‹ Souvenirs du voyage á Sainte-Hélène --Chapitre 9 sur 13 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

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Rapport de moniKelsiieur le prlnee de Jolnirllle.

En rade de Cherbourg^ 30 norembre 1840.

M, ^ministre,

Ainsi quej'ai eu l'honneur de vous l'annoncer, je suis part! le il\ septembre de la baie de Tous-les- Saints. J'ai prolongé la côte du Brésil avec des vents d'est qui, ayant hàléle nord-est et le nord, m'ont permis d'atteindre promptement le méridien de Sainte-Hélène, sans que j'aie eu à dépasser le parallèle de SS^'S. Arrivé sur ce méridien, des calmes et des folles brises m'ont causé quelque retard. Le 8 octobre je mouillais sur la rade de Jame's-Town.

Le brik VOreste^ détaché par M. le vice-amiral de Mackau, pour remettre à la Belle-Poule un pilote de la Manche , était arrivé la veille. Ce bâtiment ne m'apportant aucune instruction nouvelle, je me suis occupé immédiatement des ordres que j'avais précédemment reçus.

Mon premier soin a été de mettre M. de Chabot, commissaire du roi , en rapport avec M. le général Middiemore, gouverneur de l'Ile. Ces messieurs avaient à régler, selon leurs instructions respectives , la manière dont il devait être procédé à l'exhumation des restes de l'Empereur , et à leur translation à

bord de la Belle-Poule i rexéculîon des projets arrêtés fui fixée au 15 octobre.

Le gouverneur voulut se charger de Texhumation et de tout ce qui devait avoir lieu sur le territoire anglais : pour moi, je réglai, par Tordre en date du 13 octobre , dontje vous envoie ci-jointe copie , les honneurs à rendre dans les journées du 15 et du IS, par la division placée sous mes ordres. Les navires du commerce français la Bonne-Aiméey capitaine Giilet, et V Indien , capitaine Triquetil , s'associèrent à nous avec empressement.

Le 15, à minuit, l'opération a été commencée en présence des commissaires français et anglais, M. de Chabot et le capitaine Alexander, R. £. Ce dernier dirigeait les travaux. M. de Chabot rendant au gouvernement un compte circonstancié des opérations dont il a été le témoin , je crois pouvoir me dispenser d'entrer dans les mêmes détails ; je me bornerai à vous dire qu'à dix heures du matin le cercueil était à découvert dans la fosse. Après l'en avoir retiré intact, on procéda à son ouverture, el le corps Tut trouvé dans un état de conservation inespéré. En ce moment solennel, à la vue des restes si reconnaissablés de celui qui fit tant pour les gloires de la France , Témotion (ut profonde et unanime.

 trois heures et demie le canon des forts annonçait à la rade que le cortège funèbre se mettait en marche vers la ville de Jame's-Town. Les troupes de la milice et de la garnison précédaient le char recouvert du drap mortuaire, dont les coins étaient tenus par les généraux Bertrand et Gourgaud , et par MM. de Las-Cases et Marchand ; les autorités et les habitants suivaient en fouie. Sur rade, le canon de la frégate avait répondu à celui des forts, et tirait de minute en minute ; depuis le matin les vergues étaient en paotenne, les pavillons à mi-mâts et tous les navires français et étrangers s'étaient associés à ces signes de deuil. Quand le cortège a paru sur le quai, les troupes

anglaises ont formé la haie, et le char s'est avancé lentement vers la plage.

Au bord de la mer, là où s'arrêtaient les lignes anglaises, j'avais réuni autour de moi les officiers de la division française. Tous, en grand deuil et la tête découverte, nous attendions rapproche du cercueil ; à vingt pas de nous , il s'est arrêté , et le général-gouverneur, s'avançant vers moi , m'a remis, au nom de son gouvernement, les restes de TEmpereur Napoléon.

Aussitôt le cercueil a été descendu dans la chaloupe de la frégate, disposée pour le recevoir, et là encore l'émotion a été grave et profonde : le vœu de l'Empereur mourant commençait à s'accomplir ; ses cendres reposaient sous le pavillon national. Tout signe de deuil a été dès lors abandonné ; les mêmes honneurs que l'Empereur aurait reçus de son vivant ont été rendus à sa dépouille mortelle , et c'est au milieu des salves des navires pavoises , avec leurs équipages rangés sur les vergues, que la chaloupe, escortée par les canots de tous les navires , a pris lentement le chemin de la frégate.

Arrivé à bord, le cercueil a été reçu entre deux rangs d'officiers sous les armes , et porté sur le gaillard d'arrière , disposé en chapelle ardente. Ainsi que vous me l'aviez prescrit, une garde de soixante hommes, commandée par le plus ancien lieutenant de la frégate , rendait les honneurs. Quoiqu'il fut déjà tard, l'absoute fut dite, et le corps resta ainsi exposé toute la nuit; M. l'aumônier et un officier ont veillé près de lui.

Le 16, à dix heures du malin, les officiers et équipages des navires de guerre et de commerce français étant réunis à bord de la frégate, un service funèbre solennel fut célébré ; on descendit ensuite le corps dans l'entrepont, où une chapelle ardente avait été préparée pour le recevoir.

A midi tout était terminé , et la frégate en appareillage ; mais la rédaction des procès-verbaux a demandé deux jours , et «e n'est que le 18 au matin.que h Belle-Poule et la Fmorite

ont pu mettre sous voiles. VOresie, parti en même temps, a fait route pour sa destination.

Après une traversée heureuse et facile, je viens de mouiller sur rade de Cherbourg, à cinq heures du matin.

