‹ Souvenirs du second empireChapitre 26 sur 29 · RÉSULTATS MATÉRIELS ET MORAUX DE LA LUTTE · texte numérisé non relu

RÉSULTATS MATÉRIELS ET MORAUX DE LA LUTTE

Incidents de la journée du 4. — Troupes engagées. — Morts et blessés des deux côtés. — Composition du ministère. — Expulsion de Paris des étrangers et des révolutionnaires. — La rente monte de 10 francs environ. — Lettre de M. de Maupas, sur M. Victor Hugo. — Il a refusé . de Tarrôter* — Lettre de M. <de Heeekeren sur sa mission au Mont-Yalérien. — Révélations de FEmpereur sur M. le i^énéral Oudînot. — La vérité sur les prétendus millions enlevés à la Banque,'^ Ma première entrevue avec le Prince, après les événements. — Paroles qu'il m'adresse.

Donc, conformément au plan du général Magnan^ les troupes entrèrent en ligne à deux heures.

Les quatre brigades de la division Carrelet débouchèrent sur le boulevard/ par la rue de la Paix. En léte marchait la brigade de Bourgon, que poussaient devant elles^ dans l'ordre suivant, les brigades de Coite, Canrobert, DulacetReybell.

Provoquée par des coups de feu, la brigade de Bourgon pénétra résolument dans les masses compactes qui couvraient le boulevard, et poursuivît, sans s'arrêter, jus^ qu'à la porte Saint-Denis, d'où elle poussa jusqu'à la rue du Temple.

256 SOUVENIRS DU SECOND EMl^lRE

AU moment où la brigade de cavalerie Reybell venait, sans coup férir, d'atteindre le boulevard Montmartre, des coups de fusil, tirés par des mains gantées» partirent des fenêtres. Les cavaliers firent halte, et, les tirailleurs de la brigade Canrobert aidant, un feu terrible fut dirigé sur les fenêtres provocatrices, en même temps que le canon ouvrait les portes d'une maison à droite» en face de l'hôtel Saint-Phar. La leçon fut chaude et suffit, car le boulevard élégant garda le silence pendant le reste de la journée.

Par suite du mouvement en avant» la brigade de Cotte piënétrait dans la rue Saint-Denis, la brigade Dalac dans la rue Saint-Martin, le 15' léger» colonel Guillot, dans la rue du Petit-Carreau, et la brigade Canrobert entrait dans le faubourg Saint-Martin.

De son côté, la division Levasseur envoie au feu les brigades de Courtigis et Marulaz. La preniière enlève les barricades du faubourg Saint-Antoine, la seconde disperse le personnel insurgé, fortifié dans l'ancien repaire de l'émeute, qui s'étendait de la Porte-Saint-Martin à la Pointe-Saint-Ëustache.

L'action avait duré deux heures et demie ; et, à cinq heures, les brigades engagées Paient ramenées sur les boulevards.

Des trois divisions Carrelet, Renaud et Levasseur, deux seules donnèrent, la première et la troisième ; et sur les onze brigades, six seulement furent engagées.

Les derniers coups de fusil furent tirés par le SI"" de ligne, rue du Petit-Carreau, à neuf heures du soir, où

il y eut comme une velléité de revanche, bientôt réprimée. Le jeune et brave colonel de Lourmel, qui commandait le 81*, vint plus tard me voir avant de partir pour la Crimée. Il fut tué devant Sébastopol, dans une attaque téméraire contre les ouvrages blancs.

C'était fini ; car, le 5 au matin, le général Carrelet ayant poussé jusqu'à Hénilmontant où Ton avait signalé des troubles, rencontra, le maire en tête, les gardes nationales de Ménilmontant et de Belleville, et en fut reçu avec acclamation.

Cette journée du 4 avait allongé inutilement, puisqu'elle avait été résolue sans espoir de vaincre, la liste des victimes.

L'armée avait eu 26 tués^ dont un officier supérieur, le lieutenant-colonel Loubeau, du 72* de ligne, et 184 blessés, dont 17 officiers.

Les insurgés avaient eu 175 morts, dont 2 députés, M. Baudin, de l'Ain, et M. Dussoubs, de la Vienne ; et 115 blessés, dont 1 député, H. Hadier de Montjau.

