondance de Lenet élève à cet égard une accusation que le caractère du personnage permet aisément de transformer en certitude : pour obtenir sa grâce après avoir trahi le roi lui-même, \ilars en paya le prix par quelque révélation. Cet exemple des plus graves responsabilités éludées par le plus ancien de nos avocats politiques, ambitieux sans convictions, a porté de tristes fruits ; si Vilars eût reçu le châtiment qu'il avait mérité, il n'aurait pas été suivi par tant d'imitateurs.

Le Parlement mécontent des restrictions apportées à l'amnistie, mais plus mécontent encore de la prolongation apportée à son exil, refusa l'enregistrement des Lettres-Patentes du roi d'une manière indirecte, en y mettant entre autres conditions d'ajournement, celle d'être transféré auparavant dans un lieu plus convenable pour tenir ses audiences. Les généraux en chef des armées royales passèrent outre en faisant enregistrer ces Lettres d'amnistie par le sénéchal de Guyenne, et ils les firent publier ensuite par les Jurats. L'exil eut raison de l'hostilité systématique de la majorité des

€ODseilIers ; leurs habitudes et leurs intérêts froissés les rendirent souniis, et le roi crut pouvoir sans danger rétablir le Parlement à Bordeaux au mois de décembre de Tannée suivante.

Pour tenir en bride, à l'avenir, la population remuante de Bordeaux plus sûrement qu'elle ne l'avait été par le passé, des travaux furent immédiatement entrepris pour rétablir les châteaux Trompette et du Hâ sur un plan plus vaste et plus redoutable qu'autrefois.

Il ne restait plus que quatre villes qui reconnussent encore l'autorité du prince de Condé : Bergerac, Sainte-Foy, Villeneuve-d'Agen etPérigueux. A la nouvelle delà capitulation de Bordeaux, les trois premières se rendirent. Villeneuve-d'Agen, pendant cette longue guerre, était restée la ville imprenable; deux fois le comte d'Harcourt avait échoué sous ses murs ; elle dut à cette circonstance un traitement sévère qu'un ordre royal prescrivit en ces termes au duc de Caudale :

« Du 7 aoust 1653.

a Mon cousin, ayant appris que la ville de Villeneuve d'Agenois prétend l'abolition de sa rébeUion en posant seulement les armes, je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que les murailles et les fortifications de ladite ville soient démolies et razées, et les fossez comblez ; qu'elle

demeure privée de tous ses privillèges el que vous^ y ordonniez et fassiez exécuter un châtiment plus notable, si vous Teslimez à propos, et la présenle^

n'estant pour autre sujet, je prie Dieu* »

Pour se conformer à ces instructions, le duc de Caudale fit pendre deux habitants choisis parmi les plus factieux ; il s'empressa d'en donner la nouvelle au cardinal Mazarin. Il lui proposa ensuite de* raser les fortifications de Tartas qu'il aurait fallu assiéger, dit-il, dans cette même lettre, si le colonel Ballhazar ne l'avait livrée par son traité*.

Des quatre villes que nous avons nommées, Périgueux fut la seule qui ne fit pas sa soumission ; mais elle était sous le joug d'un gouverneur, Chanlot, homme déterminé et d'un dévouement à Tépreuve pour le prince de Condé. Chanlot avait constamment déjoué toutes les tentatives royalistes des habitants qu'il tenait sous une sorte de terreur. 11 était encouragé dans sa résistance par la conviction que les généraux en chef des armées royales ne pourraient pas disposer de forces suffisantes pour venir l'attaquer. En effet, après la capitulation de Bordeaux, un corps considérable des armées royales avait été détaché pour aller renforcer l'armée du maréchal de Turenne, et les trou-

* Lettre inédite ; Archives du ministère de la Guerre, vol. 140, ' Lellre inédite datée de Bordeaux, le 14 septembre 1653; Archives nationales, KK, 1220, f» 546.

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pes qui restaient avaient à surveiller les intentions de la flotte espagnole toujours stationnaire à Tembouchure de la Gironde, et à tenir en respect pendant quelque temps encore les éiféments malveillants de la population de Bordeaux. Le duc de Vendôme alla placer son quartier général à Bourg d'oti il pouvait à la fois observer la ville de Bordeaux et l'armée navale d'Espagne. Le duc de Caudale dut se charger seul de diriger Texpédifion contre la ville de Périgueux. Ce général fit mettre en marche un corps de six mille hommes sous les ordres du comte de Chavagnac et transmit au marquis de Sauvebœuf, qui commandait en Périgord, Tordre de marcher de son côté sur celte yille et de commander en second les préliminaires du siège. Le duc de Caudale se réservait de suivre de près.

