III^W
nous, VOUS aviez pour le pauvre Ballue, à payer de votre personne dans celte soirée? en un mot, à paraître sur la scène?
— Pourquoi pas? répondit aussitôt Banville; mais ce n'est point, je pense, pour me demander de jouer ou de chanter, que vous me faites cette proposition? ajoula-t-il en riant.
— Non, mon cher Banville, dit mon frère, mais en vous voyant entrer, Plouvier et vous, tout à l'heure, voici l'idée qui m'est venue : c'est que si tous deux vous paraissez comme auditeurs, simplement, ayant vos deux noms, je me fais fort d'obtenir ceux de certains peintres, poètes, statuaires, qui, tous, aimaient Ballue, et voudront lui rendre le même hommage. Quand ces messieurs entoureront sur la scène des artistes tels que Mario, Déjazet, M"* Viardot, Henri Herz, ils ne se trouveront pas compromis, je suppose?...
— Je crois bieni fit Plouvier, et, pour ma part, j'en suis! C'est là une excellente idée, mon cher Lionnet, et il sera intéressant et original pour le public, de nous voir tous, pour
cette fois, sur un théâtre.
— Merci, chers amis! dit mon frère; mais maintenant, comme, pour le ministère, il nous faut votre signature, ayez tous deux l'obligeance d'apposer vos noms au bas de ces lignes.
£t mon frère prit une feuille de papier en tête de laquelle il écrivit : « Je m'engage à paraître, comme auditeur, sur la scène, dans la représentation organisée par MM. Lionnet, au bénéfice du peintre Ballue. »
Les deux poètes signèrent; et voilà comme quoi, on a vu, grâce à la généreuse initiative de nos deux amis, un spectacle qui est resté absolument unique dans les annales du théâtre : c'est-à-dire, la présence sur une scène d'humble acception, de personnalités et d'illustrations de toutes sortes.
Voici quelle fut la composition de l'intéressant programme qu'après bien des démarches, nous parvînmes à offrir à nos auditeurs. Jamais l'École lyrique ne s'était trouvée à pareille fête. Qu'on en juge !