Je garantis l'exactitude absolue de ces chiffres, et je dois protester, en témoin bien informé, contre de prétendues fusillades nocturnes, qui auraient eu lieu à la suite de la lutte. Ces fusillades furent une invention absurde.

Dès le 2 décembre, il avait étéformé un ministère; mais les journées du 2, du 3 et du 4 furent remplies par les opérations militaires, et le cabinet, réuni comme en permanence au ministère de l'intérieur, ne fonctionna réellement que le 5. Il comprenait M. de Morny à l'intérieur, M. de Saint-Arnaud a la guerre, M. Rouher à la

justice, M» de Targot aux affaires étrangères, H. Diicos à. la majrinef H. Magne aux travaux publics, M. Fortoul à rifistraciion publique et aux cultes» et M. Fouid aux finMoes.

Le premier acte eoiisîdmible de ce ministère fat le décret du 8 décembre, rendu sur la proposition de M. de Moroy, et qui permit de débarrasser Paris et la Fraoee de vingt-*cinq mille cinq cents clubistes, insurgés, étrangers, condamnés en rupture de ban, élément perpétuel et incorrigible de l'agitation révolutionnaire.

Le même jour, le Prince rappelant la cause et le but de l'acte d'énergie qu'il venait d'accomplir, adressa au peuple français une proclamation où il disait :

« Les troubles sont apaisés, quelle que soit la décision du peuple, la société est sauvée.

<( Pourquoi le peuple se serait-il soulevé contre moi?

« Si je ne possède plus votre conCance, si vos idées ont changé, il n'est pas besoin de faire couler un sang précieux, il suffit de déposer dans Turne un vote contraire. Je respecterai toujours l'arrêt du peuple. »

On sait à quel point il avait exactement apprécié la pensée de la France; le scrutin 'ouvert pour le plébiscite, et dépouillé le 31 décembre, parla Commission consultative, donna le résultat suivant.

Sur 8,11 6,773 votants ; il y eut :

Oui..., 7,439,i215.

Non... 640,737.

C'était bien le résultat que le vote des conseils, généraux et le vœu de quinze cent mille pétitionnaires avait

fçiit pressentir, et que l'égoïsme des partis coalisés avait essayé de conjurer, d'abord par un refus de réviser la Constitution; au dernier moment, par une prise d'armes.

Donc, la France, protégée par l'armée, parla librement, et, comme au 10 décembre 1848, elle se confia une seconde fois, et d'une manière explicite et complète, à la sagesse, au patriotisme et au courage du prince Louis-' Napoléon.

Considéré au point de vue des libertés publiques et de la souveraineté nationale, le 2 décembre était approuvé et sanctionné par la France.

Considéré au poipt de vue de la confiance dans Ta* venir, des intérêts et des affaires, il se résumait dans les chiffres suivants :

Le 1*^" décembre, la veille du coup d'État, la rente 5 0/0 était à 91 fr. 60 c.

Le 16 décembre, fin de la première quinzaine, elle était à 100 fr. 90 c.

C'était donc une hausse de près de 10 francs, ou une augmentaiion de près d'un dixième dans la fortune pu^ blique ou privée.

Je me suis proposé, en écrivant ces Souvenirs^ non de formuler mon propre jugement sur le rétablissement du second Empire, mais d'aider le lecteur à former le' sien, en plaçant sous ses yeux, avec les preuves à l'appui, le mobile souvent inconnu ou méconnu des projets qui se formèrent ou qui s'accomplirent.

Les partis qui procèdent, dans leur politique, par voie de conspiration ou d'insurrection , ont pour caractère d'être violents, et pour penchant d'être injustes.

960 SOirVENIRS DU SËGONB EMPIBE

Cela est naturel de leur part. La force qu'ils emploient pour s'imposer leur semble légitime; la force qu'on emploie pour résister à leur domination leur semble criminelle.

Les vaincus du 2 décembre ont donc accusé le vainqueur d'avoir fait massucrer des femmes et des enfants. C'est la passion qui parle ainsi. La raison répond que l'armée ne reçut l'ordre de massacrer personne, et ne massacra qui que ce soit. L'armée reçut l'ordre de faire respecter la paix. des rues, et de protéger la liberté du scrutin qui allait s'ouvrir. Dans Taccomplissement de sa mission , elle n'eut donc qu'un rôle défensif. Son premier coup de fusil fut une riposte aux coups de fusil des insurgés.