Veuillez, amiral I recevoir l'assurance de mon respect. •

• lé0 capUmé^ 4^ fa Belle-Poule, F. d'Orléans.

MBépêéhm {n^ ft) de WL. de Roltan-Cltaliof , Com» nUMMiUre du Rut» i •• Kt H. le FréOdenf du eonseil dee mliiUitree*

A bord de la Btlie^Poule, le 19 octobre 1840.

MONSIBVa LE PRÉSIDENT DU CONSEIL,

J'ai déjà eu Thonneur de vous annoncer , dans ma dépêche précédente , que dès le lendemain de notre arrivée je m'étais mis en rapport, d'après les ordres de monseigneur le prince de Joinville, avec le général Middiemore, gouverneur de l'Ile, pour arrêter d'avance la série des travaux de l'exhumation et de la translation du cercueil de Napoléon. J'avais trouvé dès l'abord, et je n'ai cessé de rencontrer chez le général Middiemore, comme chez les diverses autorités de Tlle, un empressement sincère à consulter nos désirs et nos sentiments dans toutes les dispositions qui devaient être prises de leur côté.

PIECES 0FFICIBIXB8« 171

Mais il n'en fallut pas moins plusieurs entretiens subséquents pour faire coïncider entièrement avec nos propres vues les plans arrêtés d'avance par le gouverneur, et pour bien régler la part qui^ d'après nos instructions respectives, devait revenir à chacun de nous dans l'exécution de ces deux opérations. II serait inutile de parler aiyoùrd'hui des difficultés et des objections qui ont été successivement écartées dans les conversations que J'ai eues jour par jour avec le général Middiemore et les autres autorités. Tout a pu en définitive être réglé d'une manière qui m'a semblé répondre entièrement aux instructions que j'avais reçues de votre excellence, et aux sentiments des personnes illustres auxquelles j'avais l'honneur d'être associé.

Dès le premier jour^ monseigneur le prince de Joinville avait proposé au gouverneur de charger ses équipages des travaux de l'exhumation et delà translation que son altesse royale eût, dans ce cas, dirigés en personne. Mais le général Middiemore étant, d'après les instructions formelles de son gouvernement, chargé lui-même et responsable de toutes les opérations jusque l'arrivée du cercueil impérial au lieu d'embarquement, a dft décliner les offres du prince ; je ne me suis pas cru, de mon cAté, autorisé à mettre aucune insistance sur ce point , et rien n'a été s^outé de notre part à cette simple proposition. Monseigneur le prince de Joinville a pensé alors , malgré son désir personnel d'assister à l'exhumation, qu'en sa qualité de commandant supérieur de l'expédition , il n'était pas convenable pour lui d'être présent à de longues opérations conduites par des soldats étrangers , et auxquelles il ne pourrait imprimei' aucune direction. Son altesse rpyale s'est décidée , en conséquence, à ne paraître sur la terre anglaise qu'à la tête des états-majors de nos b&timents et dans une position qui lui per-r mtt de présider elle-même à tous les honneurs qu'elle était chargée de rendre au cercueil de Napoléon.

Nous avions fixé pour cette cérémonie mémorable le 15 oc-

tobre, 25* anniversaire de l'arrivée de l'auguste exilé à Sainte- Hélène sur le Narthumberland. Il avait été décidé que nos travaux commenceraient avec le jour légal , afin quils pussent être entièrement terminés dans une journée.

Le 14, à dix heures du soir , je quittai la Belle^Poule avec MM. les généraux Bertrand et Gourgaud, M. de Las*Cases, M. Marchand y M. Arthur Bertrand, M. l'abbé Goquereau et ses deux enfants de chœur, MM. Saint-Denis, Noverraz, Pier* ron, Archambault, MM. les capitaines de corvette Guyet, Char* ner et Doret, et M. le docteur Guillard , chirurgien-msyor de la Belle^Poulcy suivi d'un ouvrier plombier. Conformément à vos ordres, monsieur le président du conseil, aucune autre personne n'a été introduite, au nom de la France, dans l'enceinte réservée autour du tombeau pendant la durée des travaux. Sur rade et dans la ville le temps était fort beau ; mais parvenus dans les hauteurs, nous trouvâmes un vent froid et une pluie battante qui ne cessèrent que le lendemain durant la marche du cortège. La vallée du tombeau , située à près d'une lieue et demie de la ville , était gardée, depuis le coucher du soleil , par un détachement des soldats de la garnison, ayant ordre d'en écarter toute personne qui n'aurait point été désignée par l'un des commissaires pour assister ou pour prendre part aux travaux. M. le capitaine du génie Alexander, chaîné de les diriger , nous attendait sur les lieux avec les cinq principales autorités de l'Ile. L'état de santé du général Middlemore ne lui permit pas d'assister aux travaux de la nuit.

Vous trouverez ci-joint, moniteur le président du conseil, copie certifiée d'un acte d'exhumation et de remise que j'ai dressé et signé avec le capitaine Alexander et le gouverneur de l'Ile* J'aurai l'honneur de vous remettre en mains propres l'expédition officielle. L'état successif des lieux et la série de nos opérations sont consignés dans cette pièce avec des détails auxquels il ne me reste rien à ajouter. J'y joins une section verticale et horizontale du caveau et du sarcophage intérieur qui

renrermait le cercueil , faite ^ sur des mesures que j*ai prises moi-même , par M. Ghedeville, commis d'adminisiration de la Belle-Poule. Ces deux pièces mettront votre excellence à même d'apprécier très exactement Textréme solidité des diverses maçonneries de la sépulture.