Pendant que les ordres donnés commençaient à recevoir leur exécution, le marquis de Chanlot redoublait ses mesures de rigueur pour maintenir les habitants; mais Bodin *, procureur du roi au Présidial, sut raminer leur courage avec le désir de la délivrance, en leur faisant envisager le double péril auquel les exposait un siège, s'ils ne réussissaient auparavant à secouer le joug. De concert avec Fonpi-

* Appelé Boudin dans les Mémoires du comte de GhavagDac, mais nous maintenons le nom de Bodin qui lui est donné dans les Mémoires du P. Berthod et dans la Gazette.

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teaux, conseiller au même Présidial, et un habitant que nous ne pouvons désigner, la modestie, dit la Gazette, lui ayant fait taire son nom, ils envoyèrent à Bordeaux demander au P. Hier et au P. Berthod un ordre du duc de Caudale dont ils pussent s'autoriser pour agir auprès de leurs amis. L'ordre demandé étant parvenu, la journée du 16 septembre et rheure du midi furent choisies pour effectuer un soulèvement général. Le marquis de Chanlot n'était pas un gouverneur facile à surprendre ; il avait découvert les projets qui se tramaient, et, deux heures avant le moment fixé pour l'explosion du mouvement, il avait fait mettre sous les armes les régiments de Condé et de Montmorency, ainsi qu'un régiment irlandais. 11 fit charger les canons et plaça un poste de vingt-quatre hommes dans deux maisons vis-à-vis de celle de Bodin, chez lequel il se rendit de sa personne, accompagné de vingt hommes, tant officiers que soldats, avec Tintention de Tarrèter.

Chanlot ayant heurté violemment à la porte, un valet, sans ouvrir, dit par une fenêtre que son maître dînait et qu'on ne pouvait lui parler. Le gouverneur se nommant, somma avec menaces d'ouvrir la porte. Bodin se voyant perdu s'il ne tente un effort désespéré, fait ouvrir la porte et se présente armé, accompagné de deux personnes. Aussitôt des coups de pistolets et de fusils retentissent,

un cousin du procureur du roi tombe à ses côtés, mais Laruyne, son secrétaire, étend raide mort le gouverneur d'un coup de mousqueton.

Celte mort jette la démoralisation parmi les troupes, tandis que le peuple crie de toutes parts : Vive le roi et la liberté ! Les uns s'emparent du corps de garde et de la place d'armes, les autres de la porte du Pont, de la porte de Taillefer et des fortifications. Les officiers que leurs soldats abandonnent, essayent, sous les ordres de La Beaune, lieutenant-colonel du régiment de Condé, de tenir bon dans le clocher de Téglise-calhédrale de Saint-Front, dans Févêché et dans quelques maisons; mais ils sont pressés si vigoureusement qu'après avoir essuyé quelques perles, ils se rendent à discrétion. Deux capitaines et quelques soldats avaient été tués ; cinq bourgeois avaieut trouvé la mort dans cette attaque et quelques autres avaient été blessés.

En moins de deux heures, Bodin a triomphé.

11 court à l'Hôtel de ville, prononce une harangue et fait prêter un nouveau serment de fidélité au roi par les magistrats et par les habitants. Ensuite il fait partir un messager pour annoncer au comte de Chavagnac * les événements accomplis et pour

* Au marquis de Bourdeilles d'après le P. Berthod qui commet évidemment une erreur ; il suffit pour s'en convaincre de lire les Mémoires du comle de Chavagnac.

lui demander de venir prendre possession delà ville au nom du roi à Texclusion du marquis de Sauvebeuf dont on redoutait la violence. A minuit, Chavagnac fît son entrée dans Périgueux avec cent cinquante cavaliers ; et lorsque Sauvebeuf se présenta il se vit refuser l'entrée par Chavagnac lui-même suivant la promesse qu'il avait Taite aux habitants.

