‹ Souvenirs du voyage á Sainte-Hélène --Chapitre 10 sur 13 · L. S. Ph. de RouAif-CHABOT. — L. S. Alexauder · texte numérisé non relu

L. S. Ph. de RouAif-CHABOT. — L. S. Alexauder

Confirmé, Middlemorb.

Les commissaires susdénommés ayant arrêté déftoitivemeni et signé cet acte, le commissaire anglais a consenti , sur la demande expresse du commissaire français, à ce que les princî^

190 PIÈCES OPPIGIBIXU.

pales personuen qui ont assisté, de la part de ia Francei à l'exhunialioD de TEmpereur Napoléon , fassent invitées à attacher leurs signatures comme témoins au présent exemplaire.

Les témoins ont signé : Bertrand/le lieutenant-général Gourgaud, baron de Las-Cases, Marchand, Coquereau , Arthur Bertrand, Guyet, Gbarner, Doret, Guillard.

Pour copie conforme , Ph. de Rohab-Chabot.

Proeè»-TerlNil diia docteur CSuUlard.

Je soussigné Guillard (Remy- Julien), docteur en médecine, chirurgien-major de la frégate la Belle-Poule^ m'étant rendu, dans la nuit du 1^ au 15 octobre iSi^O, sur rîavilation de M. le comte de Roban-Cbabot , commissaire du Roi , à la vallée da Tombeau, ile de Sainte -Hélène, pour assister à Texhumatiou des restes delTmpereur Napoléon, en ai dressé le présent procès-verbal :

Pendant les premiers travaux , il n'a point été pris de précautions sanitaires \ aucune exhalaison méphitique n'est sortie des terres que l'on remuait, ni du caveau dont on faisait fouverlure.

Le caveau ayant été ouvert, j'y suis descendu : au fond était le cercueil de l'Empereur; il reposait sur une large dalle, assise elle-même sur des montants en pierre. Les planches en acayou qui le formaient avaient encore leur couleur et leur dureté , ex-

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cepté celles du fond qui , garnies de velours, présentaient un peu d'altération dans les couches superficielles. On ne voyait à Tentour aucun corps solide ni liquide. Quant aux parois du ea* veau, elles n'offraient pas la plus légère dégradation, çà et là quelques traces d'humidiié.

M. le commissaire du Roi m'ayant engagé à ouvrir les cer* cueils intérieurs, j'ai dû les soumettre d'abord à quelques me* sures sanitaires ; immédiatement après j'ai procédé à leur ouverture. La caisse extérieure était fermée par de longues vis, il a fallu les couper pour enlever le couvercle ; dessous était une caisse en plomb, close de toutes parts, qui enveloppait une autre caisse en acajou parfaitement intacte ; venait enfin une quatrième caisse en fer-blanc dont le couvercle était soudé sur les parois qui se repliaient en dedans. La soudure a été coupée lentement et le couvercle enlevé avec précaution; alors j'ai vu un tissu blanchâtre qui cachait l'intérieur du cercueil et empêchait d'apercevoir le corps ; c'était du s:itin ouaté, formant une garniture dans l'intérieur de cette caisse. Je l'ai soulevé par une extrémité, et, le roulant sur lui-même des pieds à la tète , j'ai mis à découvert le corps de Napoléon , que j'ai reconnu aussitôt, tant son corps était bien conservé, tant sa tête avait de vérité dans son expression.

Quelque chose de blanc qui semblait détaché de la garniture couvrait, comme d'une gaze légère, tout ce que renfermait le cercueil. Le crâne et le front , qui adhéraient fortement au satin , en étaient surtout enduits ; on en voyait peu sur le bas de la figure, sur les mains, sur les orteils. Le corps de TEmpereur allait une position aisée ; c'était celle qu'on lui avait donnée en le plaçant dans le cercueil ; les membres supérieurs étaient allongés , l'avant-bras et la main gauche appuyant sur la cuisse ' correspondante, les membres inférieurs légèrement fléchis. La tête un peu élevée , reposait sur un coussin; le crâne volumineux, le front haut et large se présentaient couverts de téguments jaunâtres, durs et très adhérents. Tel paraissait aussi le

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contour des orbites, dont le bord supérieur était garni de sour< cils. Sous les paupières se dessinaient les globes oculaires , qui avaient perdu peu de chose de leur volume et de leur forme. Ces paupières, complètement fermées, adhéraient aux parties sous-jacentes et se présentaient dures sous la pression des doigts. Quelques cils se voyaient encore à leur bord libre. Les os propres du nez et les téguments qui les ccmvrent étaient bien conservés , le lobe et les ailes seuls avaient souffert. Les joues étaient bouffies. Les téguments de cette partie de la face se faisaient remarquer par leur toucher doux , souple et leur cou*» leur blanche; ceux du menton étaient légèrement bleuâtres. Ils empruntaient cette teinte à la barbe qui semblait avoir poussé après la mort. Quant an menton lui-même, il n'offrait point d'altération et conservai! encore ce type propre à la figure de Napoléon. Les lèvres amincies étaient écartées, trois dents incisives, extrêmement blanches, se voyaient sous la lèvre supérieure qui était un peu relevée à gauche. Les mains ne laissaient rien à désirer; nulle part la plus légère altération. Si les articulations avaient perdu leurs mouvements, la peau semblait avoir conservé celte couleur particulière qui n'appartient qu'à ce qui a vie. Les doigts portaient des ongles longs, adhérents et très blancs. Les jambes étaient renfermées dans les bottes ; mais par suite de la rupture des fils, les quatre derniers orteils dépassaient de chaque côté. La peau de ces orteils était d'un blanc mat et garni d'ongles. La région antérieure du thorax était fortement déprimée dans la pariie moyenne, les parois du ventre dures et affaissées. Les membres paraissaient avoir conservé leurs formes sous les vêlements qui les couvraient; j'ai pressé le bras gauche, il était dur et avait diminué de volume. Quant aux vêtements , ils se présentaient avec leurs couleurs : ainsi on reconnaissait parfaitement l'uniforme de chasseurs à cheval de la vieille garde, au vert foncé de Thabit^ au rouge vif des parements; le grand cordon de la Légion-d'Honneur se dessinant sur le gilet, et la culotte blanche cachée en partie