Commencés à minuit et demi, les travaux ont été poussés sans ..relâche et avec une grande activité pendant plus de neuf heures, ^ous avions pu craindre qu'en dépit de tous les efforts et malgré les deux opérations tentées simultanément pour arriver jusqu'au cercueil , la plus grande partie de la journée ne s'écoulàt avant que l'exhumation ne fût terminée et que nous ne fussions forcés de remettre laaranslation au lendemain ; dès le jour, toute inquiétude avait cessé sur ce point. Il n'y a eu qu'une voix parmi nous, monsieur le président du conseil, pour rendre hommage à l'admirable entente déployée par le capitaine Alexander pendant ces opérations souvent très délicates et à son empressement à contenter nos moindres désirs. Trop d'éloges ne sauraient également être donnés à rexcellente tenue des ouvriers et des soldais réunis sous ses ordres, et qui, tout en poursuivant leurs travaux avec un zèle infatigable, semblaient vouloir aussi s'associer à nos sentiments par leur recueillement et leur silence respectueux.

A neuf heures et demie du matin, la terre avait été entièrement retirée du caveau, toutes les couches horizontales démolies, et la grande dalle qui recouvrait le sarcophage intérieur détachée et enlevée à l'aide d'une chèvre. Les forts travaux en maçonnerie cimentée qui entouraient de toutes parts le cercueil, et auxquels les dix-neuf années déjà écoulées n'avaient porté aucune atteinte, l'avaient tellement préservé des effets de l'atmosphère et de la source voisine , qu'à la première vue , il ne semblait en aucune façon altéré. Les bricoles qui avaient servi à le descendre étaient restées dans le sarcophage ; et une personne étrangère aux travaux , qui serait survenue dans ce .moment, eût pensé, sans doute, qu'il venait d'être déposé dans

la tombe par nos outriers mêmes. Le tÉarcophage en dalteft, lui même parfaitement consenrë , était à peine humide. Dès qae M. I*abbé Goquereau eut terminé la récitation des premières prières^ le cercaeil fut retiré ayec le pins grand soin , et porté par des soldats du génie, pu-téte, dans une tente dressée pour le recevoir auprès du tombeau.

Après la cérémonie religieuse de la levée dn corps , j*ai demandé , monsieur le président du conseil^ que, sous ma responsabilité , les cercueils intérieurs fussent ouverts , afin que M. le docteur Guillard pût prendre les mesures prescrites par une commission de la faculté de Paris pour garantir les restes mortels de Napoléon de toute décomposition nltérienre. Aux termes de la législation anglaise , quelques formalités préliibinaires sont requises pour l'ouverture d'un cercueil exhumé. Le « chief justice » de Tlle, présent, en fit la remarque $ mais sur ma réponse et celle du capitaine Alexander , que le cas avait été prévu et réglé d'avance avec le gouverneur, M. Wilde se contenta de réclamer l'insertion de ses observations dans notre procès-verbal : il m'a semblé inutile de donner suite à cette demande.

£n examinant de près le premier cercueil extérieur, nous en trouvâmes la partie supérieure altérée , ce qui m'a décidé à le faire entièrement enlever et à faire déposer le second cercueil de plomb, qui se trouvait en bon état, dans celui que nouts avions apporté de France, et que dès la veille j'avais fait placer dans la tente. C'est là qu'avec le plus grand soin nous avons procédé à l'ouverture.'Sur ces entrefaites, M. le gouverneur de nie est arrivé avec son état-major, ainsi que M. Touchard, ofBcier d'ordonnance de monseigneur le prince de Joinville : envoyé par le prince, auquel j'avais déjà eu l'honneur d'écrire, pour l'informer des progrès de nos travaux.

Le cercueil de plomb renfermait, conformément aux relations officielles de 1821 , deux autres cercueils, l'un en bois, l'autre en fer blanc , dont les recouvrements ont été soccesstr

yement enlevés avec le plus grand soin. Le dernier cercueil avait été doublé intérieurement d'une garniture de satin bIanC| qui, détachée par l'effet du temps, était retombée sur le corps, et Tenveioppait comme un linceul , en y adhérant légèrement. Je. n'essaierai pas de décrire, monsieur le président du conseil, dans quelle muette inquiétude nous attendions le moment qui devait nous révéler tout ce que la mort nous avait laissé de Napo« lëon. Malgré le singulier état de conservation de la^ tombe et des cercueils , à peine pouvions-nous , en nous rappelant les circonstances de l'inhumaiion , espérer trouver quelques restes informes dont les parties les moins périssables du costume eussent seuls assuré l'identité. Mais quand, par les mains du docteur Guillard, le drap de satin fut soulevé, un mouvenient universel de surprise et d'attendrissement a eu lieu , et plusieurs des assistants fondirent en larmes. L'Empereur luitnéme était devant nous ! Les traits de la figure , bien qu'altérés^ étaient parfaitement reconnaissables , les mains mer- Tellleusement belles; le costume si connu, si souvent reproduit, avait peu souffert , et les couleurs en étaient facilement distin?guées; les épauleltes, les décorations , le chapeau semblaient entièrement conservés -, la pose , elle-même , était pleine d'abandon , et sauf les débris de la garniture de satin , qui recouvraient, comme d'une gaze très fine, plusieurs parties de Tunilorme, nous aurions pu croire Napoléon étendu encore sur .son lit de parade. M. le général Bertrand, M. Marchand et les antres personnes présentes, qui avaient assisté à Tinhumaiion, nous indiquèrent rapidement les divers objets déposés par eux dans le cercueil : chacun était demeuré dans la position exacte qu'ils lui avaient assignée. On remarqua même que la main gauche, que le grand maréchal avait prise pour la baiser une dernière fols , au moment où l'on fermait le cercueil, était restée légèrement soulevée. Entre les jambes, auprès du chapeau, on apercevait les deux vases qui renferment le cœur et Testomac ; mais , M. le docteur Guillard s'étant assuté qu'ils adhé-

raient assez fortement aux parties voisines qui les recoufrent presque entièrement, je n'ai point osé troubler ce repos paisible de la mort pour les soumettre à un examen sans objet.

