LETTRE DE VICTOR HUGO A M. STANLEY
Merci, Monsieur, j'ai vu, je me souviens, et j*admire.
Je vous tends la main à travers un océan et deux mondes.
Nous sommes deux ouvriers de la même œuvre. Je retrouve, et vous trouvez. Même tâche, même gloire.
Que faisait cette femme? Les siècles passaient, géants silencieux. Les empires s'écroulaient, grains de sable que le vent disperse.
Les tyrans succédaient aux tyrans, lèpre que Thumanité est lente à guérir. Elle attendait. Qui ? Vous. Pourquoi? Pour être révélée à moi, par vous. C'est simple et grand.
Je la connais. Elle s'appelle l'humanité, chose fugitive, et la beauté, chose éternelle. Beauté, bonté!
Voyez. Elle rit. Son œil rit. Ses lèvres rient. J'ai écrit VHomjne qui nU Vous avez trouvé la femme qui rit. Nos âmes sont deux reflets du même rayon.
Continuez! ma pensée sera avec vous, comme elle est avec Garibaldi, comme elle est avec Castelar, comme elle est avec tout ce qui est pur, noble et vaillant.
Vous êtes jeune. Je suis vieux. Vous montez. Je descends. Vous regardez dans la lumière. Je regarde dans l'ombre. Que voyons-nous tous deux? Rien.
Qu'importe! Regardez cette femme. Elle pose une question. Laquelle? Vous n'en savez rien. Moi non plus.
Vous Tavez trouvée, mais vous ignorez qui elle est. Nul ne dira son nom. Nul ne connaîtra sa vie. Pourquoi? Parce que le poète ne Ta pas chantée.
Le poète Teût faite immortelle ! Mais elle vient trop tard. Je suis vieux.
Adieu, monsieur. Retournez à votre Afrique qui est un monde. Je retourne à ma pensée qui est un Océan.
VICTOR HDGO. Janvier-Février.
M"® X..., de la Comédie-Française, était douée des plus jolis petits pieds du monde, mais, en revanche, elle était affligée de la plus noire et de la plus triste dentition qu'on puisse imaginer.
Un certain soir .d'hiver, se chauffant à la chemihée du foyer, elle vit entrer sa camarade M"^ Z..., qui, au su de tout le monde, était ornée de pieds d'une dimension exagérée, et avec laquelle elle était à couteaux tirés.
Aussitôt, et de manière à être vue des personnes qui se trouvaient là, elle retrousse
coquettement et perfidement sa robe, en montrant ses pieds mignons à M"* Z...
Celle-ci, qui était spirituelle autant que jolie, et prompte à la riposte, se contente de lui adresser malicieusement son plus gracieux sourire en découvrant les perles éblouissantes de sa bouche rose.