La mêlée qui s'engagea fut aveugle, comme toutes les mêlées, et les balles, qui vont droit devant elles, n^avaient pas le pouvoir de discerner, dans la foule, les curieux, qui regardaient, des émeutiers, qui tiraient. Il y eut ainsi quelques victimes, inconsciemment sacrifiées, dans le désordre de la lutte. Pour tous, cela s'appelle un mdlheu/r; mais cela ne se nomme un massacre pour personne.

Pendant la fête du 15 juillet 1839, il y avait eu plus de cent personnes, hommes, femmes, enfants, écrasées au milieu du Champ-de-Mars : aucun historien n'a accusé le roi Louis-Philippe de les avoir égorgées.

• La ferme et inébranlable résolution du Prince et de l'armée, le 2 décembre, c'était de protéger la souveraineté nationale, à tout prix, et de mourir plutôt que de subir la domination d'une minorité ameutée. Cette ré?o-

lution s'affirma, le 4 au matin, par le dessein de former un camp retranché dans Tenceinte du jardin des Tuileries, et d'y concentrer les moyens nécessaires à une défense désespérée. Le transport d'un grand parc d'artillerie, dans cette enceinte, commença le 4 au matin, sous la direction de M. le colonel Fleury; il ne s'arrêta que le 5, après la défaite définitive de l'émeute.

Les vaincus du 2 décembre ont également accrédité le bruit que l'arrestation de M. Victor Hugo avait été mise à prix. Moi, qui savais qu'on n'avait pas voulu l'arrêter, quoique sa retraite fût connue, et qu'on avait fait semblant de ne pas le voir/ lorsqu'il partit sous la blouse et avec les papiers d'un brave ouvrier, que M. Victor Foucher,son beau-frère, lui avait procurés, j'étais intimement convaincu de l'inexactitude de l'accusation; mais j'ai voulu, comme on dit, en avoir le cœur net, et j'ai consulté, sur ce point, les souvenirs de M. de Maupas. Voici ce qu'il m'a répondu :

« Chàteaa de Vaux, par Fonchëres (Aube), 27 leptembre 18*78. « Mon cher ami,

« Victor Hugo se flatte, en disant qu'on a mis sa personne à prix; 25,000 francs pour sa capture, c'était beaucoup , en tout cas. Morny m'a donné l'ordre de l'arrêter. Je me suis refusé à le faire. Victor Hugo n'était nullement dangereux. Arrêté, il eût été un embarras.

€ Ce que je puis vous affirmer, c'est qu'il se cachait très soigneusement, et ne se montrait Aulle part où il

pouvait flairer un danger quelconque. Il s'est constamment tenu dans le rôle d'organisateur à distance. € Tout à vous de cœur.

« De Maupas. »

La séquestration momentanée des députés réunis à la mairie du X* arrondissement, ayant été la mesure évidemment la plus grave, imposée par les circonstances, il importe qu'elle soit jugée sur leur propre témoignage. J'ai déjà dit qu'ils avaient refusé de recevoir leur liberté, lorsque M. le baron de Heeckeren et H, le duc de Mouchy allèrent la leur offrir de la part du Prince; mais je n'ai pas dit assez clairement que leur refus était fondé sur l'avantage que cette déteiUion leur donnait de se poser en victimes de leurs opinions, sans être dans l'obligation de les soutenir par. des actes.

Voici, sur ce point délicat et important, le témoignage de M. de Heeckeren, dont j'ai invoqué les souvenirs. :

« Cher monsieur de Cassagnac,

c Voici une note qui vous fixera sur l'attitude prise par certains de nos adversaires, pendant la période du eoopd'Éiatde 1851.

