EN CHAMBRE
Daps la cour du n*' 15 — la maison que M. Lesage habitait en face de l'institution — deux mansardes étaient aménagées au-dessus de l'infirmerie. Mon camarade Delaunay habitait l'une ; l'autre me fut attribuée. Au côté opposé de la cour, une mansarde plus belle logeait mon camarade Clément d'Astanières. Delaunay se préparait comme moi à l'Ecole normale et d'Astanières à l'Ecole de Saint-Cyr. Nous travaillions ferme tous les trois, chacun chez nous ; mais nous nous réunissions pour prendre le café, car nous faisions du café, ce
qui nous semblait un acte d'hommes libres. De temps en temps, nous passions la nuit à travailler ; veiller pendant que dormaient les autres, et se coucher au moment où ils se levaient, c'était encore une preuve de liberté. De ma mansarde, j'avais vue sur la cour d'une maison voisine ; une brunisseuse de bijoux, madame Lecœur, et sa sœur Louise, blonde, douce et joyeuse, travaillaient près d'une fenêtre. Nous échangions avec elles des propos et des gestes aimables. Quand M. Lecœur, employé aux Eaux de la Ville, rentrait, sa journée finie, madame Lecœur nous avertissait en encadrant son joli front de ses deux index levés.
Le concierge de la maison n° 15 se trouvait être mon compatriote; il avait des bontés pour nous, et nous laissait aller et venir. Plusieurs fois, le soir, nous sortîmes; je me rappelle une visite aux cabarets de la Cité; avant d'entrer au Lapin blanc, illustré par le souvenir d'Eugène Sue, nous allumâmes nos pipes, nous désordonnâmes nos cravates, et tour-
nâmes vers l'oreille droite les visières de nos casquettes. En ces circonstances, nous nous croyions des hommes tout à fait libres.
Presque chaque jour, je m'échappais un moment pour courir le quartier; je m'arrêtais devant les vieilles maisons qui furent autrefois des hôtels de grands seigneurs ou de magistrats parlementaires, et qui logent à présent des industriels. Je connus de monumentales cages d'escaliers et des rampes de- fer forgé ou de chêne sculpté, le long desquelles montaient ou desrendaient des mains ouvrières. J'aimais la place de la Bastille, le soir : des lutteurs y faisaient les honneurs de leurs biceps; un charlatan secouait dans un bocal des dents qu'il avait arrachées « à des têtes couronnées », et désignait du doigt les molaires du sultan, qui étaient énormes. Sous un grand parapluie rouge, un chanteur éclairé par un falot chantait. On lui redemandait la romance d'une religieuse émue par la vue d'amoureux qui marchaient enlacés vers l'ombre d'un bosquet. Des ouvrières répétaient le refrain :
Et j'ai dit dans mon cœur qui tremble : Qu'ils sont heureux, Les amoureux !
Plus que partout, je me plus sous les voûtes de la place Royale et dans le jardin d'où je regardais pieusement les fenêtres de la maison qu'habita Victor Hugo. Je fis de très longues séances, les beaux soirs d'été, sur un banc que je vais revoir de temps en temps; car, souvent en l'année 1861, Louise, la brunisseuse blonde, venait s'y asseoir tout près de moi. C'était l'ouvrière parisienne, la Mimi Pinson de Musset. Je lui appris la chanson de cette Mimi; elle la disait à merveille; mais, mieux encore, elle chantait ce qu'elle appelait ma chanson :
Si vous croyez que je vais dire
Qui j'ose aimer, Je ne saurais pour un empire
Vous la nommer.
Nous allons chanter à la ronde,
Si vous voulez, Que je l'adore et qu'elle est blonde
Comme les blés.
