‹ Souvenirs du voyage á Sainte-Hélène --Chapitre 1 sur 13 · TOULON · texte numérisé non relu

TOULON

Ma pmiièreintaitioD anh été de ûe riea écrira sur la campagne : mais mieux in^iré, j'aequitle aujour^ d'hni no devoir de raconnaiaanee.

Je devais l'expressioii de mes souvenirs à ceux dont ractife bienyeillance m'avait mis dans la positicm si enviée d'aller les recaeillir.

DU

Le i2 mai 1840, au milieu de la discussion d'un projet de loi d'intérêt général, M. de Rémusat, ministre de l'intérieur, demanda la parole pour une communication du gouvernement :

Messieurs^ dit-il,

Le roi a ordonné à S. A. R. Monseigneur le prince de Join ville de se rendre avec sa frégate à l'Ile de Sainte- Hélène (Mouvement général), pour y recueillir les restes mortels de l'empereur Napoléon. (Applaudissements.)

Nous venons vous demander les moyens de les recevoir dignement sur la terre de France et d'élever à Napoléon son dernier tombeau. (Acclamations.)

Le gouvernement, jaloux d'accomplir un devoir national, s'est adressé à l'Angleterre et lui a demandé le précieux dépôt que la fortune avait remis dans ses

i. SOUVENIRS

mains* A peine exprimée, la pensée de la France a été accueillie. Voici les paroles de notre magnanime alliée:

« Le gouvernement de S. M. britannique espère que j> la promptitude de sa réponse sera considérée en » France comme une preuve de son désir d'effacer

> jusqu'à la dernière trace de ces animosités nationales » qui, pendant la vie de l'Empereur, armèrent Tune

> contre l'autre, la France et l'Angleterre. Le gouver- » nement de S. M. britannique aime à croire que si » de pareils sentiments existent encore quelque part,

> ils seront ensevelis dans la tombe où les restes de » Napoléon vont être déposés. >

L^Anglelerre a raison^ Messieurs; cette noble resti* tution resserre encore les liens qui nous unissent* Elle achève de faire disparaître les traces douloureuses du passé. Le temps est venu où les deux nations ne doivent plus se souvenir que de leur gloire.

La frégate chargée des restes mortels de Napoléon , se présentera au retour à l'embouchure de la Seine. Un autre bâtiment les rapportera jusqu'à Paris* 11$

seront déposés aux Invalides. Une cérémonie solennelle , une grande pompe religieuse et militaire inaugurera le tombeau qui doit les garder à jamais.

Il importe en effet, Messieurs , à la majesté d'un tel souvenir, ((ue cette sépulture auguste ne demeure pas «posée sur une place publique, au milieu d'une foule bruyante et distraite. Il convient qu'elle soit placée dans un lieu silencieux et sacré, où puissent la visiter avec recueillement tous ceux qui respectent la gloire et le génie, la grandeur et l'infortune.

Il fut empereur et roi; il fut souverain légitime de BOUre pays. A ee titre il pourrait être inhumé à Saint- Dénis; mais il ne faut pas à Napoléon ta sépulture ordinaire des rois. Il faut qu'il règne ei commande encore dans l'enceinte où vont se reposer les soldats de la patrie et où. iront toujours s'inspirer ceux qui seront appelés à la défendre. Son épée sera déposée sur sa tombe.

L'art élèvera sous le dôme , au milieu du temple consacré par la religion au Dieu des armées , un tom-* beau digne, s'il se peut, du nom qui doit y être gravé.

Ce monument doit avoir une beauté simple, des formes grandes, et cet aspect de solidité inébranlable qui semble braver Taction du temps. 11 faudrait à Napoléon un monument durable comme sa mémoire*

Le crédit que nous venons demander aux chambres a pour objet la translation aux Invalides, la cérémonie funéraire, la construction du tombeau.

Nous ne doutons pas, Messieurs, que la chambre ne s'associe avec une émotion patriotique à la pensée royale que nous venons d'exprimer devant elle. Désor* mais la France, et la France seule, possédera tout ce qui reste de Napoléon. Son tombeau, comme sa mémoire, n'appartiendra à personne qu'à son pays. La monarchie de 1830 est en effet l'unique et légitime héritière de tous les souvenirs dont la France s'enorgueillit. Il lui appartenait sans doute , à cette monarchie, qui, la première^ a rallié toutes les forces et concilié tous les vœux de la révolution française , d'élever et d'honorer sans crainte la statue et la tombe d'un héros populaire ; car il y a une chose, une seule, qui ne redoute par la comparaison avec la gloire ^ c'est la liberté. ,

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