< Après avoir reçu nos laisser-pasëer, nous partîmes à onze heures du soir, et nous n'arrivâmes qu'à deux heures du matin à pénétrer dans la forteresse du Moot- Valérien.

c Nous fûmes conduits immédiatement à la cellule de M. de FdUoux, avec lequel j'étais intimement lié depuis bien des années. A mes premières paroles, il me demanda

d'attendre qu'il allât chercher le duc de Luynes, son •voisin de captivité. Il sortit, et revint immédiatement avec le duc.

c La discussion s'ouvrit. M. de Falloux commença, en son nom et en celui du duc de Luynes, par protester énergiquement contre l'atteinte portée par le Président à la liberté des représentants du peuple. »

Le lecteur n'a pas oublié que, le l*"" décembre, dans la soirée, M. de Falloux avait fait offrir au Prince, par M. de Ueeckeren, de prendre l'iiHtiative d'un coup d'État contrôles représentants républicains ^ei de les contraindre à l'obéissance, par la force armée. Mais, reprenons.

c Naturellement , poursuit . M. de Heeckeren , je cherchai, ainsi que M. le duc de Mouchy, à expliquer la mesure. Je déclarai que la pensée du Prince, en faisant arrêter les députés, avait été de les défendre contre des entraînements qui auraient empêché d'utiliser, dans l'avenir, les services d'hommes considérables dont là France aurait besoin pour se consolider sérieusement.

tf J'ajoutai que les propositions dont nous étions por^ teurs n'impliquaient aucun engagement; que ces messieurs resteraient libres de faire la guerre au nouveau gouvernement, qui allait demander au peuple l'approbation du coup d'État.

< Voici quelle fut la dernière réponse de ces messieurs : Vos raisonnements peuvent avoir une grande valeur; mais ils ne détruisent pas notre préoccupation très sérieuse qui est celle-ci :

é II nous paraît impossible que la France supporte, sans tirer des coups de fusil, les arrestations nombreuses et arbitraires qui ont été faites. Dans cette conviction, nous ne pouvons accepter la liberté que vous nous offrez, même sans condition, car, une fois sur le pavé de Paris, que déviendrom^nous^ lorsque la lutte s'ewgagera ?

c Au moment de la bataille, il n'y aura pour les hommes qui ont joué un rôle politique, que de faire un choix entre ces deux situations : être pour ou contre le gouvernement. Or, votre procédé violent nous défendant d'être avec vous, il ne nous resterait qu'à monter sur une barricade. »

On le voit donc, car la vérité sort de leur bouche : les députés arrêtés voulaient qu'on fit des barricades, ils l'espéraient même, et ils comptaient que d'autres y monteraient, mais ils se souciaient peu d'y monter euxmêmes. Si les républicains insurgés remportaient la victoire, ils en auraient leur part gratis, abrités dans une prison dont les rigueurs précieuses les dispensaient de combattre, et leur assuraient le triomphe sans coup férir.

Le Prince avait excepté M. Piscatory et M. le général Oudinot de la délivrance immédiate offerte à leurs (Collègues. Voici les motifs qu'il donna à M. de Heeckereu de cette détermination.

« Je n'avais, dit le Prince, d'autres raisons à l'égard de M. Piscatory, que son caractère très violent, qui aurait pu le porter à des extrémités que j'aurais regrettées, car c'est un très brave homme. »

Les raisons relatives à M. le général Oadinot étaient d'une autre nature.

« A la place où vous êtes, lui dit le Prince, et il n'y a pas trois semaines qu* il y était, le général est venu provoquer une conversation dans laquelle il m'a dit qu'un coup d'État était nécessaire, et qu'il était homme à le faire, sous certaines conditions. Ces conditions, ajoute M, de Heeckeren, m'ont été dites par le Prince. » Or, on est à peu près autorisé à croire, d'après des témoignages très sérieux, et sans faire violence à la discrétion de M. de Heeckeren, que les conditions de M. le général Oudinot, pour entreprendre l'exécution du coup d'État, auraient été d'être préalablement fait maréchal de France (1) !

Il est enfin une dernière accusation que je veux détruire ; c'est celle qui, après le 2 décembre, a été imprimée et répandue contre le Prince, pour avoir, disaiton, fait enlever 20 millions à la Banque, afin de les distribuer aux troupes.

Voici la vérité à ce sujet. *

D'abord, un communiqué, envoyé aux journaux dès le 4, expliqua au public que le Trésor, en vertu d'un traité antérieur, avait un reliquat de 20 millions disponible à la Banque, et qu'il en avait disposé, selon son droit, avant les événements.

Ensuite, le 1" décenfibre au soir, le Prince demanda à son trésorier, M. Tliélin, de lui dire ce qui restait de son patrimoine et de sa fortune personnelle. Il restait

juste CINQUANTE MILLE FRANCS.

(i) Voir la note II à la fin du volume.