Je joins à cette dépêche, monsieur le président du conseil, un rapport plus détaillé sur Tétat actuel de la dépouille mortelle de Napoléon, qui, sur ma demande, a été dressé par le docteur Guillard. Cette pièce aurait contenu des renseignements encore plus minutieux, si avant tout il n'eût importé de soustraire au plus tôt le corps au contact de Tair aimosphéri* que. Dans un espace de moins de deux minutes, les mesures de conservation jugées nécessaires ont été prises, et cette vérification sommaire terminée.

Les deux cercueils intérieurs ont été soigneusement refermés ; l'ancien cercueil de plomb a été fortement assujetti dans le nouveau avec des coins de bois , et les deux ont été soudés avec les précautions les plus minutieuses, sous la direction du docteur Guillard. Ces divei'ses opérations terminées, le sarcophage en ébène a été fermé, ainsi que son enveloppe de chêne.

En me remettant la clef du sarcophage d'ébène , le capitaine Alexander m'a déclaré, au nom du gouverneur, que ce cercueil , renfermant les restes mortels de l'Empereur Napoléon , serait considéré comme à la disposition du gouvernement français dès ce jour, et du moment où il serait arrivé au lieu d'embarquement vers lequel il allait être dirigé sous les ordres de S. Exe. le général Middlemore. J'ai répondu que j'étais chargé par mon gouvernement d'accepter, en son nom , ce cercueil des mains des autorités britanniques , et que j'étais prêt, ainsi que les diverses personnes composant la mission française , à le suivre jusqu'au quai de Jame's-Town , où. Mgr. le prince de Joinville , commandant supérieur de l'expédition , était dans l'intention de venir le recevoir pour le conduire solennellement à bord de sa frégate. Copie signée des paroles prononcées de part et d'autre a ensuite été échangée entre

nous : voire excellence en trouvera ci-joint une expédition cer-. tîfiée.

Avant notre arrivée, un char funèbre à quatre chevaux, orné autant que le comportaient les ressources de l'Ile , avait été préparé pour recevoir le cercueil, ainsi qu'un beau drap mortuaire et un harnachement de deuil complet. Quand le sarcophage eut été placé sur le char, je fis couvrir entièrement ce dernier du magnifique manteau impérial envoyé de Paris , et dont les quatre coins furent remis à MM. les lieutenants généraux Bertrand eiGourgaud, au baron de Las-Cases et à M. Marchand. A trois heures et demie , le char funèbre s'est mis en marche, précédé d'un enfant de chœur ponant la croix, et de M. l'abbé Coquereau. J'ai conduit le deuil, comme commissaire accrédité du gouvernement français : le reste du cortège a suivi l'ordre indiqué dans l'acte ci-joint d'exhumation et de remise. Votre excellence remarquera que toutes les autorités de l'Ile, tous les principaux habitants et la garnison entière ont suivi la marche funèbre depuis le tombeau jusqu'au quai. Mais, sauf l'escorte (f artilleurs nécessaires pour conduire \e^ chevaux et pour soutenir par moments le char lui-même dans les descentes difiiciles , les places les plus rapprochées du cercueil avaient été réservées pour la mission française. Le général Middlemore, malgré l'état fort affaibli de sa santé , a voulu suivre toute la marche à pied , ainsi que le général Churchill, chef d'état-major de l'armée des Indes, arrivé depuis deux jours de Bombay. L'immense poids du cercueil et l'extrême difficulté de la route rendaient nécessaire pendant presque tout le trajet une surveillance de tous les instants. M. le colonel Trelawnay voulut commander en personne le petit détachement d'artillerie chargé de conduire le char, et, grâce à ses soins, là translation a pu s'effectuer sans le moindre accident.

Depuis le moment du départ jusqu'à notre arrivée sur le quai, le canon des forts et les batteries de la Belle-Poule ont tiré de minute en minute. Après une heure de marche la pluie cessa

pour la première fois depuis le commencement des travaux ; et arrivés en vue de la ville, nous trouvâmes un ciel brillant et un temps magnifique.

Dès le matin, nos trois bâtiments de guerre, la Belle' Poule f la Favorite et VOreete avaient pris le grand deuil rojral, les vergues en pantenne, et les pavillons en berne. Deux navires de commerce français, la Banne^Aimie^ capitaine Gillet, et VlndieHj capitaine Triquetil , qui se trouvaient en rade depuis deux jours , s'étaient mis sous les ordres du prince , et ils ont imité , pendant toute la cérémonie, les mouvements de la Belle- Poule. Les forts de la ville et les maisons des consuls avaient également descendu leurs pavillons â mi-mât.

J'ai rhonneur de joindre à cette expédition copie des ordres du jour de son altesse royale le commandant supérieur et du général Middlemore. Ces pièces vous donneront, monsieur le président du conseil, une connaissance exacte des excellentes dispositions prises de part et d'autre pour assurer â cette imposante journée un caractère de solennité qui en rendra le souvenir impérissable dans la mémoire de tous les assistants.