Je ne restai qu'une année dans la mansarde du n" 15; mes deux camarades furent reçus en 1861, Delaunay à FEcole normale et d'Astanières à Saint-Cyr. M. Lesage m'avertit qu'à la rentrée suivante, il me donnerait une chambre i dans la pension même. Ma pauvre liberté allait être bien amoindrie; un méchant concierge, M. Gouaud, ne me permettrait plus les allées et venues. Je supposai que mes escapades avaient été découvertes et que « ma sœur » de l'infirmerie avait surpris nos colloques avec la brunisseuse, laquelle d'ailleurs se donnait le tort de lui faire des grimaces très drôles. Mais enfin, cette chambre, ce serait encore une chambre, après tout. Je la connaissais; mon camarade Saint-Germain l'avait habitée avant moi; plusieurs fois, pendant ma première rhétorique, trompant la surveillance, j'étais allé boire du café chez lui. Il cachait dans une petite armoire une cafetière, un su-
crier, et même une bouteille d'eau-de-vie sur laquelle il avait écrit Poison violent, alin d'inquiéter Bosco le lampiste, qui venait chaque jour « faire sa lampe ». Saint-Germain avait bouché le judas percé dans la porte par une inscription platonicienne :
MHAEI2 EI2:iTn ArEOMETPHTOS
(( Que personne n'entre, s'il n'est géomètre. » Cette inscription donnait au petit logis un air mystérieux de cellule philosophique.
Dans cette nouvelle chambre, je me trouvai mieux isolé du monde que je n'avais été l'année d'avant. Je ne communiquais avec le ciel que par le carreau d'une tabatière ; il fallait monter sur l'une de mes deux chaises et passer la tête par l'ouverture pour découvrir, de l'autre côté de la rue, l'ancien couvent des Minimes, habité par la Garde de Paris. J'entendais les sonneries militaires, et elles me plaisaient, surtout la mélancolie du couvre-feu. Je n'avais pour voisins que les domestiques ; quel-
274 SOUVExMRS
quefois ils venaient faire une causette avanq d'aller se coucher. Bosco, un jour, se présentai ivre. Il ne pouvait tenir droit le rat de cavequ'il portait allumé; la flamme s'approchait de son tablier huileux ; j'eus peur de le voir flamber; je redressai sa main; mais il était en train de me raconter d'une voix de mélodrame un crime qu'il avait commis au bord du canal Saint-Martin, avec des détails si précis, que je crus bien qu'il disait vrai, et que je me trouvais en tête-à-tête avec un assassin.
La mansarde voisine de la mienne était le dépôt des chaussures du petit collège. Les après-dîners où je n'allais pas en classe, j'entendais le garçon cireur chanter des romances :
D'où viens-tu, beau nuage, Emporté par le vent, Viens-tu de cette plage, Que je pleure souvent;
OU bien des chansons philosophiques, dont une commençait par :
J'ai voulu tàter de la gloire, Une balle m'a bouché l'œil
SOUVENIRS 27o
11 chantait avec conviction le refrain :
Moquons-nous des grandeurs, la fortune et la gloire, Il vaut bien mieux aimer, chanter et rire et boire.
Dans cette mansarde à tabatière, je passai une des bonnes années de ma vie.
Ce fut une année de recueillement : je ne me proposai pas de me recueillir; je ne préméditai pas une retraite; la chose vint toute seule.
En philosophie, nous n'étions plus accablés d'exercices scolaires. La préparation à l'Ecole normale ne nous préoccupait pas ; dans ce temps-là, on n'était pas dressé en vue d'un examen. Jamais un professeur ne prononça devant nous le mot baccalauréat \ je ne me souviens pas non plus qu'on ait prononcé le nom de l'Ecole normale. Tout au plus, nous croyions-nous obligés de lire l'histoire de la littérature française de M. Nisard, sachant que nous serions interrogés par lui et qu'il aimerait
à constater que nous avions lu son livre. Nous n'étions donc pas surmenés. D'autre part, les études philosophiques invitaient aux réflexions sérieuses.
Cette année-là, je me libérai de mes préjugés littéraires ; la solitude permet les libérations de cette sorte. La vie commune met en péril la sincérité des jeunes ; l'entraînement de l'imitation, la vanité de paraître aussi originaux que les camarades, les induisent à se tromper sur leurs sentiments propres, qu'ils discernent mal, étant distraits par le bruit des voix et des rires, la vue des visages et des gestes et tout le remuement.