*m SOUVENIRS DU SECOND EMPIRE

. Le Prince savait qu'en quelques circonstances mémorables les troupes avaient faibli devant Témeute, faute d'avoir de quoi manger, et affamées plutôt que vaincues. Il prit donc jusqu'au dernier écu tout ce qui lui restait, et il chargea M. le colonel Fleury d'aller, brigade, par brigade, régiment par régiment, et, s'il se pouvait, homme par homme, distribuer cette dernière obole aux soldats luttant contre la démagogie.

Voilà les largesses du 3 décembre.

Je finis ici la première partie du volume de mesSimvenirsj qui expose les* préparatifs du Second Empire. La geconde comprendra son établissement et sa période prospère, jusqu'à l'époque où il inclina vers les idées parlementaires, par le rétablissement de l'Adresse législative; la troisième exposera son affaiblissement, né de l'abandon toujours croissant de ses principes, sa désorganisation et sa chute, jusqu'à la mort de l'Empereur.

Je suivrai toujours dans mon récit, le même système, exposant les causes des événements, les mobiles des hommes, disant ce que j'ai vu, ou citant les témoins de ce que j*ai appris, sans l'avoir vu moi-même.

Toutefois, je ne veux pas poser la plume sans raconter ma conversation avec le Prince, la première fois qu'il me fit appeler, après les événements du S décembre.

J'avais toujours été frappé de ce qu'il y avait de profondément religieux, mais aussi de discrètement religieux dans son caracière, et j'étais curieux d'étudier la trace que l'idée de Dieu aurait laissée dans son esprit.

après l'heureuse issue d'une lutte qui fixait sa destinée.

Un dimanche matin de Tannée 1851, étant ailé, sur son désir, le voir à TÉIysée, il éUiit onze heures lorsqu'il put me recevoir : « C'est l'heure de ma messe, me dit-il ; si vous voulez venir l'entendre avec moi, nous causerons plus librement ensuite, b Je le suivis, et c'est ainsi que j'appris qu'il avait dans le palais une chapelle privée, où il assistait régulièrement, avec sa maison civile et avec ceux qui le voulaient de sa maison militaire, à une messe dite par M. l'abbé Lène, vicaire de la Madeleine, qui resta son chapelain.

Donc, le 6 décembre, ayant appris que je me trouvais dans le salon des aides de camp, le Prince me fit appeler par l'un des officiers de service. Il se promenait lentementôur le large perron de l'Elysée, du côté du jardin. Dès que j'arrivai près de lui, il me tendit familièrement, selon son habitude, le petit doigt de sa main droite, en me disant :

c Ah ! monsieur de Cassagnac, je suis bien comme vous, je crois à la Providence ! Vous souvenez-vous de nos conversations à Saint-Cloud, ce mois d'octobre? nous pensions alors qu'il fallait dissoudre la Chambre, en son absence. Eh bien ! nous nous trompions ; en la dissolvant réunie, nous avons eu à la fois toutes les résistances sous la main, et nous avons pu les briser par un seul et même effort. Âh ! je suis bien comme vous, je crois à la Providence 1

« N'êtes-vous pas d'avis que nous avions tort?

« — Sansdoute,Priiice, car l'événement vientde prononcer contre nous. Mais vous-même, monseigneur,

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n'éles-vou3 pas d'avis que les temps prédits par M. Thiers soDt arrivés, et qae TEmpire est fait ?

« — Oui» si je le voulais : mais il faut que la France elle-même le veuille avant moi. Vous connaissez bien ma politique ; je suis résolu à consulter la France ; et je vous dirai plus tard quel rôle je vous réserve dans cette consultation.

c — Je suis toujours à vos ordres, Prince ; mais^ M. Guizôt, que je viens de voir, et qui n'est pas plus fâché qu'il ne convient de votre victoire, m'a chargé de vous dire qu'à son avis, ce serait une lourde faute de réunir la Commission consultative et de lui demander son avis.

€ — Remerciez H. Guizot de son bon conseil, que je suivrai. La Commission consultative a sa valeur, mais elle n'est pas la France, dont aucune autorité ne peut suppléer l'opinion et la volonté.

c Fieury vous a demandé de ma part d'écrire un récit succinct des événements actuels. Allez vous mettre à l'ouvrage, et comptez toujours sur mon amitié. »

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