Parvenues à l'entrée de la ville , les troupes de la garnison et de la milice se sont déployées en deux lignes jusqu'à l'extrémité du quai, en prenant la position de deuil de l'armée anglaise, les soldats appuyés sur leurs armes renversées , les officiers le crêpe au bras et la tête posée sur le pommeau de leur épée. Tous les habitants avaient été consignés dans leurs maisons, ou garnissaient les terrasses qui dominent la ville, et les rues n'étaient occupées que parles troupes, le 9r tenant la droite, et la milice la gauche. Le cortège s'est avancé lentement entre ces deux haies de soldats, au son d'une marche funèbre et au bruit du canon des forts, de la Belle-PouJe et du Dolphifij répété mille fois par Jes échos des immenses rochers qui s'élèvent au-dessus de Jame's-Town.

A l'extrémité du quai, monseigneur le prince de Joinvllle s'est pré^pté , en grand uniforme, à la tète de Tétat-mâJor

des trois bâtiments français. Après une heure de marche, le cortège s'est alors arrêté. Les plus grands honneurs officiels avaient été rendus par les autorités anglaises à la mémoire de l'Empereur : des hommages éclatants avaient signalé les adieux de Sainte-Hélène à son cercueil ; dès ce moment la dépouille mortelle de Napoléon allait appartenir à la France.

Quand le char s'est arrêté, j'ai quitté le cortège pour me placer auprès de monseigneur le prince de Joinville. Son altesse royale s'est alors avancée seule, en présence de tous les assistants découverts. Elle a reçu solennellement le cercueil des mains du général Middiemore, et elle l'a remercié, au nom de la France, de tous les témoignages de sympathie et de respect dont les autorités et les habitants de Sainte-Hélène avaient en-* touré ceUe cérémonie mémorable.

Une chaloupe d'honneur avait été disposée pour recevoir le cercueil. Pendant l'embarquement, que monseigneur le prince de Joinville dirigea lui-même, sa musique joua des airs funèbres, et toutes les embarcations se tinrent à l'entour , les avirons matés. Quand le sarcophage toucha la chaloupe, un magnifique pavillon royal, que les dames de Jame's-Town avaient voulu broder elles-mêmes , fut élevé, et dès lors la frégate redressa ses vergues et déploya ses pavois. Tous les mouvements delà Belle-Poule furent imités sur-le-champ par nos autres bâtiments. Notre deuil avait cessé avec l'exil de Napoléon , et la division française se parait de tous ses ornements de fête pour recevoir le cercueil impérial sous le drapeau de la France.

Le sarcophage fut recouvert dans la chaloupe du manteau impérial. Monseigneur le prinoe de Joinville se plaça lui-même à la barre, M. le commandant Guyet sur l'avant, MM. leà généraux Bertrand et Gourgaud, M. de Las-Cases , M. Marchand et l'abbé Coquereau occupèrent , auprès du corps, la même place que dans le cortège. Je me tins avec M. le commandant Hernoux sur l'arrière, un peu devant le prince.

480 PlBC£fi OFFICIELLES.

Dès que la ebaloape s*est éloignée du quai , la terre a tiré le grand salut de vingt et un coups de canon, et nos bàtimoits ont envoyé la première salve de toute leur artillerie. Les deux antres furent tirées pendant le trajet du quai à la frégate, la chaloupe nageant très-lentement^ entourée de toutes les autres embarcations. A six heures et demie nous accostâmes la Belle- Poule. Tous nos bâtiments avaient les hommes sur les vergues, le chapeau à la main.

Monseigneur le prince de Joinville avait fait disposer sur le pont de la frégate une chapelle parée de drapeaux, de faisceaux d'armes et d'ornements funèbres, dont l'autel avait été élevé au pied du mât d'artimon. Porté par nos matelots, le cercueil passa entre deux haies d'officiers, l'épée nue , et futplacé sur les panneaux du gaillard d'arrière, recouvert loiyours du manteau impérial. L'absoute fut faite le soir même par M. l'abbé Coquercau.

Le corps est resté en chapelle ardente pendant toute la nuit gardé par des factionnaires et par l'officier de quart en grande tenue , et veillé par M. l'abbé Coquereau. La Belle-Poule a porté pendant la nuit ses couleurs, ses pavois et le pavillon royal voilé de crêpe au grand niât.

Le lendemain, à dix heures, une messe solennelle a été dite, sur le pont, en présence des états-majors et d'une portion des équipages de nos cinq bâiiments. S. A. R. le commandant supérieur était aux pieds du corps, les diverses personnes de la mission occupant les mêmes places que la veille dans la chaloupe : le canon delà Favorite et de VOreete a tiré de minute en minute. La cérémonie a été terminée par une absoute solennelle, à laquelle ont pris part, en venant jeter l'eau bénite sur le cercueil , monseigneur le priiice de Joinville, la mission et les premiers maîtres des bâiiments.

A onze hetures, toutes les cérémonies de l'Eglise étaient accomplies, tous les honneurs souverains avaient été rendus à la dépouille mortelle de Napoléon. Le cercueil fut descendu avec

soin dans Fentrepont et placé dans la chapelle di&posée à Toulon pour le recevoir. Alors nos bâtiments tirèrent une dernière salve de tonte leur artillerie ; pois la frégate serra ses pavois en ne conservant que le pavillon de poupe et le drapeau royal au grand mât.

Dans la journée, M. leprince de Joinville est allé à Plantation- Houseponr faire ses adieux au gouverneur. Constamment retenu à Jame's-Town, je n'ai pu avoir Thonneur d'accompagner son altesse royale. Dans Taprès-midi, le brik de guerre anglais Fhanfom est arrivé sur rade venant de la côte d'Afrique.