Lorsque le duc de Caudale arriva, au lieu d'un siège à entreprendre, il trouva une ville soumise. En rendant compte au cardinal Mazarin de cet important événement, il attribua une grande part de ce résultat au soin qu'ilavait pris de retirer du parti des princes La Roque-Gassion ; aussi demanda-t-il que la promesse par lui faite de lui conserver son régiment fût tenue par la cour *.

Une lettre du marquis de Bougy au cardinal fournit des renseignements plus explicites que la lettre du duc de Caudale sur la nature du service rendu par La Roque. Dès que les premières troupes destinées à faire le siège de Périgueux avaient paru, il était sorti de la ville et avait passé dans les rangs de l'armée royale avec cent cinquante maîtres de son régiment ^. Naturellement cette action avait encouragé les habitants et diminué la con-fiance de la garnison.

^ Letlre inédite datée de Bordeaux, le 22 septembre 1653; Archives nationales, KK, 1220, f° 574.

' Lettre inédite datée de Bordeaux, le 21 septembre 1653 ; Ar-^ chives nationaleSf KK, 1229, f° 571.

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Bodin certainement tout le premier méritait une récompense pour sa courageuse conduite ; le P. Ber- Ihod écrivit au cardinal Mazarin afin de la demander pour lui *.

Pour l'exemple, le duc de Caudale choisit quatre habitants des plus séditieux et les fît pendre ; il voulait faire subir au Maire le même sort ; heureusement pour celui-ci le comte de Chavagnac était son hôte ; il intercéda et le Maire fut sauvé. Chavagnac obtint encore du général en chef qu'il déférât au vœu des habitants pour la conservation de leurs fortifications; moyennant une rançon de cent mille livres, elles furent épargnées ^.

La soumission de la ville de Périgueux fut le dernier acte de la guerre civile suscitée par la Fronde.

Quelques troupes détachées de l'armée du duc de Vendôme étaient cantonnées dans le Pérîgord; elles y commettaient des désordres auxquels le duc de Caudale voulut mettre un terme ; mais la forme adoptée pour la répression fait ressortir une fois de plus tout le fiel de la rivalité qui existait entre les deux généraux en chef. Le duc de Caudale fit paraître une ordonnance dans laquelle il exposait

* Lettre inédile datée de Bordeaux, le 22 septembre i6S3 ; Archives nationales, KK. 1220, f° 575.

^ Nous avons tiré les détails qui concernent la soumission de Périgueux de la Gazette et des Mémoires du P. Berthod, de M™« de la Guette et du comte de Chavagnac.

avec quelque complaisance les plaintes des communes de rÉleclion de Périgueux contre ces troupes accusées de cruautés et d'exactions inimaginables, suivant les termes employés; percevant en outre les deniers des tailles sur les quittances du sieur Le Maigre, receveur général des finances en la généralité de Bordeaux, contre les formes qui voulaient qu'elles fussent payées entre les mains des receveurs particuliers des communes. Le duc de Caudale enjoignait à ces troupes de se retirer immédiatement dans le voisinage de la flotte du duc de Vendôme, sous menace, en cas de refus, de les faire charger par ses propres troupes ^.

La mission militaire du duc de Caudale en Guyenne et dans les provinces limitrophes était heureusement achevée; mais il était depuis longtemps l'objet d'insinuations dont le but était de ruiner son crédit à la cour, particulièrement auprès du cardinal Mazarin. On lui reprochait surtout ses bons rapports avec le prince de Conti qu'on Taccusait d'avoir traité trop favorablement. 11 n'est pas difficile de reconnaître de quel côté venaient ces accusations : certainement du côté du duc de Vendôme jaloux pendant tout le cours de la campagne du jeune général, son collègue, et

* Ordonnance imprimée dalée de Périgueux, le 28 septembre 1653, signée par le duc de Caudale et contresignée par Soucbel. Archives nationales, KK, i220, f« 586,

qui Tétait devenu bien davantage depuis qu'il était évident aux yeux des moins clairvoyants que la paix de Bordeaux était bien plus Tœuvre du duc de Caudale que la sienne.

Le duc de Candale n'eut pas de peine à démontrer le peu de fondement des reproches qui lui étaient adressés, puisque les bons rapports qu'il avait entretenus avec le prince de Conti étaient devenus précisément le moyen puissant qui avait permis de mettre fin h la guerre civile avec bien plus de facilité qu'il n'eût été possible d'y parvenir, si ce procédé n'avait pas été employé. Il adressa au cardinal Mazarin pour sa justification, la lettre suivante :

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