Pourquoi me sentis-je un jour comme forcé à relire Œdipe roi, et le premier chant de V Iliade? Ce me fut une joie vive de rebaigner mon regard dans la lumière antique. Pourquoi entendis-je un rappel vers Athalie, demeurée vivante et tragique en ma mémoire? Pendant les vacances qui précédèrent ma classe de philosophie, j'avais lu à mon père des scènes de
Ruy-Blas et m'étais étonné qu'il ne les eût pas admirées autant que j'aurai* voulu; il m'avait timidement dit : « C'est dommage que tu n'aies pas comme moi vu jouer Phèdre par mademoiselle Rachel. » Un soir, dans ma chambre, je me souvins de cette parole. Je relus Ruy-Blas et Phèdre, et le théâtre romantique souffrit de la comparaison.
Dans mes classes, j'avais récité deux ou trois des Oraisons funèbres de Bossuet; ma mémoire n'en avait retenu que quelques phrases très belles, trop belles, où je sentais l'apparat d'une œuvre commandée pour une cérémonie. Un jeune vicaire de Saint-Roch, mon compatriote, m'apporta un cahier où il avait copié des sermons de Bossuet. Je suivis, dans un sermon sur la Passion, le Chemin de la Croix. Je regardai Jésus recevant les crachats sur sa (( face droite et immobile », le fouet qui déchirait sa chair suante et écorchée », et, sur le gibet, ce « misérable », ce « pendu », qui n'était « plus soutenu que par des blessures », agonisant, regardé de loin par « la canaille » qui
« hochait » la tète. Presque au même moment, je lus les Pensées de Pascal, que j'avais reçues en prix l'année d'avant. Je vis Pascal face à face avec Jésus, qui « sera en agonie jusqu'à la fin du monde » . J'entendis le Christ lui dire : (( Je pensais à toi dans mon agonie; j'ai versé telle goutte de sang pour toi. » Les larmes me montèrent aux yeux à ce cri : a. Joie! Joie! Pleurs de joie! » Nulle page de mes poètes ne m'avait donné d'impressions plus dramatiques, plus violentes que ces pages de Bossuet et de Pascal. C'était bien leur sensibilité particulière, leur personnelle émotion que ces grands classiques exprimaient, en quelle admirable langue! Je me repentis de mon injustice. Les sarcasmes romantiques, par exemple les Profils et Grimaces d'Auguste Vacquerie, qui m'avaient amusé, m'agacèrent. Je n'en continuai pas moins d'aimer nos trois poètes d'un grand amour, pleinement sincère désormais. Mais, des trois, Alfred de Musset me devint le plus intime.
soiJVEXfRs 279
Mes croyances, dont les racines n'étaient pas profondes, se desséchèrent. Je ne m'en réjouis pas; encore moins y trouvai-je un sujet d'orgueil. Je cessai de croire par absolue impossibilité de continuer à croire. Mais j'étais né sensible aux émotions religieuses, puisque la lecture de la Bible, à l'école de nô maître, m'avait ému et fait rêver. J'aimai dans les religions l'effort naïf et sauvage, ou rédéclii et sublime, des hommes à la recherche de l'Inconnaissable. Lorsque parut, à la fm de mes études, la Vie de Jésus de Renan, le débat sur la personne du Christ ne m'intéressa guère : Pascal m'avait montré, par le <( mystère de Jésus », le Christ vivant et régnant dans une âme. Depuis, j'ai souvent pensé que ce serait la plus belle des histoires, celle de la vie de Jésus dans des âmes de, tous les pays et de tous les siècles, depuis la première parole d'amour, qui lui fut dite en Galilée : (( Nous vous suivons. Seigneur,
parce que vous avez des paroles de vie éternelle. »
Je commençai à me préoccuper de mon avenir. Ce n'était point de moi-même et poussé par la force d'une vocation que j'avais choisi la profession où j'allais entrer; mais elle ne me déplaisait pas. J'ai toujours aimé les jeunes êtres; il m'a plu toujours d'expliquer des choses après les avoir bien comprises. Plusieurs fois, assis sur mon banc de classe, je me voulus à la place du maître, en chaire, sous la robe noire.