par le petit chapeau qui reposait sur les cuisses. Lefi épaulettes , la plaque et les deux décorations attachées surla poitrine n'avaient plus leur brillant, elles étaient noircies. La couronne d'or de la croix d'officier de la Légion-d'Honoeur seule avait conservé son éclat. Des vases d'argent apparaissaient entre les jambes ; un d'eux , surmonté d'un aigle , s'élevait entre les genoux ; je le trouvai intact et fermé. Comme il existait des adhérences assez fortes entre ces vases et les parties voisines qui les couvraient un peu , M. le commissaire du Roi n*a pas cru devoir les déplacer pour les examiner de plus près.

Tels sont les seuls détails que m'ait permis d'enregistrer, sur les reste» mortels de l'Empereur Napoléon, un examen quin*a duré que deux minutes. Ils sont incomplets , sans doute , mais ils suffisent pour constater un état de conservation plus parfait que je n'étais fondé à l'attendre d'après les circonstances connues de l'autopsie et de l'inhumation. Ce n'est point ici Je lieu d'examiner les causes nombreuses qui ont pu arrêter à ce point la décomposition des tissus ; mais nul doute que rextrémc soli^ dite de la maçonnerie du tombeau et les soins apportés à la confection et à la soudure des cercueils métalliques n'aient contribué puissamment à produire ce résultat. Quoi qu*il eu soit, j'ai dû redouter pour ces restes le contact de l'air atmosphérique, et, convaincu que le meilleur moyen.d'en assurer la conservation était de les soustraire à son ac'Jon destructive, je me suis rendu avec empressement aux invitations de M. le commissaire du Roi, qui demandait que l'on fermât les cer* cueils.

J'ai remis à sa place le satin ouaté, après l'avoir légèrement enduit de créosote ; j'ai fait fermer hermétiquement les caisses eu bois, et souder avec le plus grand soin les caisses en métal.

Les restes de l'Empereur Napoléon sont aujourd'hui'dans sis: cercueils.

1* Un cercueil en fer-blanc ;

2"* Un cercueil en bois d'acajou ;

i94 ptioss omciBLUB.

3** Un cercueil en plomb i

4"* Un second cercueil en plombi aëparëdtt préeédent pur de la jsciure et des coins de bois i

&"" Un cercueil en bois d'â>ène$

e^ Un cercueil en boit de chêne, qui protège le eereueil en ébène*

l Fait à nie de Sainte-Hélène, le 15 du mçis dWtbbre Î8&0.

Rmt GuiLiuku», docteur médecin.

Le committafare du Roi,

Pn. DB RokAJt-CHÀ&OTS

Paroles proitoneéeii |mr le eni^itaitte 4km É< " >ie AlexMHiilery e^nunlMMiire die •% H* BriteM" nique, en vemettont nu emnnimM^Ire «lit Kei dles WtmnfmÎMp le M «etobre MA^y to eevenell ûm WiipQKon.

Monsieur,

En ma qualité d'officier député par son éKcellenee le goyver*' neur, major-général Middte more, Gerapanîon du fiaio, et /commandant les forces à Sainte-Hélène pour eibamer ^ pour remettre à vous, M. le comte Philippe de Chabot, commissaine4M roi des Français, en présence des principales autorités annra^s, civiles et militaires, ce cercueil contenant, cwum il vi^nc>de

PIECBS OFFICIELLES. i95

rétredûmeni coBStat^, les restes mortels de feu TEmpereur Napoléon J'ai terminé , conjointement avec vous, Texhumation , et vu les restes déposés et renfermés avec soin dans le sarcophage envoyé à cet effet à Sainte-Hélène. Je n'ai plus , monsieur, pour accomplir les devoirs de ma commission , qu'à vous déclarer que lesdits restes seront à la disposition du gouvernement français , au moment où ils auront atteint le lieu d'embarquement vers lequel ils vont être dirigés sous les ordres de son excellence le major-gëùéihalMiddlemore, gouverneur, companion du Bain , et commandant des forces de sa majesté dç Saîpterjlélène.

Signe Ctf. Alexander, Capitaine au corps royal du génie, ■

Monsieur ,

En ma qualité de commissaire nommé par sa majesté le roi des Français, pour présider, en son nom, à l'exhumation et à la translation des restes mortels de l'Empereur Napoléon , j'accepte de vos mains ce cercueil contenant la dépouille mortelle de Napoléon , inhumée à Sainte- Hélène le 8 mat iS21. Je suis prêt, quand vous le jugerez convenable, ainsi que toutes les personnes cduif^osant la mission française, à le suivre,' avec vous , jusqu'au quai de Jame's-Town , où son altesse royale monseigneur le prince de Joinville, commandant supérieur de l'expédition I est dans l'intention de se présenter pour le rec€-

100 PIÈGES OFFICIELLRS.

voir ei le conduire solentielleniem à bord de la frégate la Bêtle^ Foule f chargée de lerapiiorier en France.

Signé Vn. be Rouan-Chabot.

Ordre dv Jour Mm %. A. R. le prlnee de J^taTme, en date du tS <

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