L'appareillage avait été fixé pour le 17 dans la journée ; maïs quelques retards étant survenus dans l'expédition des pièces officielles anglaises , j'ai été contraint de prier monseigneur le prince de Joinville de le remettre jusqu'à la nuit.

En me séparant du général Middlemore, je lui ai promis de solliciter de votre excellence, en faveur du capitaine du génie Alexander, une marque spéciale de distinction. Chargé, par suite de l'état de santé du gouverneur, des principales fonctions de commissaire, le capitaine Alexander a su les remplir de manière à s'assurer l'approbation et la reconnaissance de toute la mission française.

Le dimanche 18 , nos trois bâtiments de guerre ont quitté Sainte-Hélène à huit heures du matin. A la sortie de la rade, YOretfe a salué le prince aux cris de vive le Rai, et s'est dirigé vers la Plata.

Pendant tout notre séjour à Jame's-ToMrn, monsieur le président du conseil, les meilleures relations n'ont cessé d'être maintenues entre les autorités et les habitants de Sainte-Hélène , et la mission française. La nouvelle, sans doute exagérée, d'un grave dissentiment entre les cabinets de Paris et de Londres , nous était parvenue par YOre$te\ mais elle a eu peu de retentissement dans rile , et n'a porté aucune atteinte à la bonne intelligence mutuelle qu'il était si désirable de conserver durant ces circonstances solennelles. J'ai parlé ailleurs des dispositions

482 PIECES 0FFIQISIXB6.

prises à l'avance , d'après les ordres du gouvernement anglais, pour recevoir monseigneur le prince de Joinville avec tons les honneurs et les égards dus à sa haute position, et pour accueillir avec les plus grandes prévenances les illustres compagnons d'exil de Napoléon et les diverses personnes de l'expédition. Pendant toute la relâche , nous avons trouvé un même empressement à consulter nos désirs et à s'associer hautement à nos sympathies. Le profond regret qu'ont éprouvé les autorités et les habitants, en voyant enlever à leur Ile le précienx dépôt qui l'a rendue si célèbre, a été dissimulé avec une rare courtoisie ; et il n'est aucun de nous qui n'emporte un souvenir reconnaissant de leur hospitalité simple mais cordiale.

J'ai l'honneur d'être avec respect , monsieur le président du conseil,

Votre très humble et très obéissant serviteur^ Ph. ub Rohar-Chabot, Commiiêaire du Bai.

Aete d*exliiimttttMi et de reMlse de« rentedi de Wapoléoiié

JSfousi soussignés, Philippe-Ferdinand-Auguste de Roban- Chabot, chevalier de l'ordre royal de la Légion d'honneur, secrétaire d'ambassade, commissaire, en vertu de pouvoirs reçus de Sa Msyesté le roi des Français, pour présider, au nom de la France, à l'exhumation et à la translation des restes mortels de

TEmperenr Napoléon, ensevelis dans l'Ile de Sainte-Hélène, et à leur remise par l'Angleterre à la France, conformément aux décisions des deux gouvernements,

D'Muepart;

Et Charles Corsan Alexander, capitaine commandant le corps royal du génie à Sainte-Hélène , député de Son Excellence le msyor général Middlemore^ compsmion du bain , gouverneur commandant en chef les forces de S. M: B. à Sainte«Hélène, pour présider, au nom de Son Excellence, à ladite exhumation,

De l'autre part.

Nous étant préalablementcommuniqué nos pouvoirs respectifs , trouvés en bonne forme, nous sommes rendus, cejourd'hui, 15 du présent mois d'octobre de l'année 1840, au lieu de la sépulture de l'Empereur Napoléon, pour surveiller et diriger personnellement toutes les opérations de l'exhumation et de la translation.

Arrivés à la vallée dite de Napoléon , nous avons trouvé le tombeau gardé, d'après les ordresde Son Excellence le gouverneur, par un détachement du 91" régiment d'infanterie anglaise, commandé par le lieutenant Barney , chargé d'en écarter toute personne qui n'aurait pas été désignée par l'un de nous comme devant assister à la cérémonie ou prendre part aux travaux.

Sont alors entrés dans l'enceinte réservée ainsi autour du tombeau :

Du côté de la France :

M. le baron de Las^Cases, membre de la chambre des députés, conseiller d'Etat; M. le baron Gourgaud^ lieutenant général , aide de camp du Roi ; M. Marchand , l'un des exécuteurs testamentaires de TEmpereur; M. le comte Bertrand, lieutenant général, accompagné de M. Arthur Bertrand, son fils ; M. l'abbé Félix Coquereau , aumônier de la frégate la Belle-Poule^ et deux enfant» de chœur ) MM. Saint-Denis, Noverraz, Archambauldf Pierron, anciens serviteurs de l'Empereur; M. Guyet, capitaine de ocn^vettCi commandant la corvette la FavovUe;

M. Charner, capitaine de corvette, commabdant en second de la frégate la Belle-Poule-^ M. Doret , capitaine de corvette, commandant le brick YOreite ; M. le docteur Guillard, chirurgien-major de la frégate la Belle-Poule fSniyi du sienr Leroux, ouvrier plombier ;

Et du côté de TAngleterre :

Son honneur le grand-juge William Wilde, membre du conseil colonial de l'tlede Sainte-Hélène ; Thonorable Hamelin- Trelawnay, lieutenant-colonel, commandant rartillerie et membre du conseil ; Thonorable colonel Hodson , membre du conseil; M. H. Seale, secrétaire colonial du gouvernement de Sainte-Hélène et lieuienant-colonel de la milice ; M. Edward- Liitlehales, lieutenant de la marine royale, commandant la goélette de S. M. B. Dolphin, représentant la marine; M. Darling , qui avait surveillé les travaux de la sépulture de l'Empereur. Les personnes destinées à diriger et à exécuter les travaux ont été ensuite admises.