Après de courtes réflexions, je me décidai à choisir, entre les enseignements, celui de l'histoire. Depuis longtemps, c'était un plaisir pour moi de voir les gens agir et de les écouter parler. J'aimais à regarder vivre. Je sentais en moi la curiosité du passé, dont les monuments m'émouvaient. Et puis, j'avais entendu des témoins d'une grande histoire. J'appris la mort de Louis XVI, les victoires et les désastres de
l'Empereur, les conquêtes et les invasions, non pas dans les livres, mais par un vieillard qui avait vu le roi conduit à l'échafaud, par des soldats de l'Empereur, par des gens qui s'étaient enfuis dans les bois à l'approche de l'ennemi. Des physionomies m'avaient exprimé des sentiments d'autrefois; j'avais vu de la gloire dans des yeux, et, dans d'autres yeux, des larmes. Quand mon oncle Garbe disait :
(( Tout d'un coup, v'ià l'empereur qui passe », il avait le regard dont il regarda Napoléon. Quand ma grand'mère me montrait l'endroit où pointa la lance des Cosaques, sa figure exprimait l'anxiété de ce moment-là. La lointaine sépulture inconnue de l'oncle Théodore me fit participer au deuil de tant de familles françaises. Ce passé ne m'était donc pas étranger ; il ne me semblait pas loin de m.oi. Je découvris que le passé est court ; de bonne heure, je fis ce calcul que l'arrière-grandoncle, qui naquit en 1764, régnant le roi Louis XV, connut dans sa jeunesse des contemporains de Louis XIV ; que les aînés de
ceux-ci avaient été gouvernés par le cardinal de Richelieu, et qu'il ne faudrait pas une longue chaîne d'hommes, pas plus qu'une trentaine d'octogénaires, pour atteindre le temps où Jésus-Christ vint au monde. Cette brièveté du passé me donna du respect pour l'avenir immense. Je me trouvai dans une disposition d'esprit qui depuis s'est précisée en moi. L'heure présente ne vaut pour moi qu'une heure. Parce qu'elle se trouve dans la durée de ma vie, ce n'est pas une raison pour que je la croie d'une valeur plus grande que les passées et les futures. Les idées, les sentiments, les intérêts qui se croient installés à toujours m'étonnent. Les plus solides édifices d'aujourd'hui, je sais bien que l'avenir en fera des ruines. Et j'ai confiance en cet avenir ; les esprits blasés, les esprits blessés de l'heure présente ne me font pas croire que l'humanité veuille ou puisse rebrousser le chemin qui part des cavernes primitives. Dans mon éducation à la maison et dans mes études, j'avais pris l'amour de l'humanité. Je me la figurais comme une famille d'êtres
divers, mais fraternels, marchant, cherchant des chemins, s'égarant dans des impasses, rétrogradant, reprenant leur marche. J'aimais cette marche etjene doutais pas qu'elle ne conduisît un jour à quelque terre promise. Il me semhlait que le grand office de l'histoire est de suivre la route humaine, étapes par étapes, jusqu'à notre étape à nous, de façon à nous montrer d'où nous venons, où nous sommes, où nous allons peut-être.
Mes camarades et moi, nous aimions toutes les âmes de peuples ; les violences faites à quelques-unes m'étaient si odieuses que j'en soufîrais. Notre petit groupe aspirait à la délivrance des (( peuples opprimés ». Jacques Richard nous révéla les poètes patriotes de Hongrie, de Pologne et d'Italie; nous n'avions de haine que contre l'Autriche, état oppresseur de nations. Que la France eut prononcé des paroles libératrices et accompli des actes libérateurs, c'était une de nos raisons de la préférer au reste du monde. Nous sentions qu'être nés {\ix\^^ en France, c'est une noblesse.
Michelet fut mon grand maître. Son introduction à Y Histoire Universelle, qui me conduisit de rinde antique à la France, à travers des paysages, des idées et des sentiments, me sembla être un poème de l'humanité, qui me fit réfléchir et m'enthousiasma. Je m'arrêtai longtemps devant cette phrase : « Ce qu'il y a... de moins fatal, de plus humain et de plus libre dans le monde, c'est l'Europe ; de plus européen, c'est ma patrie, c'est la France! » Je lus à peu près toute l'œuvre de Michelet. Son tableau de notre pays, au second volume de l'histoire de France, me fit descendre aux profondeurs de nos origines naturelles, et comprendre que l'histoire, c'est de la nature — un ciel et un sol — qui s'exprime par des pensées et par des actions. J'admirai en Michelet le don de retrouver la vie par une vision de poète, de l'exprimer en une langue de poète, le don de souffrir, et de haïr et d'aimer.
A la lin de ma féconde année de philosophie,
je me présentai à l'Ecole normale, où j'entrai au mois de novembre 1862; à cette date, finit une période de ma vie.
Je n'ai pas l'intention de me laisser mener plus loin par mes souvenirs. J'ai senti en les écrivant un plaisir que j'ai avoué dès les premières lignes ; mais, pendant que ma plume courait, je m'apercevais qu'ils pourraient servir à faire connaître l'éducation que reçurent, il y a un demi-siècle, les hommes de ma génération ; je me pardonnais l'inconvenance de parler de moi. Par mon entrée à l'Ecole normale, je me séparai de la foule et je commençai un genre d'existence particulier. Pour continuer à écrire sur ma vie, il faudrait que je crusse qu'elle vaut la peine d'être contée, et je ne le crois certes pas. Je projette seulement de donner quelque jour mon témoignage sur des événements que j'ai vus de mes yeux et sur des personnes que j'ai observées pendant qu'elles faisaient l'histoire.
Notre éducation, je suis sûr de l'avoir exactement décrite. J'ai parlé avec quelque amertume du régime auquel je fus soumis pendant
mes années de collège, parce que j'ai souffert de ses défauts, auxquels j'attribue, pour partie, les imperfections graves de ma tète et de mon cœur. Nous ne fumes point prépares à comprendre tout ce que doit comprendre l'intelligence des hommes de notre temps. Nous ne fûmes point exercés à l'usage de la liberté ; nos volontés, instruments oubliés, se rouillèrent. Notre éducation scolaire fut étroite, formelle, disciplinaire, coercitive. Mais de bons maîtres nous furent bienfaisants ; l'application à leurs devoirs et la probité de leur vie nous donnèrent de beaux exemples. Et la naturelle vertu des lettres, leur beauté, leur humanité ennoblirent nos âmes. Et puis, nous fûmes dociles à d'autres maîtres que ceux qui siégeaient dans des chaires. Nous dûmes beaucoup, mes camarades et moi, à l'éducation mutuelle que nous échangeâmes au printemps de notre vie. Et je sens et je sais que je dois plus encore à l'esprit de mon temps, à l'invisible et présente puissance des aïeux, à l'admirable famille où je suis né, à la terre et au ciel de la France.
A vingt ans, j'aimais ma patrie, j'aimais la liberté, j'aimais les hommes, individus ou nations, ceux qui souffraient surtout. J'étais sûique ces sentiments conduiraient ma vie; solidement ancrés dans ma conscience, aucune tempête ne pourrait les en arracher. Hélas! des tempêtes sont venues, que nous ne prévoyions pas. Nos rêves ont eu affaire à des réalités terribles. Nos illusions dorées ont été dispersées aux quatre coins de l'horizon. Des nuages très noirs ont plané, planent au-dessus de ma vieille tête blanche. Oh! je vois bien l'imperfection des choses et des hommes. J'ai connu, je connais des heures d'inquiétude et d'angoisse ; mais jamais je ne suis descendu, je ne descendrai jamais jusqu'au désespoir. Les sentiments de ma jeunesse, intacts et vaillants, me commandent l'espérance. J'espère.