Alors, en notre présence , et en celle des seules personnes ci-dessus désignées , il a été constaté que le tombeau était parfaitement intact ; et, dans le plus grand silence, les premiers travaux ont commencé entre minuit et une heure du matin.

Nous avons fait d'abord enlever la grille en fer qui entourait le tombeau avec les fortes couches de pierres cramponnées sur lesquelles elle était scellée; on a pu entamer alors la surface extérieure de la tombe , laquelle recouvrant un espace de Z mètres li6 centimètres (11 pieds 6 pouces anglais) de longueur, sur 2 mètres &2 centimètres (8 pieds 1 pouce) de largeur était composée de trois dalles de 15 centimètres (6 pouces) d'épaisseur, encadrées dans une seconde bordure de maçonnerie. A une heure et demie cette première couche était entièrement enlevée.

Il s'est présenté alors un mur rectangulaire formant, comme nous avons pu le vérifier plus tard , les quatre faces latérales d'un caveau , ayant 3 mètres 30 centimètres (11 pieds) de pro-

fondeur, et i mètre AO centimètres (& pieds 8 pouces) de largeur, et 2 mètres AO centimètres (8 pieds) de longueur. Ce caveau était entièrement rempli de terre jusqu'à une distance de 15 centimètres (6 pouces) environ de la couche de dalles déjà enlevée. Après avoir creusé dans ce caveau et en avoir retiré la terre , on a rencontré à une profondeur de 2 mètres 5 centimètres (6 pieds 10 pouces) une couche horizontale de ciment ro« main s'étendant sur tout l'espace compris entre les murs du caveau auxquels elle adhérait hermétiquement. Cette couche ayant été , à trois heures , complètement découverte , les soussignés commissaires sont descendus dans le caveau, et l'ont reconnu parfaitement intact de toutes parts et sans lésion aucune ; la couche de ciment susmentionnée ayant été percée , on s'est assuré qu'elle en couvrait une autre de 27 centimètres (1 pouces) d'épaisseur, en moellons liés ensemble par des tenons de fer, et qui n'ont pu être entièrement enlevés qu'après quatre heures et demie de travail.

L'extrême difficulté de celte opération a décidé le soussigné commissaire anglais à faire creuser une fosse sur le côté gauche du caveau et à en abattre le mur correspondant, à l'effet de parvenir ainsi jusqu'au cercueil , dans le cas où la couche supérieure opposerait une trop forte résistance aux efforts tentés simultanément pour la percer. Mais celle-ci se trouvant entièrement enlevée vers huit heures du matin, les travaux du fossé latéral , parvenus à la profondeur de 1 mètre 50 centimètres (5 pieds), furent abandonnés. Immédiatement au-dessous de la couche ainsi démolie, nous avons trouvé une forte dalle ayant 1 mètre 98 centimètres ( 6 pieds 7 pouces li2) de long, 90 centimètres (3 pieds) de large, et 12 centimètres (5 pouces) d'épaisseur, formant, comme nous en avons acquis la certitude plus tard, le recouvrement du sarcophage intérieur en pierres de taille contenant le cercueil. Cette dalle, parfaitement intacte, était encadrée dans une bordure de moellons et de ciment romain, fortement liée auit parois du caveau. Celte dernière ma-

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çonnerie ayant été défaite avec soin, et deux boucles ayant été fixées sur la dalle, à neuf heures et demie tout a été prêt pour l'ouverlure du sarcophage. Alors le docteur GulUard a purifié la tombe au moyen d'aspersions de chlorure^ et la dalle a été, par ordre du soussigné commissaire anglais, soulevée à l'aide d'une chèvre et déposée sur le bord de la tombe. Dès que le cercueil a paru, tous les assistants se sont découverts, M. l'abbé Coquereau a répandu l'eau bénite et récité le De pnhfundiê.

Les soussignés commissaires sont ensuite descendus pour visiter le cercueil , qu'ils ont trouvé bien conservé , sauf une petite portion de la partie inférieure , laquelle , quoique reposant sur une forte dalle, elle-même appuyée sur des pierres de taille, était légèrement altérée. Quelques précautions sanitaires ayant été de nouveau prises par le chirurgien , un exprès ftit alors envoyé à son excellence le gouverneur pour l'informer des progrès de l'opération, et le cercueil a été retiré avec des crochets et des bricoles^ et transporté avec soin sous une tente dressée pour le recevoir. A ce moment, M. l'aumOnier a fait la levée du corps, conformément aux rites de l'église catholique.

Les soussignés conunissaires sont ensuite descendus dans le sarcophage qu'ils ont reconnu être dans un état parfait et conservation et entièrement conforme aux descriptions offl*cielles de la sépulture.

Vers onze heures , le soussigné commissaire français s'étant assuré préalablement que Son Excellence le gouverneur avait autorisé l'ouverture des cercueils de l'Empereur, conformément à des arrangements déjà arrêtés à l'avance , nous avons fait enlever avec précaution le premier cercueil dans lequel nous avons trouvé un cercueil de plomb en bon état que nous avons fait placer dans celui qui était envoyé de France. Son Excellence le gouverneur , accompagné de son état-major , le lieutenant Middlcmiore , aide-de^amp et secrétaire militaire ,

PIECES OPPICIELLEB. f8T

et le capitaine Barnes , major de la place « sont entrés dans la tente pour être présents à TouTerture des cercueils intérieurs. On a coupé alors et soulcTé avec le plus grand soin la partie supérieure du cercueil de plomb dans lequel on a trouvé un nouveau cercueil de bois, lui-même en très bon état et répondant aux descriptions et aux souvenirs des personnes présentes qui avaient assisté à la sépulture. Le couvercle du troisième cercueil ayant été enlevé, il s'est présenté une garniture de ferblanc légèrement oxidé ; laquelle ayant été également coupée et retirée , a laissé voir un drap de satin blanc ; ce drap a été soulevé avec la plus grande précaution par les mains seules du docteur, et le corps entier de Napoléon a paru. Les traits avaient assez peu souffert pour être immédiatement reconnus. Les divers objets déposés dans le cercueil ont été remarqués dans la position exacte ou ils avaient été placés^ les mains sin^ gulièrement bien conservées, l'uniforme , les ordres, le oha*peau, fort peu altérés, toute la personne enfin semblait attester une inhumation récente. Le corps n'est resté exposé à l'air que pendant les deux minutes au plus nécessaires au chirurgien pour prendre les mesures prescrites par ses instructions à l'effet de les préserver de toute altération ultérieure. |

Le cercueil en fer-blanc et le premier cercueil en bois ont été immédiatement renfermés ainsi que le cercueil en plomb ; celui-ci a été ressoudé avec le plus grand soin, sous la direction de M. le docteur Gnillard , et fortement fixé par des coins dans le nouveau cercueil de plomb envoyé de Paris , lequel a été également sondé hermétiquement. Le nouveau cercuel en ébène a été alors fermé , et la clef remise au commissaire français.

Alors le soussigné commissaire anglais a déclaré au commissaire français que, les travaux de l'exhumation étant terminés , il était autorisé , par Son Excdlence le gouverneur , à le prévenir que le:cercueil contenant, comme il venait de l'être dûment coiistaté , les restes mortels de Napoléon serait consi-

déré comme à ta disposifioD du gouvernement français, da moment ob il anmit atteint le lieu du débarquement vers lequd U allait être dirigé sous les ordres personnels de Son Excellence le gouverneur. . ^

Le soussigné colnmissaire français a répondu qu'il élaît chargé d'accepter ce cercueil au nom de son gouvernement, et qu'il était prêt, ainsi que toutes les personnes composant la mission française, à l'accompagner jusqu'au quai de Jame's-Town, rà S. A. R. Mgr. le prince de Joinviile, commandantsupérieur de l'expédition , était dans l'intention de se présenter pour le recevoir des mains de Son Excellence le gouverneur, et le conduire solennellement à bord de la frégate française l^ Belle-Poule j chargée de le ramener en France.

Le cercueil a été placé sur un char funèbre recouvert loîniéme d'un manteau impérial présenté par le soussigné commissaire français , et à trois heures et demie de raprès-midî, le cortège s'est mis en marche dans Tordre suivant, sous le commandement de Son Excellence le gouverneur , auquel une grave indisposition n'avait pas permis d'assister aux travaux de la nuit :

Le régiment de milice de Sainte* Hélène, sous les ordres du lieutenant colonel Seale.

Le détachement du 91" régiment d'infanterie anglaise, commandé par le capitaine Blackwell; la musique de la milice, M. l'abbé Coquereau avec deux enfants de chœur.

Le char conduit par un détachement de l'artillerie royale; les coins du drap mortuaire portés par MM. le lieutenant général comte Bertrand, le lieutenant général baron Gourgaud, le baron de Las-Cases et Marchand.

MM. Saint-Denis, Noverraz, Archambauld, Pierron.

Le soussigné commissaire français conduisant le deuil, ayant à ses côtés MM. les capitaines Guyet et Chamer.

M. Arthur Bertrand, suivi de M. Goursot, ancien serviteur de l'Empereur, MM. le capitaine Doret elle docteur Guillard.

PIÈCES OFFICIELLES. i 89

Les autorités civiles, moritime^ et militaires de Tlle, diaprés leur rang.

S. £. le gouverneur, accompagné de Son Honneur le grand juge et du colonel Hodson, membres du conseil.

Une compagnie d'artillerie royale.

Les principaux habitants de l'Ile en grand deuil.

Pendant tonte la marche, les forts ont tiré le canon de minute en minute.

Parvenue JameVTown, le char a défilé lentement entre deux haies de soldats de la garnison, appuyés, en signe de deuil, sur leurs, armes, renversées, qui s'étendaient depuis rentrée de la ville jusqu^au lieu de rembarquement.

A cinq heures et demie, le cortège est arrivé à l'extrémité du quai. Là, S. A. R. Mgr. le prince de Joinville, accompagné de son aide de camp, M. le capitaine de vaisseau Hernoux, membre de la chambre des députés, et entouré des états-msyorsdes trois bàlimens de guerre français, la Belle-Poule y la FavariieetVOresiey a reçu de S. Exe. le gouverneur le cercueil impérial, qui a été immédiatement embarqué sur la chaloupe disposée à l'avance pour cette cérémonie , et conduit solennellement à bord de la Bette-Poiile^ par le prince , avec tous les honneurs souverains.

En foi de quoi, nous commissaires susdénommés, avons dressé le présent procès-verbal, et l'avons revêtu du cachet de nos armes.

Fait double entre nous à Sainte-Hélène, le 15 du mois d'octobre de Tan de grâce 1 8&0.

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